Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – La Teinturerie du Levant

[Quête Halloween - 2020] - Partie III - Team Il faut sauver le soldat Ryan

Fin de l'automne - 4 mois après (voir la timeline)

Jour II - 06 : 08

Retenant à grand-peine le long soupir qui rongeait sa gorge, elle repoussa la porte de la chambre à coucher. En dépit des vapeurs qui, parfois, pouvaient remonter jusqu’à l’étage ; elle fit attention à ne pas la fermer complètement : il n’était pas question qu’elle n’entende pas parler son fils si celui se décidait finalement à s’éveiller et à l’appeler. Ses yeux rougis de fatigue et de chagrin la piquaient plus qu’ils n’auraient bien voulu le montrer.
Pour cela, encore faudrait-il que Sépharo recouvre un jour la voix. Et, de l’aveu même de Nikolas, rien n’était moins sûr.

Au creux de son poing fermé – dont les phalanges avaient d’ailleurs blanchi à vue d’œil – sommeillait justement la fiole de lait de pavot concentré qu’il leur avait offert, à Soje et à elle. Le vieux docteur l’avait prévenue, il s’agissait d’un calmant puissant — trop pour un enfant de son âge. Mais, d’expérience, avait-il ajouté, rien ne faisait effet sur les malades frappés de l’Affliction. L’Apothicaire leur avait dit cependant de ne pas en abuser, craignant d’éventuels effets secondaires survenant après l’espérée guérison. La Couturière suivait donc la consigne à la lettre, quand bien même elle l’avait laissée assez désemparée : que fallait-il faire quand la décoction cessait de faire effet ?

Ainsi que l’avait expliqué le thaumaturge ; Soje et elle se relayaient pour, d’heure en heure, veiller le petit. Ils s'assurent que la fièvre ne montait pas trop et l’aidaient tant bien que mal à boire, à manger. Jusqu’à présent, il avait régurgité l’intégralité de ce que l’on tentait de lui faire avaler.

Sans un mot, de crainte de réveiller Sépharo alors qu’il n’avait plus hurlé depuis un long moment, elle fila jusqu’à l’atelier, un étage en dessous. Son compagnon y avait bricolé deux couchages de fortune, pour qu’il soit possible de laisser au petit autant d’espace que nécessaire. « Tout va-t-y bien ? », s’enquit-il d’ailleurs en la voyant arriver. Ses lucarnes s’attardant un instant sur sa tunique maculée de bile et de maïs bouillie, elle lui fit signe de ne pas s’inquiéter d’un bref geste de la main. « Aye », lança-t-elle sobrement, la fatigue tirant de larges cernes sous ses paupières. Le Teinturier, de son côté, enfilait ses plus lourdes bottes. « J’vais-t’y m’laver, pis changer ça » détailla ensuite la quinquagénaire, souffrant sans mal le regard énamouré de son ami.

"Entendu", souffla Soje qui glissait un long kopis à sa ceinture. Son fil n’était pas très aiguisé, mais peut-être suffirait-il à faire comprendre aux molosses comme aux étrangers qu’il était prêt à se défendre, maintenant. « J’y ai sorti le baquet, mais j’n’ai pas eu l’temps d’eul’remplir », reconnu-t-il alors, aussi penaud que déconfit. « Ouste, », fit Seym, joignant la parole aux gestes de la main. Et elle de poursuivre, d’une voix faussement autoritaire : « File-dont ! Mais ne prend pas de risques... »

Sitôt son céladon parti, la mère de famille entreprit de nettoyer brièvement la tâche qui habillait son âpre tunique. Il était tôt, bien trop pour croiser qui que ce fut au lavoir, aussi décida-t-elle de changer de vêtements après avoir eu l’occasion d’y puiser un peu de l’eau dont ils se servaient usuellement pour laver les tissus. Elle n’aurait qu’à la faire chauffer avant de faire une toilette de chat.

S’armant donc de sa binée ainsi que d’un petit couteau à lame droite, elle s’aventura dehors à son tour. Le voyage ne saurait-être long ; ne pouvait être long : Soje avait justement construit l’auge à quelques aunes de leur domicile. Surtout, elle se devait de rentrer avant la prochaine crise de son enfant. Elle n’en perdrait pas un autre. Plus jamais.

