Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – Grand-Place

[Quête Halloween - 2020] - Partie II

En proie depuis peu à un mal inconnu, la Ville-Blanche doit aussi faire face aux troubles politiques engendrés par la situation. L'atmosphère est tendue, quand nos champions et nos championnes se retrouvent sur la place principale de la Cité-Commerce.

Fin de l'automne - 3 mois 4 semaines 1 jour après (voir la timeline)

"ASSASSIN !", éructa-t-elle comme une furie ; à plein poumons. Le bois de ses soulier pointus claquait sourdement contre les quelques antiques pavés qui habillaient encore le parvis de la Grand-Place, que gardaient quelques miliciens. « MEURTRIER ! », hurla encore la pauvre femme, le souffle rendu fuyant par sa course. Ses lourds habits de travail, rendus pesants par la pluie qui cessait peu à peu, freinaient à peine son avancée. « MONT'-TOI, EMPOISONNEUR ! », tonna encore la jeune femme mangeant rapidement la distance qui la séparait de la demeure du Bourgmestre. Malgré la pèlerine qui recouvrait l'orage de ses cheveux, elle distinguait clairement les hommes d'armes qui protégeaient le logis. L'un d'eux, le plus massif des deux, arma une arbalète avant de la mettre en joue. « TUEUR D'ENFANT ! », persifla-t-elle aussi fort qu'elle était encore en mesure de le faire, la voix fragilisée par l'émotion et par l'effort. « RENDS-MOI ME FILS ! »

Apercevant Clévia au sommet de la butte où avait été construit le logis de Baldin, Jenah s'arrêta un instant — le temps d'un regard, long et chargé d'une haine à nulle pareille. « Bouge pas, la métayère », la menaça alors Auru, avant de cracher sa chique. Il avait parlé d'une voix assez forte pour qu'elle ne l'entende en dépit de la trentaine de pieds qu'il lui restait encore à avaler avant de pouvoir étrangler le serpent qui avait élu domicile aux côtés de la statue de la Déesse-Rivière. Et l'ouvrière agricole de questionner, la langue rendue amère par la colère et le chagrin : « S'non quoi ? Tu vas-tu m'tuer com'vous 'vez laissé me garçon mourir ? »

La chanvre grinça fort, à en faire craquer le bois de l'arbalète. Et le trait siffla.

Un bref moment, alors que s'arrêtait soudainement son cœur, elle crut mourir. Le carreau de fer perça l'étoffe de sa coiffe, manquant de la jeter au sol. « Le prochain te manquera pas, sale pute », siffla-t-il cette fois, tandis qu'un sourire mauvais déchirait sa gueule boursouflée. Il abaissa néanmoins son arme quand l'autre molosse, plus grand et plus fin, l'y invita en appuyant doucement sur la noix de décoche. Haletante, tétanisée de stupeur, le front poissé par les restes de pluie autant que par la sueur, la jeune femme joignit les mains sur sa poitrine ; cherchant doucement après la blessure qu'elle ne trouvait pas. La force qui l'animait jusqu'à lors semblait désormais lui manquer alors que se formait autour d'eux une bien triste ronde — pas si différente de celles que dépeignaient certains contes macabres que l'on racontait parfois lors des veillées.

Du bout des doigts, elle réalisa que le tir avait arraché son capuchon, qu'elle n'avait rien. Il n'en fallait pas plus pour qu'elle ne vive à nouveau pour deux.

"C'EST LUI LE MEURTRIER ET C'EST-TU SUR MOI QUE TU TIRES-TU ?!", s'époumona alors la mère en deuil, que même un feu nourri n'aurait su arrêter. Sans plus s'avancer, elle désigna de l'index la maison du Bourgmestre. « C'EST-Y CE CHIEN QUE TU DEFENDS-TU ?! », invectiva-t-elle encore levant le point de rage. « T'PEUX BIEN TOUS NOUS-Y BUTER, ALORS ! », cracha la Métayère, non sans tirer la serpe qui pendait à sa ceinture. Et de poursuivre, sans marquer la moindre pause : « PARCE QU'ON VIENDRA-TU TOUS, LES UNS APRES LES AUTRES ! A CHAQUE ENFANT MORT UN AUT' DES NOT' S'LEVERA CONT' VOUS ! » Elle parlait vite, de peur qu'Auru ne profite de la moindre pause pour la descendre. Elle l'en savait capable. Il n'était aucune femme des champs pour ignorer ce qu'il était prêt à faire — ce qu'il avait même déjà fait. Aidé de son bandoir, le Cerbère avait déjà armé un second trait sans jamais prêter attention à ce qu'elle pouvait dire. « T'as fini ? », questionna-t-il seulement, tandis que son acolyte pointait l'estoc de sa lance sur elle, comme pour lui interdire de faire un pas de plus.

La foule qui se rassemblait autour d'eux avait beau se faire plus importante, elle ne s'était jamais sentie aussi seule. Personne ne semblait prêt à briser le cercle pour lui porter secours. Pas même quand revint lentement sur elle la bouche d'acier de l'arbalète. « Dernière chance. R'tourne-dont t'occuper de ton logis », s'amusa le garde du corps de Baldin qui braquait sur elle son engin de mort. Prise de panique, elle chercha un regard amical dans l'assistance. Elle ne trouva que celui du vieux Teinturier, dont le premier fils jouait jadis avec son compagnon. « Soje ! », implora-t-elle, le gris de ses yeux noyé par d'épais sanglots qu'elle peinait à retenir. « Tu l'sais-tu comme moi ! Ton gosse aussi l'est malade », reprit Jenah dont les mains tremblaient doucement. « Après Pasu, c'sera l'tour d'Sepharo et... et... » La jeune femme dût contenir ses pleurs, mais le vieil artisan fit un pas. Puis un second.

"Bouge pas non plus, l'vieux moche", lança le gorille, dont l'arbalète changea un temps de cible. Jusqu'à ce que tonne une voix forte, faite pour dominer celle de tous les autres.

