Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – En route vers le puits
[Quête Halloween - 2020] - Partie III - Team Trous
Fin de l'automne - 4 mois après (voir la timeline)
Elle s'était dit qu'elle aurait un mal fou à s'endormir, et pourtant dès qu'elle avait rejoint son lit improvisé chez Pru'Ha, Zelda s'était endormie comme une souche. Nul doute qu'elle avait bien besoin de cette nuit de sommeil après toutes ces émotions. En revanche, son sommeil fut parsemé de rêves étranges et inquiétants.
Elle se réveilla soudain en sueur. Elle venait de rêver que Link était arrivé à Elimith alors qu'ils logeaient encore chez Pru'Ha. Il arrivait tout juste du Village Cocorico et s'était excusé d'être parti sans l'avoir prévenue. À sa grande joie, il lui expliquait qu'il n'avait pas prévu qu'elle s'en aille ni de s'éterniser. Heureusement qu'Impa avait pu le remettre sur sa route. Elle lui pardonnait alors plutôt chaleureusement, mais le rêve tournait ensuite au cauchemar alors qu'elle remarquait qu'il se mettait à attraper une fièvre de plus en plus inquiétante. Elle comprit qu'elle n'arriverait pas à se rendormir. De toute façon le soleil commençait déjà à se lever et elle préféra aller se laver et se préparer pour une journée qui s'annonçait sans doute aussi longue que la précédente.
Dès qu'Arkaï fut debout et prêt lui aussi, ils se mirent en route jusqu'à chez l'apothicaire comme la veille. Ils s'étaient donné rendez-vous là-bas avec le jeune Elimithois qu'ils avaient rencontré. La jeune femme avait dans l'idée de faire valoir la cause de Sepharo auprès du vieux soignant, et d'en profiter pour lui demander de plus amples informations à propos des puits dont il leur avait parlé. Ensuite, ils devraient choisir un premier lieu pour enquêter.
Un fois que Ludrick les eût rejoints, elle prit la liberté d'aller frapper à la porte du vieil homme comme elle l'avait déjà fait. Elle avait beaucoup réfléchi à la façon de formuler les choses. Après tout, le médecin savait sans doute ce qu'il faisait et était le plus à même de déterminer qui avait le plus besoin de ses soins. Elle avait seulement peur que l'influence de Baldin ne l'empêche de prendre une décision nécessaire.
Lorsque Nikolas leur ouvrit, l'ancienne princesse s'excusa d'abord de l'incommoder. Il leur avait bien fait comprendre combien il était occupé, et il était difficile d'en douter avec ce qui se passait au village. "Je suis désolée de vous déranger aussi tôt. Promis, cette fois nous ne resterons pas longtemps. Je suis venue avec Arkaï ainsi que Ludrick que vous connaissez sans doute déjà." Elle savait qu'elle et son compagnon comptaient sans doute assez peu dans la balance, étant donné qu'ils n'étaient que de passage au village. Mais elle avait cru comprendre que leur nouvel allié qui avait grandi et vécu toute sa vie à Elimith occupait une place importante, ou du moins que c'était le cas de son père. Elle espérait qu'il ait plus de poids qu'eux dans les déclarations qu'elle allait faire en leur nom à tous.
"Je voulais seulement... Vous avez sans doute entendu parler de ce qui est arrivé hier sur la place du village. Cette pauvre Jenah..." Il était même probable que le vieil homme ait dû la soigner ensuite. Du moins c'était ce qu'avait promis le Bourgmestre ? Et il en savait sans doute plus que beaucoup de gens sur la façon dont les événements s'étaient enchaînés avant d'en arriver jusque là puisqu'il était parmi les rares à avoir été mis dans le secret. "Je sais combien le pouvoir peut parfois exercer une certaine... pression. Je voulais vous faire savoir que nous sommes plusieurs à être derrière vous." Il y avait de cela des années, elle aurait pu apporter plus. À présent, elle n'avait plus aucune autorité en la matière, elle pouvait seulement insister sur son soutien. Elle n'entendait pas lui dire quoi faire, il avait fait montre d'un certain caractère déjà, mais elle ne voulait pas qu'il se sente acculé. "Pour prendre la décision qui vous semblera la plus sage."
Mais ce n'était pas tout, et peu désireuse d'abuser du temps du docteur elle enchaîna sur la deuxième raison qui les amenait là. "Je sais que vous avez déjà examiné la possibilité d'un empoisonnement... Mais nous aimerions inspecter ces puits dont vous nous avez parlé." C'était une de leurs rares pistes. "Jenah a évoqué la voix du puits dont parlait son enfant, avez-vous une idée de quoi il s'agit... ?" La mère avait l'air persuadée de l'importance de ce détail, mais elle imaginait bien que pour l'homme de science en face d'elle, il s'agissait peut-être seulement des élucubrations d'un malade. Elle-même, qui avait pourtant maitrisé un temps une magie ancienne était perplexe. "Quant à ce dont nous avons discuté hier... Vous nous avez parlé de deux puits et d'un éboulement il y a 6 mois qui aurait bouché l'un d'eux. Avant cela le village se partageait donc les deux puits ?"
La sueur perlait sur tout son corps lorsque Arkaï se réveilla en sursaut. Tremblant de tous ses membres, il ramena sa couverture sur lui et se recroquevilla contre le mur du laboratoire. Avait il crié dans son sommeil ? En tout cas personne ne semblait s'être réveillé, tant le silence régnait sur la vieille bâtisse. A peine pouvait il entendre le vent galoper sur la colline, et s'échapper à son sommet, vers la mer. Le garçon sentit ses yeux s'embuer, en repensant au songe terrible qu'il venait de vivre... Le premier depuis au moins deux années, et d'un genre nouveau. Dés qu'il y pensait, dés qu'il se figurait à nouveau le visage mort de Zelda, il revoyait ceux des deux cadavres de la veille. Si jeunes. Innocents. Sur le moment, il avait sincèrement pensé pouvoir encaisser ça. Leur traits figés pour toujours, la pâleur de leurs joues. Mais ces visages le hantaient, alors que des larmes coulaient jusque sur ses lèvres.
"Tu y étais n'est-ce pas ? Au centre du village." Alistair avait aperçu son fils bien avant qu'il ne rejoigne l'auberge accompagné d'une trompe bien insolite dans le village. Il était évident qu'il était maintenant trop tard pour tenter de cacher la situation au jeune hylien. Il aurait aimé que Jenah ne provoque pas un scandale devant la demeure du Bourgmestre. Ludrick allait sûrement vouloir se mêler des problèmes concernant l’épidémie à présent, devenant impossible pour lui de protéger la chair de sa chair. Il craignait que celui-ci ne l'attrape en voulant aider les plus malchanceux.
"Oui, j'y étais." Il estima inutile de cacher la vérité à son père. Visiblement, il ne l'avait pas vu espionner le Conseil qui avait eu lieu tard dans la nuit. Fort heureusement pour lui. Le jeune homme s'approcha de son paternel, éclatant soudainement. "Si tu le sais, c'est que tu y étais aussi. Pourquoi tu n'as pas arrêté Auru ? Pourquoi tu laisses agir aussi librement une telle ordure ?! Pourquoi tu l'as pas encore passé au fil de ton épée ou enfermé dans une cellule ?! Tu cautionnes ses actes, peut-être ?!"
Alistair savait qu'un jour, Ludrick allait lui poser de telles questions. Il connaissait la bienveillance qui animait ses actes mieux que quiconque. Il était fier d'avoir élevé un homme bon malgré son inexpérience. C'est cela qui fit soupirer l'homme alors qu'il se résigna, à lui répondre. "Non, je ne cautionne pas ses actes. Il est protégé par la Bourgmestre et dans les faits... Auru a failli dépasser les bornes mais il ne l'a pas fait. Il a juste accompli ce pour quoi il a été engagé. Je ne pouvais agir." Il remarqua bien que le guerrier inexpérimenté fronça les sourcils à cette réponse. Son sens de la justice n'acceptait de telles paroles. Le géniteur reprit donc. "Auru n'a commis aucun crime qui a été prouvé. Il ne peut donc pas être condamné et je refuse de le tuer sans ça. Je ne vaudrait pas mieux que lui. Je ne tue pas par plaisir. Je tue parce que je n'ai plus le choix ou pour protéger ce qui m'est cher. Tu ne comprends peut-être pas pour le moment mais tu comprendras un jour."
Le jeune aventurier ne sut quoi répondre. Il savait que son père avait raison. Auru était une ordure mais décider arbitrairement de qui mérite de vivre ou de mourir ne rendait pas meilleur que lui. Il ne se sentait pas plus satisfait après cette discussion et il ne pensait pas que ça soit utile de la continuer. Il serra les poings alors qu'il s'en alla dans sa chambre pour se reposer.
Il aurait pensé que la nuit aurait été compliqué mais au contraire, Ludrick s'effondra de sommeil aussitôt qu'il s'était couché. Sa nuit fut agité et le sommeil très peu réparateur. Il lui semblait avoir cauchemardé mais il n'arrivait à s'en rappeler que vaguement. Il voyait le village en flamme, les maisons dévorées par les flammes, ses parents décapités et un homme au milieu de ce chaos. Un large sourire aux lèvres. Il prononça ces paroles "Tout.. Monde... Malades.. Problème... À la racine... Hahahahaha...". Le jeune homme s'était réveillé en sursaut, angoissé par l'horreur de ce rire. Il lui semblait reconnaitre l'homme mais il n'arrivait pas à se rappeler de son visage. Il estima inutile de se triturer l'esprit plus longtemps avec ça. Il avait déjà tant à faire aujourd'hui. Il devait rejoindre Zelda et Arkaï, les deux jeunes gens qu'il avait rencontré. Ils avaient décidés d'aller voir ensemble Nikolas avant d'aller regarder les puits. Il s’apprêta avant de les rejoindre au lieu de rendez-vous dont il fut le dernier arrivé. Il les salua d'un mouvement de mains et de son habituel sourire. Il était ravi de voir qu'ils s'étaient bien présentés à l'endroit convenu et qu'il ne se soit pas enfuit comme ils auraient pu le faire. De plus, Arkaï le réconfortait en démontrant sa détermination face au problème.
"Je vous remercie tous les deux. Ça me rassure de voir que des gens se soucient de notre situation." C'était dur pour lui de voir son foyer dans un tel état mais il restait fort pour ceux qu'ils voulaient absolument aider. "Ensemble, je sais qu'on pourra le faire."
