Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – En route vers le puits

[Quête Halloween - 2020] - Partie III - Team Trous

Fin de l'automne - 4 mois après (voir la timeline)

Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

Jour II - 07 : 15

Elle s'était dit qu'elle aurait un mal fou à s'endormir, et pourtant dès qu'elle avait rejoint son lit improvisé chez Pru'Ha, Zelda s'était endormie comme une souche. Nul doute qu'elle avait bien besoin de cette nuit de sommeil après toutes ces émotions. En revanche, son sommeil fut parsemé de rêves étranges et inquiétants.

Elle se réveilla soudain en sueur. Elle venait de rêver que Link était arrivé à Elimith alors qu'ils logeaient encore chez Pru'Ha. Il arrivait tout juste du Village Cocorico et s'était excusé d'être parti sans l'avoir prévenue. À sa grande joie, il lui expliquait qu'il n'avait pas prévu qu'elle s'en aille ni de s'éterniser. Heureusement qu'Impa avait pu le remettre sur sa route. Elle lui pardonnait alors plutôt chaleureusement, mais le rêve tournait ensuite au cauchemar alors qu'elle remarquait qu'il se mettait à attraper une fièvre de plus en plus inquiétante. Elle comprit qu'elle n'arriverait pas à se rendormir. De toute façon le soleil commençait déjà à se lever et elle préféra aller se laver et se préparer pour une journée qui s'annonçait sans doute aussi longue que la précédente.

Dès qu'Arkaï fut debout et prêt lui aussi, ils se mirent en route jusqu'à chez l'apothicaire comme la veille. Ils s'étaient donné rendez-vous là-bas avec le jeune Elimithois qu'ils avaient rencontré. La jeune femme avait dans l'idée de faire valoir la cause de Sepharo auprès du vieux soignant, et d'en profiter pour lui demander de plus amples informations à propos des puits dont il leur avait parlé. Ensuite, ils devraient choisir un premier lieu pour enquêter.
Un fois que Ludrick les eût rejoints, elle prit la liberté d'aller frapper à la porte du vieil homme comme elle l'avait déjà fait. Elle avait beaucoup réfléchi à la façon de formuler les choses. Après tout, le médecin savait sans doute ce qu'il faisait et était le plus à même de déterminer qui avait le plus besoin de ses soins. Elle avait seulement peur que l'influence de Baldin ne l'empêche de prendre une décision nécessaire.

Lorsque Nikolas leur ouvrit, l'ancienne princesse s'excusa d'abord de l'incommoder. Il leur avait bien fait comprendre combien il était occupé, et il était difficile d'en douter avec ce qui se passait au village. "Je suis désolée de vous déranger aussi tôt. Promis, cette fois nous ne resterons pas longtemps. Je suis venue avec Arkaï ainsi que Ludrick que vous connaissez sans doute déjà." Elle savait qu'elle et son compagnon comptaient sans doute assez peu dans la balance, étant donné qu'ils n'étaient que de passage au village. Mais elle avait cru comprendre que leur nouvel allié qui avait grandi et vécu toute sa vie à Elimith occupait une place importante, ou du moins que c'était le cas de son père. Elle espérait qu'il ait plus de poids qu'eux dans les déclarations qu'elle allait faire en leur nom à tous.

"Je voulais seulement... Vous avez sans doute entendu parler de ce qui est arrivé hier sur la place du village. Cette pauvre Jenah..." Il était même probable que le vieil homme ait dû la soigner ensuite. Du moins c'était ce qu'avait promis le Bourgmestre ? Et il en savait sans doute plus que beaucoup de gens sur la façon dont les événements s'étaient enchaînés avant d'en arriver jusque là puisqu'il était parmi les rares à avoir été mis dans le secret. "Je sais combien le pouvoir peut parfois exercer une certaine... pression. Je voulais vous faire savoir que nous sommes plusieurs à être derrière vous." Il y avait de cela des années, elle aurait pu apporter plus. À présent, elle n'avait plus aucune autorité en la matière, elle pouvait seulement insister sur son soutien. Elle n'entendait pas lui dire quoi faire, il avait fait montre d'un certain caractère déjà, mais elle ne voulait pas qu'il se sente acculé. "Pour prendre la décision qui vous semblera la plus sage."