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Slo'Anh


Inventaire

(vide)

Après un repas peu consistant en ce qui la concernait, la discrète créature aquatique se sépara de ses nouveaux compagnons, les traits tirés et l’estomac grondant. Tous s’étaient accordés sur une nuit de repos, afin de reprendre leur enquête dans les meilleures conditions possibles. « A demain. » lança-t-elle à Célyse et à Samir en commençant à se diriger vers la rivière. Leurs chamailleries l’avaient amusée pendant la soirée, et avaient apporté un peu de légèreté à cette affreuse situation. Elle espérait néanmoins qu’ils sauraient se tenir face aux personnes qu’ils devaient rencontrer au matin.

La nuit passa à la fois vite et rapidement : Slo’Anh fut efficace pour chasser et recouvrer des forces pour tout ce qu’il restait à accomplir, et aussi pour évacuer tous ses instincts contenus auprès des terrestres. Une fois repue de poissons nettement plus satisfaisants que ce ragoût infernal, elle se lova au fond de l’eau, entre quelques rochers qu’elle avait repérés. Elle était si fatiguée que le sommeil ne tarda pas à l’envelopper, mais elle resta sur le qui-vive et se réveilla de multiples fois avant l’aube tant elle était dans l’expectative.

Un voile un peu plus clair dansant à la surface, au-dessus de sa tête, lui indiqua que les premiers rayons du soleil pointaient le bout de leur nez. « En avant, ma fille. » se motiva-t-elle en imitant la voix de son père. Avant de se mettre en route vers le Domaine une fois cette affaire résolue, elle se promit d’aller serrer ses parents dans ses bras. En attendant, elle remonta à la surface et grimpa sur la berge en un geste rapide et silencieux. Le village était encore tout ensommeillé, compte tenu de l’heure et aussi des langues qui avaient dû se délier jusque tard suite aux événements de la veille.

Elle ramassa le tissu qui lui avait servi de capuchon pour s’en servir à nouveau. Elle n’appréciait pas vraiment cette coutume volée à Playru, mais cela avait au moins le mérite de l’isoler des regards dérangeants quand elle se déplaçait. Une fois bien habillée elle se remit en route vers l’auberge pour retrouver Samir et Célyse.

Contrairement à ses craintes induites par les remarques de la soigneuse humaine, Samir semblait s’être extrait de son lit plutôt à l’heure. Sur le chemin de la teinturerie, il tâcha de lui expliquer qui était qui, et elle répéta ce qu’elle avait appris dans sa tête tout en marchant pour ne pas l’oublier. Sa tête commençait en effet à être bien remplie de noms de personnes qu’elle ne situait pas vraiment, et elle ne voulait pas que cela pollue sa réflexion une fois qu’ils seraient avec la famille du petit malade.

Évidemment, personne ne posait la question - pourtant la politesse ne semblait que très peu limiter les remarques de Célyse - mais tous trois se demandaient comment vraiment gagner la confiance des teinturiers avec la mine peu avenante de Slo’Anh. Leur atout majeur était Samir, qui les connaissait déjà. Pour ce qui était du reste… « On vient d’ailleurs, on fait autrement. On fera peut-être mieux que Nikolas. » affirma-t-elle, la voix durcie par la conviction. Ils devaient trouver quelque-chose. Ils ne pouvaient pas revenir bredouilles. Aucun mal ne pouvait demeurer sans remède, la Zora ne pouvait se permettre de croire le contraire.

Lorsqu’ils arrivèrent, le couple était déjà dehors, les traits si tirés qu’ils évoquaient d’étranges poupées de cires articulées par on ne savait quelle astuce de magicien. Les creux sous leurs yeux avaient pris une teinte presque aussi foncée que les écailles de Slo’Anh, et malgré son habituel détachement, son cœur s'accéléra légèrement face à une détresse si palpable.

Comme prévu, elle laissa Samir expliquer la situation, et les salua simplement d’un mouvement de tête, avant de se perdre dans la contemplation de leurs pieds. Elle espérait qu’une attitude effacée la rendrait moins menaçante à leurs yeux.


