Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – Confrontation

[Quête Halloween - 2020] - Partie III

Fin de l'automne - 4 mois 1 jour après (voir la timeline)

Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

Jour III - 07 : 19

Allongée sur le lit improvisé que lui avait mis à disposition Pru'Ha, se tournant et se retournant avec lassitude, elle avait vite senti qu'elle mettrait plus de temps que les jours précédents à trouver le sommeil. Sur le coup, la princesse n'avait pas trouvé les mots. Elle s'était contentée de répondre au salut Sheikah emprunt de fatigue de son ami avant de le laisser prendre congé pour dormir en lui souhaitant une bonne nuit. Elle était alors restée seule avec ses pensées.

L'ancienne prêtresse se tourna à nouveau sur sa couche. Le franc-parler du Gerudo l'avait un peu déstabilisée. Elle y avait senti une pointe de fatigue, craignant du même coup de l'avoir agacé à parler une fois de plus de son ancien chevalier servant alors qu'il était épuisé. Mais il y avait aussi un côté chaleureux et attendri auquel elle ne s'était pas attendue. Par le passé elle avait pu trouver un soutien à ses connaissances et ses recherches en les partageant avec les bonnes personnes, mais on avait rarement été jusqu'à la féliciter d'être têtue et bornée. D'ailleurs, elle savait qu'elle avait inquiété Arkaï en partant de son côté plus tôt dans la journée. Et la veille à peine, même s'ils avaient fini par arranger les choses elle se souvenait aussi l'avoir fâché avec son caractère autoritaire. Pourtant, il n'avait pas seulement l'air de la pardonner, mais aussi d'apprécier cet aspect d'elle ? L'Hylienne était moins sûre que lui en revanche que sa tendance à n'en faire qu'à sa tête suffise vraiment à résoudre les problèmes pour autant. Mais dans ce cas-ci, elle serait vite fixée.

De toute façon, elle ne souhaitait pas particulièrement se déprécier. Certes elle n'avait pas forcément bien vécu de ne pas pouvoir répondre aux attentes qu'on avait placées en elle, et sa seule consolation était d'avoir achevé la tâche qu'on lui avait confiée bien qu'un peu tardivement et non sans pertes. Mais si elle était si incroyable que ça, et si Link était parti malgré tout, alors qu'est-ce qui le ramènerait ? Elle n'arrivait pas à le comprendre. Et sans compréhension, pas de solution non plus. La jeune femme ignorait même comment se comporter si un jour elle parvenait à le retrouver. L'idée était aussi angoissante qu'attrayante. Quelques fois, elle se disait tout comme son compagnon que ce n'était qu'un idiot, et que s'il ne voulait plus la voir, peu lui importait désormais. Mais quand il avait prononcé ces paroles, son cœur serré ne laissait pas de doute sur ce qu'elle pensait vraiment. Et l'idée de s'être trompée toutes ces années où elle avait considéré Link comme un véritable ami et confident était particulièrement douloureuse.

Sans s'en rendre compte, elle s'était finalement endormie au fil de ses réflexions. Mais c'était d'un sommeil fragile et agité, et les premiers rayons de soleil suffirent à l'en tirer. Et tandis qu'elle abandonnait l'idée de se rendormir, une nouvelle idée lui germait doucement en tête : pour se prouver que ses défauts pouvaient devenir des qualités, elle n'avait qu'à véritablement régler le problème du village. Elle était plus décidée que jamais à confronter les habitants et découvrir ce qui était arrivé. Zelda ignorait encore si ça lui permettrait d'élucider la situation actuelle, mais les événements passés n'en étaient pas moins importants à ses yeux, qu'ils aient bel et bien un lien avec la maladie ou non.

La princesse se leva pour se préparer en silence. Elle avait mauvaise conscience à l'idée de réveiller Arkaï alors qu'elle était persuadée qu'il avait besoin de plus de sommeil au vu de son état de fatigue. D'autant que puisque le jour était levé et le couvre-feu était fini, il n'y avait plus tellement de danger. N'était-ce pas la nuit qu'elle lui avait promis de ne pas sortir ? Mettant la main sur un vieux parchemin, elle y écrivit soigneusement "auberge", et puisqu'elle n'avait pas encore eu l'occasion de donner beaucoup de cours d'écriture à son ami, elle dessina du mieux qu'elle pouvait une pinte pour accompagner le mot. Elle laissa son dessin en évidence sur son lit. La jeune femme aurait pu commencer par aller faire un tour du côté du vieux puits, mais rien ne lui permettait d'être sûre d'y trouver quelque chose. Alors qu'à la taverne, elle était certaine de croiser des gens intéressants. Et instinctivement, elle sentait bien que si leur petit groupe d'enquêteurs disparates devait se retrouver pour faire le point, ce serait sans doute là. Malgré une pointe d'appréhension, elle était impatiente de les retrouver. En particulier cette personne qui avait éveillé ses soupçons… Il n'y avait de toute façon pas de meilleur endroit pour se poser, observer et tenter de questionner ceux qui pouvaient lui en apprendre plus à ce niveau.

Fraîchement apprêtée, son journal et de quoi écrire dans son sac en plus de ses effets habituels, elle ferma la lourde porte de bois de l'ancien moulin derrière elle. Elle se referma un peu fort à son goût, mais elle ne s'imaginait pas qu'il y ait de quoi réveiller les occupants. D'un pas décidé, elle prit alors la route vers le village. Ce ne fut qu'une fois arrivée en vue de l'établissement qu'elle se rappela que malgré l'apparition du soleil, l'établissement n'ouvrirait pas immédiatement. Ne souhaitant pas déranger Florène, d'autant plus qu'elle avait besoin d'encore quelques jours avant de pouvoir tenir sa promesse de les aider pour le service, elle s'installa sur un petit banc, non sans sortir son journal et gratter le papier. La veille, elle avait rapidement écrit – phonétiquement du moins – la liste des noms qui lui avaient été cités. À présent elle tentait de faire la synthèse de ce qu'elle savait, et de réfléchir à comment elle allait bien pouvoir les aborder. De temps en temps, ses yeux se levaient discrètement pour surveiller les allées et venues dans la rue qui se remplissait doucement de vie.


Ludrick

Mascotte incontournable

Inventaire

Il était, maintenant, tard quand Ludrick passa la porte de la bâtisse où il vivait avec ses parents. Il était épuisé par sa journée et les événements de celle-ci. Il savait que ses parents l'attendraient de pied ferme en ayant remarqué son absence depuis très tôt, ils l'avaient interdit d'intervenir dans la crise mais ils connaissaient leur enfant et savait qu'il s'y mêlerait malgré tout. Ils accueillirent un Ludrick blessé et épuisé, le visage encore boursoufflé même si le tout avait été soigné par son ami. Son père semblait en colère, tandis, que sa mère, elle, semblait plus inquiète.

"Je le savais. Tu t'en es mêlé, n'est-ce-pas ?" L'homme à la voix grave lui adressa la parole tandis que sa mère s'approchait du jeune homme pour examiner ses blessures déjà traitées. "Ne sois pas si dur, Alistair. Tu vois bien qu'il est blessé." Ludrick n'avait pas envie de subir les remontrances de son père. "C'est nécessaire. On ne peut pas attendre les habitants du village caché." Il savait que son père déteste qu'il aille envers ses ordres, surtout, qu'il revenait dans un tel état. Ludrick ne savait jamais si, au fond, il s'inquiétait pour lui ou pour l'image qu'il donnait au chef de la milice. Ses parents ne voulaient laisser le guerrier courir un tel risque mais ils savaient aussi que c'était impossible de contenir le jeune homme. Ils ne feraient que le faire fuir comme la fois où il disparut dans la nature. "Le maire a pris une décision, je suis obligé de m'y plier. Fais juste attention à toi." L'enfant fut le premier étonné par les paroles de son père. Il se montrait conciliant envers lui et ses caprices, choses qui se faisaient rare. Peut-être avait-il enfin accepté que brider le jeune homme ne faisait que renforcer sa fougue ? Le père s'en alla s'en dire un mot de plus à Ludrick, rejoignant sa chambre, le laissant seul avec sa mère. "Tu as été voir Nikolas pour tes blessures ? Le pauvre a déjà tellement de travail..." Il lui répondit en secouant la tête de gauche à droite. "J'ai été voir la guérisseuse à l'auberge. C'est une très bonne amie." Elle semblait rassurée. Le pauvre vieil homme avait donc été soulagé d'une tâche. "Bien. Tu sais, on s'inquiète juste que quelque chose t'arrive. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé pour finir dans cet état ?" Ludrick ne voulait pas inquiéter plus ses parents donc il préféra garder ce qu'il s'était passé sous silence. "Rien de grave, je me sens déjà mieux." Il partit se coucher, ignorant le reste de la conversation et l'inquiétude de ses parents. Il rêvait de rejoindre son lit.