Mais ce n'était pas tout, et peu désireuse d'abuser du temps du docteur elle enchaîna sur la deuxième raison qui les amenait là. "Je sais que vous avez déjà examiné la possibilité d'un empoisonnement... Mais nous aimerions inspecter ces puits dont vous nous avez parlé." C'était une de leurs rares pistes. "Jenah a évoqué la voix du puits dont parlait son enfant, avez-vous une idée de quoi il s'agit... ?" La mère avait l'air persuadée de l'importance de ce détail, mais elle imaginait bien que pour l'homme de science en face d'elle, il s'agissait peut-être seulement des élucubrations d'un malade. Elle-même, qui avait pourtant maitrisé un temps une magie ancienne était perplexe. "Quant à ce dont nous avons discuté hier... Vous nous avez parlé de deux puits et d'un éboulement il y a 6 mois qui aurait bouché l'un d'eux. Avant cela le village se partageait donc les deux puits ?"


Arkaï


Inventaire

Ils s'étaient perdus sur le chemin.

Etait ce en sortant du village ? Plus haut, avant d'atteindre la colline ? Impossible à dire. Arkaï ne se rappelait pas non plus de cette forêt dans laquelle ils erraient depuis... même le temps lui semblait intangible. Epuisé, luttant à chaque nouveau pas, le bushi tâchait de faire la preuve de sa vigueur en maintenant la tête, guidant au mieux une Zelda silencieuse et visiblement plus encore affectée que lui par l'harassement, lui tenant la main afin d'être sûr de ne pas la perdre. A mesure qu'il écartait des branches envahissait, esquivait des racines traîtresses, la nuit tombait, un peu plus lourde et sombre, sur les ramures au dessus de leurs têtes. Bien incapable de reconnaître leur chemin, Arkaï avançait sans se poser de questions, impatient de retrouver la douce chaleur du laboratoire, ainsi que le doux réconfort de la sécurité... Mais aucun horizon ne semblait vouloir se montrer au plus loin que son regard pouvait percer la jungle autour d'eux.

C'est alors que, en travers du chemin, un mur de lianes et de feuilles s'opposa à leur marche. « Etrange... » déclara le Sheikah dans un murmure, « Je ne l'avais pas remarqué. ». Seul un silence glacial lui répondit et en se retournant il vit que Zelda semblait à deux doigts de s'endormir. Il leur fallait arriver à bon port, et vite. Aussi Arkaï sortit son tantö et entreprit il de leur frayer une voie au travers de l'obstacle, taillant furieusement, avec une férocité renouvelée. A mesure que le rempart sylvestre cédait, le guerrier s'aperçut qu'une douce lueur traversait la brèche, accompagnée d'une mélodie intrigante. * Enfin le laboratoire ! * pensa-t-il. Et il se jeta à travers le mur, entraînant son amie avec lui.

Il fut déçu de ne trouver qu'une clairière, enveloppée dans l'éclat d'une lune pleine et ronde, où les attendait une source, et devant elle, un inconnu. L'homme, vieux et paisible, concentré sur le son des cordes de son instrument, lui parut inoffensif, aussi Arkaï s'en approcha, lâchant un instant la main de Zelda, espérant obtenir une direction pour sortir au plus vite de là. Mais avant qu'il ait pu ouvrir la bouche, le moine releva la tête et lui dit, « Bienvenue, [...] »

Arkaï accusa le choc, et fit un pas en arrière, de défi. Il dévisagea l'homme, tenta de fouiller sa mémoire mais ne l'y retrouva pas. Alors, la voix grave, il constata, méfiant, « Vous me connaissez. »

« Bien sûr. Je connais tout le monde. Tous les noms, tous les chemins. C'est l'apanage des moines comme moi. »

La poigne d'Arkaï sur son arme ne se desserra pas d'un pouce. La réponse ne l'avait en rien satisfait et si il avait bien gardé une leçon de son maître, c'était de ne jamais baisser sa garde tant que l'incertitude persiste dans l'air.

« Tu es perdu, mon garçon. Tu as longtemps marché dans des bois aussi profonds et sombres que ceux ci, mais à présent, tu t'aventures sur d'autres chemins, peut être plus traîtres encore. » Il pinça une corde, et en sortit une note étrange, fausse et en même temps très belle. « Retiens bien une chose. Si tu te retrouve égaré, cherche ton étoile, et laisse le ciel te guider. Autrement... On a vite fait de mettre ses pas sur une mauvaise voie... Et de perdre ses amis avec soi. »

Brusquement rappelé à l'état de Zelda, Arkaï se retourna pour vérifier si tout allait bien... Son sang se glaça en un instant. Derrière lui, son amie se tenait là, raide et blanche comme la mort, l'expression figée dans un râle d'agonie horrible, son corps se décomposant à toute vitesse. Arkaï se souvint ; c'était l'expression des morts du fléau dont ils avaient touché les cadavres. Terrifié, figé sur place, le bushi ne put qu'assister impuissant au spectacle de la princesse morte se jetant sur lui... Il hurla.