"SILENCE", exigea le Bourgmestre du haut de son estrade. Derrière lui se tenait la femme qui partageait sa couche ; laquelle tenait dans ses bras leur fils, le jeune Koryl. Il avait la peau blanche comme neige mais ses lèvres semblaient encore intactes « Par tous les dieux, baisse ton arme mon ami, lança-t-il ensuite à l'attention d'Auru en descendant une à une les marches de pierre qui reliait sa maisonnée à la Grand-Place, nous sommes des gens civilisés, pas de vulgaires Bokos des plaines ! »

Tandis que le soldat s'exécutait, le Seigneur des Métayers - ainsi que l'appelaient certains des citoyens les plus pauvres, avec un ressentiment à peine masqué - s'avança doucement à la rencontre de la foule. Talen et Auru s'écartèrent pour le laisser passer alors que Datoh et Mutoh encadraient encore Clévia. « Crois moi, douce Jenah, je suis désolé de ce qui t'arrive », commença l'ancien ouvrier agricole, une main sur le cœur et l'autre tendue droit vers la jeune femme, paume ouverte aux cieux. « Je n'ai pas tué ton garçon. C'est le mal, le même dont souffre aujourd'hui Koryl, qui l'a emporté », souffla-t-il alors. En amont, la mère de l'enfant leva le petit aussi haut qu'elle le pouvait ; pour que tous puissent le voir. Victime de la fièvre, il fut alors pris d'une violente, quoique brève, quinte de toux. Partout dans l'assemblée, certains reculèrent de crainte ou de dégoût. « Déjà avant qu'il ne tombe malade, j'ai fait mon... — », tenta-t-il de poursuivre avant d'être subitement coupé.

"BEN SUR QUE SI, TU L'AS TUE !", mugit la jeune femme, dont les phalanges blanchissaient à force de s'enfoncer dans le cuir qui bandait la hampe de sa serpe. « C'EST-Y PAS TOI QUI A DIT AU VIEUX NIKOLAS D'PÔ L'ACCUEILLIR ? C'EST-Y PAS TOI QUI L'A LIVRE A LA FOUTUE VOIX DU PUITS ?! », rugit-elle encore, s'avançant d'un pas. Elle était secouée de frissons brutaux et incontrôlable. « Je n'ai jamais... — », tâcha de se défendre le Bourgmestre. Mais Jenah ne le laissa pas faire. Du doigt, elle pointait déjà Soje, qui s'était rapproché en même temps qu'Auru et dont le visage était devenu livide à l'évocation de la vieille citerne. « ET MAINT'NANT TU R'FAIS-TU PAS L'COUP A SEPHARO ?! »

Sans prévenir, la Métayère se jeta sur le Bourgmestre, frappant de la tranche de sa serpe — à la recherche de sa gorge.

Elle n'eut pas le temps de porter son assaut.

D'un coup du fût aussi fauve que faste, Auru lui brisa le nez avant de lui faire éclater l'arcade sourcilière. Le silence retomba soudain sur la Grand-Place, tandis que s'effondrait la pauvre hère. Son sang rouge dessinait de fines rigoles entre les pavés éparses.

"Talen, fit-il à l'attention de son camarade, attache la démone avant qu'elle ne se réveille." Opinant du chef, l'autre homme entrepris rapidement de ligoter la Métayère tandis qu'une grimace horrifiée déformait la gueule du Bourgmestre. Conscient, sans doute, qu'on l'observait sous toutes les coutures, il n'eut besoin que d'un bref instant pour reprendre contenance. « Voyez, mes amis, ce que peut nous faire faire la souffrance — », héla-t-il alors la foule prise d'effroi. « Cette femme, vous la connaissez tous, est quelqu'un de bien. Mais elle souffre... et cette souffrance la pousse à la violence autant qu'à la calomnie. » Son regard croisa un instant celui du Teinturier, tétanisé comme les autres.

"Nous ne pouvons tolérer pareil danger en nos murs. Particulièrement aujourd'hui, alors que la Déesse de la Rivière semble nous avoir oublié. C'est pourquoi il nous fallait intervenir", se justifia-t-il ensuite, usant de tout le charme qui lui avait été confié pour rassurer les siens. Quand Auru lui souffla quelque chose à l'oreille, il acquiesça d'un bref signe de tête. « Nous vous protégeons. Nous vous soignons. Nul ne saurait bénéficier de passe-droit, pas même mon fils. Jenah aussi sera soignée », fit-il ensuite, avant de marquer un court arrêt durant lequel il épousa la foule toute entière de ses yeux. « Nikolas l'a dit, il craint que la maladie ne puisse altérer le comportement des victimes. En attendant qu'elle ne représente plus un danger pour qui que ce soit, nous allons la garder en sécurité dans les geôles de la Cité. Et bientôt, nous festoierons de nouveau en sa compagnie », assura-t-il encore, avec autant d'aplomb qu'il lui était possible de le faire.

Et de conclure, avant de lentement se retourner, suivi de ses molosses : « Pour l'heure, j'ai une ville à sauver. »

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Ludrick

Mascotte incontournable

Inventaire

Par le pur des hasard, Ludrick avait rejoint la Grande-Place aux côtés de Slo'Anh. Ils devaient réfléchir à un plan pour déterminer la façon la plus adaptée pour réagir à cette épidémie à l'aide des informations qu'ils avaient réunis en espionnant le conseil qui s'était déroulé une trentaine de minutes plus tôt. C'est alors qu'ils échangeaient sur ce sujet qu'un cri interrompit le fil de leur conversation. Ludrick reconnut évidemment la voix de Jenah, l'une des habitantes de la Cité-Commerce. La peine dans sa voix ne manqua pas de déboussoler le jeune hylien, sa propre compassion lui jouant des tours. Une boule dans sa gorge créa une sensation de mal-être dans tout son corps quand il l'entendit s’époumoner criant et accusant le Bourgmestre d'être un assassin. Elle venait de perdre son enfant à cause de la maladie, c'était simple à deviner et Ludrick ne pouvait s'empêcher de songer au bonheur décorant le visage de la mère lorsqu'il l'apercevait avec son fils. Elle venait de perdre ce bonheur, la chair de sa chair, et sa peine était des plus compréhensible. Le guerrier reste abasourdi face au spectacle se déroulant face à lui, il ne savait aucunement quoi faire ou comment réagir. Il s'approcha de la scène sans même réaliser qu'il abandonnait son amie Zora, le visage froissé de peine. Un habitant du village venait de mourir. Encore. Il avait du mal à assimiler cette nouvelle. Il avait connu des morts dans la milice mais chaque perte restait douloureuse, sans exceptions. Étrangement, il y trouva une nouvelle détermination. Au diable, son envie d'être reconnu par son père. Des gens mourraient de cette maladie, il en prenait enfin réellement conscience. Il voulait, non, il devait mettre fin à cette situation.