Le réveil fut le plus dur. Son corps semblait recouvert d'épines. Ses muscles étaient douloureux à chaque mouvements. Il ne savait dire si c'était à cause des événements récents ou le stress. Il s'assit sur le côté de son lit, massant les endroits où il avait le plus mal. Il y passa quelques temps avant de se lever pour sortir sans même prendre un petit-déjeuner ou ne parlant à ses parents. A la porte, il attrapa sa dague et son épée qu'il accrocha à sa hanche avant de mettre la lanière de son sac sur son épaule. Il ne savait pas ce qu'il pourrait avoir besoin au cours de la journée et il valait mieux être préparé. Il poussa la porte et sortit de bon matin dans les rues du village. Il voulait rejoindre l'auberge au plus vite, Ludrick ne pouvait s'empêcher d'être pressé. Il sentait le poids de la mort se rapprocher dangereusement de ceux atteints.. Après un bon moment à marcher, il aperçut une tête familière sur l'un des bancs près de l'auberge. Les cheveux blonds trahissaient aisément son identité. Après tout, elle était la seule à porter une telle couleur sur sa tête dans leur petit groupe de détectives de fortune. Elle tenait un journal et semblait gratter quelque chose dedans. Ecrivait-elle ou dessinait-elle ? D'aussi loin, il ne saurait dire, il se rapprocha donc, observant avec étonnement ce qui semblait être d'étranges symboles sur le papier. Il n'avait jamais appris à lire ou écrire mais il reconnut ce qu'il avait parfois aperçus chez ceux qui avaient ce savoir. Pourtant, il ne savait absolument pas dire à quoi les symboles correspondaient.

" Tu sais écrire ?!" Dit-il d'une voix empreinte d'excitation et d'admiration, interpellant Zelda. Personne n'avait jamais prit le temps de lui transmettre toutes les connaissances lié à cette pratique et il n'avait jamais croisé de voyageur en étant capable, il ne pouvait s'empêcher de respecter la jeune femme pour ça. "Je sais même pas comment mon prénom s'écrit. C'est impressionnant. Et tu remplis ce journal de tous ces symboles ?" Il prit place à côté de l'hylienne, ne pouvant s'empêcher de jeter un regard curieux et invasif sur les pages du livre. Cette découverte lui faisait oublier de demander ce qu'elle avait fait et découvert hier mais il estimait que ça pouvait attendre que les autres arrivent. Il n'expliquait même pas l'état de son visage à la voyageuse alors que son visage était encore couverts de coupures, bleus et boursoufflures. A vrai dire, il avait complètement oublié ce fait après qu'une telle nouvelle ait autant piqué sa curiosité.

Il pointa doucement du doigt les écritures sur le papier, ne se doutant pas un seul de ce qu'elle y marquait. "C'est quoi tout ça, alors ?" C'est alors qu'il remarqua qu'il ne l'avait pas encore salué. Il lui tendit alors la main, un doux sourire amical au visage malgré ses lèvres encore douloureuses et cassantes. "Oh, j'en perds mes manières, je suis désolé. Bonjour, Zelda. J'espère que tu as passé une bonne nuit."


Zelda

Team booty

Inventaire

La récolte se révélait finalement assez maigre. La liste de noms était plutôt longue, et Zelda n'avait pas encore pu récolter beaucoup d'informations sur leurs propriétaires. Pour dénouer ses pensées, elle s'était donc attelée à coucher sur le papier l'ensemble des informations sur l'histoire des puits et la tragédie qui s'y était déroulée. À présent, elle consignait également une trace de ses informatrices. Après s'être occupée de la fermière, la pointe de son fusain gratta le papier pour écrire "Florène. Dure en affaires, mémoire approximative, superstitieuse." avant de laisser traîner son regard pour la centième fois peut-être sur les mots éparses indiqués plus haut. Elle ne put se retenir de faire la moue en passant sur la ligne qui indiquait "Link" et les mots qui suivaient "Perdu, très probablement mort".

La princesse sursauta quand la voix de Ludrick résonna à côté d'elle. Elle s'était décidément beaucoup trop absorbée dans son ouvrage et elle manqua de fermer son journal nerveusement mais il était un peu tard pour ça. Ce ne fut que lorsque le jeune homme affirma sur un ton admiratif qu'il ne savait pas écrire ou lire - pas même son nom - qu'elle sentit ses muscles se détendre. Il aurait presque pu lui mentir ou exagérer au vu de la façon dont son regard dévorait les caractères négligemment tracés mais elle se rassura en se rappelant qu'elle n'écrivait sans doute pas exactement de la même façon que ceux qu'il avait déjà pu observer. L'évolution de l'écriture l'avait même tant surprise qu'elle avait eu besoin de l'aide d'Impa et de Pru'Ha pour comprendre certains ouvrages récents et se mettre à niveau. Encore à présent, certaines variations lui échappaient.
L'illettrisme du jeune homme ne la choquait pas non plus. Elle était consciente d'être privilégiée à ce niveau. Elle s'était jadis rendue compte que même Link, tout aussi doué qu'il était, ne disposait pas de ces connaissances. L'Hylienne aurait alors pu se féliciter de le surpasser au moins dans un domaine mais c'eût été une maigre consolation, certaine qu'elle était qu'avec l'apprentissage approprié il aurait fait de rapides progrès. D'ailleurs, une fois ses appréhensions à son égard dépassées, elle s'était même mis en tête de lui partager son savoir, pas à pas. Plus qu'elle ne l'aurait imaginé, elle s'était surprise à aimer sentir son attention portée sur elle quand son doigt pointait soudain un mot et qu'elle profitait qu'il était à ses côtés pour se mettre à lui faire la lecture à haute voix dans le but de l'y familiariser doucement. À tel point qu'elle s'était mise à le faire régulièrement et qu'il était devenu capable de déchiffrer des mots simples qu'elle lui laissait. Ils avaient cependant manqué de temps ou d'occasions pour que ses compétences aillent plus loin dans ce domaine.

Ses yeux glissèrent vers l'Elimithois alors qu'elle chassait ses vieux souvenirs et revenait au présent. Ils s'écarquillèrent en constatant l'état du visage du jeune homme. Instinctivement sa main libre glissa doucement jusqu'à sa joue pour l'orienter à sa convenance et observer l'état des plaies. Le récit d'Arkaï l'y avait préparée, mais devant l'état du fils d'Alistair, elle se posait encore plus de questions. Était-il à plaindre ou... terriblement déterminé derrière cette attitude insouciante ? Elle n'avait jamais été très douée pour décrypter les gens. Elle le lâcha, consciente qu'il n'était pas un domestique à son service et que son geste pouvait sembler déplacé. D'autant qu'elle venait d'ignorer non seulement ses questions, mais aussi ses salutations. "Ah, pardon..." Elle écarta ce sujet qu'il n'avait pas eu l'air de vouloir aborder lui-même pour rediriger sa main vers celle qu'il avait tendue. "J'ai bien dormi oui" mentit-elle. Ce n'était pas le plus grave des mensonges après tout. "J'espère que toi aussi ? Malgré... Enfin, Arkaï était un peu bouleversé hier." Elle suggérait par là qu'elle avait reçu quelques informations mais ne détailla pas plus le sujet, lui laissant le loisir d'y revenir ou non pour lui donner sa version.

Ses doigts quittèrent la poignée de main pour venir glisser sur le parchemin relié. "Ça, c'est... un résumé. C'est seulement pour me remettre les idées en place." Elle ne lui montra pas où se situait son nom sur la page, ni ne lui signala qu'il s'y trouvait. Au lieu de ça, elle se laissa porter par sa curiosité et son index s'arrêta sur un mot en particulier. Elle hésita un instant, pesant ses mots, avant de déclarer "Là, j'ai écrit Maryl. C'est le nom d'une jeune fille qui aurait eu à peu près ton âge aujourd'hui.". Ses yeux émeraudes plongèrent dans les siens alors qu'elle ne pouvait s'empêcher de demander, suspendue à sa réponse autant qu'à sa réaction. "Est-ce que tu te souviens d'elle ? Tu l'as connue ?"


Ludrick

Mascotte incontournable

Inventaire

Elle semblait perdu dans ses pensées quand il la dérangea. Il s'en voulait presque d'avoir fait sursauter la voyageuse. L'écriture de Zelda semblait effectivement différente mais il ne le releva pas. Ludrick pensait naïvement que les façons d'écrire pouvaient varier selon les endroits tout comme la langue. Il avait bien déjà rencontré des voyageurs hyliens qui utilisaient des mots qu'il ne connaissait pour parler de choses qui portaient un autre nom dans son patois élimithois. Elle sembla se perdre dans ses pensées quelques instants, le guerrier se taisant, la laissant revenir à la réalité à son rythme.

Ludrick ne put retenir son étonnement quand la main de la jeune femme vint se poser sur sa joue pour examiner son visage. Cela lui remémora lui-même l'état de son visage. Il laissa faire, dégageant ses cheveux de ses joues, pour ne gêner son examen. Après tout, elle s'assurait sûrement que ses blessures allaient mieux, ce qui était le cas. Les cernes trahissaient le repos que l'Hylienne n'avait pu avoir mais il ne releva pas ce mensonge. Celles de Ludrick ne devait pas être bien mieux même si se mêlant à ses autres bleus. Il fut aussi surpris d'apprendre qu'Arkaï avait quelque peu été bouleversé par son état. Il fit le choix de détailler légèrement les faits pour elle. "Oui, ça va mieux. Célyse m'a traité pour mes blessures. Elles restent douloureuses mais c'est supportable."