Samir


Inventaire

Samir, pour une fois, était debout avant Célyse. Il avait beau avoir l'air léger et insouciant, il était sincèrement inquiet pour le petit. Il avait pris l'habitude de le voir vagabonder, et le savoir cloué au lit à cause d'un mal si grave lui faisait de la peine. Lorsque son amie la rejoint, il essaya de masque son affectation avec une expression détachée et un air taquin.

"Bah alors, tu te refaisais une beauté ? Ca fait une heure que je t'attends !"

Slo'Anh les rejoint peu après, encapuchonnée dans son vêtement. Samir était toujours un peu fasciné par les éclats bleus qui se laissaient voir ci et là par des ouvertures malencontreuses du tissus, mais ils avaient plus urgent que d'assouvir sa curiosité, pour l'instant.

"Bon matin, mesdames. On est tous là ? Allons-y."

Et il pris les devants sur le chemin familier qui les mena à la teinturerie. Il jeta un regard à son équipage, et ne put s'empêcher de se dire que les patrons les laisseraient jamais entrer. Objectivement, les trois compagnons avaient une drôle d'allure. Soge et Seym connaissaient un peu Célyse, de loin, mais ils n'avaient probablement jamais vu de Zora avant, et quelque chose lui disait que dans le climat actuel, ils seraient d'autant plus méfiants. Hm.

"Slo'Anh, j'y pense mais tu ne les connais pas du tout ! Laisse moi te faire un résumé. Soge est le teinturier du village, il tient sa boutique avec sa femme Seym. Ils ont un fils qui s'appelle Sépharo, c'est lui qui est malade. Il doit avoir peut-être dix ans ? Le pauvre. A première vue, Seym n'est pas très avenante, mais elle est gentille en réalité. Soge est plus extravagant habituellement, mais il s'est évidemment assombri avec les derniers évènements. C'est un vrai crève cœur. Si je suis tout à fait honnête, ils risque d'être un peu surpris, comme ils ne te connaissent pas. Mais je vais faire les présentations, ça passera. Ca leur fera une autre piste pour leur petit, ils vont pas cracher dessus."

Le petit groupe marcha en silence pendant un temps, avant que la voix sévère de Slo'Anh ne résonne dans le petit matin.

"On vient d’ailleurs, on fait autrement. On fera peut-être mieux que Nikolas."

Lorsqu'ils arrivèrent, Seym était dehors. Elle avait l'air épuisée, la pauvre. Et sale... ? 

"Seym ? Seym, bonjour, c'est moi, Samir !" Il s'approcha de la pauvre femme, qui avait encore plus mauvaise mine de près. "Oui, désolé de me pointer comme ça, mais... enfin. Hm." Il ne savait pas trop par où commencer. Ses amies comptaient manifestement sur lui pour les introduire, ça semblait après tout logique.

"Alors. Oui, en fait je... je viens pour Sépharo. Je sais que ça ne va pas bien et que c'est un peu compliqué de trouver une solution alors... je viens avec une nouvelle piste." 

Il désigna ses deux compagnes.

"Je suis venu avec deux médecins très compétentes. Vous connaissez déjà Célyse, je vous en ai déjà parlé, elle sait faire des sacrés trucs avec ses aiguilles. Et voici... voici Slo'Anh, elle vient de très loin, et elle aussi est très réputée chez elle. Nous nous disions.... nous avons entendu dire que l'Apothicaire a du mal à trouver de quoi souffre votre fils, alors nous nous sommes dit... nous nous sommes dit que ça vaudrait le coup de tenter avec d'autres experts. Avec un domaine de compétence plus large et d'autres points de vue, on augmente les chances de trouver des indices."

Oh la la. Il était mal à l'aise de voir que son mari n'était pas là, il ne savait pas trop pourquoi. Il ne savait pas non plus comment continuer sa phrase, avec Seym qui les regardait d'un air à se demandait ce qu'ils fichaient là. Il donna un coup de coude à Célyse. Allez, s'il te plaît. Prend le relais, ma grande.