Le brutal son de l'arbalète faisant siffler son carreau dans les airs sortit Ludrick de la torpeur dans laquelle il s'était retrouvé suite au choc de la situation. Il craint pour la vie de la métayère, le jeune homme courant vers elle, tentant vaguement d'empêcher la mort inutile de celle-ci. Il était bien trop tard. La coiffe s'envola, embroché au bord du carreau volant alors encore sur quelques mètres. Il se stoppa net dans sa course, fermant les yeux de peur de voir la mère s'effondrer devant lui. Il lui fallut quelques secondes avant de ne les rouvrir pour admirer l'horrible scène qui à son grand soulagement n'eut pas lui. Sa peine se fit alors balayer par une colère soudaine. Il n'en pouvait plus de voir ces horribles personnages agir comme bon leur semblaient. Il savait pourtant que ça ne servait à rien qu'il s'énerve, il ne faisait pas le poids face aux deux énergumènes, surtout avec l'un deux armé d'une arbalète. Il se contenta alors de serrer les poings aussi fort qu'il le pouvait, ses dents grinçant sous la pression exercée par sa mâchoire. Il rêvait que son poing ne fasse connaissance avec le visage d'Auru. Ses yeux, emplis de colère, ne purent quitter les deux brutes tandis que le reste du sombre spectacle se déroula face à lui.

Il se sentait impuissant et inutile dans une telle situation ce qui ne faisait que l'enrager encore plus. Il n'avait pas les mots qui pourrait calmer la situation et il ne possédait pas non plus la force qui lui permettrait de protéger la métayère enragée. Il maudissait une telle situation et il maudissait sa propre impuissance. Pourquoi une épidémie avait-elle dû frappé le village ? Tout ça semblait si injuste aux yeux du jeune aventurier.

Quand elle sombra dans un sanglot des plus poignants pour l'hylien, il tenta de faire un pas vers elle, pour tenter d'apaiser sa peine, presque en même temps que le teinturier juste avant qu'il ne se fasse menacer par l'arbalète ce qui figea au passage Ludrick, craignant qu'il ne se prenne un carreau à son tour.

La voix du Bourgmestre tonna enfin dans le ciel, exigeant un silence absolue et ce qu'il obtenu. Tous les gens qui pouvaient se murmurer des choses se turent en un instant, surpris par la voix du nouveau venu. Le jeune hylien, lui-même surpris par la soudaine voix du Bourgmestre, se contenta d'écouter le discours de celui-ci qui semblait enfin calmer les tensions du moins jusqu'à ce que la mère ne crie encore plus fort que la voix tenant le discours. Il craignit ce qui pourrait arriver si elle continua ainsi et dans un élan désespéré, il posa sa main sur l'épaule de la mère, tenant quelque chose avant qu'il ne soit trop tard.

" Par pitié, Jenah, calme-toi." Sa voix était suppliante mais elle ne prit même pas la peine de l'écouter, rejetant sa main d'un mouvement d'épaule tout en continuant ses accusations. Ludrick comprit immédiatement qu'il était trop tard. Rien ne pouvait calmer la jeune mère désespérée de la perte de son doux fils. Il se résigna, à contre-coeur, et baissa la tête, son regard se penchant vers le sol. Il refusait d'observer ce qui allait se produire juste après qu'elle n'ait commencé à se jeter vers le Bourgmestre. Deux violents coups résonnèrent alors avant qu'un bruit beaucoup plus sourd, semblable à un corps chutant au sol ne résonne. Le sang, mêlé à la pluie, coula alors sur le sol jusqu'à rejoindre le regard de Ludrick. Ce liquide carmin chamboula bien plus l'aventurier qu'il ne l'aurait cru. Il devinait avec aisance qu'Auru, l'un des gardes les plus violent de la ville, ne soit le fautif de ce liquide qui coulait le long des pavés. Il savait qu'il n'avait fait que protéger le Bourgmestre mais une telle vision restait enrageante. Il marmonna entre ses lèvres, ses ongles s'enfonçant avec force dans la paume de sa main. La douleur ressentie l'aidait à garder un semblant de sang-froid face à cette situation.

"Un jour... Oui, un jour... Ils payeront pour leurs crimes..."

Il n'écouta même pas le reste du discours de l'homme dirigeant la ville. Il occulta totalement toute les paroles sortant de sa bouche et toutes les choses l'entourant. Il estimait en avoir assez entendu. Il avait besoin de s'asseoir avant que tout ce mélange d'émotions ne le fasse perdre toute trace de sa force. Il se dirigea vers un muret, trainant les pieds. Il était épuisé après un tel spectacle. Il s’assit lourdement sur les pierres de ce muret auprès duquel, il trouva un endroit de repos. Ses coudes s'appuyèrent sur ses genoux alors qu'il plongea son visage dans ses mains, ses doigts glissant dans sa propre chevelure trempée par la pluie. Sa tête semblait si lourde en cet instant, il avait du mal à se remettre de toutes les choses auxquelles il avait assisté. Il avait besoin de souffler un moment avant de reprendre sa recherche d'une solution ou de quoi que ce soit qui pourrait aider à se débarrasser de l'épidémie.

"Je suis si épuisé..." C'est alors qu'il réalisa. Il avait ignoré Slo'Anh et ne l'avait plus aperçu depuis le début de tout ceci. "Merde ! Slo'Anh."

Il releva alors le regard, cherchant son amie du regard. Elle devait aisément sortir du lot. Alors qu'il cherchait la Zora du regard, une autre personne ne manqua pas d'attirer son regard : Un Gerudo se démarquait de la foule. Et ce Gerudo n'était clairement pas Samir. Ludrick n'avait aucun souvenir d'avoir déjà croisé cet homme dans les rues du village, ce qui ne manqua pas de l'intriguer. Il passa tout de même outre cette découverte, continuant sa recherche de Slo'Anh.


Slo'Anh


Inventaire

(vide)

Décidément, la Zora et son compagnon étaient passés par toute la palette d’émotions qu’elle avait à sa disposition en l’espace d’une soirée. Ladite soirée lui avait semblé durer une éternité, mais était inversement passée à une allure affolante. Ludrick paraissait aussi retourné qu’elle, et tous deux refaisaient le récit de leurs dernières aventures en se dirigeant sans réellement s’en rendre compte vers la grand-place. De toute évidence, des personnes souffraient et mouraient tout autour d’eux. Slo’Anh y voyait une sorte d’énigme, aussi grisante – enfin ses cellules grises allaient être un peu réveillées ! – que frustrante – elle n’avait de toute évidence pas sa place dans tout ceci au regard des Hyliens qui avaient pris la situation en main.