La sueur perlait sur tout son corps lorsque Arkaï se réveilla en sursaut. Tremblant de tous ses membres, il ramena sa couverture sur lui et se recroquevilla contre le mur du laboratoire. Avait il crié dans son sommeil ? En tout cas personne ne semblait s'être réveillé, tant le silence régnait sur la vieille bâtisse. A peine pouvait il entendre le vent galoper sur la colline, et s'échapper à son sommet, vers la mer. Le garçon sentit ses yeux s'embuer, en repensant au songe terrible qu'il venait de vivre... Le premier depuis au moins deux années, et d'un genre nouveau. Dés qu'il y pensait, dés qu'il se figurait à nouveau le visage mort de Zelda, il revoyait ceux des deux cadavres de la veille. Si jeunes. Innocents. Sur le moment, il avait sincèrement pensé pouvoir encaisser ça. Leur traits figés pour toujours, la pâleur de leurs joues. Mais ces visages le hantaient, alors que des larmes coulaient jusque sur ses lèvres.

Un long moment, Arkaï fut pris d'une violente envie de partir, de dégager de cette région maudite par le mal, contre lequel il n'avait aucun arme ! Surtout qu'il avait vu la bassesse de ces gens, leur cruauté. Un père implorant qui se transforme en bourreau dés qu'il en a l'occasion ! Qu'ils se débrouillent avec le fruit de leurs pêchés, tous ! Il ne voulait pas se retrouver sur une table, le visage froid. Ni lui... ni Zelda.

« Merde. Mais qu'est-ce qu'on fout là ?! » jura-t-il, dans un soupire défait,

Alors qu'il était secoué par les sanglots, il repensa à ce qu'elle lui avait dit, la veille, au bord de la rivière. Cent ans après, elle regrettait encore de ne pas avoir suffisamment agit, de ne pas avoir empêché la fin de tout ce qu'elle aimait... Quand bien même elle n'y était pour rien. Cette pensée, l'élan d'estime qu'il avait pour elle, l'aida à relever son esprit. Petit à petit, Arkaï se rassembla. Il repensa aux grands héros, à Zelda, à dame Haya... Et il eut honte d'avoir pensé fuir, sans combattre. Il ne dormit pas plus cette nuit là. 

Ce fut Canel qui le découvrit aux premières lueurs de l'aube, assis en méditation, massant son bras encore endolori... mais plus pour longtemps. Même si le verdict de Célyse ferait foi, le garçon sentait qu'il récupérait à vive allure. L'air gêné comme toujours lorsqu'ils échangeaient quelques mots, l'aide de Pru'Ha lui demanda, « Tu as faim ? ». Le regard flamboyant que lui rendit un Arkaï affamé comme un ogre fut une réponse suffisante et Canel s'empressa de descendre à son office. Lorsque le bushi le suivit, il constata que Zelda était tout aussi éveillée que lui et prête à partir. En revanche, elle ne l'était sans doute pas à recevoir une étreinte comme Arkaï lui en donna, comme pressé d'exorciser les fantômes de sa nuit. S'étant emparé de quelques onigri délicieusement sucrés pour la route, les deux héros repartirent sauver le monde.

Il eut le plaisir de voir Ludrick présent lui aussi au rendez vous. Visiblement, ils pourraient compter sur une personne capable, ce qui constituait sans doute la première bonne nouvelle depuis un moment. Et puis au moins, cela donnait un visage familier à qui les villageois pouvait accorder un minimum de confiance dans leur groupe... pour autant que la confiance ne soit pas déjà un luxe, avec l'atmosphère qui devait régner à Elimith depuis la veille. D'ailleurs, leurs brèves rencontres avec des miliciens à la mine mauvaise trahissait le climat délétère qui s'insinuait derrière chaque maison, au fond de chaque ruelle. Déjà, les élimithois s'observaient en chiens de faïence. Il ne faudrait pas grand chose pour qu'on trouve des coupables idéals et qu'on dresse des gibets. Arkaï ne parvenait pas à imaginer comment le village caché réagirait à une situation pareille. Il avait envie de croire les Sheikahs plus sages mais... il avait constaté combien il est aisé et rapide de désigner un agneau à sacrifier à l'absurdité d'une tragédie. Aussi, pris d'un élan de compassion, il constata, comme une évidence, en direction de Ludrick,