Célyse


Inventaire

Lorsque Célyse sortit de sa chambre pour retrouver le point de rendez-vous fixé avec ses compagnons du jour, ce fut sans grande surprise qu'elle découvrit la présence agitée de Samir sur le palier de l'auberge. Celui-ci avait pris l'habitude de se lever de plus en plus tôt lors de leur long trajet du désert Gérudo jusqu'à Elimith, en s'habituant progressivement au rythme matinal de la doctoresse. Qui plus est, il devait s'inquiéter pour le petit.
 
Samir était comme ça. Il se souciait trop des autres pour son propre bien.

"Je suis à l'heure," lui répliqua-t-elle sur un ton caustique. "Et t'as raison, je me maquillais. Il va bien falloir convaincre ton patron qu'il peut nous laisser voir son marmot malade. Et j'aime pas parler." 

Il allait sans dire que Célyse n'avait pas très bien dormi non plus. Elle espérait que son fond de teint, ainsi que le baume rouge qui maculait ses lèvres, distrairait les autres de ses cernes et des traits de tension qui lui plissaient légèrement le front. Fort heureusement, Slo'Anh arriva juste avant que Samir ne se lance dans une longue critique de ses boucles emmêlées, qu'elle n'avait pas eu le courage de gérer ce matin. Elle salua sa consoeur Zora d'un bref signe de tête, avant d'emboîter le pas du Gérudo. Direction la teinturerie.

Tandis que le garçon du désert comblait le silence en décrivant ses employeurs à la femme des eaux, Célyse se perdit brièvement dans ses sombres contemplations. Il commençait à y avoir beaucoup d'enfants malades. Et de morts. Comment endiguer une épidémie qu'on ne comprenait pas ? Comment trouver un remède à ce poison que personne ne semblait reconnaître ?

Seym apparut bientôt dans leur champ de vision, un baquet adroitement calé contre sa hanche. Elle avait les traits tirés et le visage pâli par la fatigue et les tracas. Célyse la salua également d'un bref signe du menton, avant de darder son regard de jais sur Samir. Elle s'en remettait entièrement à lui pour les introduire à la couturière, et celui-ci s'en tira bravement. Sa voix se fit cependant de plus en plus empressée, comme s'il cherchait à s'arracher les mots des lèvres le plus vite possible. Le Gérudo se sentait mal à l'aise, et elle ne savait pas pourquoi. Il finit par lui adresser un coup de coude dans le bras, qui s'apparentait plus à une bousculade qu'autre chose. La femme-médecin adressa un regard agacé à son compagnon, avant de soupirer et de s'avancer vers la mère épuisée. Elle lui tendit la main, pour une poigne franche et ferme. 

"Je suis Célyse. Nous sommes médecins depuis trois générations dans mon village," avança-t-elle avec sérieux. "J'ai soigné des maladies très différentes sur la route, et je continue à pratiquer depuis que je suis arrivée à Elimith. Florène vient me consulter tous les jours à l'auberge. J'ai guéri des petits bobos, des otites, des diarrhées et des fièvres, mais aussi des boutons et des crevasses chez les enfants de tous les âges. Je travaille à base de mélange de plantes, et j'utilise une technique ancestrale de pose d'aiguilles pour apaiser les douleurs." 

"Samir m'a dit que votre petit ne va pas bien. Je prends très au sérieux tout ce qu'il m'a rapporté, et je m'engage à faire de tout mon possible pour le soulager, même juste un peu. Je suis venue avec ma consoeur Slo'Anh," elle adressa la concernée d'un signe de sa main libre, "car celle-ci est une érudite de la science dans son peuple, et c'est une spécialiste des maux infantiles." Elle ne cilla pas en ajoutant cette précision.

"Seym, je sais que la situation est grave." Elle baissa légèrement la voix. "Plus grave que ce qu'on pourrait penser. Ou que ce qu'on voudrait nous faire croire."  Elle fixa droit dans les yeux la couturière, en priant pour que celle-ci lise dans son regard toute sa détermination à aider, à chercher, à comprendre ce qui frappait son fils. "Seriez-vous d'accord pour m'en dire plus sur ce qui arrive à Sépharo ?"