La foule avait commencé à s’entasser autour de la maison du bourgmestre. Ce genre de rassemblement avait tendance à effrayer la chasseresse, qui inconsciemment se rapprocha de son récent et précieux ami. Elle s’amusa d’ailleurs de cette réaction, car ça n’était pas avec sa petite taille qu’il allait la dissimuler à ses semblables. Elle s’amusa un peu moins de ce sentiment de sécurité qu’il lui apportait. Une partie d’elle entendait encore son père qui lui disait de se méfier d’eux, et elle faisait tout le contraire. Ces considérations la renvoyèrent également à ce sentiment de malaise qui l’accompagnait du soir au matin sans discontinuer.

« Heureusement que tu es l… » commença-t-elle à se confier, choisissant – ou risquant ? – la carte de la confiance. Mais des éclats de voix leurs parvinrent alors qu’ils s’approchaient et la coupèrent dans son élan de sincérité. « Oh non… » murmura-t-elle dans un infime souffle en comprenant de quoi il retournait. Elle avait beau s’identifier de moins en moins aux habitants de ce village, la Zora connaissait très bien la déchirure causée par la perte d’un membre de sa famille. Elle entendait la voix de ses parents lorsqu’il avait disparu filtrer à travers les lèvres distendues par la colère de cette femme. Et elle était loin d’être la seule à vivre cette tragédie. « Ils parlent de poison… Mais dans quel but ? » commença-t-elle à interroger Ludrick. Mais celui-ci ne l’avait pas entendue, trop concerné par le triste spectacle qu’il était obligé de regarder.

Elle étouffa un petit cri au moment où l’un des singes qui gardaient les marches tira une flèche sur la mère éplorée. Elle les dévisagea avec tout le mépris que son regard pouvait exprimer, ce qui était tout sauf négligeable. Quels sombres cons alors. Elle ne comptait plus les fois où des carreaux étaient passés tout près d’elle sous l’eau, et elle n’aurait pas été étonnée d’apprendre que ces salauds aient un rapport avec ça. Un regard en direction du jeune Hylien lui apprit qu’il n’était plus à ses côtés. Elle le chercha quelques secondes avant de le retrouver tout près de la scène. « …là… Oui heureusement que tu es là… » marmonna-t-elle avec sarcasme. Elle ne jugea pas très intelligente l’idée de le rejoindre. Celle consistant à rester plantée là ne l’était pas davantage.

Tous les regards étaient braqués vers cette situation haletante. Elle en profita pour se soustraire à la vue de tous en se cachant dans un renfoncement entre les bâtiments à contre-jour vis-à-vis des lanternes. Avec sa peau sombre, elle était parfaitement camouflée, pour peu qu’on ne la cherche pas. Un bruit d’os qui craquent lui firent dresser l’aileron dorsal, les épines le composant prêtes à la défendre. Un réflexe de chasseuse lui fit porter la main à l’une de ces épines pour s’en servir d’arme, mais elle se ravisa. Si elle commettait cette erreur, il serait bien commode pour tous ces imbéciles de faire le lien entre elle et un empoisonnement de masse sur les enfants de ceux qui lui cracheraient volontiers au visage. S’ils n’étaient pas si minuscules.

A la vue du sang qui se répandait sur le sol, les babines de la prédatrice se retroussèrent sur son imposante dentition. La pauvre métayère était inconsciente suite au choc de sa rencontre avec les solides mains de ces sales primates. Avide d’un peu d’action, Slo’Anh se fit la promesse de réserver le tranchant de ses crocs à la chair crasseuse de cet Auru. Ce serment fut renforcé par le regard haineux de Ludrick dans sa direction. Repensant à son étrange frère croisé quelques jours auparavant, elle déroba une chute de tissu sombre et le noua autour de ses épaules pour recouvrir son dos et ses traits atypiques, et, toujours en jouant dans les volumes et les lumières pour rester discrète, elle se rapprocha de la scène, en cercles concentriques, prête à bondir la gueule la première si quelqu’un s’en prenait à son ancien compagnon.

La situation se calma quand le Bourgmestre sortit enfin de son silence. Elle relâcha un peu la tension dans tout son corps en comprenant que Ludrick ne craignait plus grand-chose. « Ce n’est que partie remise. » grogna-t-elle en passant une fine langue sur ses dents. Les muscles du haut de son visage se contractèrent en une moue sceptique. Que cela soit sous les eaux ou sous le ciel, les chefs aimaient toujours s’entendre parler et bercer les foules d’illusions. Ridicule… pensa-t-elle en secouant la tête.

Tout près, mais toujours discrètement positionnée, elle s’accouda à une paroi de bois et de pierres et observa la suite des événements. Les curieux allaient bientôt s’approcher, elle préférait jauger d’éventuels concurrents ou compagnons dans la résolution de cette énigme avant de s’en aller. L’appât était en plein milieu de la baie. Elle n’avait plus qu’à guetter les petits et gros poissons qui l’intéressaient. Elle ne prêta pas attention à Ludrick qui semblait chercher quelque-chose. Toujours étouffée par sa déception, elle n’imagina pas un seul instant qu’il puisse s’agir de sa personne.


Ardolon


Inventaire

Bien qu'il fut loin à l'écart, l'étranger observait attentivement la scène qui s'était déclenchée telle un raz-de-marée : l'affliction d'une mère, cette lame de fond précaire, cherchait le funèbre écho des représailles. Mais comme un coup d'épée dans l'eau, elle se heurtait à la garde du bourgmestre armé de toute sa superbe... L'affliction d'une mère, cette lame de fond sévère, avait été matée d'un revers de la main aussi cinglant que sanglant. Une part d'Ardolon brûlait d'empathie mais l'autre, cynique, récusait l'accusation de la jeune femme ; il avait connu des répressions plus brutales et appris que le premier réflexe d'une personne blessée est de chercher un coupable pour lui imputer toute la responsabilité. La charge émotionnelle coulait sur le verglas de sa probe réserve.

À mesure que le spectacle prenait des allures de tragédie, le rito s'intéressait moins aux acteurs qu'à leurs stichomythies. C'est dans l'improvisation que la vérité surgissait avec le plus de netteté. Le tempérament primal des gardes en disait long sur leur expérience confinée au village et le bourgmestre, optant pour le tact et la compassion, contrastait largement avec eux ; le poids des responsabilités a souvent cet effet sur les gens, même les plus humbles, qu'elles rendent bien plus lucides... Mais aussi moins sincère. D'ailleurs la jeune femme ne lui accordait aucun crédit, renouvelant ses accusations aussi brisée que sa voix. Brisée certes mais, semblait-il, fondé sur deux croyances. La première était qu'un certain Nikolas l'aurait pu sauver... Nikolas...

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« Eul'Bourgmestre voulait-y qu'Nikolas y lui ouvr'eul'bide pour qu'y voit-y c'que c'est qu'allait pô. M'la famille a pas voulu.»