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Quand elle se mit à expliquer ce qu'elle avait détaillé dans son livre, il s'y montra attentif, cherchant à comprendre. Elle n'expliqua pas ce que contenait le résumé mais il pouvait supposer que ce serait celui des informations qu'elle avait. Il était prêt à coopérer avec elle, lui apportant réponse à toutes questions qu'elle pourrait poser. Mais son visage optimiste et son envie d'aider s'éteignirent quand elle prononça le prénom qu'elle avait écrit pile à cet endroit. Ludrick se décomposa sur place alors qu'il soutenait le regard de la voyageuse quelques instants, il était prit au dépourvu et cela se voyait. Il n'avait pas eu cette réaction quand on lui avait parlé du frère de Sepharo. Il fuya le regard émeraude lui intimant de lui accorder les réponses qu'elle cherchait. Le guerrier déposa son regard fuyard sur le journal, son doigt venant montrer à plusieurs reprises la lettre "a" sur les pages alors qu'il ne savait même pas quelle lettre elle représentait. Vainement, le jeune homme tenta de changer de sujet. "Cette lettre. Elle revient là, là et là aussi. Je me trompe pas ?". Il finit par oser à nouveau regarder Zelda dans les yeux comprenant que c'était inutile de fuir. Il soupira juste avant de déposer une main sur la poignée de sa fidèle dague, son pouce frottant frénétiquement le pommeau de celle-ci, trahissant sa nervosité. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas entendu parler d'elle mais malgré tout, c'était encore douloureux quand il y repensait. Ce prénom signifiait énormément de regrets pour l'homme qu'étais devenu Ludrick. "Évidemment, elle allait finir par ressortir, hein." Ses mots étaient dirigés envers lui-même alors qu'il acceptait la situation. Après la mention de Link, il craignait que ce nom ne ressorte.


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Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

Quand Zelda eut fini d'examiner ses blessures et mentionna l'état d'Arkaï la veille, l'Elimithois évoqua brièvement l'incident survenu près du puits. Comme il s'en doutait, elle était de toute façon déjà au courant d'au moins une partie des informations, même si son ami n'avait pas pu voir par lui-même les mêmes choses que Ludrick. Elle n'insista pas sur la nature de ce qui avait causé ces blessures au jeune homme : lui-même n'avait pas l'air certain sur ce point et il en parlait avec un calme étonnant compte tenu des circonstances. Ce qu'elle apprit en revanche c'était que la même médecin qui s'était occupée du bras de son compagnon de voyage s'était chargée de soigner le fils d'Alistair.

Elle fronça un peu les sourcils à l'évocation rapide d'un nom qu'elle ne connaissait que trop bien et de ce qu'ils avaient pu tirer comme conclusions. Ils en avaient donc discuté entre eux, la nuit dernière sans doute. La princesse n'était pas certaine de bien comprendre et il lui semblait difficile d'imaginer son Link lié à tout ça. Au contraire, cette maladie qui semblait toucher principalement les hommes était l'une des rares raisons qui pouvaient la pousser à ne pas souhaiter le revoir tout de suite et, chance ou malchance, il était sans doute effectivement bien loin de là. Ses pensées étaient de toute façon trop embrouillées pour qu'elle creuse immédiatement le sujet. Ils en auraient tout le loisir plus tard quand ils seraient rassemblés. À la place, elle profita d'avoir le jeune homme sous la main pour en revenir à ce qu'elle avait couché sur les pages de son journal et l'interrogea sur une dénommée Maryl. Même si elle n'avait pas été si attentive qu'elle ne l'était, Zelda aurait pu le sentir se dérober devant sa question. De toute évidence, à l'évocation de ce simple nom elle avait provoqué un certain malaise. Son regard était fuyant et il fit mine d'ignorer sa question pour s'intéresser à nouveau aux caractères qui couvraient la page du journal. Elle se retint de commenter ses tentatives de déchiffrer ses écrits ou de lui retirer l'accès à cette distraction en fermant le livre.

Quand il releva les yeux vers elle, le regard de la curieuse prêtresse d'Hylia était encore plus perçant. Elle ne savait guère quoi en penser, ou plutôt elle avait peur de deviner. La jeune femme vit alors Ludrick poser la main sur la garde de son épée. Elle se raidit, surprise. Sa nervosité semblait contagieuse. Aux quelques mots qu'il prononça alors, la main qu'elle avait gardée serrée sur le fusain se crispa, bien inutilement. Une fois qu'il s'était décidé à parler, sa langue se dénoua soudainement et il débuta son récit sous l'attention assidue de Zelda. Durant tout son discours, l'Elimithois ne cessa pas de jouer avec la poignée de son arme. Quant à la jeune femme, elle grattait de temps en temps prudemment le parchemin pour y ajouter quelques nouveaux glyphes un peu différents des précédents. À d'autres moments elle laissait son regard se promener en direction du Laboratoire, espérant qu'Arkaï se montrerait. Elle se disait que s'il y avait un moment où il aurait été bien avisé d'apparaître, c'était maintenant. Mais ses yeux ne quittaient jamais longtemps le jeune homme assis à côté d'elle et ses oreilles lui étaient de toute façon entièrement acquises. Du début à la fin, la princesse écouta dans un silence presque religieux, comme si un mot de travers avait pu faire dérailler le convoi de ses confidences.

Il lâcha finalement la dague quand il eut terminé et elle en déduisit qu'il était apaisé. La tête de l'Hylienne grouillait peut-être encore plus de questions qu'avant qu'il ne commence à parler, pourtant elle réagit rapidement à ses excuses "Non c'est… C'était intéressant." Sur un ton qui se voulait doux, elle ajouta, désireuse de se montrer compatissante "Ca a dû être difficile de la perdre." Aussi bien lors de son éloignement que de sa disparition. Elle hésita. Il était indéniable que le sujet était délicat, et elle marchait encore plus sur des œufs à présent. Pourtant, elle devait profiter de l'occasion pour en apprendre plus, elle le savait. "Mais…" La princesse chercha comment formuler au mieux une des nombreuses questions qui la tourmentaient. "Qu'est-ce que tu en penses, toi ? Est-ce que ça lui ressemblait de fuguer dans les bois comme ça ?" N'ayant jamais été très raisonnable, elle se risqua à ajouter, espérant ne pas franchir une limite "Le jour de sa disparition, est-ce que tu te souviens l'avoir vue ?"


Arkaï


Inventaire

Au début, il ne sentit qu'une longue caresse, remonter le long de sa joue, comme léchant son visage lentement d'une langue de chaleur. Puis, ce fut un piaillement d'oiseau qui envahit un pan de son rêve, suivi d'un autre, puis un chant harmonieux s'élevant tout autour de lui, à peine étouffé par les volets de bois mal fermés. Progressivement, il comprit que le contact agréable sur sa peau était celui d'un astre déjà fort pressé, lancé à plein dans sa course effrénée. Son corps commença à se rappeler à lui, à mesure que le quittait la langueur d'un sommeil trop profond pour être honnête. Ses jambes raides, son dos douloureux, son bras... Plus encore. Prudemment, Arkaï ouvrit un oeil, le referma devant l'agressivité de la lueur qui envahissait sa chambre, puis refit une tentative, plus décidée. Enfin, il ferma sa bouche restée ouverte tout ce temps. Et en voyant ce sur quoi elle reposait, il se jeta en arrière, brusquement réveillé.

« Merde ! Chiasse ! Brodequin à mille culs ! » jura-t-il tout en s'emparant du rouleau de parchemin à moitié ouvert sur lequel il avait dormi... et visiblement bavé sans retenue une fois entre les bras de la nuit. « Quel con, mais quel con ! »

Fébrile et tremblant, il amena le papier en pleine lumière et constata avec un soupire soulagé qu'à peine quelques caractères étaient gâchés. Rien de très grave, même si il lui faudrait sûrement demander de l'aide et un peu d'encre à Zelda ou Canel pour arranger ça. L'esprit plus clair, il se souvint avoir tenté, la veille, malgré son épuisement, de s'astreindre aux exercices de lecture que la princesse lui avaient prescrit. Une belle réussite, à n'en pas douter.

« Une de plus. » se lamenta-t-il en secouant la tête devant sa propre bêtise et en reposant le parchemin sur le sol. Brusquement ramené au socle de ses émotions après cette envolée angoissée, le garçon se laissa retomber sur sa paillasse, clignant de ses yeux fatigués devant la lumière du jour.

Le jour.

LE JOUR ! DÉJÀ ?!