Le regard fatigué, empreint d’une lassitude de celle que l’on ne pouvait combattre et surtout lâche, la mère de famille se retourna vers le trio qui l’accostait de si bon matin. «  ‘Coûtez, je… », tenta-t-elle d’interjeter, alors qu’elle achevait de remplir sa binée. Mais Samir, qu’elle n’avait hélas pas reconnu à sa seule voix, ne lui en laissa pas le temps. Véritable moulin à paroles, le Gérudo se lança dans l’un des ses éternels monologues. Après tout, il avait déjà fait preuve de beau-parler par le passé…

Seulement, ce jour-là était spécial. Il n’avait rien de comparable à l’autre fois, quand le vagabond avait émergé des bouches voraces de la Forêt, grimpé le chemin de terre et poussé les portes de la Cité-Commerce ; à la recherche d’un endroit où l’on aurait besoin de ses talents. Aujourd’hui, elle était pressée, mortellement inquiète, à bout de souffle. Quelques aunes plus loin, seulement, son enfant était peut-être mourant et cette seule idée la terrorisait bien trop pour qu’elle n’accorde à l’excentrique jeune homme le temps qu’il requérait d’elle. 

Elle ne l’avait simplement pas. 

Pourtant, trop préoccupée pour réaliser la présence d’une non-humaine dans la troupe de son employé, elle s'entendit céder. « Je… Hmpf.. — Fais-y vite, Samir. Pô' l'temps pour long », maugréa-t-elle alors, sans doute sensiblement moins avenante que l'apprenti couturier ne l’avait connue jusqu’alors. Récupérant le baquet alourdi d’une eau claire, elle le cala fermement entre son bras et sa hanche. Puis, dardant deux yeux éreintés sur ce bigarré rassemblement, elle prit une grande inspiration, comme pour mieux s’armer contre cette nouvelle épreuve que Le'thi plaçait devant elle. Son front était strié de rides, creusant sa chair comme autant de tranchées de terre tandis ses doigts, usés par le labeur, blanchissaient à vue d’œil. 

Elle retint un soupir de soulagement en réalisant que le pauvre garçon n’était pas venu réclamer le reste de la paie il y a quelques jours promise. Elle aurait compris, en effet, qu’il cherche à fuir la cité au plus vite après les événements de la veille. Après tout, sommeillait désormais une dague à son propre flanc. Mais elle n'avait pas un sou en poche et moins encore le courage de négocier aujourd'hui.

Au lieu de quoi, le jeune homme venait avec deux médecins ; qu’il avait l’air d’estimer davantage que Nikolas. Les sourcils froncés et le visage trahissant son scepticisme à cette idée, elle garda cependant le silence. Comme son ami, elle était bien plus douée pour écouter que pour interrompre. Ramenant une mèche rebelle derrière son oreille, la Couturière se prit un temps à espérer. Peut-être pourrait-on effectivement sauver son bambin ? Après tout, si efficace s'était montré le vieil Apothicaire, le raisonnement du Gérudo semblait faire sens. Et puis, contrairement aux deux étrangers qu'avait rencontré Soje la veille, aucun d'eux ne ressemblaient à un envouteur, un marabout ou un voleur d'enfant. « Je… Euh..., souffla d'abord l'artisane, dont le sel teintait doucement la crinière, P'têt ben qu't'as-tu raison, mon garçon. » Elle demeurait hésitante ; et cela s'entendait d'ailleurs dans sa voix. Elle n'en avait pas moins du mal à fermer tout à fait la porte.

Au fond d'elle, une voix l'intimait à davantage de prudence. Une autre, cependant, brûlait d'envie d'y croire.