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Nikolas... Était-il médecin ou peut-être quelqu'un qui aurait un moyen de guérir les victimes ? Ou d'identifier le mal plutôt que le soigner ? Ardolon en doutait, il avait eu sa part de médicaments en tout genre, souvent à peine efficace. Peut-être faudrait-il l'interroger - surtout s'il a trouvé un remède... Ou bien peut-être pour d'autres raisons moins honnêtes.

Une autre information avait marqué le rito : l'hylienne parlait d'une "voix du puits". Expression de sa folie ou signe d'une investigation à approfondir ? Cela dit, l'idée d'être emprisonné dans un cylindre trop petit pour qu'il puisse y déployer ses ailes avait quelque chose d'effrayant... S'il s'agissait d'une piste, il espérait qu'un autre que lui s'y engouffre ; quel dommage qu'il ait perdu la trace de son ami zora !
Au moment même où il pensait à l'être amphibie, Ardolon découvrit une silhouette qui dénotait avec celles des habitants d'Elimith. Ce n'était pas Playru - il l'aurait reconnu à son arme inhabituelle, sinon à son langage corporel. Mais elle n'était pas hylienne.


Tandis que se poursuivit le spectacle ou le scandale, Ardolon s'enfonça dans le capuchon de sa propre cape avant de se diriger vers cette personne qui dénotait sûrement autant que lui. Sa taille le privait d'une discrétion dont il n'avait de toute façon pas besoin, au milieu d'un tel début d'émeute. Le rémige prit soin de se glisser parmi les citadins, sur la droite de la silhouette afin de ne pas arriver dans son dos. Elle semblait seule, peut-être cherchait-elle quelqu'un ou bien souhaitait-elle intervenir ? Toutefois si elle voulait faire quoi que ce soit, son hésitation avait largement pris le dessus... La scène l'avait-elle effrayé ou avait-elle quelque chose à cacher ?
En dépit de ses questions, Ardolon se mit en position : réfléchir l'intéressait moins qu'agir. De toute façon, il avait déjà dû être repéré ; ses iris vairons avaient déjà traqué le contact. Son allure, quoique calme, avait pu agiter plusieurs habitants de la cité, maintenant plus habitué à sa figure... Mais il espérait qu'un zora était mieux capable de percevoir la chaleur de ses expression faciales. Aussi tenta-t-il d'aborder aussi sereinement que possible celle qui n'avait pas décidé de le fuir.


Toi non plus tu n'es pas d'ici... Est-ce que je peux te faire confiance ? Il m'est difficile de parler à quelqu'un dont les yeux ne m'accusent pas avant même d'en trouver un motif.

Demander si l'on peut faire confiance à quelqu'un, habituellement, le rendait plus enclin à accorder du crédit à celui qui le demande. Cela permettait souvent au rito d'éviter le soupçon dont se pare souvent l'exotisme. Mais il avait également pointé ce qui les liait tous les deux : ils étaient chacun des étrangers... Se méfier de lui aurait été une supplique pour qu'il se méfie d'elle, un aveu de la même propension au rejet qu'ils subissaient. Alors Ardolon avait-il confiance qu'ils parviendraient à s'entendre, surtout à un moment où ils feraient chacun de parfaits boucs émissaires.


Samir


Inventaire

Samir avait bien dormi. L'atmosphère au travail était tendue, ces derniers jours. Pas que ce soit la faute des patrons, les pauvres, ils étaient bien inquiets avec leur petit malade, et les projets de broderie passait évidemment après tous ces soucis. Mais Samir s'en était retrouvé un peu désœuvré. Il avait tenté, les premiers jours, d'apporter à manger, de nettoyer un peu l'atelier, mais finalement, la veille, le patron l'avait congédié plus tôt que d'habitude, n'appréciant manifestement pas de l'avoir dans les pattes. 

Il était alors rentré à l'auberge, l'âme en peine. Se sentant un peu contrarié, il avait décidé de passer la nuit aux écuries avec sa jument Milh. Voilà quelques temps qu'il ne l'avait pas fait, et l'odeur fraîche de la paille, la chaleur réconfortante de l'animal, lui avait fait un bien fou. Il avait même convaincu Célyse de se joindre à lui. C'avait été une bonne soirée.

Mais voilà qu'au matin il apprenait que le vieux aubergiste s'était fait enlevé par ces chiens de la milice du Bourgmestre ! Il n'avait pas trop compris pourquoi. Il avait juste trouvé une Onag en détresse, et une atmosphère tendue et fébrile dans la salle commune. La jeune fille était manifestement très mal, aussi ne l'avait-il pas harcelée avec ses questions, et il avait appris la situation de Célyse alors qu'ils prenaient leur déjeuner. Ca puait. Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien lui vouloir ? 

"Je vais retourner au travail, cet après-midi", dit-il. "Je veux voir si le petit du patron va mieux. Au pire, il me renverra chez moi à nouveau."

"Tu veux que je vienne avec toi ? Je peux peut-être aider, pour le petit."

Samir leva les yeux de son bol, et lui adressa un sourire reconnaissant. A cause de son agenda chargé de patients, il n'avait pas osé demander son aide à son amie. Cependant, il était un peu inquiet pour Sépharo. Même si ses relations avec le patron n'étaient parfois pas rose, il aimait bien le jeune garçon.

"Merci, c'est une bonne idée. Allons-y."

En sortant, il ne s'attendait pas au spectacle qui l'attendait sur la place publique. Il vit une foule amassée sur la Grand-Place, et une femme au centre de cette foule qui hurlait de haine. Oh. Il avait manifestement manqué beaucoup de choses, la veille. Il y avait d'autres garçons malades ? C'était mortel ? Mais qu'est-ce qui se passait, au juste, dans ce village ? Une nuit dans une écurie, et le monde s'écroulait en son absence ? 

Le spectacle n'était pas beau à voir. Un vrai crève-cœur. La pauvre femme, il ne pouvait qu'imaginer la douleur qu'elle pouvait ressentir. Et en face, ces enfoirés de milicien. Cet enfoiré de Bourgmestre, avec ses mots mielleux et ses phrases entourloupées. Les lèvres pincées, il observa la femme se faire emporter, ne sachant trop comment réagir. Il balayait la foule du regard, à la recherche de visages connu. Il vit le patron, bouleversé, décontenancé par la scène. Peut-être qu'il devrait aller le voir. Alors qu'il amorçait un geste en sa direction, son regard reconnu une autre silhouette connue dans la foule. 

"Hey Célyse, regarde, Arkaï est là bas !"