Jurant une fois de plus sur le même ton que précédemment, il s'efforça de s'habiller aussi rapidement que ce sournois de soleil semblait s'être levé. Au moment, où il serrait sa ceinture sur son vêtement de bushi, son regard s'attarda sur un bout de parchemin qu'il avait visiblement bousculé dans sa précipitation. Le prenant, il y reconnut des caractères tracés avec une maîtrise qui trahissait leur autrice à mille lieux, de même que cette manière ancienne de dessiner les "g". S'attardant longuement sur chaque dessin avec application, Arkaï lut moins difficilement qu'il ne s'y serait attendu ;

« Au... ber... gue. Auberge ? Elle n'est quand même pas... ?! »

Dévalant quatre à quatre les marches de la tour du moulin jusque dans la pièce de vie principale, le jeune sheikah se retrouva non pas en présence de son amie comme il l'avait imaginé la veille. A la place, il fit face à un Canel visiblement très amusé par la situation. Avant même qu'un Arkaï essoufflé n'ait le temps d'expliquer, le savant désigna la porte et lui confirma, « Je l'ai entendu sortir avec les premières lumières, elle doit être au village maintenant. »

Le garçon le remercia d'un coup de menton, cependant que son attention était déjà complètement tournée vers cette porte et au delà, il sentit brusquement une main agripper fermement sa capuche et le tirer en arrière. L'assistant de Pru'ha lui mit alors autoritairement des boules de riz dans la main et lui dit « Pour vous deux. N'allez pas tomber d'épuisement avec toute cette histoire. »

Arkaï ne sut pas quoi répondre et se contenta d'acquiescer bêtement, pris au dépourvu. Le geste lui rappelait son vieux maître, aussi sentit il sa gorge se serrer mais son impatience eut raison de l'émotion qui l'étreignait et il sortit en courant, en ayant rangé les boulettes dans une poche, sans égard pour le vieux battant de bois, dévalant la pente aussi vite que ses jambes le lui permettaient.

Tout jeune et vigoureux qu'il était, Arkaï ne s'en trouva pas moins essoufflé en moins de temps qu'il n'en mis à accomplir la moitié du chemin, aussi ralentit il au moment d'entrer dans le bourg. Outre son coeur emballé, il avait également constaté que le calme régnait en maître, ce qui à minima signifiait que Elimith ne connaissait pas un scandale pareil à l'avant veille. Peut être s'en faisait il pour rien. Après tout, Zelda lui avait bien montré qu'elle savait ce qu'elle faisait. Mais au fond, le sheikah gardait la crainte en lui de la fois de trop, où la princesse tenterait le destin par excès de confiance en elle ou en les autres. Aussi, prenant garde à ne pas attirer l'attention sur sa silhouette par trop reconnaissable, il pressait le pas en maudissant chaque toise, chaque pied et chaque pouce qui le séparaient de cette foutue auberge. Il n'avait qu'une envie ; pouvoir se tenir au côté de Zelda, prêt à mettre à l'épreuve quiconque le pousserait à défendre son serment.

Cependant, lorsque Arkaï arriva dans le spectacle de son amie visiblement saine et sauve, il ne se précipita pas vers elle. Une autre présence l'incitait à ne pas se dévoiler aussitôt. La tignasse de Ludrick réveilla le souvenir des paroles de la princesse, autour du feu, quelques heures auparavant. Malgré ce qu'ils avaient vécu ensemble, le sheikah sentait bien que sa confiance dans le jeune elimithois était naïve, déplacée à ce stade. Il allait falloir touiller la marmite pour en détacher la vérité collée au fond, pour reprendre une expression de Shingen. Aussi décida-t-il de quitter la route et de contourner les quelques maisons qui le séparait encore de l'auberge le plus discrètement possible. Et bien qu'il ait dû intimer le silence à une grand-mère protestant contre sa présence près de son fil à linge, Arkaï eut le sentiment de rejoindre le bâtiment sans avoir été repéré. Aussi se colla-t-il au mur le plus proche de ses deux compagnons d'aventure, tout en restant hors de vue. De là, des bribes de conversation lui parvinrent. Et ce qu'il entendit suffit à lui faire comprendre qu'une fois de plus, Zelda s'était avérée plus lucide et maline que lui.

Il jura intérieurement, furieux d'avoir cru au petit numéro innocent de celui dont il avait pensé un peu trop vite la veille s'être fait un ami. Décidément, il avait encore beaucoup à apprendre avant de pouvoir se débrouiller seul. Emporté par sa colère, Arkaï ne fit même plus attention au reste de la conversation et en manqua un bon morceau. En revanche, ce qu'il ne manqua pas fut le tiraillement nerveux dans la voix de Ludrick. Cette nervosité sembla envahir l'air autour d'eux, traverser le mur de crépis contre lequel Arkaï reposait son épaule, et l'emporta lui aussi. Il risque un regard, vit la main de son "ami" se promener sur la garde de son arme. Aussitôt, la main d'Arkaï plongea sans hésitation à l'intérieur de son kimono, au fourreau caché à sa ceinture. A la manière des Sheikahs, il quitta sa cachette, s'approcha lentement derrière Ludrick. A cet instant précis, le sheikah aurait été prêt à tout, même au pire. Tout ce dont il avait besoin, c'était d'un signal, discret, infime. Il ferait ce pour quoi il avait été formé, forgé. Mais en un regard avec Zelda, il comprit que le danger avait passé, et que tout cela était hors de question à présent. Aussi se contenta-t-il d'approcher, lentement et discrètement, avant de finalement se révéler en poursuivant la question de la princesse, d'une voix glaciale,

« La vérité maintenant, Ludrick. C'est la seule issue qu'il te reste. Qu'il nous reste. » finit-t-il, plus grave encore.

Au fond, Arkaï ne parvenait pas à se défaire de cette impression tenace qu'autour d'eux s'était tissée une toile vicieuse, pleine de mensonges et de non-dits, qui les mettait tous en danger. Il était temps d'en finir, et si le garçon se trouvait être la clé du mystère, alors le sheikah ne le lâcherait pas avant d'en avoir vu le fond... Quitte à attiser un peu le feu sous la marmite. Son regard trouva la page entrouverte du journal de Zelda, et le fusain dans sa main. Peut être avait elle déjà fait remonter la vérité, elle. Mais ce que voulait Arkaï, c'était qu'on cesse de lui mentir. Même si les pages grattées par son amie contenaient le fin de l'histoire, rien n'aurait la même valeur que la parole sincère de Ludrick.


Ludrick

Mascotte incontournable

Inventaire

L'Elimithois commençait à se calmer grâce aux mots de la voyageuse. Elle se permit d'insister sur les informations qu'il pouvait détenir sur son ancienne amie, chose qu'il pouvait comprendre. Elle ne lui avait encore rien dit sur ses propres infos mais elle semblait être une pièce maitresse de ce qu'il se passait en ce moment. C'est avec plaisir qu'il s'apprêtait à répondre à ses questions. C'était dur de continuer à parler d'elle et il s'en sentait d'autant plus vulnérable mais il faisait de son mieux pour les aider. Comme il l'avait toujours fait. Il estimait que c'était par la confiance et le partage des informations qu'ils trouveraient la dernière pièce du puzzle, celle qui serait nécessaire pour tout régler. Il s'interrompit, cherchant dans sa mémoire les fameuses informations. L'avait-il aperçue avant qu'elle ne disparaisse ? Après quelques secondes, il répondit à l'Hylienne. "Non, ça ne lui ressemble pas. Quand à si je l'ai aperçue..." Alors qu'il s'apprêtait à assouvir la curiosité de Zelda, Arkaï surgit de nul part, l'accusant de mentir et de cacher des informations.Sa voix était glaciale, agressive et portait des mots encore plus agressifs. Il se permit même de le menacer de dire la vérité puisque c'était la seule chose qu'il lui restait. Si peu de mots étaient sortis de sa bouche et pourtant, il avait réussit l'exploit d'être insultant avec ceux-ci. Si ce n'était peut-être pas les intentions de l'habitant du village caché, il n'avait pas réussi à exprimer correctement ce qu'il voulait du jeune homme. Ludrick ne pouvait accepter qu'il insinue qu'il soit un menteur, surtout dans une telle situation de vulnérabilité. Son sang ne fit qu'un tour à cause de tout ce qu'il pouvait ressentir en cet instant. Le jeune homme voulait le pousser au pied du mur pour qu'il révèle le Déesse ne sait quoi alors qu'il lui faisait confiance. Il se sentait trahi après ce qu'il avait fait pour les aider. Le puits, toutes les informations qu'il leur avait offertes sans rien en échange, la confiance aveugle qu'il leur avait accorder pour les aider à traverser cette situation. Il était en colère. Ils voyaient tout deux l'état de son visage et pourtant, il insinuait que l'Hylien cachait quelque chose.