« Ca doit être dur, de voir ton foyer se déchirer comme ça. » Et, lui posant une main sur l'épaule en s'efforçant de sourire, il ajouta, « On va faire tout ce qu'on peut, pour régler le problème... Et éviter qu'il n'y ait d'autres drames. »

Il repensait à la colère du jeune homme face au sort de Jenah... C'était déjà un spectacle atroce pour un étranger. Le Sheikah ne pouvait guère qu'imaginer la douleur de voir des visages familiers victimes d'une telle violence.

Une fois arrivé devant l'apothicaire, Arkaï resta en retrait par rapport à Zelda. Il n'avait pas grand chose à rajouter, tant elle avait visiblement préparé son discours. Il tiqua légèrement sur ce qu'elle dit à propos du pouvoir ; L'ironie avait de quoi faire rire mais le garçon s'y refusa. Ca n'était pas le moment pour craquer et révéler un secret qui ne ferait qu'ajouter au chaos. Il ne contenta, lorsqu'elle eut finit, de demander au vieil homme, avec le plus de respect possible,

« J'espère que notre travail de la veille vous a satisfait ? »

Derrière cette question innocente, et en partie sincère, se trouvait évidemment un rappel ; Ils l'avaient bien aidé. C'était peut être le moment d'un juste retour des choses.


Ludrick

Mascotte incontournable

Inventaire

Après la réunion à l'auberge, il était rentré chez lui pour prendre la nuit de sommeil dont il avait besoin après une telle première journée. Elle avait été aussi exténuantes que les quelques journées de voyage qu'il avait eu l'occasion d'expérimenter. Cette fois-ci la sensation restait, malgré tout, différente. Il ne ressentait aucune satisfaction, aucun bonheur comparé à ces jours-ci. Il était aigri, sa bonne humeur habituelle ayant disparu à cause des affres lui occupant l’esprit. Quand le jeune homme poussa la porte de sa demeure, ses parents y étaient déjà. Son père semblait aussi exténué que lui. Ludrick l'observa de longs instants, quelque chose lui brûlait les lèvres. Il ressentait le besoin d'évacuer l'une des choses le préoccupant. Quand son père le remarqua, il lui adressa un regard avant de prendre la parole bien avant que le guerrier ne le fasse.

"Tu y étais n'est-ce pas ? Au centre du village." Alistair avait aperçu son fils bien avant qu'il ne rejoigne l'auberge accompagné d'une trompe bien insolite dans le village. Il était évident qu'il était maintenant trop tard pour tenter de cacher la situation au jeune hylien. Il aurait aimé que Jenah ne provoque pas un scandale devant la demeure du Bourgmestre. Ludrick allait sûrement vouloir se mêler des problèmes concernant l’épidémie à présent, devenant impossible pour lui de protéger la chair de sa chair. Il craignait que celui-ci ne l'attrape en voulant aider les plus malchanceux.

"Oui,  j'y étais." Il estima inutile de cacher la vérité à son père. Visiblement, il ne l'avait pas vu espionner le Conseil qui avait eu lieu tard dans la nuit. Fort heureusement pour lui. Le jeune homme s'approcha de son paternel, éclatant soudainement. "Si tu le sais, c'est que tu y étais aussi. Pourquoi tu n'as pas arrêté Auru ? Pourquoi tu laisses agir aussi librement une telle ordure ?! Pourquoi tu l'as pas encore passé au fil de ton épée ou enfermé dans une cellule ?! Tu cautionnes ses actes, peut-être ?!"