"Je vois quelqu'un que je connais là-bas aussi. On se retrouve ici dans dix minutes."

Oh. D'accord. Il regarda sa partenaire se frayer un chemin dans la foule, sous la pluie battante. Bon. Il se tourna dans la direction opposée, et se dirigea vers le jeune Gerudo. Il y avait quelques temps qu'il ne l'avait pas vu, et dans le climat manifestement délétère qui régnait au village, il se devait d'aller prendre des nouvelles.

"Arkaï !" Fit-il quand il fut à sa portée. "Est-ce que ça va ? As-tu une idée de ce qui se passe ici ?"

[Je n'ai pas rattrapé toute la quête, donc s'il y a des incohérences dans mon post, j'en suis désolée ! N'hésitez pas à venir me taper sur les doigts et je corrigerai <3 Merci !]


Célyse


Inventaire

Un plissement d'inquiétude tendait le visage austère de Célyse depuis qu'elle avait appris, au petit matin, l'enlèvement d'Opar. Le pauvre propriétaire de l'auberge avait été arraché de son lit en pleine nuit, par des brutes armées jusqu'aux dents, clamant haut et fort la décision du Bourgmestre. C'était du moins ce que Florène, la femme d'Opar, lui avait appris au cours de leur séance quotidienne d'acupuncture. La pauvre dame se rongeait les sangs pour son époux, qui n'était plus dans la fleur de l'âge, et qui n'avait pas été traité avec beaucoup de considération par les gars de la milice locale... 

Pour une fois que Célyse passait la nuit ailleurs que dans sa chambre d'auberge, et il avait fallu que le couperet tombe cette nuit-là ! La jeune femme aurait pu se sentir impuissante, voire coupable de ne pas avoir été là pour prêter main forte aux propriétaires de l'auberge, ne serait-ce que pour les épauler dans ce moment de détresse. Mais il était bien plus facile d'en vouloir à Samir, cet idiot, qui traînait une humeur morose depuis quelques jours. Le petit de son employeur était malade, et le Gérudo avait fini par être renvoyé chez lui. Il l'avait suppliée, toute la journée durant, de l'emmener avec elle pendant sa cueillette habituelle d'herbes médicinales. L'ennui le rendant insupportable, il avait passé toute la journée collé à ses gêtas, jusqu'à ce qu'elle accepte - à contrecoeur bien sûr - de l'accompagner dormir avec Milh. Ils avaient échangé des contes et d'autres sornettes, principalement du fait de Samir seul, jusqu'à ce que celui-ci s'écroule d'épuisement. A cause de ce grand niais, elle n'avait pu prendre connaissance des tracas de l'auberge que bien trop tard. Et désormais, c'était elle qui traînait une humeur morose. Elle avait cependant mis ses émotions de côté, le temps de traiter ses quelques patientes de la matinée.

Ils s'étaient retrouvés, Samir et elle, lors d'un déjeuner rapide, où celui-ci avait exprimé sa volonté de retourner à son lieu de travail. Célyse se serait volontiers coupé la main plutôt que de l'admettre à voix haute, mais elle s'inquiétait peut-être légèrement de la situation. Ce pour quoi elle avait proposé à son compagnon de route de venir avec lui. Peut-être qu'elle pourrait aider, pour le petit du teinturier. Et peut-être que Samir finirait par lui lâcher la grappe, une bonne fois pour toutes.

Rien n'aurait pu, cependant, la préparer à la scène déchirante qui se déroula sur le parvis de la Grand-Place.

Fermant son coeur à la scène tragique qui se produisait devant eux, sous une pluie battante qui aurait pu faire trembler le plus fort d'entre eux, Célyse toisa d'un oeil rapace le Bourgmestre déclamant sa tirade de surface. Elle ne faisait pas confiance aux politiques. Surtout pas à celui-ci.
Toutes ces histoires lui paraissaient extrêmement suspectes.

Samir attira cependant son attention sur une connaissance à eux. Arkaï, un autre garçon du désert, avec qui ils avaient eu l'occasion d'échanger un verre quelques semaines plus tôt. Ca lui semblait s'être passé à une autre époque tant la chaleur de cette nuit lui paraissait lointaine, en cette journée glaçante.

Un éclat bleu royal et une silhouette un peu trop grande pour une Hylienne ordinaire attira son regard au même moment. Sans crier gare, elle annonça à son compagnon de route, manu militari : "Je vois quelqu'un que je connais là-bas aussi. Il faut que je lui parle." Elle lui jeta un regard sévère et impérieux, avant de pointer du doigt l'emplacement exact où ils se trouvaient. "On se retrouve ici dans dix minutes." 

Sans attendre de réaction de sa part, elle se faufila entre les badauds qui s'attardaient encore sur la Grand-Place. Il fallait qu'elle glane plus d'informations sur ce qui se passait. Cette étrange affliction, venue de nulle part, qui foudroyait Elimith en si peu de temps. Et il n'y avait qu'une seule personne, hormis Nikolas, avec qui elle pouvait échanger sur ce sujet. Une autre connaisseuse des sciences. Sa consoeur Slo'Anh, avec qui elle partageait ses pratiques médicales depuis quelques semaines.

Celle-ci s'était si bien camouflée avec le paysage que l'Hylienne l'aurait manquée de peu, si un énorme homme-oiseau n'avait pas décidé de l'interpeler à ce moment précis. Pas très à l'aise à l'idée d'entrer dans une conversation déjà entamée avec un individu qu'elle ne connaissait pas, Célyse se rapprocha du duo avec prudence, avant de faire fi de toute convenance et de s'imposer dans la discussion, avec toute la délicatesse d'un taureau dans une arène :

"Slo'Anh. J'aimerais te parler."  Elle jeta un regard circonspect à l'individu plumé, avant de reprendre : "C'est qui ? Tu le connais ?"


Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

L'ancienne princesse n'était pas sûre d'être rassurée à l'idée d'être un poisson inadapté à son environnement, mais si les tentatives d'Arkaï pour lui remonter le moral avaient été quelque peu maladroites, elles avaient au moins eu le mérite de lui tirer un sourire et même un petit rire. Rien que de sentir le jeune homme se démener pour la consoler, elle s'était sentie moins isolée. Il était possible qu'elle n'arrive jamais complètement à faire la paix avec son passé, mais pour ce qui était du présent son soutien comptait pour elle.
À son jeune âge, une centaine d'années devait paraître une éternité au Gerudo, et ça l'était sans doute pour beaucoup de gens. Pourtant leur prochaine destination ne permettait pas vraiment à la jeune femme d'oublier qu'il existait encore des gens à qui elle avait des comptes à rendre. Elle n'entendait pas s'y dérober mais elle n'était pas si pressée d'arriver au Domaine Zora et ce séjour forcé à Elimith lui permettait d'obtenir un sursis bienvenu. Cependant, tout comme elle avait préféré ne pas s'étendre trop sur Link, elle choisit de suivre son conseil et de s'ancrer dans le présent au lieu de lui parler du peuple aquatique. Il faudrait pourtant qu'elle le fasse avant leur arrivée là-bas, car elle ignorait quel accueil ils recevraient exactement.