S'avançant assez pour lui tendre une paume ouverte qu'elle saisit assez machinalement, Célyse entreprit à son tour de la convaincre. La longue liste des afflictions qu'elle choisit de décrire tira une grimace à la mère de famille qui ne connaissait pas la moitié des mots que lançait la jeune savante. Elle lui donnait l'air d'être une érudite. Une femme intelligente, probablement plus que toutes celles qu'elle fréquentait à Elimith, qui en savait bien assez pour ne pas risquer de blesser le petit. « D'solée, m'dame Célys' », fit l'Aînée, avec une révérence non dissimulée mais aussi un peu de mal à articuler sans qu'elle ne se l'explique. « Samir m'a-t'y surement parlé d'vous, mais j'ai dû oublier », avoua-t-elle ensuite, sa main serrant avec poigne celle de l'inconnue. Plus que jamais, elle appréhendait la menace qui pesait sur son fils et pourtant la jeune doctoresse et son coloré camarade lui inspiraient bien involontairement un certain optimisme.

Jusqu'au moment où la thaumaturge insista de nouveau sur la Zora qui les accompagnait. Le charbon de ses yeux glissa du visage de l'Hylienne jusque sur les écailles de la femme poisson, s'attardant un bref instant — tout juste le temps de réaliser ce qu'on exigeait d'elle. Depuis sa plus tendre enfance, Seym avait entendu parler des enfants des eaux, de leurs dents aiguisées comme des épées ainsi que de leur faim de loup. Un violent frisson secoua son échine tandis que chutait lourdement la jale qu'elle transportait encore. Le clapot sournois de l'écume se changeant en tourbe la ramena à la réalité, alors que Célyse vantait tous les mérites de la coruscante chimère cachée sous un drap.  « Pardon, pardon », implora-t-elle, rassurée de n'avoir éclaboussé personne. « J'vais-tu d'voir filer », reprit-elle ensuite, la pulpe des doigts épousant de nouveau le bois humide. « 'Fait trop longtemps qu'j'y suis d'hors », se justifia-t-elle ensuite, évitant soigneusement le regard des trois étrangers. Puis, remplissant de nouveau le vieux seau tout en rassemblant son courage, l'Artisane les questionna tous trois « Vous pensez-tu vraiment pouvoir 'faire que'que-chose pour mon garçon ? »

Elle n'avait guère d'autre piste dans l'immédiat. Le remède de Nikolas n'avait pas vocation à guérir son petit, il avait très clair à ce sujet. Elle n'avait donc plus le choix.

"V'nez dont ave-moi", lança-t-elle alors, joignant l'invitation d'un geste de la tête ; non sans déloger la même mèche qui l'agaçait déjà un peu plus tôt. « J'peux pô dire grand-chose, parce que j'sais pô c'qu'il a, eul'p'tit », avoua-t-elle bien impuissante, mais désireuse de donner autant de détails qu'elle le pouvait. « Eul'vieux Nikolas lui a-t-y donné un produit pour qu'y dorme. Sans ça, il parle tout l'temps dans son sommeil, pis il hurle. Pourtant, ç'fait des jours et pis des jours qu'on l'a pô vu éveillé. Des fois, quand eul'truc d'Nikolas fait plus effet, y bouge comme un poisson qu'on aurait-tu sorti d'l'eau... », expliqua-t-elle ensuite, en chemin vers la Teinturerie du Levant. Réalisant rapidement la maladresse de son propos, elle s'excusa auprès de la Zora. « D'solée, maît' Zora, je... j'décrit ça comme j'ypeux. J'voulais vraiment pas êt... v'savez... Malpolie ? », s'essaya-t-elle, affrontant sa terreur du mieux qu'elle pouvait pour le sort de son enfant. « Ca s'ra sûrement plus clair quand vous l'verrez », murmura-t-elle enfin, poussant la porte de l'atelier.

La vieille fabrique exsudait encore l'odeur des pigments qui, chargés dans d'épais sac de jute habillaient l'établi de son compagnon. Au centre de la pièce, un trou avait été creusé dans la dalle pour accueillir le feu. Il était cerclé de tiges de fer noir desquelles pendaient un crochet ou suspendre l'un des deux récipients de cuisson que le couple utilisait régulièrement. L'un servait à la cuisine, l'autre au travail des matériaux le nécessitant. Sans un mot, Seym déposa sa binée non loin. « Soje l'est pô là, pis va pas rentrer tout'de suite m'est avis. L'est parti inspecter les puits après c'qui s'est dit hier », expliqua-t-elle ensuite, avant de prendre la main de Célyse. « V'nez dont, m'dame Célys', j'vais-t-y vous montrer où qu'c'est que dort l'ptit ».