Alistair savait qu'un jour, Ludrick allait lui poser de telles questions. Il connaissait la bienveillance qui animait ses actes mieux que quiconque. Il était fier d'avoir élevé un homme bon malgré son inexpérience. C'est cela qui fit soupirer l'homme alors qu'il se résigna, à lui répondre.  "Non, je ne cautionne pas ses actes. Il est protégé par la Bourgmestre et dans les faits... Auru a failli dépasser les bornes mais il ne l'a pas fait. Il a juste accompli ce pour quoi il a été engagé. Je ne pouvais agir." Il remarqua bien que le guerrier inexpérimenté fronça les sourcils à cette réponse. Son sens de la justice n'acceptait de telles paroles. Le géniteur reprit donc. "Auru n'a commis aucun crime qui a été prouvé. Il ne peut donc pas être condamné et je refuse de le tuer sans ça. Je ne vaudrait pas mieux que lui. Je ne tue pas par plaisir. Je tue parce que je n'ai plus le choix ou pour protéger ce qui m'est cher. Tu ne comprends peut-être pas pour le moment mais tu comprendras un jour."

Le jeune aventurier ne sut quoi répondre. Il savait que son père avait raison. Auru était une ordure mais décider arbitrairement de qui mérite de vivre ou de mourir ne rendait pas meilleur que lui. Il ne se sentait pas plus satisfait après cette discussion et il ne pensait pas que ça soit utile de la continuer. Il serra les poings alors qu'il s'en alla dans sa chambre pour se reposer.
Il aurait pensé que la nuit aurait été compliqué mais au contraire, Ludrick s'effondra de sommeil aussitôt qu'il s'était couché. Sa nuit fut agité et le sommeil très peu réparateur. Il lui semblait avoir cauchemardé mais il n'arrivait à s'en rappeler que vaguement. Il voyait le village en flamme, les maisons dévorées par les flammes, ses parents décapités et un homme au milieu de ce chaos. Un large sourire aux lèvres. Il prononça ces paroles "Tout.. Monde... Malades.. Problème... À la racine... Hahahahaha...". Le jeune homme s'était réveillé en sursaut, angoissé par l'horreur de ce rire. Il lui semblait reconnaitre l'homme mais il n'arrivait pas à se rappeler de son visage. Il estima inutile de se triturer l'esprit plus longtemps avec ça. Il avait déjà tant à faire aujourd'hui. Il devait rejoindre Zelda et Arkaï, les deux jeunes gens qu'il avait rencontré. Ils avaient décidés d'aller voir ensemble Nikolas avant d'aller regarder les puits. Il s’apprêta avant de les rejoindre au lieu de rendez-vous dont il fut le dernier arrivé. Il les salua d'un mouvement de mains et de son habituel sourire. Il était ravi de voir qu'ils s'étaient bien présentés à l'endroit convenu et qu'il ne se soit pas enfuit comme ils auraient pu le faire. De plus, Arkaï le réconfortait en démontrant sa détermination face au problème.

"Je vous remercie tous les deux. Ça me rassure de voir que des gens se soucient de notre situation."
C'était dur pour lui de voir son foyer dans un tel état mais il restait fort pour ceux qu'ils voulaient absolument aider. "Ensemble, je sais qu'on pourra le faire."

Zelda prit les devant en parlant en première à Nikolas. Il prit la parole après eux pour pousser l'apothicaire à leur faire confiance. Après tout, l'homme l'avait vu naître, il devait sûrement accorder un certains crédit à ses paroles. "Vous pouvez leur faire confiance, Nikolas., dites-leur ce que vous savez. Et pour te répondre Zelda, non. avant cela, le puits qu'on utilise actuellement était fermé. Il a été rouvert suite à l'éboulement de l'autre puits." Il connaissait déjà ces informations donc il se permit de répondre à la place du vieil homme. "Je connais leur emplacement aussi. C'est moi qui fournit ma maison en eau de temps en temps." Il se tourna ensuite vers l'interlocuteur pour lui adresser la parole. "Par contre, vous êtes plus sage et âgé que moi donc vous devez sûrement en savoir plus que moi sur les trous de sorcières. Ils sont bien appelés "Puits", n'est-ce pas ? Que savez-vous d'autres dessus ?"


Chargées d’incertitude autant que de surprise, ses doigts osseux tombèrent sur le rebord de chêne de son chevet. Trois coups sec l’avaient arraché au sommeil noir que la fatigue lui avait finalement imposé et, l’obscurité faisant, il ne trouva pas les verres qui l’aidaient en temps normal à distinguer le réel du flou. Le cœur ballant, alors que d’autres coups secouaient la porte de sa bicoque, il s’extirpa de sa paillasse, abandonnant la douceur de la nuit qu’il venait pourtant de commencer. Se levant aussi prestement que le lui permettaient ses jambes encore engourdies, il cogna avec force l’une des poutres qui soutenaient les combles de l’ancienne tour à grain. « Tudieu ! », siffla-t-il entre ses dents, tandis que la douleur perçait son crâne. Sa paume gauche épousant par réflexe le pied de son lit, il parvint à conserver l’équilibre qui avait failli lui manquer.