Zelda prit les devant en parlant en première à Nikolas. Il prit la parole après eux pour pousser l'apothicaire à leur faire confiance. Après tout, l'homme l'avait vu naître, il devait sûrement accorder un certains crédit à ses paroles. "Vous pouvez leur faire confiance, Nikolas., dites-leur ce que vous savez. Et pour te répondre Zelda, non. avant cela, le puits qu'on utilise actuellement était fermé. Il a été rouvert suite à l'éboulement de l'autre puits." Il connaissait déjà ces informations donc il se permit de répondre à la place du vieil homme. "Je connais leur emplacement aussi. C'est moi qui fournit ma maison en eau de temps en temps." Il se tourna ensuite vers l'interlocuteur pour lui adresser la parole. "Par contre, vous êtes plus sage et âgé que moi donc vous devez sûrement en savoir plus que moi sur les trous de sorcières. Ils sont bien appelés "Puits", n'est-ce pas ? Que savez-vous d'autres dessus ?"

Vieux, désagréable et sec, Nikolas n'est pas exactement l'homme le plus avenant de la Cité-Commerce. Et pourtant, le vieillard compte parmi les citoyens les plus appréciés d'Elimith : c'est le guérisseur local, connu pour son expertise, son sens de la droiture et sa générosité. Pour bien des familles, il est devenu un confident ; à l'image d'un vieux grand-père un peu grincheux que personne ne voudrait voir partir. Personne, sinon Auru, l'un des gros-bras du Bourgmestre, dont la violence a été souvent dénoncée par le soignant, quitte à engendrer un vent de révolte chez les métayers. Son honnêteté semble toutefois l'avoir mis dans l'embarras : il entretient désormais des relations difficiles avec son fils adoptif et se sait surveillé dans chacun de ses déplacements.
Un sang sombre, qui maculait désormais sa main droite venue à la rencontre de son front, poissait son pouce, son majeur et son index. De contrariété autant que de peine, il grogna sourdement, avant de s’engager dans le colimaçon qui longeait les vieux murs de pierre jusqu’au rez-de-chaussée. Pas après pas, il amorça la descente, l'œil rivé sur le malade qui occupait encore l’une des deux tables d’opérations qu’il était en mesure de mettre à disposition. L’autre, espérait-il, reviendrait à Sépharo ou au jeune fils du pêcheur. Si le Bourgmestre le permettait. De cela, il n’était pas sûr : si prospère avait pu se montrer la cité depuis l’avènement de Baldin, l’ancien métayer avait toujours cherché à protéger les siens. Parfois, cela impliquait de veiller sur les enfants des autres ; mais en l’état actuel des choses, il craignait que le recul du chef de Cité ne soit plus tout à fait le même.
A l’évidence, la charge menée contre son vantail n’avait pas su réveiller le jeune garçon, que le lait de pavot avait fini par plonger dans une torpeur moite et - d’apparence, au moins - sans rêve. Pour une fois, il avait l’impression de prendre peu à peu le pas sur la maladie. Il n’aurait su dire si c’était là les effets des extraits de plantain, de sauge ou de souci, mais l’un ou l’autre des remèdes qu’il avait travaillé semblait aider le pauvre hère.
Finalement, le vieil Apothicaire gagna la porte de bois de frêne qui fermait l’accès à sa masure. Craignant qu’un marmot ou qu'un autre adolescent ne requiert ses soins immédiats, il en fit sauter les verrous aussi vite que faire se peut. Le sang qui goûtait désormais le long de son nez et devant ses yeux ne lui facilita pas la tâche.
Grinçant doucement, le battant rongé par les âges finit par dévoiler trois visages qu’il connaissait, mais qu’il eut d'abord du mal à reconnaître, faute d’avoir pu chausser sa lunette. Sitôt la porte entrouverte, un air lourd, étouffant et électrique investit sa demeure. Sur sa nuque, il sentait venir la main froide d’un hiver cruel et lesté de grêlons.
Bientôt, l’étrangère le héla ainsi qu’elle l’avait fait la veille, à peine plus tôt. Et l’assura de son soutien, avant de l’interroger de nouveau, sur le puits dont ils avaient apparemment parlé la dernière fois qu’ils s’étaient vus ; dont il avait sans doute été question sur la Grand-Place, alors qu’il avait quitté l’enceinte de l’ancienne Ville-Close. Pris au dépourvu, l’esprit encore passablement embrumé, Nikolas ne saisit pas immédiatement l’intégralité des nuances qu’elle cherchait à lui faire passer. Il avait bien sûr entendu évoqué ce qui était arrivé à Jenah, mais on ne l’avait pas laissé la voir dans l’immédiat : la pauvre femme n’était pas en état de recevoir la moindre visite, avait insisté Auru. L’Apothicaire n’avait pas eu besoin de plus de précisions pour comprendre la dimension politique de sa mise en détention.
Inspirant profondément, il s’apprêta à répondre à la jeune femme aux cheveux d’or, mais fut rapidement coupé par son compagnon Gerudo. L’espace d’un instant, il crut deviner, derrière sa demande, une bravache évidente — une esbrouffe mal à propos, accompagnée d’un brin de défi. Ses dents grincèrent en silence tandis que ses naseaux crachaient, sans bruit, le fruit de sa frustration. L’avait-on vraiment tiré du lit pour si peu ? Le dernier coup de butoir vint avec Ludrick : le jeune Elimithois, dont il avait aidé à la naissance il y a 23 printemps de cela, décida - avec toute la candeur dont il savait si souvent faire preuve - d’adresser pour lui les questions de ses camarades. La coupe pleine, le vieil homme referma brusquement la porte de son logis, sans un mot d’explication.
Il n’avait pas l’intention de les laisser en plan.
Pour autant, il n’entendait par leur répondre avant d’avoir retrouvé sa vieille lorgnette.
Se frottant les yeux avant de gagner l’établi, le thaumaturge eut tôt fait de mettre la main sur le petit morceau de bois sculpté dans lequel avaient été engoncés deux perles de verre ciselé, qu’il lui fallait souvent revêtir en début et en fin de journée. Ainsi équipé, il revint promptement se présenter devant les trois impertinents diables qui sollicitaient son aide. Une seconde fois, le battant de frêne crissa.
S’accordant une longue inhalation, il entreprit enfin de leur répondre.
"Elimith compte effectivement deux puits, mais ils n’ont jamais été utilisés en même temps. Il y a des années, le premier a été fermé parce qu’il menaçait de s’effondrer de l’intérieur. Florène, la doyenne du village et la compagne d’Opar, pourrait certainement vous en dire plus à ce sujet", lança-t-il d’abord, d’une seule traite. Il avait rarement parlé aussi vite, mais il n’attendait plus qu’une chose : regagner le matelas de paille qui l’attendait à l’étage. « Pour ne pas avoir à se reposer uniquement sur la rivière parfois salie, par la teinturerie notamment, le Bourgmestre de l’époque a décidé de la construction d’un nouveau puits, en amont de la vallée. Celui-ci est condamné depuis des mois, après l’accident dans les mines qui a déclenché un éboulis », reprit-il encore, sans donner plus de précision sur la façon dont s’étaient déroulés les événements : il n’ignorait pas, à l’inverse peut-être de Ludrick, que la citerne avait été involontairement scellée par l’intérieure.
Le vieillard s’autorisa une seconde respiration. Son regard, jusqu’alors resté exclusivement fixé sur Zelda, revint à l’Elimithois, ignorant sans subtilité le Gerudo dont il n’avait pas oublié les réflexes guerriers de la veille. Cette fois, il s’exprima plus lentement ; mais garda la porte tout juste entrouverte.
"Je suis surpris par ta question, Ludrick", reconnut-il d’abord, étonné que le jeune homme ne se souvienne pas d’un nom pourtant très commun et utilisé par l’intégralité des habitants de la Cité-Commerce. Sincèrement inquiet pour le jeune homme, il pensa un instant à lui demander si le Moblin qu’il avait rencontré et qui lui avait volé son épée ne l’avait pas blessé à la tête. « L’endroit où le Bourgmestre et ton père font jeter les détenus est effectivement appelé ainsi. Les trous ont été creusés par les Anciens, à une époque que nulle ici n’aurait pu connaître, pour des raisons qu’aucun ne saurait aujourd’hui expliquer », déclara-t-il alors, non sans repenser à quelques-uns des plus superstitieux qui habitaient la ville blanche. « Certains, de ceux qui aiment les contes de fées, prétendent qu’on enfermait autrefois des êtres maléfiques dotés de pouvoirs inexplicables dans ces trous. Ce ne sont que des légendes, que racontent les uns pour effrayer les autres lors des veillées, mon garçon », détailla-t-il ensuite. « Il n’y a malheureusement pas besoin d’aller chercher dans les mythes pour trouver la racine de ce genre de cruauté », regretta-t-il ensuite, essuyant du dos de la main la tâche carmin qui s’étendait de plus en plus sur sa gueule, l’air ailleurs.
Puis, revenant soudainement à lui, il lança sans chercher un instant à paraître courtois : « Puisque tu sais maintenant où aller, je te laisse guider tes nouveaux amis vers tes nouvelles aventures. J’ai à faire de mon côté. »
Dans un bruit sourd, le frêne avala une fois le vieux soignant, avant de frapper durement le portique auquel il était accroché. La porte ne se rouvrirait pas.
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La jeune femme se rendit également compte que Ludrick avait la réponse à une de ces questions. Ils avaient beau avoir été un peu secoués la veille et être portés par un sentiment d'urgence, elle se sentit un peu bête de ne pas avoir pris le temps de plus se concerter avec ses acolytes avant de frapper à la porte du médecin. Au fond, elle n'avait pas souvent eu l'habitude de travailler en équipe. Le sentiment de jugement qu'elle avait vécu l'avait souvent poussée à faire bande à part, et les Prodiges étaient ce qui s'en était le plus approché mais avec le recul l'ancienne princesse ne pouvait pas vraiment prétendre avoir été une chef exemplaire. Et le seul membre restant de ce groupe l'avait abandonnée sans explication.
Pourtant, la porte qui claqua devant eux n'était pas vraiment ce à quoi elle s'était attendue, et elle eut inévitablement une impression de déjà vu. Elle avait sans doute aussi un peu oublié depuis le temps les bonnes manières et les horaires convenables pour faire irruption chez les gens. Ne sachant trop que faire, elle se tourna avec un visage démuni face aux deux jeunes gens qui l'accompagnaient. Au moins avaient-ils pu faire part de leur soutien au médecin, mais pour ce qui était de leurs questions… Heureusement, le bruit de la porte se fit finalement entendre une fois de plus et elle pivota derechef pour voir apparaître l'apothicaire avec une paire de lunettes sur le nez. Elle comprit alors qu'ils lui avaient sûrement provoqué un réveil un peu soudain. Une part d'elle se promit qu'une fois la situation arrangée, elle trouverait un moyen de se faire pardonner pour ce manque de civilité.