"Je crois que je comprends pourquoi Soje ne t'aime pas. Tu es un rustre et tu parles sans faire fonctionner ton cerveau. Tu penses que je cache des choses ?" Même lui ne s'était pas attendu à parler aussi abruptement. "Si je cachais des choses, si je détenais la vérité... Je ne t'aurais pas aidé à ouvrir ce maudit puits et, putain, je serais encore moins descendu dedans. Tu étais là, Arkaï. Tu ne connais pas ce qu'est la décence pour oser venir me pousser au pied du mur comme si j'étais l’instigateur ?" Il pointa son visage boursouflé, la colère pouvant se lire sur celle-ci. "Je me serais infligé ça si j'étais celui à qui tu devais les vers du nez ?!" Un rire jaune s'échappa de ses lèvres devant la situation. "Par deux fois en deux jours, tu m'as insulté, Arkaï. Ce n'était peut-être pas tes intentions mais tu l'as fait. Ce n'est pas parce que je suis un paysan que tu peux parler sans te soucier de ce que je pourrais ressentir." Il finit par se tourner vers Zelda, sa colère se transformant cette fois-ci en peine. Était-elle venue ici aussi en ne faisant pas confiance à l'Elimithois ? Était-il aussi un menteur aux yeux de la jeune femme ? Il regrettait déjà de s'être bêtement confié. "Toi aussi, tu ne me fais pas confiance, alors ? Suis-je aussi un menteur qui cache bien plus de choses à tes yeux ?" Peut-être que ce qu'il ressentait était ridicule mais cette situation l'était encore plus. Il avait agit de bonne volonté durant ces trois derniers jours, tout le monde leur mentait et il pouvait comprendre pourquoi ils ne lui faisaient plus confiance mais il trouvait, tout de même, douloureux de voir que sa confiance n'était plus réciproque. "Laissez tomber, on va faire comme si de rien n'était pour ne pas créer de problèmes et pouvoir régler la situation. Je vais répondre à tes questions, Zelda, je te dois bien ça. Tu sembles détenir des informations importantes. Quand à toi, Arkaï, je ne veux plus que tu m'adresses la parole après tout ça."

Il laissa le silence s’installer après avoir explosé comme ça. Il enferma son visage dans ses mains, prenant le temps de se reprendre pour répondre à la jeune femme. Après de longs instants, il brisa ce silence, ses mains s'ôtant de son visage. "La dernière fois que j'ai vu Maryl, c'était au crépuscule. Elle descendait la rue principale, l'une des choses remarquables à propos d'elle, à cet instant, était son foulard pourpre." Il s'adressait exclusivement à Zelda, ignorant Arkaï peu importe ce qu'il pourrait dire ou faire. En cet instant, Ludrick ne voulait pas en entendre plus de sa part. "Elle ne m'a pas vu. J'étais à la fenêtre de chez moi et je ne suis pas sortie pour aller la voir. Je n'en sais pas plus, je suis désolé."


Célyse


Inventaire

Célyse ne dérogeait que très rarement à ses habitudes. Malgré la nuit agitée qu'elle venait de passer, et la tête fourmillant de pensées sordides après tout ce qu'elle avait pu voir dans le village d'Elimith sur ces derniers jours, elle s'était naturellement éveillée avant l'aube et était partie réaliser sa cueillette du matin aux abords de la ville. Le soleil commençait tout juste à se pointer à l'horizon lorsqu'elle rebroussa chemin vers l'auberge où elle résidait. Chercher et sélectionner les meilleures plantes médicinales était devenu pour elle un moment de méditation, seule et en communion avec la nature. Aussi, c'était l'esprit plus calme qu'elle retrouva une partie de ses compagnons d'infortune devant la bâtisse qui la logeait.

L'agacement ne tarda pas à poindre lorsqu'elle se rendit compte des éclats de voix. Maintenant que sa bulle de solitude explosait, elle se retrouvait tout à coup dans le bouillon d'une discussion agitée. Elle n'eut pas à tourner l'angle qu'elle reconnut la voix distincte de Ludrick. Avant même que celui-ci entre dans son champ de vision, elle avait déjà une intuition précise de son état mental. Cela ne l'empêcha pas de décocher un regard mystifié au duo qui avait provoqué la frustration du jeune Elimithois. De toutes les personnes qui auraient pu le mettre dans cet état, elle ne se serait pas imaginé que Zelda aurait fait partie du lot.

"Qu'est-ce qui se passe ?" Elle déposa un regard moins féroce sur Ludrick, qu'elle avait quand même découvert dans un sale état la veille. "Tu as pu dormir cette nuit ? Tes côtes ont dû te faire un mal de chien. Dis-moi si tu as besoin d'un remède contre la douleur, je te préparerai quelque chose."

Ses yeux inquisiteurs revinrent se déposer sur Zelda et Arkaï, qu'elle contempla tour à tour. "Ludrick vous a partagé ce qu'on a trouvé ? Il est descendu dans le puits et il a vu quelque chose dans le fond, qui a fini par hurler et par lui faire saigner des oreilles. Ca lui a arraché une molaire quand il est remonté. Une dent du fond, pas une dent de devant qu'il aurait pu se cogner contre la paroi face à une hallucination."

La doctoresse ne faisait pas de détours. Elle n'aimait pas la tension qui était montée au sein du groupe, et comptait bien avancer avec ou sans cette ambiance particulière, qui puait la méfiance à plein nez. Ils avaient des enfants, voire un village entier à sauver : elle n'avait pas le temps pour des disputes. En bon médecin, elle voulait traiter le mal à la racine, et se débarrasser de tout le reste. Ils auront le temps de traiter leurs différends plus tard. Sur le même ton sec, elle enchaîna : "Le petit de Soje, Sépharo, a vu la même chose dans sa chambre. Une ombre, qui selon lui regardait sa mère. On dirait que quelque chose le brûle de l'intérieur. Il s'est aussi mis à hurler, à dire qu'il ne l'a pas tué. Il a fini par lâcher un nom, en regardant fixement quelque chose dans le coin de la pièce, qu'il était tout seul à voir. Il a répété plusieurs fois qu'il n'est pas "Link"."

Maintenant que la nuit était passée, le nom sortit naturellement. Lorsqu'elle avait partagé son expérience avec Ludrick la veille, elle n'était clairement pas aussi sereine. Le sommeil lui avait permis de faire le tri entre la superstition et le rationnel. Même s'il s'agissait réellement d'une histoire de fantôme, le déclamer en plein jour n'avait clairement pas le même effet sur son psyché. Sans flancher, elle continua : "D'après sa mère Seym, c'est le nom de son frère qui a disparu il y a treize ans, lors d'une chasse à l'écureuil. C'était un gamin solitaire, personne n'est parti à sa recherche. Ses parents n'avaient jamais prononcé son nom devant Sépharo, il n'a aucun moyen de savoir qui c'est. Et pourtant, c'est son nom qu'il criait. Il disait qu'il n'était pas Link, et que ce n'est pas lui qui l'a tué. Tué qui ? Allez savoir."

La doctoresse lâcha un soupir. Elle leva la tête vers le ciel, l'air profondément peiné par toute cette histoire. "Apparemment avec son copain, ils passaient du temps ensemble pas loin du vieux Moulin. Mais ils ne sont pas tombés malades en même temps. Ils n'ont rien mangé de particulier non plus. Je n'arrive pas à trouver le lien qui permet d'expliquer tout ce qui arrive à tous ces gosses. Et pourquoi ça ne touche que les jeunes garçons ?" Elle passa un court instant sa main dans ses cheveux ondulés, sans se soucier de les emmêler par ce même geste. Elle n'avait pas pour habitude de parler autant. Cependant, elle voulait être exhaustive, s'assurer de ne rien oublier. Le moindre détail pouvait se révéler d'une importance capitale. "Bref. Il était tard quand Ludrick nous a retrouvé à l'auberge. Il n'était pas dans un bon état, éraflé de partout, les côtes touchées, la molaire arrachée. Et cette histoire de molaire, vraiment... C'est comme si une force brute lui avait extrait sa dent de force. Il n'aurait jamais pu la perdre lui-même, tout seul. Alors j'ai eu cette idée étrange, que je me dois de vous partager."

Elle fusilla un instant Zelda et Arkaï du regard, comme pour les défier de se moquer d'elle. "Vous pouvez me prendre pour une folle si vous voulez, je pourrai pas vous en blâmer. Mais j'ai eu cette idée folle qu'il ne s'agit peut-être pas du grand frère de Sépharo. Quelqu'un d'autre a porté le nom de Link. Tu dois connaître l'histoire Arkaï, tu es du village caché après tout. Ma mère l'était aussi, avant de partir s'installer à Hébra et d'épouser mon père. C'est elle qui m'a raconté la légende."

L'Hylienne prit une longue inspiration avant de se lancer : "Il paraît que ce héros a combattu et est tombé pas loin d'ici, aux murailles d'Elimith, il y a plus de cent ans. Et s'il était déjà venu au village d'Elimith ? Et s'il avait combattu un monstre dans le puits, et qu'il l'y avait scellé ? Est-ce que l'éboulement dans les mines n'aurait pas pu provoquer la libération de ce mal, qui se serait répandu dans le village et qui aurait cherché à se venger de tous les jeunes garçons trouvés sur sa route ?"

Un silence de plomb s'abattit sur l'assemblée pendant quelques secondes. Célyse l'interpréta comme étant une mise en cause de ses capacités cérébrales. Elle ne pouvait pas leur en vouloir, c'était une histoire tirée par les cheveux. Elle se contenta d'un haussement d'épaules désabusé. "Je sais, c'est de la superstition. Je suis pas particulièrement croyante, et encore moins d'une culture que je ne maîtrise pas. Si vous avez trouvé d'autres éléments qui pourraient expliquer cette maladie qui se propage dans le village, je serai ravie d'entendre ceux-ci. Je suis médecin avant tout, et je ne supporte pas de devoir me reposer sur une sombre histoire de fantôme."