Un sang sombre, qui maculait désormais sa main droite venue à la rencontre de son front, poissait son pouce, son majeur et son index. De contrariété autant que de peine, il grogna sourdement, avant de s’engager dans le colimaçon qui longeait les vieux murs de pierre jusqu’au rez-de-chaussée. Pas après pas, il amorça la descente, l'œil rivé sur le malade qui occupait encore l’une des deux tables d’opérations qu’il était en mesure de mettre à disposition. L’autre, espérait-il, reviendrait à Sépharo ou au jeune fils du pêcheur. Si le Bourgmestre le permettait. De cela, il n’était pas sûr : si prospère avait pu se montrer la cité depuis l’avènement de Baldin, l’ancien métayer avait toujours cherché à protéger les siens. Parfois, cela impliquait de veiller sur les enfants des autres ; mais en l’état actuel des choses, il craignait que le recul du chef de Cité ne soit plus tout à fait le même.

A l’évidence, la charge menée contre son vantail n’avait pas su réveiller le jeune garçon, que le lait de pavot avait fini par plonger dans une torpeur moite et - d’apparence, au moins - sans rêve. Pour une fois, il avait l’impression de prendre peu à peu le pas sur la maladie. Il n’aurait su dire si c’était là les effets des extraits de plantain, de sauge ou de souci, mais l’un ou l’autre des remèdes qu’il avait travaillé semblait aider le pauvre hère.

Finalement, le vieil Apothicaire gagna la porte de bois de frêne qui fermait l’accès à sa masure. Craignant qu’un marmot ou qu'un autre adolescent ne requiert ses soins immédiats, il en fit sauter les verrous aussi vite que faire se peut. Le sang qui goûtait désormais le long de son nez et devant ses yeux ne lui facilita pas la tâche.

Grinçant doucement, le battant rongé par les âges finit par dévoiler trois visages qu’il connaissait, mais qu’il eut d'abord du mal à reconnaître, faute d’avoir pu chausser sa lunette. Sitôt la porte entrouverte, un air lourd, étouffant et électrique investit sa demeure. Sur sa nuque, il sentait venir la main froide d’un hiver cruel et lesté de grêlons.

Bientôt, l’étrangère le héla ainsi qu’elle l’avait fait la veille, à peine plus tôt. Et l’assura de son soutien, avant de l’interroger de nouveau, sur le puits dont ils avaient apparemment parlé la dernière fois qu’ils s’étaient vus ; dont il avait sans doute été question sur la Grand-Place, alors qu’il avait quitté l’enceinte de l’ancienne Ville-Close. Pris au dépourvu, l’esprit encore passablement embrumé, Nikolas ne saisit pas immédiatement l’intégralité des nuances qu’elle cherchait à lui faire passer. Il avait bien sûr entendu évoqué ce qui était arrivé à Jenah, mais on ne l’avait pas laissé la voir dans l’immédiat : la pauvre femme n’était pas en état de recevoir la moindre visite, avait insisté Auru. L’Apothicaire n’avait pas eu besoin de plus de précisions pour comprendre la dimension politique de sa mise en détention.

Inspirant profondément, il s’apprêta à répondre à la jeune femme aux cheveux d’or, mais fut rapidement coupé par son compagnon Gerudo. L’espace d’un instant, il crut deviner, derrière sa demande, une bravache évidente — une esbrouffe mal à propos, accompagnée d’un brin de défi. Ses dents grincèrent en silence tandis que ses naseaux crachaient, sans bruit, le fruit de sa frustration. L’avait-on vraiment tiré du lit pour si peu ? Le dernier coup de butoir vint avec Ludrick : le jeune Elimithois, dont il avait aidé à la naissance il y a 23 printemps de cela, décida - avec toute la candeur dont il savait si souvent faire preuve - d’adresser pour lui les questions de ses camarades. La coupe pleine, le vieil homme referma brusquement la porte de son logis, sans un mot d’explication.

Il n’avait pas l’intention de les laisser en plan.

Pour autant, il n’entendait par leur répondre avant d’avoir retrouvé sa vieille lorgnette.