Entraînant la doctoresse à l'étage, probablement suivie de la Zora et de leur acolyte, elle s'arrêta un instant devant la porte de l'unique chambre de la bâtisse. Appuyant son oreille contre le bois, elle fut soulagée de n'entendre aucun bruit. Doucement, elle pénétra la pièce où Sepharo occupait le seul lit de toute la famille. D'obscures ténèbres alourdissaient les lieux, que la fièvre avait rendu humide.

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Slo'Anh


Inventaire

(vide)

En un sens, même si le Gerudo avait volontiers accepté de se faire le porte-parole du groupe, Slo’Anh ne le sentait pas vraiment plus à l’aise que Célyse et elle-même. Pour ne pas faciliter l’échange, la pauvre mère était complètement distraite - à juste-titre d’ailleurs -, cherchant à fuir la discussion au plus vite. Mais la confiance du grand jeune homme fonctionna et maintint son attention, le temps qu’il présente les deux médecins, aussi atypiques qu’inconnues.

« D'solée, m'dame Célys'. Samir m'a-t'y surement parlé d'vous, mais j'ai dû oublier. » commença-t-elle, n’ayant visiblement les ressources nécessaires que pour une seule personne à la fois. Fort bien, cela arrangeait bien la Zora qui n’était vraiment pas à l’aise à l’idée de devoir faire bonne impression. Elle aurait volontiers souri pour avoir l’air plus aimable, mais généralement ce stratagème n’avait pas du tout l’effet escompté. Et en effet, la teinturière ne tarda pas à poser ses yeux exténués sur la scientifique des eaux, et se figea, le temps que son esprit se décompose et se recompose pour savoir réellement comment agir. Classique, mais pas rassurant pour la suite. Slo’Anh se contenta de hocher la tête en une salutation humble et discrète. Mais la femme laissa tomber ce qu’elle portait dans ses bras, laissant l’eau s’écouler sur le sol. Au moins si je dois rentrer, je le ferai avec le bonheur d’avoir les pieds mouillés… relativisa-t-elle mentalement à sa manière.

Mais contre toute attente, Seym les invita à la suivre jusqu’à la chambre de son garçon. La Zora ressentit un petit frisson d’excitation à l’idée d’aller plus loin que ce que son pessimisme avait envisagé. Elle fut cependant rapidement rattrapée par la crainte, pas vraiment préparée à faire face à la souffrance qu’on lui avait décrite un peu plus tôt, surtout sur un être si petit. Elle voulait par ailleurs être à la hauteur, surtout face à l’expression qu’elle lisait dans le regard de cette maman inquiète qui voulait croire en elle, mais pas trop de peur de tomber encore plus haut. C’était exactement l’état d’esprit de la nageuse à chaque nouvelle piste dans sa quête personnelle de sauver son peuple, et elle la comprenait ainsi plus que jamais.

« J'peux pô dire grand-chose, parce que j'sais pô c'qu'il a, eul'p'tit. Eul'vieux Nikolas lui a-t-y donné un produit pour qu'y dorme. » Voilà qui les avancerait bien si tous les symptômes de Sepharo avaient été gommés par ils ne savaient quelle substance psychotrope… Le regard qui passa entre eux dût être plus éloquent que désiré, car aussitôt, Seym précisa : « Sans ça, il parle tout l'temps dans son sommeil, pis il hurle. Pourtant, ç'fait des jours et pis des jours qu'on l'a pô vu éveillé. Des fois, quand eul'truc d'Nikolas fait plus effet, y bouge comme un poisson qu'on aurait-tu sorti d'l'eau… » Gênée, l’Hylienne chercha désespérement à rattraper ses mots comme  un enfant cherche à rattraper les graines du pissenlit sur lequel il aurait soufflé de toutes ses forces. Mais même si elle avait nettement peur de Slo’Anh, elle esquissa quelques excuses qui touchèrent la jeune Zora. « Aucun problème. Mieux vaut dormir que d’être à l’agonie inutilement. » la rassura-t-elle de sa voix bienveillante de grande sœur.

