Forêt de Firone

Elle s’étend d’est en ouest sur des lieux et des coudées. Cet antique labyrinthe, vestige du temps où se côtoyaient encore Dieux et Démons, émerge du sol là où cesse toute civilisation et dévore ce que l’humain n’a su lui arracher. De ses mâchoires feuillues, elle avale ces terres en friches laissées à sa portée mais aussi les espaces déboisés puis abandonnés. Ses murailles de bois se dressent si haut que se perdre dans la jungle signifie souvent y errer des jours, sinon des semaines, avant d’apercevoir à nouveau le soleil. C’est là, derrière les cimes que se cache timidement un ciel qui, pourtant, n’hésite parfois pas à rugir à la manière des grands félins qui sous le lacis trouvent refuge.

La forêt primitive, ainsi qu’elle est décrite par les gens d’Ecaraille, est plus qu’un simple bosquet. D’aucuns, jadis, disaient d’elle qu’elle était l’arbre de vie d’un Royaume pourtant modelé par la main Hylienne. Ceux-là faisaient d’elle la mémoire du monde. Elle est plus qu’un sous-bois, tout sacré puisse-t-il être, parce qu’elle est tous les sous-bois. Il ne s’agit pas d’une forêt mais de La forêt. Sous ses branches vient s’abriter le Dieu-Tonnerre. Dans ses rivières il s’abreuve et se baigne — en son sein il cache sa demeure, y établit son nid. Au lever du jour, il s’engouffre dans l’obscurité des venelles boisées.

De marais en jungle et de jungle en marais, la Forêt de Firone constitue un véritable sanctuaire, au sens premier du terme. De ses cascades et de ses lacs jaillit une vie sauvage, âpre et inapprivoisée. Des plantes immenses, hautes de vingt pieds, toisent les vagabondes et les vagabonds qui s'aventurent, loin de tout sentier. Dense, abondante et luxuriante, elle accueille une variété d'arbres géants, dont la taille et l'ampleur aurait de quoi faire rougir de honte les plus larges des Hinox. Le sol, couvert d'un tapis de mousse, de lianes et d’arbustes, grouille plus qu'aucune colonie. Certains prétendent d'ailleurs que de petits êtres invisibles veillent sur les animaux qui peuplent ces bois.

Passées les portes de Firone, et jusqu'aux Gorges de Necluda, il devient complexe de discerner l'humus des combles verdoyant. Tant et si bien que certains voyageurs errants chercheraient encore à découvrir toute la verticale de la Forêt. Car cette dernière ne s'étend pas sur le seule horizon : elle se dresse vers les nuages qui, régulièrement, la déchirent. Parfois – souvent – des pluies diluviennes percent la faîte émeraude. Elles sont quelquefois accompagnées de grêlons gros comme le poing, voire d'orages tumultueux. C'est bien pour cela que les marins l'appellent la Mère des Averses.

Parce qu'elle est difficile à naviguer, et parce qu'elle abrite toutes sortes de créatures sauvages, les îliens d'Ecaraille ont bâti plusieurs repères le long du principal chemin qu'ils empruntent. Il ne s'agit parfois que d'un tas de roches maladroitement assemblé, sur lequel trône un coquillage, une étoffe où même une pierre peinte. Dans d'autre cas, il peut s'agir de petits abris creusés dans le bois d'un auguste baobab, où brille parfois une vieille lampe à huile. Le plus grand de ces points d'intérêts accueille une dizaine d'âmes en permanence : il s'agit d'un avant-poste militaire, établi sur les rives du Lac Faroria, qui garde d'ailleurs le pont des animaux comme des tribus Boko que masque le maquis.


Perdue dans le désert vert
RP entre Béryl et Randy Kong
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Milieu de l'automne 3 mois 6 jours après
Dernier message le 2020-09-22 16:55:26 par Béryl