Se frottant les yeux avant de gagner l’établi, le thaumaturge eut tôt fait de mettre la main sur le petit morceau de bois sculpté dans lequel avaient été engoncés deux perles de verre ciselé, qu’il lui fallait souvent revêtir en début et en fin de journée. Ainsi équipé, il revint promptement se présenter devant les trois impertinents diables qui sollicitaient son aide. Une seconde fois, le battant de frêne crissa.

S’accordant une longue inhalation, il entreprit enfin de leur répondre.

"Elimith compte effectivement deux puits, mais ils n’ont jamais été utilisés en même temps. Il y a des années, le premier a été fermé parce qu’il menaçait de s’effondrer de l’intérieur. Florène, la doyenne du village et la compagne d’Opar, pourrait certainement vous en dire plus à ce sujet", lança-t-il d’abord, d’une seule traite. Il avait rarement parlé aussi vite, mais il n’attendait plus qu’une chose : regagner le matelas de paille qui l’attendait à l’étage. « Pour ne pas avoir à se reposer uniquement sur la rivière parfois salie, par la teinturerie notamment, le Bourgmestre de l’époque a décidé de la construction d’un nouveau puits, en amont de la vallée. Celui-ci est condamné depuis des mois, après l’accident dans les mines qui a déclenché un éboulis », reprit-il encore, sans donner plus de précision sur la façon dont s’étaient déroulés les événements : il n’ignorait pas, à l’inverse peut-être de Ludrick, que la citerne avait été involontairement scellée par l’intérieure.

Le vieillard s’autorisa une seconde respiration. Son regard, jusqu’alors resté exclusivement fixé sur Zelda, revint à l’Elimithois, ignorant sans subtilité le Gerudo dont il n’avait pas oublié les réflexes guerriers de la veille. Cette fois, il s’exprima plus lentement ; mais garda la porte tout juste entrouverte.

"Je suis surpris par ta question, Ludrick", reconnut-il d’abord, étonné que le jeune homme ne se souvienne pas d’un nom pourtant très commun et utilisé par l’intégralité des habitants de la Cité-Commerce. Sincèrement inquiet pour le jeune homme, il pensa un instant à lui demander si le Moblin qu’il avait rencontré et qui lui avait volé son épée ne l’avait pas blessé à la tête. « L’endroit où le Bourgmestre et ton père font jeter les détenus est effectivement appelé ainsi. Les trous ont été creusés par les Anciens, à une époque que nulle ici n’aurait pu connaître, pour des raisons qu’aucun ne saurait aujourd’hui expliquer », déclara-t-il alors, non sans repenser à quelques-uns des plus superstitieux qui habitaient la ville blanche. « Certains, de ceux qui aiment les contes de fées, prétendent qu’on enfermait autrefois des êtres maléfiques dotés de pouvoirs inexplicables dans ces trous. Ce ne sont que des légendes, que racontent les uns pour effrayer les autres lors des veillées, mon garçon », détailla-t-il ensuite. « Il n’y a malheureusement pas besoin d’aller chercher dans les mythes pour trouver la racine de ce genre de cruauté », regretta-t-il ensuite, essuyant du dos de la main la tâche carmin qui s’étendait de plus en plus sur sa gueule, l’air ailleurs.

Puis, revenant soudainement à lui, il lança sans chercher un instant à paraître courtois :  « Puisque tu sais maintenant où aller, je te laisse guider tes nouveaux amis vers tes nouvelles aventures. J’ai à faire de mon côté. »

Dans un bruit sourd, le frêne avala une fois le vieux soignant, avant de frapper durement le portique auquel il était accroché. La porte ne se rouvrirait pas.

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

À cause de la pénombre de sa masure, Zelda n'eut pas directement l'occasion de remarquer l'état dans lequel venait de leur ouvrir Nikolas. Elle avait longuement répété son discours et ses questions dans sa tête pour ne pas déranger le vieil homme occupé plus que de raison. C'est donc seulement après avoir fini sa tirade, et alors que ses camarades avaient pris la parole à sa suite, qu'elle observa plus attentivement le médecin. Elle remarqua alors que ce qui s'écoulait du haut de sa tête était du sang. Un air inquiet déforma ses traits, et elle bredouilla "Est-ce que tout va bien ?" un peu penaude.