Et voilà. Elle avait tout dit. Elle avait mis cartes sur table, sans rien enjoliver. Expéditive, comme à son habitude. Le regard qu'elle porta sur ses compagnons, cette fois, était impatient et empli d'attentes. Maintenant qu'elle s'était assurée de partager tout ce qu'elle savait, elle n'attendait rien de moins de la part de ses compagnons de mésaventures que la réciproque. "Et vous ? Qu'est-ce que vous avez trouvé ?"


Slo'Anh

Sourire d'enfer

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(vide)

Une fois la gravité terrestre en moins à porter sur ses épaules, la Zora sentit son dos comme se ramollir petit à petit, alors qu’elle se laissait couler sans résistance au fond du petit cours d’eau longeant l’auberge. Elle eut le réflexe de se dire que la journée avait été rude. Mais finalement, la journée avait été la suite d’une longue série de rudes journées. Elle n’avait pas eu aussi peur que lors des derniers événements depuis des décennies. Un sanglot, tout de suite emporté par les eaux, vint secouer son corps endolori par la tension et la déshydratation.

Petit à petit, l’épuisement eut raison d’elle, et elle se laissa sombrer dans un sommeil agité qu’elle espérait de tout cœur être un peu réparateur. « Tu ne pourras pas tous les sauver, tu sais. » résonna une voix du fin fond de son inconscient. « Si personne ne cherche, personne ne trouvera ! » répondit la petite fille-poisson qu’elle avait été, depuis ses souvenirs. Des images défilaient, comme projetées sur ses paupières par le biais d’une étrange technologie, se succédant de manière saccadée. Des rires, des pleurs. De la joie, des frayeurs. Un regard rouge derrière elle. Des dents acérées claquant tout près de ses oreilles. La main de Chev’Anh, se décalant pour découvrir son inébranlable sourire. Une autre voix hurla alors de derrière les images. « Je promets ! Je t’ai pas tué ! » La magie du monde onirique ne rendit pas la présence de Sepharo étrange dans l’enfance de la Zora. Mais pourtant sa voix se fondit à une autre, plus étrange, comme dédoublée, qu’elle ne reconnaissait pas. La boucle d’images et de cris dura passa en un éclair, mais dura longtemps. Bientôt, la Chasseresse sentit sa conscience remonter à la surface de tous ces remous épisodiques. « Je t’ai pas tué ! Je t’ai pas tué ! » se défendit une ultime fois la voix. Sa propre voix. « Merci. » répondit une voix rocailleuse, comme si elle n’avait pas été utilisée depuis très longtemps. « Tu ne pourras pas tous les sauver, tu sais. » Et des cris de toutes les voix qu’elle avait entendues dans sa vie se mélangèrent dans sa tête. C’est à cet instant qu’elle ouvrit les yeux.
Heureusement qu’elle était sous l’eau, car elle était essoufflée comme après la plus rapide des courses. Il lui aurait fallu des dizaines de minutes à s’en remettre à la surface. Mais une fois calmée cette crise, elle réalisa que quelque-chose clochait : les cris ne s’étaient pas arrêtés. Des personnes se disputaient tout près d’elle, sur la berge, près du petit banc.

Elle ne comprit pas tout, mais reconnut les intonations candides de Ludrick. Alors sans prendre le temps de réfléchir, elle remonta rapidement à la surface et sauta sur la berge sans prendre le soin d’être délicate. La tension était telle qu’ils ne remarquèrent qu’à peine son entrée fracassante, mais Ludrick était dans une posture clairement défensive, et la grande sœur en Slo’Anh n’apprécia pas ce spectacle.

Elle avança prudemment et dévisagea chacun sans la moindre expression sur le visage. Elle se rapprochait tout doucement de son ami, quand Célyse arriva. Elles se saluèrent d’un mouvement de tête, et l’Hylienne ne tarda pas à leur raconter toutes leurs aventures et découvertes. Elle fut encore une fois bien plus éloquente qu’elle, aussi n’eût elle pas grand-chose à ajouter en dehors d’un charmant « Vous allez peut-être pouvoir nous expliquer ce que c’est que ce bordel. » en direction d’Arkaï et Zelda pour ponctuer la question de Célyse, exprimant ainsi tout le mécontentement d’une grande adolescente Zora qui avait été réveillée sans ménagement.


Zelda

Princesse à la retraite

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Tout s'était enchaîné si vite. Apaisée par l'arrivée d'Arkaï, elle fut vite surprise par son approche beaucoup plus directe que la sienne. Cette dernière ne manqua pas de braquer le fils d'Alistair. Pourtant, même s'il prit tout de même la peine de répondre à ses questions, quelque chose la dérangeait dans sa réaction. Que ce soit sa colère pour son ami ou l'air peiné qu'il prit avec elle, quelque chose l'agaçait et elle cherchait à mettre le doigt dessus. Elle arriva néanmoins à tenir ses lèvres fermées jusqu'à avoir obtenu la réponse à sa question, et tout en notant ces dernières informations, elle tâcha de mettre de l'ordre dans ses pensées avant de laisser éclater ses émotions. Elle s'apprêtait à s'expliquer quand Célyse fit son entrée à son tour. Du genre à aller droit au but également, cette dernière lui relata les événements de la veille : leur visite chez Soje mais aussi sa propre vision de médecin sur l'état du jeune homme victime du puits. Le fusain de l'Hylienne se remit à gratter les pages du journal parce que c'était la seule solution qu'elle avait trouvée pour conserver son calme et éviter de laisser son cerveau déborder à la lumière des nouveaux éléments qui s'accumulaient. Elle n'aimait pas vraiment la tournure que prenait cette histoire. Ni ce que ça pouvait la forcer à admettre. La mine se leva pourtant un instant du papier à la mention de Link. Le sien.

Elle-même avait été surprise en entendant le nom du premier fils des teinturiers. Pourtant, si elle ne pouvait pas reprocher à qui que ce soit de se méprendre à ce sujet, elle savait pertinemment qu'il ne pouvait pas être lié aux événements de cette manière. À l'époque parce qu'elle était avec lui, et jusqu'à récemment parce qu'il avait été en sommeil durant toutes ces années par sa faute à elle. Le souvenir de cette longue absence n'était d'ailleurs pas plaisant à se remémorer. Sans vraiment se préoccuper de la façon dont sa réaction pourrait être interprétée, elle ne sut pas quoi dire et se mura dans le silence, préoccupée. Jusque là, elle avait remercié la Déesse d'avoir tenu son chevalier à l'écart, parce qu'elle soupçonnait une maladie qui touchait les jeunes hommes et aurait pu le frapper lui aussi. Maintenant qu'elle avait bien plus de mal à nier la possibilité qu'un esprit – quelle que soit son origine – soit mêlé à tout cela, elle se remettait à souhaiter sa présence. Il aurait sans doute su quoi faire.

L'arrivée de Slo'Anh la tira néanmoins de ses pensées. À bien y regarder, un groupe semblait s'être formé autour de Ludrick. Cela lui rappela qu'elle ignorait quels liens exacts pouvaient exister entre eux et à quel point ils étaient déjà proches ou non avant d'être rassemblés par leur enquête. Elle avait conscience que cette ambiance ne les aiderait pas à avancer, mais elle ne supportait pas l'idée de laisser les états d'âme de quiconque orienter ses conclusions. Elle en avait vu des criminels, elle avait parfois été amenée à siéger aux côtés de son père lorsqu'il rendait des jugements puisqu'elle était destinée à prendre sa suite : il était question de faits, et non pas de s'en référer à ses sentiments ou des impressions. Si gentil qu'il se soit montré, rien ne lui permettait d'affirmer que le jeune homme était innocent, encore moins après ce qu'elle venait d'entendre, si ce n'était sa propre parole. Et rien ne lui permettait non plus d'affirmer qu'il était coupable, pas plus qu'elle ne le souhaitait, mais qu'il soit entouré n'était pas une excuse pour le rayer de sa liste de suspects. Heureusement, même si le ton à l'égard d'Arkaï et elle n'avait pas été le même qu'envers l'Elimithois, elle sentait tout de même une volonté chez le petit groupe qui s'était formé de mettre le doigt sur la vérité, et elle espérait ne pas faire une erreur en décidant à présent de jouer franc jeu.