Elle n'osa pas vraiment le questionner sur le sang qui poissait son front, après tout c'était lui le médecin et il n'avait pas l'air de s'en soucier outre mesure. À la place, elle écouta d'une oreille attentive les informations qu'il leur révélait avec un débit rapide, l'air pressé d'en finir avec leur visite. Il ne fallut d'ailleurs pas longtemps pour qu'après avoir répondu également au jeune Elimithois, il ne leur ferme une fois de plus sa porte au nez, définitivement.
L'Hylienne resta un instant immobile, réfléchissant aux nouvelles informations à assimiler. Quand elle fit à nouveau face à ses compagnons d'enquête, elle avait un air décidé. Ce qu'elle allait leur annoncer ne faisait pas partie de leur plan initial, et une part d'elle sentait que ça risquait de ne pas plaire à Arkaï mais c'était la solution la plus efficace à ses yeux.
"Opar, c'est le nom du gérant de l'auberge n'est-ce pas ?" Le bâtiment n'était qu'à quelques pas de là, et il lui paraissait dommage de ne pas interroger quelqu'un qui en savait plus sur le sujet et qui avait peut-être plus de temps à leur accorder. "Je vais aller voir cette Florène pour lui demander si elle peut nous fournir plus de précisions sur l'histoire des puits."
Pour autant, il se pouvait que cette entrevue ne donne rien d'intéressant et il lui semblait que tous se rendre sur place serait une perte de temps alors qu'il leur était peut-être compté. "Pour ne pas perdre de temps, j'irai seule, et vous pourrez commencer l'inspection des puits sans moi." Après tout, l'auberge était en plein milieu du village et elle n'avait pas l'impression qu'il puisse s'agir d'un endroit dangereux. Les puits en revanche étaient plus éloignés et il était impossible de savoir ce qu'ils y trouveraient. Ils ne seraient pas trop de deux non plus si l'inspection nécessitait des travaux manuels.
De plus, elle se disait que la dame qu'elle allait rencontrer se sentirait peut-être moins acculée si elle se présentait seule face à elle. Après tout, la veille ils avaient surtout inquiété les parents du jeune Sépharo. Et si Ludrick pouvait mettre les habitants en confiance c'était aussi le mieux placé pour servir de guide pour trouver rapidement le puits qu'ils décideraient d'inspecter en premier ou pour apporter d'éventuelles précisions sur ce qu'ils y trouveraient. "Dites-moi seulement où vous comptez vous rendre d'abord, et je vous rejoindrai dès que j'aurai terminé." Pour ce qui était de trouver le bon chemin, elle pourrait toujours poser la question également. Et si elle se perdait… "Si je n'arrive pas à vous trouver, je reviendrai ici pour vous attendre sur la grand place."
Se tournant vers Arkaï spécifiquement, elle ajouta avec un sourire qui se voulait rassurant "Tout ira bien, je ne serai pas longue et je ne risquerai rien."
"On aurait peut-être pas dû le déranger..."
La porte se rouvrit soudainement devant eux, le vieil homme apparu avec ses lunettes sur le nez. Il semblait prêt à répondre à leurs questions. Ludrick avait pu paraitre idiot aux yeux de apothicaire mais il cherchait confirmation sur ce qu'il savait déjà à propos de la prison. Et comme il le pensait, Nikolas confirma tout ceci. Plus il rassemblait des informations et plus la piste d'une malédiction séduisait l'esprit du jeune homme semblant bien plus superstitieux que ses alliés. Le jeune homme caressa le pommeau de sa dague tout en semblant en pleine réflexion. Il se demandait si il était possible qu'un descendante des sorcières ou même une survivante de ce temps ne chercherait pas à se venger du village. Ce qui était sûr, c'est que même Nikolas n'arrivait pas à trouver la source de la pandémie.
Il fut sortit brutalement de sa réflexion en entendant Arkaï se mettre soudainement à hausser le ton. Il observa la scène, les yeux écarquillés, il avait du mal à comprendre le sujet de son inquiétude. Il semblait terriblement soucieux à propos de Zelda. Peut-être lui était-il redevable pour quelque chose ? En tout cas, il appréciait de voir l'homme se soucier autant de l'état de sa camarade. Cela lui réchauffait le cœur de voir ceci mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il tentait de trop couver la jeune femme. D'un point de vue complétement extérieur et ignorant comme celui du Guerrier, elle semblait parfaitement capable de prendre soin d'elle. Il finit tout de même par se demander quel était le sujet de son inquiétude. Il se rappela soudainement qu'il était question qu'elle se rende à l'auberge, ce qui ne manqua pas de créer une certaine angoisse chez Ludrick. Une certaine personne, bien trop dangereuse, avait pour habitude de s'y rendre depuis l'arrivée du Zora. Il savait ce qu'il avait pour habitude de faire aux femmes, il avait entendu les rumeurs mais surtout, il l'avait déjà entendu parler d'Opar. Il s'approcha de Zelda pour lui adresser la parole.
"Très bien, je suis d'accord pour se séparer. On ira bien plus vite. Cependant..." Ludrick posa une main sur l'épaule de l'Hylienne. Il semblait bien plus sérieux qu'à l'ordinaire. "Si tu croises Auru à l'auberge, évite-le absolument. Vous n'avez vu qu'une partie de ce qu'il est capable. S'il te parle, ignore-le. S'il te touche, ne le confronte pas, pars et, surtout, s'il te suit..." Ludrick plongea ses yeux bleus dans les siens, il ne rigolait pas. Il ne disait pas ses paroles à la légère. "Prends à gauche en sortant de l'auberge et monte la pente qui mène au repaire de la vieille dame. Ma maison s'y trouve, c'est celle à l'écart des autres avec un toit vert, tambourine à la porte en disant que tu veux parler à un Alistair et que Ludrick t'envoie. Il devrait te lâcher." Peut-être que Ludrick s'inquiétait trop mais il ne pouvait s'empêcher d'être envahi d'une intense angoisse en pensant à Auru. Cet homme provoquait une peur que le guerrier n'avait jamais vécu. Même le Moblin qu'il avait rencontré quelque semaines plus tôt ne lui avait pas provoqué un tel effet, après tout, il savait que c'était un monstre, c'était dans sa nature de commettre les pires vices mais le garde du bourgmestre était un humain et qu'il soit quand même capable des pires atrocités était exactement ce qui le terrifiait. Si le temps ne leur était pas compté, il ferait demi-tour pour accompagner Zelda mais ils ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps. Des vies étaient en jeux. Chaque seconde perdues pourrait être décisive. Il laissa ensuite s'éloigner des deux hommes restés sur place. Le Gerudo fut le premier à parler, Ludrick tourna la tête vers lui pour l'observer.
"Effectivement, le premier puits semble une bonne première piste. " Son interlocuteur ne tarda pas à s'excuser de la façon dont il avait parlé de son village. Il ne pouvait lui en vouloir. Il savait très bien que des personnes dangereuses pouvaient rôder dans le village. "Pas besoin de t'excuser. Je sais bien qu'Elimith peut se révéler aussi dangereuse que n'importe quel endroit." Il ne pouvait s'empêcher de repenser à la scène à laquelle ils avaient tous assistés la veille. Son visage s'assombrit à peine la pensée lui avait traversé l'esprit. "Moi-même, j'ignore beaucoup du monde extérieur en dehors de ce territoire. Nous sommes similaires, en un sens, tous les trois." Il sourit à Arkaï en s'étonnant du point commun qu'il échangeait avec lui et Zelda. "Allons-y." Ludrick entama la marche dans le village pour guider son compagnon jusqu'au puits récemment scellé.
Alors qu'ils marchaient en direction de leur destination, Ludrick fut agréablement surpris par le compliment à propos de sa dague. Cette arme faisait sa fierté familiale, il était donc toujours appréciable de voir quelqu'un d'autre en reconnaitre la valeur. Malgré tout, il ne put s'empêcher de se sentir insulter par la deuxième partie de la question du jeune homme. Il avait l'impression qu'il lui indiquait indirectement qu'il était indigne d'une telle arme. Il mit tout de même ça sur le compte d'une maladresse de sa part et ne s'en préoccupa pas plus que ça. Il s'apprêta à lui répondre quand il enchaîna, taquin, en lui demandant s'il savait s'en servir. L'Elimithois soupira un grand coup alors que sa poigne se resserra sur la poignée de sa lame. Il était évident qu'il ne cherchait pas à lui faire du mal mais malgré ça, il ne pouvait calmer cette impression qu'il crachait sur l'héritage de sa famille, ce qui avait pour effet de fortement agacé le jeune homme d'habitude si calme. Le coup de grâce fut quand il afficha fièrement son arme aux allures de manufacture Sheikah. Il s'arrêta brusquement au milieu de la route, pour lui faire face.
"Écoute Arkaï..." Il s'efforça de rester calme, il ne fallait pas qu'il envenime les choses avec son allié. C'était inutile. "Cette dague est ma fierté. Ma famille la possède depuis longtemps alors ça m'énerve que tu insinues que je l'ai bêtement trouvé par terre. Et puis, évidemment que je sais m'en servir. Ces deux lames ne sont pas là pour décorer, mon père m'a entrainé pour être un guerrier." Il ne put s'empêcher de froncer les sourcils alors qu'il parlait. "Ne t'avise plus d'insulter mon héritage, s'il te plaît." Il tourna aussitôt les talons, terminant les quelques mètres les séparant du puits, sans prêter plus que ça attention à son camarade.
Arrivé au puits, Ludrick estima qu'il valait mieux calmer l’ambiance pesante qui s'était installé quelques minutes plus tôt suite à leur très légère prise de bec. Il se frotta les paupières avant que sa main ne caresse les contours de son visage tout en descendant pour se ressaisir avant de s'adresser au jeune homme l'accompagnant. "Je suis désolé. J'aurais pas dû m'emporter. Je suis persuadé que tu ne voulais pas m'insulter. C'était idiot de ma part." Le guerrier tendit sa main vers lui en signe de bonne foie de sa part et surtout, symboliser une réconciliation.