Pour l'heure, ils avaient un problème plus immédiat. Et alors qu'ils réfléchissaient à la prochaine piste à suivre pour découvrir ce qui se passait dans le village, ils entendirent des cris du côté de la Grand-Place. Les hurlements qui se détachaient avaient déjà de quoi l'inquiéter, mais la remarque de son compagnon sur la sécurité de Pru'Ha l'alarmèrent d'autant plus. Zelda saisit prestement la main qu'il lui tendait et ils se hâtèrent jusqu'à la source du brouhaha.

Lorsqu'ils arrivèrent, la foule avait commencé à s'amasser autour du bruit. Une femme criait, tenue en joue par l'un des miliciens. La Prêtresse Royale eut tout juste le temps de voir le trait partir et elle plaqua la main sur sa bouche, choquée. Heureusement, il y avait plus de peur que de mal et le carreau ne faucha que la coiffe de la dame. Ce geste n'eut toutefois pas pour effet de dissiper la tension, bien au contraire, et une fois la surprise passée, la colère de la métayère ne fut que décuplée et elle ne pouvait pas lui en donner tort. D'autant plus au vu des remarques crues dont elle faisait l'objet.

La mention des enfants décédés fit frissonner Zelda. Elle avait encore le souvenir des corps qu'ils avaient aidé à embaumer. Elle parla d'une voix tremblante, dans un murmure sans doute seulement audible pour Arkaï, et encore. "Tu crois que c'est la mère d'un des enfants que…", mais elle ne termina pas sa phrase. Sa main glissa sur le bras du Gerudo, anxieuse alors que les gardes ne semblaient prêter aucune attention aux supplications de la femme et l'avaient à nouveau en joue. Elle ne put manquer de remarquer que la revendicatrice cherchait le soutien du teinturier qui les avait éconduits un peu plus tôt et son cœur se serra un peu plus au rappel que le temps leur était compté s'ils voulaient éviter de nouvelles morts.

Heureusement, et avant qu'elle ait pu crier pour supplier les miliciens de baisser leurs armes, le Bourgmestre fit son arrivée tentant de calmer le jeu. C'est à ce moment que Zelda, qui ne connaissait pas la disposition des habitations du village, comprit que c'était contre lui qu'étaient réellement dirigées les invectives de la mère endeuillée. Les reproches formulés par Pru'Ha de ne pas s'être préoccupé du mal plus tôt lui revirent en mémoire, de même que les sarcasmes de Nikolas, qui devait se partager entre les malades, lorsqu'il avait évoqué leur employeur. Le jeune garçon de Baldin toussait et semblait déjà bien mal en point, pourtant des dires de l'apothicaire le jeune Sépharo était dans un état plus avancé encore.

Plongée dans ses pensées qui tournaient à plein régime, Zelda sursauta lorsque la femme se jeta sur le Bourgmestre avant d'être violemment arrêtée dans son élan. La princesse de jadis regarda avec horreur la façon dont était traitée l'opposante du chef du village malgré ses paroles mielleuses. Elle n'était pas étrangère aux privilèges, bien au contraire. Son incapacité à remplir son rôle aurait peut-être moins agacé la Cour si elle n'avait pas malgré tout bénéficié des avantages dus à son rang. Ces jeux d'influence lui étaient bien connus. "Il ne serait sans doute jamais venu nous voir si son fils n'était pas malade…" Elle avait parlé d'une petite voix alors que sa main se resserrait sur le bras de son ami. "… Et le vieux Nikolas n'aura peut-être pas la liberté de partager son temps et son énergie comme il le voudrait…". Elle n'était cependant sans doute plus en mesure de convaincre Soje de leurs bonnes intentions et elle ne pourrait pas s'assurer elle-même de l'état de l'enfant. Pas plus qu'ils ne pourraient savoir quels étaient ces délires qu'on leur avait évoqués. Quant à la voix du puits… ? De quoi s'agissait-il, et lequel ? L'apothicaire leur en avait évoqué deux, dont l'un était condamné.

"Peut-être qu'ici le passé peut nous aider à y voir plus clair…" Elle ignorait cependant toujours qui était exactement cette femme et en l'assommant, l'homme de main du Bourgmestre l'avait aussi fait taire. Néanmoins elle n'avait pas manqué de remarquer quelqu'un qui s'était approché d'elle pour essayer de la calmer. Elle repéra l'individu en train de scruter la foule et s'y enfonça à sa rencontre en invitant Arkaï à la suivre.

"Excusez-moi… Est-ce que vous êtes un ami de cette femme… ?" demanda-t-elle au jeune homme une fois arrivée à sa hauteur. "Nous essayons de comprendre ce qui arrive aux enfants de ce village… Qui est-elle exactement ?" Alors qu'elle attendait la réponse de l'inconnu, il lui sembla distinguer dans le brouhaha derrière elle une voix qui lui était familière héler son compagnon.


Arkaï


Inventaire

La lippe pendante, les traits tirés en un rictus où on aurait pu lire toute la tension qui le parcourait, le garçon contemplait, de ses yeux fatigués, l'innommable.

Il se tenait aux premières loges de l'infecte, à l'avant garde du mal. Dans l'impuissance générale, partagée, consensuelle, on osait porter la main sur une mère éplorée, en deuil. Comme si sa souffrance ne suffisait pas, déjà. Et personne pour réagir, pour s'interposer voire punir l'affront, personne. Même pas lui. Non, à son grand dégoût, Arkaï se sentait incapable de faire un pas de plus. Tétanisé par le spectacle de sa... de cette mère qu'on punissait d'avoir trop aimé son fils, il lui semblait qu'on avait lesté tous ses membres du poids d'une montagne. Et déjà, une voix du passé se levait au loin, chantant une mélodie amer.