L'ancienne princesse hocha la tête face à l'insistance des deux nouvelles arrivées pour savoir ce qui avait mené à cette scène. "D'accord. Mais avant tout Ludrick, je tiens à te rappeler que tu es le fils du chef de la milice ! Tu ne peux pas te comporter comme si tu n'étais qu'un citoyen banal et comme si les gens pouvaient être persuadés que ce qu'ils peuvent te dire n'aurait aucune incidence pour eux." C'était plus fort qu'elle, son ton était devenu sévère. Quelque part et bien qu'elle ne puisse pas le lui dire, c'était aussi de sa propre expérience qu'elle parlait. En tant que dirigeante, elle avait occupé une posture particulière. Elle avait bien senti qu'autour d'elle, les gens ne voulaient ou ne pouvaient pas tout dire. Et si par le passé ce genre de comportement n'avait fait qu'accentuer sa solitude, elle voyait tout ça sous un nouveau jour à présent qu'elle était retombée dans l'anonymat. Le pouvoir créait une situation déséquilibrée. "Volontairement, ou involontairement en rapportant juste des propos à ton père, tu peux mettre les gens dans une posture délicate. Mais surtout, tu dois comprendre, plus que personne d'autre, que ce privilège ne doit pas te placer sur un piédestal, que tu n'as pas moins de raisons d'être soupçonné que n'importe quel autre villageois." Elle tâcha de reprendre un peu son calme avant de continuer à l'attention de tous. "C'est pour cette raison que je ne mentionnerai pas les personnes qui m'ont fourni les informations dont je vais vous parler. J'espère que vous le comprendrez. Vous n'aurez que ma parole." C'était en soi un risque qu'elle prenait, mais il lui semblait nécessaire pour avancer. Elle ferait pourtant ce qu'elle pouvait pour limiter les dégâts… "Je crains néanmoins d'avoir compris ce qui arrive…" Son regard s'attarda un instant sur Célyse. "Et ça ne fait pas plus plaisir qu'à toi d'imaginer un esprit lié à tout ça…"

Elle s'accorda tout de même un dernier petit détour avant d'aller droit au but. "J'aimerais juste revenir sur cette théorie à propos du Héros Link…" Comment formuler ses certitudes de façon crédible ? Pour nombre de raisons, il n'était pas question de laisser échapper devant tout ce petit monde son identité si elle pouvait l'éviter. Elle aurait aimé pouvoir leur dire : "J'y étais, si un tel événement s'était produit il y a cent ans, j'en aurais été la première informée" et ainsi dissiper les accusations qui touchaient son Link. Parce qu'elle était certaine que c'était impossible. Mais elle le ne pouvait pas, et ça l'obligeait à justifier de ses connaissances autrement. "Je m'intéresse beaucoup à l'archéologie, au passé, à l'Histoire… Je suis capable de déchiffrer les écrits de… d'avant la catastrophe. Je n'en ai peut-être pas l'air au vu de mon jeune âge, mais j'ai lu de nombreux livres anciens et récolté pas mal de témoignages. Je crois qu'un événement tel que celui-là aurait été relaté quelque part ou conservé par ceux qui ont connu l'ancien monde, ne serait-ce que pour éviter que quiconque rouvre ce puits. Mais je n'ai jamais entendu parler d'un tel épisode." C'était mince, mais elle espérait qu'ils pourraient lui faire confiance à ce propos. Ou qu'au moins la suite de ce qu'elle leur révélerait les pousserait à reconsidérer cette version. Elle jeta un coup d'œil à Célyse, curieuse de savoir si cela suffirait ou non, avant de reprendre. "Pour autant, je ne considère pas que tu sois folle, et après t'avoir entendue, je n'arrive pas non plus à écarter la possibilité qu'un esprit soit responsable de ce qui arrive…"

Mais elle devait d'abord repartir du début pour leur expliquer ce qu'elle avait appris, et surtout en quoi tout ça pouvait être lié à leur ami. "Comme vous le savez déjà, il y a deux puits à Elimith. Le premier est ancien et il a été condamné il y a un peu plus d'une dizaine d'année. Le second a alors été construit pour prendre sa suite. Mais récemment l'éboulement des mines l'a rendu inutilisable et les villageois n'ont eu d'autre choix que de rouvrir le précédent." Elle ne leur apprenait rien de nouveau jusque là, mais ça avait été le point de départ de son escapade en solitaire de la veille. "Ce que je n'arrivais pas à comprendre, c'était pourquoi le premier puits avait été abandonné puisque de toute évidence il est encore utilisable. J'ai cherché à comprendre ce qui s'était passé à l'époque et quel était ce fameux problème de stabilité évoqué par les gens." Parce que si le puits avait été dangereux au point qu'il faille en construire un nouveau, il lui paraissait étrange que ce fait soit négligé aujourd'hui.

"Apparemment, c'est lié à la disparition d'une jeune fille prénommée Maryl, qui devait avoir un peu plus d'une dizaine d'années et aurait eu plus ou moins l'âge de Ludrick aujourd'hui." Sur l'âge précisément, elle ne lui avait pas demandé de confirmation, aussi s'autorisa-t-elle un regard dans sa direction pour voir s'il acquiesçait. S'il ne lui en voulait pas trop pour réagir du moins, mais quoiqu'il en soit elle ne comptait pas arrêter là son récit et ça n'en changeait pas la suite. "C'était la fille des Bouviers. Ludrick m'a confirmé qu'il la connaissait et qu'ils s'étaient beaucoup côtoyés, même s'ils étaient en froid au moment de sa disparition. Quoiqu'il en soi, elle a disparu il y a 13 ans et à partir de là les avis ou les théories divergent." Il devenait difficile de donner une version unique des faits puisque la jeune fille n'avait pas été retrouvée. "Ce qui est certain, c'est que sa disparition a causé des tensions. À ce moment-là deux camps se sont créés : la famille souhaitait des recherches plus poussées, elle était notamment soutenue par Baldin qui n'était pas encore Bourgmestre. D'autres considéraient que l'enfant avait juste fugué ou était déjà morte et que ça ne valait pas la peine d'y investir trop de ressources. Alistair, déjà chef de la milice à l'époque en faisait apparemment partie, puisqu'il a pris la décision d'abandonner là les recherches." À nouveau, ses yeux se perdirent en direction du fils de l'intéressé. C'était une partie de ce qui l'avait poussée à se méfier du jeune homme. Qu'est-ce qu'un père ne serait pas prêt à faire pour protéger son fils ? Même sans imaginer Ludrick lui faire du mal de sang-froid, un accident aussi aurait pu pousser l'homme à vouloir éviter tout risque que l'affaire retombe sur lui. "Mais la famille de Maryl ne croit pas qu'elle soit partie seule dans la forêt. Sa mère était morte, pourquoi aurait-elle abandonné son père et sa petite sœur sans prévenir ainsi ? Elle était partie chercher de l'eau au puits pour une bête malade. Et on n'a retrouvé que son seau. J'ai du mal à comprendre que son sort n'ait pas préoccupé plus de monde. D'ailleurs, j'ai même eu l'impression qu'on avait cherché à les faire taire et accepter la version officielle sans poser de questions… Ils n'osent plus aborder l'affaire et le père ne peut presque plus marcher à cause d'un règlement de compte."

La suite découlait plus de ses propres déductions et de ses intuitions, mais elle continua tout de même sans le cacher. "Tout ça me pousse à penser que certaines personnes avaient tout intérêt à ce qu'on ne s'intéresse pas trop au sort de Maryl. Si on admet l'hypothèse qu'il ne s'agisse ni d'une fugue, ni d'un accident, ça prend du sens. Sinon pourquoi ne pas avoir au moins fouillé le puits ?" Si périlleux qu'il puisse être, après tout Ludrick avait apparemment pu descendre dedans la veille. Pas au fond, certes, mais avec les bons outils et pour une équipe de miliciens, est-ce que ça aurait été si impossible que ça ? Ne serait-ce que pour apaiser la famille, au lieu de fermer l'édifice et de le condamner. "J'ai aussi appris que Maryl était proche d'Onag, la fille des aubergistes, mais qu'elle avait des relations un peu conflictuelles avec les garçons de son âge. À présent, ceux qu'elle côtoyait doivent avoir entre la vingtaine et la trentaine." Et elle les considérait tous, sans exception, comme suspects. "Link…" Elle ne put s'empêcher de marquer une petite pause à la mention de son nom avant de reprendre pour clarifier. "… J'entends par là le grand frère de Sepharo, en faisait partie mais il était très jeune. La personne qui m'en a parlé semblait ne pas l'imaginer pouvoir faire de mal à Maryl, et il a lui aussi disparu peu de temps après."

Son visage passa en revue chacun de celles et ceux qui l'écoutaient avant d'admettre ce sur quoi son avis avaient changé. "Je n'arrivais pas à admette qu'il puisse s'agir d'un fantôme." Du moins, elle ne voulait pas. Ce n'était pas faute d'avoir croisé des esprits comme les Korogus qui pouvaient choisir à qui apparaître et elle avait elle-même maîtrisé la magie. Sur le principe, elle ne niait pas leur existence. Ce qu'elle redoutait, c'était l'idée d'être à présent impuissante face à la menace. "Mais imaginer tout ça comme une mise en scène pour éloigner les gens du puits semble un peu extrême. Et après avoir appris cette histoire de dent, et ce qui arrive à Sepharo…" Ludrick était le seul à avoir vu l'entité, et lui-même n'avait pas l'air sûr de ce qu'il avait vu. Mais s'il y avait un élément physique qui pouvait attester de la présence de quelque chose de surnaturel, et si même un des enfants touchés par le mal pouvait voir et parler à un être invisible… "Est-ce que vous en arrivez à la même conclusion que moi… ? Quelque chose qui s'est réveillé dans le puits, et qui s'attaque à des enfants d'une dizaine d'années…" Non pas un esprit scellé des centaines d'années auparavant, mais… "Est-ce que ça pourrait être Maryl ?"