Une fois ceci fait, il s'approcha du puits, se penchant au dessus. Il en observa l'intérieur. L'éboulement semblait profond dans la structure. Il fallait descendre pour être certain qu'il soit impossible de rejoindre les mines en dessous. "Les parois semblent praticables. Je vais descendre et je te dis ce que je trouve." Ludrick commença donc le descente du puits en s'accrochant au pierre dépassant de la paroi. Il avait l'habitude de par les très nombreuses escalades qu'il avait déjà réalisé, parvenant même à grimper aux arbres semblant les plus impraticables. Au bout d'une dizaine de mètres, il arrive sur le dessus de l'éboulement, bouchant l'intégralité de l'accès à la mine sans espoir d'y parvenir. Il tenta tout de même de bouger le "sol" sur lequel il se trouvait mais sans grand succès. "Impossible d'accéder à la mine d'ici ! Je remonte !". Et il fit "marche arrière" regagnant l'entrée du puits. C'est ensuite qu'avec l'aide d'Arkaï, ils fouillèrent les alentours du puits, se révélant aussi peu fructueux que sa descente dans les puits. Deux choix s'offraient à eux : Rejoindre directement le deuxième puits ou aller voir où en était Zelda avec Opar.
"On devrait rejoindre le deuxième puits ou aller rejoindre Zelda. Il n'y a rien ici et l'entrée des mines se trouve à deux jours de marches d'ici. On arrivera pas à déboucher l'éboulement et se glisser dedans, c'est une perte de temps."
"Tu pourrais passer à la maison après tout ceci. On en a d'autres. Pas comme ma dague, elle est unique, mais quand même."
Son compagnon semblait être d'accord avec lui sur la prochaine destination. Qu'ils soient sur la même longueur d'onde à ce sujet évitait bien des problèmes qui leur feraient perdre du temps. Malgré que Ludrick était inquiet pour la situation de leur troisième compagnon, Zelda, il lui faisait confiance. Elle avait l'air débrouillarde, elle saurait s'en sortir avec Florène. Cette vieille dame avait la réputation d'avoir les oreilles qui trainent partout, un talent utile en tant que femme d'aubergiste. C'était bien autre chose de plus imprévisible qui l'inquiétait. Il tenterait de jeter un coup d’œil vers la demeure du Bourgmestre en repassant devant celle-ci, il voulait savoir comment les choses se passaient. Le guide temporaire entama donc la marche pour indiquer le chemin à suivre à Arkaï. Quand les deux hommes passèrent au centre du village, Ludrick ne manqua pas de tourner la tête vers la maison de Baldin pour vérifier qui la gardait et à sa grande surprise, ce fut Datoh et Mutoh. Auru n'y était plus et ne se trouvait pas sur la place. Ne pas connaître sa position ne manquait pas d'inquiéter le jeune homme. Personne ne se trouvait dehors à cette heure-ci, tout le village était endormi à l'exception des personnes préparant leur boutique pour l'ouverture et des métayers travaillant à l'extérieur, il le verrait forcément au loin mais rien. Il évita d'en parler à Arkaï, ne voulant pas inquiéter plus que nécessaire son allié. Il semblait beaucoup s'inquiéter pour son amie et Ludrick avait peur de sa réaction s'il lui disait que le plus dangereux des gros bras du Bourgmestre avait disparu.
Le guerrier sembla étonné quand il lui posa des questions sur sa famille. Cependant, ça ne le dérangeait absolument pas d'y répondre. Sa famille avait toujours été une fierté pour lui. Il lui adressa un léger sourire avant de répondre à ses questions tout en traversant le village.
"Ma mère ne travaille pas, elle est femme au foyer. Mon père est chef de la milice du village, il entraine les recrues et décide des expéditions. Il chasse aussi pour le village lors de ses jours de repos.. Ou alors, il me frappe avec une épée en bois pour m’entraîner." Il ne put retenir un léger soufflement de nez quand à cet anecdote. Il ne comptait plus le nombre de bleus provoqué par ses sessions, cependant, il ne lui en voulait pas. C'était tout ça qui avait forgé l'Elimithois. "Je suis né ici, oui. C'est Nikolas qui s'est occupé de ma naissance. Beaucoup des villageois m'ont vu grandir... Même s'ils devaient me trouver bizarre."
Il n'eut pas le temps d'en dire plus qu'ils arrivaient près du puits. Arkaï stoppa soudainement l'hylien de son large bras contre lequel il se cogna, ne l'ayant pas anticipé. Un léger "Oof" témoignant de sa surprise se fit entendre de Ludrick. Il suivit son compagnon, frôlant le mur à ses côtés jusqu'à atteindre le bord de celui-ci. Il pencha la tête en dehors du pan de mur pour observer ce qui se trouvait derrière. C'était Soje, faisant de lourds efforts pour déplacer une pierre, bouchant le trou. Ludrick aurait juré qu'elle n'y était pas hier et estima donc que des villageois avaient dû venir le boucher en entendant parler de la voix du puits. Cela allait forcément retarder leur avancée, ce qui ne manqua pas de le faire pester.
"Bon si t'as eu une altercation avec lui, on va éviter de le rendre méfiant en te voyant arriver. Reste ici jusqu'à ce que je te fasse signe de venir, je m'en occupe." Ludrick se sentait peiné en voyant le quinquagénaire autant se démener. Il savait très bien ce qui nourrissait ce désespoir dont il se servait pour continuer à avancer malgré sa peine. Le teinturier avait déjà perdu un fils de trop, il ne voulait pas en perdre un second. Il ne pouvait pas comprendre une telle douleur et il ne le pourrait sûrement pas avant très longtemps mais il ne pouvait s'empêcher de compatir. Plus jeune, il avait tenté à plusieurs reprises de jouer avec son fils du même âge que lui avant la terrible tragédie. Il n'avait jamais réussi et donc il pensait qu'il l'évitait comme tous les autres enfants du village. Il ne voulait pas voir le vieux teinturier perdre un autre enfant. Sauver Elimith semblait bien abstrait, en réalité. Alors qu'empêcher Sepharo de succomber à la maladie était bien plus concret. "J'y vais. Je vais lui parler de toi et lui dire que t'es là pour aider à aller au bout de tout ça pour soigner son fils de la maladie."
Ludrick finit par quitter leur cachette pour rejoindre le teinturier. Il l'interpella au loin, pour éviter de trop le surprendre. "Soje ! Toi aussi, ces histoires de puits t’intriguent ?" Il s'approcha de lui, son large sourire amical aux lèvres. Il était là pour l'aider et il était déterminé à lui prouver. "Laisse-moi t'aider avec cette pierre. Plus vite ce sera fait et plus vite tu pourras retourner aux côtés de ton fils." Il déposa une main sur l'épaule de l'homme alors qu'il arrivait à ses côtés. Son visage prit une expression bien plus sérieuse. "Je te promets que je ferais tout pour trouver une piste à la guérison de cette maladie de malheur... Je ne connais que très peu Sepharo mais je veux pas le voir mourir. Il en est hors de question." Le guerrier déposa ensuite ses mains sur la proie rocailleuse de la pierre et tenta de la pousser pour jauger le poids de celle-ci et à deux, ils aurait bien du mal. "Cette pierre est lourde... Je connais quelqu'un qui pourrait nous aider." Il rentra dans le vif du sujet, y allant doucement pour ne pas brusquer l'homme. "Je crois que tu le connais mais je te promets que lui aussi est là pour empêcher Sepharo de subir plus longtemps les effets de cette malédiction. Nous devons nous entraider, c'est notre seule chance." De loin, Ludrick fit signe à Arkaï de sortir de sa cachette pour venir les aider. Il espérait sincèrement qu'il ne se braquerait pas à la vue du géant.

Excentrique, étrange, effrayant... Les qualificatifs ne manquent, dès lors que l'on parle du teinturier d'Elimith. Soje, c'est son nom, est considéré comme un véritable hurluberlu, qui cache sa souffrance derrière un masque de bonhommie et d'optimisme. Il est vrai que la vie n'a pas été particulièrement tendre avec l'artisan, qui a déjà perdu un fils et dont le commerce est menacé en raison de dettes. Le couple qu'il forme avec Seym, la couturière, maintient le navire à flot pour elle comme pour lui.
Une fois de plus, il s'échina sans arriver à rien.
"'Tudieu...", pesta-t-il non sans siffler entre ses dents, le front poissé d'une sueur luisante. La charge était lourde, bien trop pour un seul homme, et il s'acharnait depuis plus longtemps qu'il n'aurait su le dire. Mais il n'avait aucune intention de laisser son enfant s'en aller ; aussi s'il lui fallait déplacer des montagnes pour en apprendre davantage sur la fameuse "voix du puits", il le ferait. Epongeant brièvement sa gueule burinée par les années, l'artisan s'accorda une petite seconde pour souffler, puis inspirer. Maudissant en silence les idiots qui avaient décidé de boucher la cavité, il recommença à pousser.
Percées de quelques éclaircies atones, les nues semblaient se rire de lui et de son incompétence. Le père de famille bataillait en vain tandis que la longue hampe qui lui servait d'appui se lézardait un peu plus à chaque tentative. Le bois était encore vert, pourtant, mais les marauds avaient mis du cœur à la tâche et semblaient s'être assurés que nul ne percerait à jour les secrets du puits. Où que personne, peut-être, n'aurait de nouveau à faire face à sa gueule vorace. « 'Chier ! », jura-t-il avec rage, jetant au sol la paire de gants de cuir qui couvrait ses paumes jusqu'à lors. Dans un mouvement d'humeur qu'il n'aurait su contenir, Soje se jeta corps et âme contre la roche. Dans un bruit sourd, son épaule percuta le minéral avec force, sans pour autant le faire ne serait-ce que trembler. « Fais chier, putain ! », cracha-t-il à nouveau, les yeux chargés de larmes qui se refusaient pour l'heure à dévaler en rigole ses joues fatiguées.
Une seconde fois, il chargea la roche comme un taureau. Les pleurs amassés dans le coin de ses paupières l'aveuglaient presque, mais il n'en ferait rien.
Il ne partirait pas sans être certain d'avoir sauvé son garçon.
Un soleil austère s'était indolemment levé, abreuvant peu à peu la Cité-Commerce d'une lumière acariâtre aux aigres éclats amer, quand le fils d'Alistair vint à lui. Epée et coutelas d'or à la ceinture, le bretteur était enveloppé d'un gambison noir comme la nuit que l'artisan connaissait bien, pour l'avoir teint lui-même. Ses longs cheveux châtains enchâssaient deux pupilles turquoises et l'un des sourires les plus connus de la Ville-Close... Qu'il n'était pourtant pas sûr de vouloir voir dans l'immédiat. Sans doute le jeune homme était venu lui signifier, envoyé par le Kāpitan, qu'il perturbait avec ses efforts la paix de la Ville-Blanche. Depuis les évènements de la veille, tout Elimith avait été frappé d'hystérie et la famille de Ludrick n'était guère connue que pour sa tendance à la diplomatie. Le vieux patron de la milice avait pour mission de garantir l'ordre entre les murs du bastion. Parfois, cela impliquait aussi de rouler des mécaniques.