Il ne sut combien de temps il avait passé le souffle coupé, incapable de prendre la moindre inspiration, mais la sensation qu'il ressentit de revenir à lui même fut puissante lorsque la prise de Zelda sur son bras l'étreignit plus fort qu'avant. Arkaï acquiesça au procès d'intention que son amie venait de dresser contre le chef. Il réalisa à ce moment sa naïveté de tantôt, lorsqu'il avait lui même jugé durement le refus de Pru'Ha d'aider lebourg... Visiblement, les Sheikahs ne détenaient pas le monopole des faux-semblants. La mâchoire toujours serrée et les dents grinçantes de colère, il observa, « Je lui dirais sans doute ma façon de penser, quand on partira d'ici. » Pour l'heure, la situation l'interdisait. Il regrettait déjà son coup d'éclat chez le teinturier, en rajouter eut été de l'inconscience pure et dure. Un simple coup d'oeil sur les visages pressés dans la foule suffisait à se rendre compte du climat général ; Un rien pouvait suffire à se faire accuser et lyncher pour expier les souffrances de tous. En revanche, il y avait visiblement beaucoup à fouiller en restant dans l'ombre pensa le garçon, en se penchant vers l'oreille de Zelda, à laquelle il murmura, « Je sais qu'elle a l'air folle, mais peut être que la mère sait quelque chose. Elle a parlé d'une voix dans le pu... »

Sa phrase n'était pas finie que déjà Zelda l'embarquait avec elle vers la femme et un jeune homme qui se tenait près d'elle. Arkaï ne se souvenait pas de l'avoir déjà réellement croisé, peut être entraperçu lors de ses allers et venues dans le bourg. Le premier regard du Sheikah fut accroché par la dague qui pendait à la ceinture de l'inconnu. Un potentiel danger mais aussi une probabilité d'avoir un allié précieux si jamais la situation tournait mal, d'autant qu'il avait imprudemment laissé son arc au laboratoire. Et puis de toute manière, mieux valait paraître plus fort pour éviter de se retrouver forcé de verser le sang.

Alors que Zelda engageait la conversation avec le jeune élimithois, Arkaï entendit subitement une voix particulière résonner au dessus du vacarme de la foule. Une voix qu'il ne connaissait que trop bien et qui, d'ordinaire, l'aurait empli d'une profonde angoisse. Mais dans la situation actuelle, retrouver une tête connue constituait un vrai soulagement, aussi accueillit il Samir avec plus de familiarité qu'il ne l'avait jamais fait, le pressant contre lui un instant, avant de s'écarter sous la douleur lui rappelant l'état encore fragile de son bras. Après quoi, il lui répondit, avec un sourire las,

« Moi je vais plutôt bien, grâce à toi... » Il lui désigna l'attelle toujours en place, passant sous silence sa tentative de la nuit passée de reprendre son entraînement d'archer. Mais son rictus disparut bien vite, « Par contre, cette ville... » Il s'écarta de plusieurs pas de Zelda, du jeune homme et de la femme, et poursuivit tout bas, « Y a pas grand chose de clair, mais de ce qu'on en sait... La maladie qui court frappe les enfants... les garçons. Elle les plonge dans un état entre le sommeil et des crises très violentes, jusqu'à ce qu'ils en meurent. L'apothicaire en sait pas beaucoup plus mais cette femme... » Il désigna la mère éplorée d'un coup de menton furtif, « Elle semble avoir des idées... Reste à voir si elles contiennent un peu de vrai. »

Puis, son regard parcourant la foule pour s'assurer qu'ils n'étaient pas écouté, il conclut, « Mais peut être que tu aurais une piste... » Après tout, le gérudo vivait au bourg depuis un certain temps, il avait peut être eut vent de quelque chose.


Ludrick

Mascotte incontournable

Inventaire

Ludrick ne prêta pas nécessairement attention aux deux personnes s'approchant de lui. Il préférait diriger son attention vers la recherche de son amie Zora qu'il finit par repérer au loin. C'est quand il s'apprêta à se lever pour aller la rejoindre et s'excuser de l'avoir ignorer malgré lui qu'il remarqua le duo assez insolite s'approcher de lui. Il haussa un sourcil en les observant. Il était intrigué par eux deux.. L'un d'eux était le fameux Gerudo qu'il avait repéré plus tôt et l'autre étant une Hylienne qu'il n'avait jamais vu auparavant. Il fut tout de même étonné que deux voyageurs viennent lui adresser la parole surtout que cela concernait la situation actuelle. Il n'avait aucunement une allure d'alchimiste ou de quelqu'un d'important dans le village. Outre ce détail, il s'en réjouissant tout de même, c'était possiblement l'occasion pour le jeune homme de rassembler d'autres alliés et d'échanger avec eux..

"Oui... Oui, je la connais. Elle s'appelle Jenah." Il s'interrompit dans sa phrase, reprenant son souffle, le jeune homme étant toujours secoué par ce qu'il avait du admirer. "Son enfant avait  l'âge de l'enfant de Soje, le teinturier." Il dirigea son regard vers le teinturier, quittant la foule pour retourner vers sa demeure. Il ne parla pas directement de la mort de celui-ci, préférant largement éviter ce sujet encore bien pesant.

Les deux inconnus semblaient vouloir aider le village à se sortir de toute cette épidémie et il était hors de question que Ludrick ne refuse une telle opportunité. Il se releva de son muret, s'approchant encore de la jeune femme. Il joignit ses mains devant son torse comme pour implorer la voyageuse., il était désespéré et estimait avoir besoin de toute l'aide qu'il lui était possible de rassembler.

"S'il vous plait... J'ai des informations à vous offrir en échange des vôtres. Le ville aurait vraiment besoin d'aide en ce moment alors au nom de la Cité-commerce, je vous demande de m'aider à tirer cette situation au clair." Malgré la peine que ressentait le guerrier, il se força à afficher un tendre sourire, se voulant accueillant. Il semblait, malgré tout, retrouver espoir en voyant des gens curieux par rapport à la situation actuelle.

"Je connais des gens. Ils pourraient se joindre à nous. On serait bien plus efficace ! On pourrait tous se regrouper à la taverne et discuter ensemble des options s'offrant à nous ! En tous cas, votre aide ouvrirait bien plus de possibilités."

Ludrick détourna le regard de la voyageuse pour observer son compagnon. À sa grande surprise, il semblait accompagner de l'un de ses amis : Samir. Cela arrangeait l'homme qui parlait justement de lui, Slo'Anh et Célyse quand il avait mentionné les gens pouvant les aider. Il ne désirait pas pour autant se mêler subitement à leurs conversations et les interrompre. Il patienta donc, guettant une occasion pour s'y mêler et adresser la parole à son ami. Il n'oubliait tout de même pas Slo'Anh à qui il devait des excuses suite à l'abandon de celle-ci. Il tentait de se regrouper avec les deux voyageurs et Samir avant de pouvoir rejoindre son amie.