Si c'était le cas, elle n'avait aucune idée de ce qu'ils pouvaient bien faire pour mettre un terme à ce qui lui semblait s'apparenter à une vengeance. "J'ai récolté le nom de tous les garçons qui auraient pu faire partie de son entourage et ont grandi depuis. J'espérais enquêter pour découvrir le ou les responsables. Évidemment, c'est difficile et délicat de confronter les suspects de façon trop directe… J'espérais aussi qu'Onag puisse nous en dire un peu plus sur Maryl et ses fréquentations..." Et si on considérait le puits comme la scène du crime, il lui semblait aussi intéressant d'y faire un examen plus approfondi. Elle se tut néanmoins en attendant de connaître la réaction de ses compagnons, non sans jeter un regard un peu inquiet en direction d'Arkaï. Sur cette histoire de fantôme et ces dernières conclusions, elle ne savait pas encore s'il la suivait. Ni s'il se sentait moins démuni qu'elle…


Arkaï


Inventaire

Le spectacle avait de quoi inspirer une scène de théâtre grotesque tant elle était caricaturale. Ludrick n'avait pas simplement réagit, il avait érupté. Son sursaut d'orgueil aurait pu désarmer Arkaï, si la situation eut été différente, car celui ci ne prévoyait pas un instant la coulée de reproches déversée à son encontre, des reproches difficiles à ne pas prendre à la dérision. Une remarque sur un héritage familial et une accusation à demi mots suffisaient à faire jaillir le volcan ? Soit l'élimithois, autant dire un paysan aux yeux du Sheikah, avait une fierté -d'aucuns diraient un égo- dignes d'un roi des anciens temps profondément mal placée, soit tout cela cachait quelque chose. La bête acculée grogne d'autant plus qu'elle se sent encerclée. Un léger rictus le fit grimacer tandis qu'il se demandait... Si on passait derrière le masque de colère, que verrait on sur le vrai visage du jeune homme ? Et que faudrait il pour l'ôter ? Au fond, il regretta une fois de plus de s'être mêlé à tout cela. En commençant leur enquête, il s'était permis de juger sévèrement la décision de Pru'ha, et sa froideur devant la souffrance du bourgmestre venu lui demander du secours. A présent, il comprenait. Sans doute ferait il comme elle si la situation venait à se reproduire. Les ingrats ne méritent pas qu'on les aide. Quand au serment Sheikah... il valait pour la famille royale, pas pour les paysans susceptibles et suspect. Serrant les poings sur sa dague, plus glacial que jamais, Arkaï se fit iceberg contre l'explosion toutes flammes dehors de celui qui avait été son camarade... Si tant est qu'il l'eut vraiment été ? Quoi qu'il en fut, son ultime explication ne le convainquit pas. Quand à ce que Zelda en pensait -et elle pensait largement mieux qu'un Arkaï fraîchement levé- le Sheikah attendit avec impatience qu'elle reprenne la parole.

Cependant, il fut surpris par l'arrivée de Célyse, ni vue ni entendue avant qu'elle ne l'ai visiblement décidée. Elle avait décidément le pas léger. A dire vrai, sa posture s'apaisa lorsqu'il pris conscience que la médecin était toujours sur le coup ; ils ne s'étaient pas croisés depuis un moment et il ignorait ce qu'elle pouvait savoir, mais si quelqu'un d'autre qu'eux avait pu avancer, c'était sans doute elle. Néanmoins le regard qu'elle leur lança, d'abord à Zelda et lui, puis à Ludrick, laissait assez peu de doutes sur vers qui allait sa sympathie. Il la considéra avec méfiance mais la laissa parler, dérouler son exposé des faits et sa théorie. Le récit des séquelles subies par Ludrick ne le laissa -pour être honnête- pas indifférent, mais il se ressaisit en considérant que si la chose au fond du puits l'avait agressé... ça pouvait être un signe de culpabilité de plus. En revanche, Arkaï encaissa difficilement le nom que Célyse prononça comme un clé de l'histoire. Link. Le Sheikah dut mobiliser tout sa maîtrise de lui même pour ne pas se tourner vers Zelda et trahir ne serait ce qu'un bout de leur secret. A présent, il ignorait vraiment comment son amie allait répondre. Cependant tout semblait indiquer qu'il s'agissait du frère du garçon malade. Zelda avait été claire ; Link n'était pas mort, en tout cas pas à l'époque, pas tel qu'on le disait.

D'ailleurs, Arkaï fut d'autant plus troublé que Célyse lui présenta l'histoire de cet homme comme une légende, passée de génération en génération dans les familles Sheikahs et que tout habitant du village caché était censé visiblement connaître. Pas lui. Si Zelda ne lui avait pas partagé ses souvenirs, ce nom ne lui aurait rien évoqué. Une fois encore, le village avait ses confidences dont il ne faisait pas partie. Pourtant le vieux maître n'était jamais avare en histoires... Décidément, il aurait quelques questions à poser si jamais il y retournait.

Célyse avançait les éléments les plus troublants de sa théorie quand elle fut rejoint par une créature qui, comme à chaque fois, ne manqua pas de mettre Arkaï dans un profond état de malaise. A la simple vue de ce Zora, un frisson d'effroi parcourut toute son échine et sa poigne se resserra de manière imperceptible sur sa dague. Au fond, il ignorait comment il pourrait simplement affronter une telle chimère alors que sa main tremblait simplement à sa vue. Il espérait profondément ne pas devoir en arriver là. Mais au fond, il faisait confiance à Célyse ; quelle que soit la vérité sur cette affaire, elle saurait en prendre le parti, même si Ludrick s'avérait compromis... Lui ou un autre d'ailleurs. Quand à savoir si le village suivrait les conclusions de quelques étrangers contre un membre de la communauté... Il en était de moins en moins certain.

Lorsque Zelda prit finalement la parole, il en fut réellement soulagé. Déjà parce qu'elle fut la seule personne à ne pas se tourner contre lui. Et ensuite, parce qu'à dire vrai, tout cela commençait à s'embrouiller dans sa tête. Tant de noms, de puits, d'époques, de non dits et de théories... Il rejoignait Célyse sur un point essentiel ; Ca n'était ni une maladie ni une affaire de simples villageois. Un fantôme du passé revenait prélever son dû. Elimith avait accumulé une dette de mensonge et ils étaient en train de la payer. Mais ce furent les conclusions de Zelda qui le convainquirent vraiment. Tandis qu'elle parlait, il dépassa Ludrick et vint se placer à ses côtés, bras croisés sur la poitrine. Il acquiesça sans fard lorsqu'elle demanda à l'assemblée son avis sur sa principale théorie. La pauvre Maryl. Morte, dans des circonstances tragiques, puis oubliée. A part sa famille éplorée pour la vie, nulle chanson, nulle prière pour elle... Et les coupables laissés tranquilles. Si il ne devait rien aux élimithois, Arkaï réalisa qu'il le devait au moins à cette petite fille qui avait eu moins de chance que lui. Aussi se décida-t-il à prendra la parole, d'une voix où perçait légèrement son émotion,

« Aye. Je te suis, Zelda. Je pense que ta théorie peut réconcilier tout ce qu'on a découvert chacun de notre côté. Personnellement, je vois plusieurs pistes de première importance : Onag, comme tu l'as dit... » commença-il à compter sur ses doigts tout en adressant un signe de compréhension à son amie « ...Mais aussi le père de Ludrick, qui a décidé de l'arrêt des recherches à l'époque et qui était dans une position centrale. Il doit savoir des choses... » Cette fois il n'eut pas un geste, pas même un regard vers le fils de l'intéressé, et il enchaîna vite avant d'éventuelles protestations « ... Et Soje. Du moins si vous n'avez pas déjà tiré tout ce que lui et sa femme savent de Link, le frère de Sepharo. L'esprit, à travers les protestations du gamin, a semblé accuser ce nom. Et il s'avère en plus qu'il a lui même disparu ! Ca fait beaucoup de faits... troublants. Pour ce qui est du puits... » Il se souvint en frissonnant de l'aura qui l'entourait et de l'état de Ludrick une fois remonté. « C'est trop dangereux d'y redescendre sans avoir quelque chose pour apaiser l'esprit., et je doute que son nom soit suffisant. Peut être que ce qu'il a fait à Ludrick n'était qu'un avant goût de ce dont il est capable... Et c'est un sort que personne ne mérite ici. »

Cela pourrait sans doute surprendre l'élimithois mais plus Arkaï se remettait les idées en place et moins il croyait à la culpabilité de ce dernier. En revanche, il commençait à voir la toile de mensonges et de non dits dans laquelle il avait grandi et de laquelle il allait devoir s'extraire si ils voulaient en finir avec cette tragédie. Il se tourna vers Ludrick et lui demanda, sans ironie, « Alors, qu'est-ce que tu dis de tout ça ? »