"Suis 'cuppé, mon garçon", souffla Soje, se relevant tant bien que mal, après s'être autorisé un cours instant de répit. Mais avant qu'il n'ai le temps de rassurer sur ses intentions, Ludrick lui fit part des siennes. Il n'entendait pas le menacer ainsi que l'avait été Jenna avant qu'elle ne lève la serpe sur Baldin — il voulait l'aider. Le visage décomposé de surprise, le Teinturier balbutia un instant : « Je... euh... Mer — merci ? », lança-t-il seulement, la langue comme coupée. Doucement mais sûrement, l'espoir lui revenait. Quand le jeune aventurier commença à pousser, il s'y essaya à nouveau aussi. Mais la force de leurs quatre bras combinés ne suffit pas à faire flancher l'obstacle contre lequel il luttait depuis déjà longtemps. Son coeur le brûlait avec hargne et ardeur tandis que ses tempes pulsaient comme battent les tambours de guerre. Il s'acharna encore, alors que le jeune bourgeois rechignait désormais au travail. « Nnniegh... ! », sifflait-il à grand peine, face à un labeur bien trop complexe pour lui. Les veines, dessinées sous ses manches, auraient pu trahir l'intensité de sa motivation si d'aucuns avaient pu les voir.
Mais le guerrier n'avait pas renoncé. Marchant soudainement sur des œufs, il arrêta le Teinturier pour lui expliquer la situation. La gueule striée par la gêne, Ludrick évoqua un compagnon qu'il ne pouvait nommer, mais qui saurait sans doute les épauler. Un ami puissant, disait-il, avec plus de force que quatre bœufs réunis... mais qu'il avait visiblement peur de lui présenter. Puis, sans plus attendre, l'Elimithois fit signe à son camarade de les rejoindre. Emergeant d'entre les masures de la cité, il reconnût rapidement l'immense Gérudo qui l'avait agressé la veille. Instinctivement, son regard glissa du géant à l'allure contrite au kopis qu'il avait laissé près de sa lanterne, fiché dans le bois moulu du vieux rondin.
Il hésita un instant à arracher l'arme à l'écorce.
Le jeune colosse s'approcha encore, tassé et peu fier.
Il resta immobile.
Le charbon de ses yeux, coiffé de deux sourcils froncés, lui donnait l'air d'un lion fatigué mais rebours. Un instant de plus, il fixa le Gerudo qui s'avançait, avant d'en revenir à Ludrick, n'accordant à son ami que son éhonté silence. « 'S'ra pas trop d'trois, t'as-tu raison », avoua-t-il bien volontiers. « Toi et pis-moi on va pousser », fit alors Soje, marquant une brève pause, avant de designer l'étranger du pouce, sans lui adresser directement la parole. « Lui-là, y va faire l'vier. S'l'est aussi costaud qu'tu l'dis-tu, y d'vrait s'en sortir mêm' si la hampe elle casse », reprit le Teinturier. Puis de conclure, bourru, non sans ramasser et réenfiler ses gants : « M'rci à vous deux ».
[HRP : Vous vous apprêtez à venir en aide à Soje pour déboucher le puits historique d'Elimith. Il s'agit d'une tâche ardue qui vous bloquera toute la journée durant. Vous n'aurez donc pas l'occasion de prendre part à une autre activité d'ici la fin de cette dernière, sauf à renoncer à ce que vous vous préparez à faire dans l'immédiat. Réfléchissez donc bien aux conséquences de vos actions avant de finalement vous décider. Bon jeu !]
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Excentrique, étrange, effrayant... Les qualificatifs ne manquent, dès lors que l'on parle du teinturier d'Elimith. Soje, c'est son nom, est considéré comme un véritable hurluberlu, qui cache sa souffrance derrière un masque de bonhommie et d'optimisme. Il est vrai que la vie n'a pas été particulièrement tendre avec l'artisan, qui a déjà perdu un fils et dont le commerce est menacé en raison de dettes. Le couple qu'il forme avec Seym, la couturière, maintient le navire à flot pour elle comme pour lui.
La roche finit par rouler, chutant dans la vase qui entourait le vieux puits depuis que coulaient par saccades les sanglots des nues. De la cavité remontait un air fétide, lourd de relents pestilentiels et pourtant porté par ce qui apparaissait être, aux yeux du Teinturier au moins, une obscurité sans commune mesure. La gueule défoncée de l'ancienne citerne était plongée dans un noir de nuit ; ainsi que toutes et tous à Elimith l'avaient toujours connue. Ces abysses, sans fond et intimidantes, semblaient avoir avalé la lumière du soleil depuis le jour où avait été érigée la Cité-Commerce. Les épais nuages d'automne qui avaient camouflés sa montée ne laissaient pas plus filtrer la triste lueur de sa descente. En silence, les mâchoires serrées sous la tension, Soje arracha le fer qu'il avait abandonné dans la souche des heures auparavant. Dans sa paume, le poids du vieux Kopis avait quelque chose de rassurant. L'artisan récupéra aussi la longue lanterne de bois avec laquelle il avait fait la route le matin même. Armé d'un petit briquet à percussion ainsi qu'un peu d'huile végétal, il entreprit alors d'allumer de nouveau les feux qui pourraient le guider vers ces effrayants tréfonds.
Après le Gerudo, le père de famille s'approcha à son tour de l'imposant goulot. Il ne tira pas la grimace, contrairement au gamin, mais du tout de même se couvrir le nez. Le fanal, qu'il tenait haut au-dessus de l'ébène vorace, projetait une lueur fauve sur les parois du vieil édifice. On y voyait rien passé deux pieds. « T'as-tu r'son, garçon », affirma-t-il alors, la tronche toujours dissimulée derrière son coude. Et de poursuivre, sobrement mais sans appel : « Ca pue. » Balayant la scène d'un regard de fusain, le Teinturier repéra bientôt la corde qui permettait jadis de ramener les baquets chargés d'eau. Rangeant sa lame dans la gaine de cuir qui pendait à son flanc, il l'attrapa à pleine poigne avant de tirer dessus avec le peu de force qui lui restait après pareille journée de labeur. A sa grande surprise, le chanvre ne résista pas une seule seconde : il avait été coupé quelques pouces après son plongeon dans l'opaque océan. Pas par une dague, à l'évidence. Intrigué, et peu rassuré, Soje fit passer sa trouvaille aux deux mioches qui avait décidé de l'aider. « La cord' a p'têt' lâché 'vec eul'temps. Mais y'a pas deux jours, elle avait-y encor' l'air solid' », observa-t-il. Il craignait qu'autre chose n'ai tranché le câble mais n'aurait su dire quoi. « Y'a rien d'normal là d'dans », souffla encore le compagnon de la Couturière, pour qui il était encore possible - réaliste, au moins ? - que tout ceci soit la résultante de simples superstitions après les évènements de la veille.
Son instinct, en revanche, le poussait à croire que ce n'était pas la bonne explication.
Sans un mot de plus, Soje déposa la lanterne sur ce qu'il restait du garde-corps coiffant le puits. Retournant ensuite vers la souche, il saisit la sacoche de cuir qu'il avait choisi d'emmener en quittant son établi et fouilla après un épais lasso susceptible de soutenir le poids d'au moins l'un d'entre eux. Ils en auraient besoin pour la descente. Du coin de l'œil, tandis que la lumière lointaine des torches commençait à percer le suaire de la nuit tombante, le vieil artisan surveillait aussi le passage de la prochaine patrouille. Nul n'avait encore le droit, en théorie, d'arpenter les rues d'Elimith passée la tomber de la nuit. Baldin n'aimait pas le vagabondage en temps normal et depuis les débuts de la crise, il s'était montré nettement plus strict à ce sujet. Même en présence de Ludrick, dont certains des passe-droits étaient évidents, il préférait ne pas avoir à rencontrer de miliciens. Un soupir de soulagement déchira discrètement ses lèvres quand ses doigts rendus calleux par le travail trouvèrent enfin l'objet de ses convoitises. Le dispositif était simple : c'était une longue corde de marin, que lui avait jadis troqué le Pêcheur contre une reprise sur ses vêtements, à laquelle était solidement fixée une griffe d'acier. A plusieurs reprises, elle l'avait aidé lors de réparations sur la façade de leur demeure, à Seym et lui.
"Ludrick", demanda-t-il à voix basse, en s'approchant. « T'es-tu bon grimpeur, neh ? Et t'sais-tu y faire avec les armes. » Le Teinturier ignorait qui du Gerudo ou de l'Hylien était le plus doué au combat, mais il savait que le fils d'Alistair avait eu droit à un entraînement plus exigeant que la plupart des garçons ayant grandi dans l'enceinte de la Ville-Close. Rares, en effet, étaient les miliciens à avoir eu l'occasion de réellement faire leur classes : le gros des troupes provenait de métayers et de fils de métayers qui devaient s'équiper eux-mêmes et qui passaient bien davantage de temps à travailler la fourche ou la houe que l'épée. Lui même n'avait plus eu à toucher une arme depuis qu'il avait quitté le Corps, des années auparavant. Et déjà à l'époque, il ne faisait pas partie des plus doués. « Tiens », fit-il en tendant le chanvre au bretteur, comme pour l'inciter à descendre. « S'tu l'veux-tu ben, attaches-toi », reprit-il ensuite, non sans accompagner le geste à la parole, en allongeant un peu plus le bras. L'Hylien n'hésita pas longtemps avant d'attraper son maigre présent. « T'es-tu l'mieux placé d'nous trois pour y piger quelqu' chose. L'plus compétent, avoua ensuite le père de famille en désignant du menton la lanterne, prends-y-ça 'vec toi et pis quand tu voudras-tu qu'on t'r'monte, tires-y trois fois su'la cord'» acheva-t-il.
Sur sa gauche, il devinait le regard désapprobateur du Gerudo, mais préféra ne pas en tenir compte. « Merci », ajouta-t-il seulement, posant une main sur l'épaule du gamin alors que celui-ci s'apprêtait déjà à s'engouffrer dans ces profondes ténèbres.
Lançant un dernier regard à un Ludrick bientôt prêt, Soje récupéra ce qu'il restait de corde pour en donner une bonne partie à l'ami du jeune milicien. Ainsi, ils seraient deux à tirer, dès lors que cela s'avèrerait nécessaire. « Si t'peux-tu, gard' un oeil sur les torches. C'celles des patrouilles », révéla-t-il au fils du Désert avec qui il était bien obligé de faire la paix, s'il souhaitait sauver Sepharo et ramener l'enfant d'Alistair. « Prêt ? », s'enquit alors l'artisan à l'attention de l'étranger, une fois que tous furent en place. Et quand le colosse donna son aval, il fit un signe à l'Hylien.