La jeune femme se rendit également compte que Ludrick avait la réponse à une de ces questions. Ils avaient beau avoir été un peu secoués la veille et être portés par un sentiment d'urgence, elle se sentit un peu bête de ne pas avoir pris le temps de plus se concerter avec ses acolytes avant de frapper à la porte du médecin. Au fond, elle n'avait pas souvent eu l'habitude de travailler en équipe. Le sentiment de jugement qu'elle avait vécu l'avait souvent poussée à faire bande à part, et les Prodiges étaient ce qui s'en était le plus approché mais avec le recul l'ancienne princesse ne pouvait pas vraiment prétendre avoir été une chef exemplaire. Et le seul membre restant de ce groupe l'avait abandonnée sans explication.

Pourtant, la porte qui claqua devant eux n'était pas vraiment ce à quoi elle s'était attendue, et elle eut inévitablement une impression de déjà vu. Elle avait sans doute aussi un peu oublié depuis le temps les bonnes manières et les horaires convenables pour faire irruption chez les gens. Ne sachant trop que faire, elle se tourna avec un visage démuni face aux deux jeunes gens qui l'accompagnaient. Au moins avaient-ils pu faire part de leur soutien au médecin, mais pour ce qui était de leurs questions… Heureusement, le bruit de la porte se fit finalement entendre une fois de plus et elle pivota derechef pour voir apparaître l'apothicaire avec une paire de lunettes sur le nez. Elle comprit alors qu'ils lui avaient sûrement provoqué un réveil un peu soudain. Une part d'elle se promit qu'une fois la situation arrangée, elle trouverait un moyen de se faire pardonner pour ce manque de civilité.

Elle n'osa pas vraiment le questionner sur le sang qui poissait son front, après tout c'était lui le médecin et il n'avait pas l'air de s'en soucier outre mesure. À la place, elle écouta d'une oreille attentive les informations qu'il leur révélait avec un débit rapide, l'air pressé d'en finir avec leur visite. Il ne fallut d'ailleurs pas longtemps pour qu'après avoir répondu également au jeune Elimithois, il ne leur ferme une fois de plus sa porte au nez, définitivement.
L'Hylienne resta un instant immobile, réfléchissant aux nouvelles informations à assimiler. Quand elle fit à nouveau face à ses compagnons d'enquête, elle avait un air décidé. Ce qu'elle allait leur annoncer ne faisait pas partie de leur plan initial, et une part d'elle sentait que ça risquait de ne pas plaire à Arkaï mais c'était la solution la plus efficace à ses yeux.

"Opar, c'est le nom du gérant de l'auberge n'est-ce pas ?" Le bâtiment n'était qu'à quelques pas de là, et il lui paraissait dommage de ne pas interroger quelqu'un qui en savait plus sur le sujet et qui avait peut-être plus de temps à leur accorder. "Je vais aller voir cette Florène pour lui demander si elle peut nous fournir plus de précisions sur l'histoire des puits."

Pour autant, il se pouvait que cette entrevue ne donne rien d'intéressant et il lui semblait que tous se rendre sur place serait une perte de temps alors qu'il leur était peut-être compté. "Pour ne pas perdre de temps, j'irai seule, et vous pourrez commencer l'inspection des puits sans moi." Après tout, l'auberge était en plein milieu du village et elle n'avait pas l'impression qu'il puisse s'agir d'un endroit dangereux. Les puits en revanche étaient plus éloignés et il était impossible de savoir ce qu'ils y trouveraient. Ils ne seraient pas trop de deux non plus si l'inspection nécessitait des travaux manuels.

De plus, elle se disait que la dame qu'elle allait rencontrer se sentirait peut-être moins acculée si elle se présentait seule face à elle. Après tout, la veille ils avaient surtout inquiété les parents du jeune Sépharo. Et si Ludrick pouvait mettre les habitants en confiance c'était aussi le mieux placé pour servir de guide pour trouver rapidement le puits qu'ils décideraient d'inspecter en premier ou pour apporter d'éventuelles précisions sur ce qu'ils y trouveraient. "Dites-moi seulement où vous comptez vous rendre d'abord, et je vous rejoindrai dès que j'aurai terminé." Pour ce qui était de trouver le bon chemin, elle pourrait toujours poser la question également. Et si elle se perdait… "Si je n'arrive pas à vous trouver, je reviendrai ici pour vous attendre sur la grand place."

Se tournant vers Arkaï spécifiquement, elle ajouta avec un sourire qui se voulait rassurant "Tout ira bien, je ne serai pas longue et je ne risquerai rien."