Dans l'obscurité, le jeune homme disparût alors.
Le galandage du vieux puits avait été lissé par les âges et reflétait faiblement la lumière de la lanterne à huile que Soje avait confié à Ludrick. Chaque pied de plus descendu jetait davantage le jeune homme dans un océan de pénombre nauséabond ; d'apparence infini et inexorable. Sous cette cafardeuse houle de charbon, le temps lui même semblait étiré jusqu'à s'en boursoufler. Qui aurait seulement pu dire ce que faisaient les autres, là-haut ? Le soleil brillait peut-être depuis belle lurette et l'Hylien n'aurait de toute façon pas été en mesure de le savoir. La seule assurance qu'il avait vacillait un peu plus à chaque fois qu'une bouffée d'air impie remontait la cavité et quand la flamme cesserait de brûler, plus rien ne lui permettrait de discerner un vivant d'un mort.
Eternels et invariables, les tristes pleurs de la roche battaient le sinistre rythme d'une descente désespérée. Au moins confirmaient-ils aussi qu'il restaient de l'eau au fond de la citerne qu'il lui fallait dévaler. Un vent malsain s'insinuait parfois dans les failles de la caverne et chantait une mélodie malsaine. De celles qui, sur la nuque, hérissent un poil tétanisé.
Après des heures - ou peut-être était-ce seulement quelques minutes -, la pierre finit par trahir l'aventurier. Perdant soudainement appui tandis qu'un pan entier de la paroi s'effondrait, le jeune fou chuta. Le choc souffla sa lampe sans mal, tandis que reprenait la litanie sépulcrale de cette caverne ancienne.
« eees... — »
Le coup fut net, frappant l'échine et stoppant la chute qui l'aurait autrement promis à une mort certaine. Le chanvre grinça sous l'effort mais tint bon.
« tuuuu... — »
Portant la main à son visage, l'Hylien réalisa alors qu'il saignait. Une rigole rouge reliait son nez à ses lèvres.
« cee... luuui... — »
Le bruit, sourd et caverneux se rapprochait autant qu'il s'éloignait. Dans le noir complet, il était impossible de savoir ce qui relevait du réel ou de l'illusion.
« que... j'a...ttend... Ais... — »
L'espace d'un instant, le milicien aurait pu penser qu'il venait de passer la porte du Royaume des Défunts.
"Ludrick ?!", hurla Soje à pleins poumons, sans plus craindre d'alerter les hommes d'Alistair ou les gorilles du Bourgmestre. Il beugla de nouveau, tirant sur la corde plus fort qu'il ne l'avait jamais fait encore. « Gamin, tout va-tu bien ?! » Aucune voix ne leur parvint.
"ALLEZ !", mugit-il encore, cette fois à l'attention de l'enfant-soleil, pour qu'une fois de plus ils unissent leurs efforts. Il leur fallait ramener le petit avant qu'un autre drame n'arrive. Il était prêt à tout pour sauver Sépharo, mais il se refusait à sacrifier la vie d'un autre au passage.
Le chanvre refusait pourtant de bouger.
Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.
"C'est épouvantable... Le puits ne sentait pas comme ça la dernière fois que je m'y suis rendu."
L'odeur venait-elle du manque d'air frais provoqué par la roche ? Ludrick voulait y croire de toutes ses forces mais il n'y arrivait pas. Quelque chose clochait. Soje confirma les soupçons du guerrier en tirant le chanvre qui fut, jadis, lié au baquets d'eau. Il s'approcha de lui et s'agenouilla au sol, saisissant la corde à son tour. Il fronça les sourcils, tout ça devenait de plus en plus intriguant. La coupure ne venait, effectivement pas d'une arme tranchante que le guerrier connaissait. Il tentait de garder son sang-froid mais cela devenait compliqué pour lui qui n'était pas habitué à de telles situations. De plus en plus d'éléments mystérieux venaient entourés le puits... La voix, l'odeur et la corde coupée... Ça commençait à faire beaucoup à ses yeux.
"La corde a pas pu cassé comme ça... Putain, c'est clairement tranché. Ce serait un des villageois ?" Dit le fils du chef de la milice mais sans grande conviction. Il savait lui-même la réponse à sa propre question. Le regard de Ludrick se fit plus hésitant face à tout ceci. Avait-il seulement ce qu'il fallait pour continuer et aller au bout des choses ? En avait-il le courage ? L'esprit du guerrier se fragilisait en songeant aux possibles événements surnaturels qui pourrait arriver s'il descendait le puits. Il n'avait jamais fait face à de telles choses mais il savait qu'il devait le faire. Son village en dépendait. Le jeune homme ravala sa propre couardise avant de se relever. Il s'était engagé et il était hors de question qu'il ne s'arrête avant d'avoir été au bout des choses. Il l'avait déjà fait au premier puits et tout s'était bien passé pour lui. Le Teinturier le sortit de ses pensées en lui adressant la parole. Il hocha la tête en guise de réponse.
"Oui, je suis bon grimpeur. Je vais m'en charger, Soje. C'est ce qu'il me semble le mieux." Il lui offrit un sourire avant de se saisir de la nouvelle corde qu'il noua à plusieurs reprises autour du bas de son buste. Il tira avec force sur le chanvre à plusieurs reprises pour tester la solidité de celle-ci. Il ne pouvait pas se permettre de se rater. Son instinct lui hurlait d'être prudent et il priait qu'il se trompe. Il attrapa ensuite la lanterne dans sa main, serrant la poignée métallisé de celle-ci entre ses doigts.
"Je vous promets d'être prudent. Dés que j'en ai fini, je tire trois fois." Ludrick se pencha dans le puits, en éclairant l'intérieur avec la lanterne confié par le quinquagénaire. Il ne pouvait rien voir à part les parois entourant son bras et l'obscurité du puits. Même s'il était assuré, les parois du puits ne semblaient pas optimale pour l'escalader, beaucoup plus lisse que le premier qu'ils avaient visité avec son nouveau camarade. Après réflexion, il songea qu'il était sûrement plus sage de confier son bien le plus précieux de peur qu'il ne le perde lors de sa descente. Il saisit la poignée de sa dague avant de la tendre au Gerudo. Il lui faisait assez confiance pour lui confier son héritage l'espace de quelques minutes, il se disait que l'homme ne tenterait pas de le voler surtout avec Soje le surveillant.
"Je vous confie ma dague. J'ai pas envie de prendre le risque de la perdre dans ma descente. Le puits n'est pas bouché comme l'autre par un éboulis alors si je la perds.... Merci beaucoup."
Ludrick s'approcha du puits et y plongea les jambes en premières, enfonçant la pointe de ses pieds dans les interstices entre chaque pierres. Il prit une grande inspiration, rassemblant son courage avant d'entamer la descente dans les abysses obscurs de la structure sans même savoir ce qui l'attendait à l'intérieur.
Chaque fois qu'il descendait ses jambes plus profondément dans les profondeurs du puits, il sentait un profond malêtre grandissant. L'odeur épouvantable qui s'en dégageait faisait faiblir le courage de Ludrick. C'était presque insupportable pour ses narines qu'il ne pouvait boucher à cause de ses deux mains occupés. Il ne pouvait pas non plus s'empêcher de respirer, il se contentait de prendre sur lui et s'accoutumer à cet air putride. Sa descente fut lente. Le jeune homme était prudent, il voulait éviter une chute à tout prix. Ses doigts étaient glacés par la fraicheur des pierres qu'il devait saisir fermement pour prendre appuie à chaque fois que l'un de ses pieds descendait. Il ne savait plus depuis combien de temps il avait entamé son escalade. Il commençait à épuisé et cela le ralentissait. Est-ce que le puits avait toujours été si profond ou est-ce que quelque chose lui perturbait sa perception du temps ? Il n'en savait rien. Il se contentait de descendre encore et encore, espérant atteindre la fin du puits.
Au bout de ce qui sembla des heures pour Ludrick, il finit par poser son pied à un endroit moins stable et son seul appuis se déroba sous lui, entraînant le pan du mur sur lequel il était accroché. Il chuta soudainement dans les abîmes du puits, fermant les yeux en pestellant. "PUTAIN !!!" Il espérait que sa vie ne se termine pas ainsi et qu'il ne rencontre pas le fond de cet endroit lugubre. Il n'avait encore rien vu de ce que ce monde avait à lui offrir, il n'avait jamais pu prouver sa valeur à son père. Il avait encore tant à faire et voilà qu'il faisait une chute libre de quelques mètres avant que le chanvre ne le rattrape, frappant avec violence sa colonne vertébrale. Le choc ne manqua pas de sonner le jeune homme qui se laissa pendre au bout de celle-ci durant de longs instants. Un violent frisson parcourut l'intégralité de son être quand une voix lugubre résonna du fond du puits jusqu'à atteindre ses oreilles. Ce fut si intense qu'il recouvra aussitôt ses esprits. Il sentit un liquide couler le long de ses lèvres, par réflexe, il porta ses doigts contre celles-ci, touchant un liquide coulant de son nez. Il ne tarda pas à comprendre que c'était du sang qui s'en échappait. Pourtant, il était sûr de ne s'être cogné contre aucune paroi, ça ne manquait pas de l'interroger. Il n'eut à peine le temps de réaliser ce qu'il se passait que la voix reprit de plus belle. Elle était terrifiante et provoquait un puissant sentiment de terreur au jeune homme. Jamais, au grand jamais, il avait vécu une chose aussi terrorisante. Sa bouche était pâteuse, un puissant mal de ventre le frappa et ses muscles se figèrent. La voix semblait se rapprocher tout en s'éloignant. En cet instant, le Moblin qu'il avait affronté quelques temps plus tôt semblait bien ridicule face à ce qu'il vivait. Quand il reprit ses esprits, Ludrick attrapa aussitôt la corde qui lui permettait de rester en vie, s’apprêtant à tirer à trois reprises quand une idée des plus folles lui traversa l'esprit. Cette voix était la seule piste qu'ils avaient et il avait maintenant la preuve que l'enfant ne délirait pas ou alors, il délirait lui aussi. Il devait sûrement être fou, ne manqua-t-il pas de se dire alors qu'il songeant à lui répondre. Il ravala sa salive qui coula dans sa gorge sèche. Elle était si sèche que ce simple liquide ne suffit pas à l'humidifier. Ludrick se sentait en danger. La mort l'attendait au fond de ce puits ainsi que selon ses réponses et il le savait jusqu'au plus profond de ses entrailles. Il rassembla ses forces et son courage dans sa langue, seul organe qu'il pouvait se permettre d'utiliser dans une telle situation. Il prit plusieurs grandes inspirations, hésitant à prendre la parole avant de finir par le faire.
"Je m'appelle Ludrick, je suis sincèrement désolé mais je ne pense pas être celui que vous cherchez. Qui êtes-vous et qui attendez-vous ? Je suis prêt à vous aider. Si vous me répondez et que vous me laissez remonter à la surface, j'irais à sa recherche pour vous. Je vous le promets."
Le guerrier avait la peur de sa vie aussi courte qu'elle pouvait l'être et pourrait le rester si ses paroles ne convenaient pas à la chose se trouvant dans les abîmes auxquelles il faisait face. Malgré tout, il ne se laissait pas sombrer dans sa terreur, désirant survivre et remonter. On l'attendait, il le savait et il ne pouvait se permettre de décéder avant d'avoir accomplis ce qu'il désirait faire.

Excentrique, étrange, effrayant... Les qualificatifs ne manquent, dès lors que l'on parle du teinturier d'Elimith. Soje, c'est son nom, est considéré comme un véritable hurluberlu, qui cache sa souffrance derrière un masque de bonhommie et d'optimisme. Il est vrai que la vie n'a pas été particulièrement tendre avec l'artisan, qui a déjà perdu un fils et dont le commerce est menacé en raison de dettes. Le couple qu'il forme avec Seym, la couturière, maintient le navire à flot pour elle comme pour lui.
Sur la caverne sans fond régnait un froid surnaturel, sans commune mesure avec ce qu'il était donné aux mortels de connaître. La grotte toute entière tenait, précieusement et vilement, nichée dans la cruelle main du Seigneur-Frimas ; dont les doigts osseux s'étaient changés en barreau de givre invisibles à l'œil-nu. L'air malsain qui remontait la cavité était désormais glacé au point d'en devenir brûlant. Des lèvres poissées de sang de l'Hylien s'échappaient de discrètes volutes de fumée, formant de jolis entrelacs sitôt avalés par une indicible galerne de corbeau. La beauté n'avait plus sa place ici-bas ; là où enfin mourrait le cœur-du-monde.
Seul le désespoir, l'hiver et le silence pouvaient rester.
Harnaché de chanvre à la taille, l'intru demeurait suspendu au-dessus de son propre trépas ; à seulement un fil du sort tragique qui l'attendait. S'il devait basculer encore, plus jamais ne foulerait-il du pied le sol de cette terre. La chute ne connaîtrait pas de fin car les abysses elles-mêmes n'en avaient plus et la pénombre conserverait sa dépouille jusqu'à la fin des temps. Personne ne viendrait le chercher en ces lieux où ne demeuraient que les âmes perdues, oubliées. Personne, pour lui, ne pousseraient les portes du Royaume des Morts. De la Terre des Damnés.
D'une voix hésitante, faiblarde et rendue cassante par le gel qui - déjà ! - enrouait sa gorge, Ludrick brisa le mutisme qui dominait la caverne de brume noire. Pendu par les hanches, assis au devant d'une gueule vorace, prête à l'engloutir de sa langue obscure, il ne voyait rien. Ses doigts eux-mêmes étaient désormais camouflés à la turquoise qui, usuellement, illuminait ses yeux. Dorénavant, elle semblait s'être tue. Le jeune milicien, qui n'aurait su dire qui de sa tête ou de ses pieds pointait vers ce ciel dont la robe d'onyx avait mangé jusqu'aux étoiles, avouait avec effroi ne pas être de ceux que l'on attendait. La roche, qui habillait les parois de la grotte affixée au tunnel du vieux puits, trembla lourdement.
Un cri strident secoua la pierre, jusqu'à assourdir le pauvre garçon. Du rugissement suintait une rage ancienne, puissante et sépulcrale. Longtemps auparavant, elle avait épousé le ressentiment et la rancœur.
Des oreilles pointues de l'Hylien coulait un sang dense et froid, désormais piqué de copeaux de verglas.
« MEEEEEN... — »
La voix, rocailleuse et sourde, résonnait désormais désormais dans la caverne comme si les murs eux-mêmes prenaient la parole pour assaillir le jeune sot qui, si bas, était descendu. Une odeur fétide, chargée de gel, accompagnait chacun des mots sordides.
« TEUUUUUUUUUR... — »
Le silence retomba un instant sur l'enfer polaire dans lequel l'Elimithois était désormais engoncé. L'eau, sans doute figée par le courroux du Magnat-Frimas, ne goûtait plus. Les profondes ténèbres et la mort régentaient ces lieux maudits en maîtresses absolues.
« MENTEUR ! MENTEUR ! MENTEUR ! MEENNTEUR ! — »
Elle avait froid.
Elle était en colère.
Elle avait soif.
Le vent d'hiver souffla avec fièvre autant qu'avec férocité, brisant la glace en contrebas jusqu'à en faire chanter les miettes, tandis que le chanvre retenant Ludrick semblait s'affoler, animé d'une volonté propre. Le pauvre garçonnet, balloté dans tous les sens, ressemblait davantage à une poupée de chiffon désarticulée où à un sac de grains qu'à un véritable être de chair et d'os.
Vengeance.
Deux mains de givre attrapèrent le visage de Ludrick. Leurs longs doigts, secs et décharnés, glissèrent sur sa gueule, jusqu'à gagner ses mâchoires et son nez. Les phalanges malsaines, brûlantes et boursouflées, s'enfoncèrent alors dans les narines du triste enfant — le forçant avec violence à desceller ses lèvres si lisses.
« N'EEEES-TUUUU... — »
La voix sinistre et enfantine venait de partout mais aussi de nulle part à la fois ; comme un écho funèbre tantôt proche, tantôt distant. Elle tintait follement à l'intérieure du crâne de l'Hylien.
Haine.
Sur les lèvres du fils d'Alistair perçait peu à peu des rigoles tièdes, gelant au contact même de l'air et déchirant sa bouche maintenue grande ouverte. Le feu de gel qui lui tenait la gueule cloquait déjà sa peau si parfaite — si belle.
« PAAAAAAS — »
L'Hylien hurla peut-être. Nul ne l'aurait de toute façon entendu ; si près de la fin du monde, alors que gelait peu à peu sa langue. Deux doigts blafards qu'il ne pouvait voir, rigides comme la pierre et tranchants comme le givre, pénétrèrent sa gorge. Alors que résonnait le silence, ils arrachèrent l'une de ses molaires droites.
Violence.
La corde de chanvre qui soutenait encore Ludrick grinça, tandis que ses lanières malmenées commençaient à lâcher. Sous peu, elle rendrait sans doute l'âme et l'étranger plongerait alors dans les charbonneuses houles de l'oubli. Avant cela, il aurait souffert mille et une vie, alors qu'une seconde dent lui était volée avec la même brutalité.
« L' UN... DE MES MEURTR.... IERS... ? — »
Un souffle discret, presque humain, caressa avec douceur et curiosité la joue du jeune aventurier, à quelques pouces seulement de ses lèvres boursouflées. Puis revint la respiration suffocante, longeant le profil du petit d'homme jusqu'au sang verglacé qui poissait encore ses tempes. La main glaciale abattue sur sa poitrine semblait geler jusqu'à l'intérieur de ses poumons.
Mort.
Mort.
Mort.
Mort.
Mort.
L'étreinte hyperboréenne qui gardait l'enfant prisonnier lentement se leva. L'air lui revint peu à peu tandis que s'éloignait la voix.
« A... MENE... LES.... MOI... — »
Le regard du Teinturier se perdait dans les abymes obscures du puits. Depuis la longue chute de la corde, il ne tenait plus en place. Le p'tit semblait s'être stabilisé, mais il aurait pu tout aussi bien s'étaler comme une crêpe au fond de la caverne dans laquelle ils puisaient de l'eau il y a des années. Le Gerudo avait été très clair : il n'entendait pas remonter le gamin avant que celui-ci n'en ai fait la demande. Se battre maintenant ne ferait que le mettre davantage en danger encore. « Sors dont d'là, p'tit gars... », souffla-t-il, aussi inquiet pour Ludrick qu'il ne pouvait l'être pour son propre bambin. Il ne l'entendrait pas — l'autre molosse à la tignasse rousse ne l'entendait probablement pas. Alors le fils d'Alistair...
La corde toujours bien en main, il se retourna brièvement vers l'étranger, qui avait gardé la dague du milicien à la ceinture. Il espérait qu'il n'y aurait pas besoin de la ramener à son père. Il n'avait aucune envie de le faire et quand bien même il estimait le Fils du Désert responsable s'ils ne le remontait pas ; lui même ne l'était pas moins. Aussi ne le laisserait-il pas faire seul, le cas échéant. « Tu t'tiens-tu prêt ! », ordonna-t-il à l'autre, d'une voix sévère, obligé de crier pour être sûr que son propos passerait les quelques pieds qui les séparait.
Ludrick ne tirait pas sur la corde.
Et pourtant - enfin ? - le chanvre s'affola.
Cela ne ressemblait hélas pas aux trois coups exigés.
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Un silence s'empara des lieux après qu'il ait répondu à la mystérieuse voix. Il n'aurait su dire si c'était une bonne ou mauvaise nouvelle. Les quelques instants silencieux furent bref, très bref, mais ils parurent bien plus longs pour le jeune homme dont ce silence était pesant. Il misait sa vie sur la table pour sortir sain et sauf de cet endroit. Tout du moins, sauf, encore en vie. Un cri strident finit par violemment briser le silence et força le jeune homme à se boucher les oreilles en grimaçant. Ce cri étant à la limite du supportable pour lui. Sa position bien inconfortable l'avait rendu sensible aux bruits pouvant l'entourer, sûrement à cause du sang s'accumulant dans son cerveau. Alors qu'il était encore déboussolé par ce cri, la créature lui adressa à nouveau la parole, l'accusant de mentir. Que ce soit par réflexe ou soucis d'une honnêteté guidant ses paroles, il y répondit.
"Non ! Je ne vous mens pas ! Je le jure ! Je... Je vous aiderais à les trouver."
Une odeur fétide, bien plus horrible que les précédentes vint agresser ses narines alors qu'il commençait à peine à s'y habituer. Son souffle était accompagné d'une fumée témoignant du gel régnant maintenant dans les abysses du puits. Il sentait l'intégralité de son être refroidir. Il n'avait jamais ressenti un tel froid, pas même lors des plus froides nuits d'Elimith. C'était à peine supportable pour le jeune homme qui ne portait que son gambison, son pantalon en tissus et ses bottes de tissus elle aussi, n'ayant qu'une semelle en cuir pour éviter les coupures à la plante de ses pieds. A la surface, il ne faisait pas encore assez froid pour que l'homme ne porte des habits bien plus rembourrés et chaud. Il porta ses mains sous sa tunique, sacrifiant sa propre chaleur corporelle pour tenir ses mains aux chauds. Il ne craignait que le froid ne les emporte. Il perdait déjà la sensibilité de celles-ci. La voix enroué par le froid et la terreur, il répétait les mêmes mots, prit de panique. L'esprit du jeune homme commençait à craquer entre l'effroi, le froid et la puanteur provoquée par la voix.
"Je ne mens pas... Je ne mens pas... Je ne mens pas..."
Quand le chanvre s'agita alors qu'un violent bruis de glace se morcelant résonna dans la pièce, Ludrick cria de terreur, ne comprenant pas ce qu'il se passait. Il pensait qu'il allait mourir que la Chose venait le chercher alors qu'il pendait à cette corde. Sûrement dû à cette peur, il sentait son courage précédent se briser alors que deux mains de givres vinrent à sa rencontre. Devenait-il fou ? Il ne pouvait nier que tout ceci ferait craquer nombres d'esprits. Était-ce son cas ou ne voyait-il que la vérité ? Des choses que même les histoires les plus sombres du village ne dépeignent pas. Ses doigts étaient si froids qu'ils semblaient lui brûler immédiatement la peau. Comment le vieux Nikolas avait-il appelé cela ? Des engelures. Ludrick s'en rappelait maintenant. Il n'en avait jamais vu ou eu mais maintenant... Il était certain que c'était cela qu'il expérimentait. C'était douloureux, horrible et terrifiant. Il ne pouvait rien faire d'autre qu'hurler sa douleur jusqu'à ce que sa voix n'en soit plus capable, le guerrier perdant la capacité de ses cordes vocales. Il se tenait, silencieux, pendant au dessus du vide, ses mains inconnues lui infligeant milles douleurs qu'il n'avait jamais subies. Son visage le brûlait tout comme ses lèvres alors qu'il tremblait de froid. Il aurait cru qu'il avait disparu d'Elimith pour se retrouver dans la zone du continent dont on lui prêtait un froid implacable, Hebra. Ses larmes gelait aussitôt qu'elle coulait de ses yeux, les derniers moyens qu'il avait d'exprimer sa douleur. Même pleurer ne lui était plus autorisé dans cet instant qui sembla durer une éternité. Sa dernière molaire droite lui fut soutiré dans une douleur n'ayant pas à envier celle des engelures sur son visage mais il ne pouvait ni crier ni pleurer. Il ne pouvait que subir en silence. Il ne se remettait pas encore de la douleur provoqué par sa dent volée qu'une seconde lui fut ôtée. La corde grinçait, la pauvre ne pouvant en supporter pas plus pendant très longtemps mais Ludrick ne s'en rendit même pas compte. Il pensait à sa famille, les gens qui comptaient sur lui pour aller au bout des choses. Il pensait à Soje et son enfant vivant sur le fil du rasoir, à Arkaï, Zelda, Célyse, Samire et Slo'Anh. Tout ces gens qui s'étaient montrés déterminés à l'aider et qu'il ne pouvait se résoudre à abandonner en mourant ici. Il faisait tout pour garder conscience malgré tout cette douleur insupportable qu'il subissait. Il était persuadé que s'il fermait les yeux, c'en était terminé de lui. Quand la main mystérieuse se mit à geler ses poumons, il fut incapable de respirer durant quelques instants, sentant son esprit l'abandonnant en cet instant. Ses poumons gelés allaient le provoquer à son trépas... Quand soudain l'air lui revint, le poussant à prendre une grande bouffée d'air. Comme s'il venait de se prendre un grand coup, il s'éveilla tout en reprenant ses esprits. Il n'arrivait pas à y croire mais il avait survécu à cette expérience.
Alors que la voix s'éloigna, tout en lui ordonnant de lui ramener ses meurtriers, il toussa et se racla la gorge pour lui poser une dernière question. On aurait pu le traiter de fou téméraire. Peut-être l'était-il après avoir vécu une telle chose ?
"Qui sont-ils ? Donnez moi un indice !"
Il attendit quelques instants mais il n'obtint aucune réponse. Il se décida donc à remonter à la surface et retrouver la terre ferme qui lui manquait tant en cet instant.
Au bout de ce qui aurait pu sembler de longues minutes, la corde se calma, devenant soudainement immobile. Quoi qu'il se passait en bas, c'était maintenant terminé. Après quelques secondes de calmes, la corde se fit tirer une première fois puis une seconde et finalement, une troisième. C'était Ludrick qui faisait appel à ses deux compagnons pour qu'ils le remontent. Au bout d'une dizaine de minutes, le jeune homme réapparut à la surface. Son visage était boursouflé tout comme ses lèvres et son teint d'un pâle cadavériques sans oublier toutes les coupures couvrant elles aussi son visage. Du sang frais coulait de ses lèvres alors qu'il se hissait par dessus le puits avant de remettre les pieds sur la terre ferme, doucement mais sûrement. Il cracha du sang de sa bouche sur le côté du puits, se frottant ensuite les lèvres de la manche de son gambison. Avant même de dire quoi que ce soit, il poussa les deux hommes loin du puits, sans même leur expliquer ce qui lui était arrivé ou pourquoi il les éloignait autant de cet endroit. Comme vidé de toute énergie, il tendit mollement son bras vers l'enfant-soleil pour récupérer son héritage. Il en attrapa la poignée quand il la lui rendit et rangea cette lame dans son fourreau. Si les deux hommes avaient pu l'agresser de questions et d'inquiétudes, il ne répondit à aucune, se contentant de leur faire signe de se taire. Il avait la tête qui lui semblait aussi lourde qu'une pastèque. Il avait besoin de calme et de repos, ne serait-ce que quelques instants. Il s’asseya sur un banc de pierre, bien plus loin du puits. Il laissa ainsi le silence durer de longues minutes avant d'être prêt à leur parler.
"J'ai... Rencontré quelqu'un.. Enfin quelque chose. Je sais pas ce que c'était dans le puits. Vous allez peut-être me prendre pour un fou mais je vous jure que c'est vrai." Ludrick prit une grande inspiration, ses poumons encore fragiles de ce qu'il avait pu subir. Il prenait son temps pour parler, ne forçant pas. "Je crois que c'était un esprit. D'une personne décédée, dans le puits, je pense.. Je.. Je suis pas sûr. Je suis désolé." Il se frotta les tempes, les images de ce qu'il avait subis lui revenant à l'esprit. Tout ça était encore frais. "Cette chose est en colère. Très en colère. J'ai... Cru qu'elle allait m'ôter la vie... Putain, j'ai jamais eu aussi peur de ma vie..." Avoua-t-il alors qu'il sentait les larmes venir. Ses yeux devinrent larmoyants à sa voix plus tremblante alors qu'il continua son récit. Il le devait. "Elle désire que je lui ramène ses meurtriers mais elle ne m'a donné aucun indice et malgré tout... Je pense sérieusement que c'est une piste pour résoudre la maladie empoisonnant Elimith. Je vais me mettre à enquêter sur les morts récents. Je vais devoir confronter mon père pour ça. Il est forcément au courant." Il se frotta les yeux de ses deux pouces, cherchant ses mots et tentant de retrouver cette détermination qui l'animait quelques temps avant. "Arkaï, je vais aller chercher Célyse pour qu'elle s'occupe de mes blessures. J'en profiterais pour tout leur dire sur ce qui est arrivé. Tu devrais rejoindre Zelda à l'auberge et voir ce qu'elle a pu apprendre. Je peux me débrouiller tout seul, ne t'inquiètes pas." Il ne voulait pas que l'homme ne l'accompagne. Il ne voulait pas surtout perdre du temps à devoir se faire accompagner par lui jusqu'à son amie. Il ne voulait pas devenir un poids et il estimait bien plus important d'aller retrouver la vagabonde étant partie il y a quelques heures.
Il se releva, tendant la main vers Soje avec un sourire amical. Il était sincèrement reconnaissant envers l'aide qu'il avait pu apporter.
"Merci pour ton aide aujourd'hui. Je pense qu'on approche de la vérité derrière tout ça. Tu devrais rejoindre ta femme et ton fils, ils doivent être inquiets." Il se tourna ensuite vers Arkaï, lui tendant ensuite la main à son tour. "Et bien sûr, merci à toi aussi. Je compte sur toi pour la suite avec Zelda."
Cependant, le Sheikah réalisa aussitôt qu'il n'aurait sans doute pas fait de différence dans pareille confrontation ; Il aimait à se penser en guerrier invincible, mais son bras meurtri lui rappelait assez qu'il valait sans doute moins que l'image qu'il s'en faisait. Et si l'esprit avait vu deux intrus pénétrer dans son antre au lieu d'un, qui sait si le dénuement n'eut pas pris une saveur plus tragique. La détermination dans la voix de Ludrick disait assez les souffrances qu'il avait vécu.
« Va. Et fais attention à toi. Tout cela pue plus encore que le fond de ce puits. Ton père... Il pourrait être impliqué, comme les autres. Mais d'abord, Célise. » Repensant à sa propre rencontre avec la médecin, Arkaï se demanda avec amusement entre elle et la chose du puits qui était la plus dangereuse à déranger. Mais au moins, entre ses mains, Ludrick serait sauf. Quand à Zelda... Il fallait à tout prix qu'il la retrouve et qu'ils ne quittent plus. Dans son esprit, Elimith venait définitivement de quitter les endroits plaisants et sûrs. Il repensa à Auru, et à la chose qui demandait justice pour ses meurtriers. Ouaip. Tout ça puait méchamment.
Il allait s'en aller en courant quand il se retourna vers Soje et lui déclara, d'une voix grave et le foudroyant d'un regard noir, « Je compte sur toi et sur les quelques personnes honnêtes de ce village pour se tenir au côté de la vérité, quand elle éclatera. Votre futur, la vie de vos enfants est en jeu, ne l'oublie pas. »A vrai dire, Arkaï se doutait de l'ignorance du teinturier ; il ne le croyait pas mauvais au point de rester silencieux alors que son fils agonisait. Mais le Sheikah commençait à se douter que d'ici au dénouement de cette histoire, il leur faudrait tout le soutien possible pour faire éclater la confortable chape pesant sur les secrets d'Elimith.
Avec un dernier geste de la main en direction de Ludrick, il prit un train de course pour revenir au point de rendez vous ; la place principale, et si elle n'y était pas, l'auberge. Déjà, à mesure que la nuit tombait, Arkaï sentait son inquiétude grandir à chaque foulée. Comme si une autre corde accrochée autour de ses propres hanches depuis longtemps, l'entraînait inexorablement au fond d'un puits où résonnait un râle qu'il n'avait que trop entendu.
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