Apparemment, ils étaient seuls dans l’établissement, le père de famille étant parti explorer les puits. Sans doute y croiserait-il leurs compagnons de la veille. Le cœur de la Zora se serra un instant en pensant à Ludrick. Les enfants étaient tombés malades en traînant dans ces environs, et Slo’Anh avait bien du mal à discerner ce qui le séparait de l’enfance, tant il paraissait jeune. Pourvu que rien ne lui arrive pria-t-elle silencieusement. Par ailleurs, le fait d’entendre encore parler de ces puits attira son attention, car si quelqu’un pouvait en explorer les tréfonds, c’était bien elle, bien qu’elle ne fut pas la seule Zora en ville à cet instant.


Ils arrivèrent enfin devant la chambre du petit. Après une légère vérification, la mère soupira, sans doute car elle n’avait rien entendu de choquant. Lorsqu’ils entrèrent, ils durent d’abord accommoder leurs yeux à la dense obscurité qui régnait sur les lieux. Ce fut moins long pour la chasseresse des profondeurs. De même, l’humidité ambiante la revigora légèrement, mais elle ne douta pas du côté étouffant de la pièce pour ses camarades terrestres.

« Bonjour Sepharo. » murmura-t-elle en s’agenouillant d’un côté du lit, laissant l’autre côté à Célyse. Son leurre frontal brillait légèrement pour apporter un peu plus de lumière aux yeux diurnes de sa consœur. « Si jamais tu nous entends, nous sommes venus essayer de te sauver. » annonça-t-elle, tout aussi doucement. Elle voulut y joindre un de ces gestes tendres qui lui venaient naturellement envers les enfants, mais elle se ravisa, se disant que la génitrice de celui-ci n’apprécierait pas vraiment de voir la main d’un dangereux prédateur sur sa petite tête.

Elle commença son examen silencieusement, avec toute la douceur dont elle était capable, véritablement soucieuse de ne pas casser ce si petit être. Plusieurs questions tournèrent dans sa tête, qu’elle éludait aussi rapidement. Il mangeait la même chose que ses parents, ainsi un problème d’empoisonnement aurait touché toutes les familles, pas seulement les enfants. Un virus peut-être ? Mais de ce qu’elle avait lu, les enfants en guérissaient plus vite, et étaient moins touchés, pour la plupart. D’un autre côté, tout ce qu’elle avait entendu évoquait davantage un naufrage dans un de ces troubles incurables de l’humeur. Mais tous, d’un seul coup ? Cela n’avait aucun sens… A moins qu’il n’aient eu peur - vraiment très peur - de quelque chose qu’ils auraient vu en jouant ensemble ? Les deux soigneuses posaient tour à tour leurs questions, chacune suivant sa méthode.

« Etait-il étrange le dernier soir où vous l’avez vu rentrer ? » demanda-t-elle à la mère, tout en scrutant une pigmentation un peu jaune de la peau, à certains endroits, ce qui était révélateur de grosses frayeurs. Elle avait vu le cas récemment, chez une jeune femme dont le frère avait mis des grenouilles dans le lit. Elle avait été si choquée par l’événement, que son foie en avait été tout déréglé. Dans cette situation néanmoins, l’obscurité ne leur permettait de différencier que différentes nuances de gris et de noir. « A-t-il un peu mangé ? C’est bien passé ?  » demanda-t-elle quand-même pour tester son hypothèse. Mais elle était peu convaincue, chacun réagissant différemment face à la peur. A moins qu’ils n’aient vu quelque-chose de vraiment terrifiant, plus encore qu’elle ne pouvait l’être à leurs yeux. Le puits… Par tous les Océans, elle voulait vraiment faire fausse route.

Mais quoi d’autre, alors ? Un instant, elle abandonna son examen et fixa son attention sur Célyse, fixant son regard ça et là sur son visage et ses mains, comme pour structurer sa propre pensée. Certaines drogues pouvaient rendre fou. Plusieurs Zoras avaient ainsi perdu l’esprit en abusant des champignons phosphorescents marins. Mais, toujours de la même manière, toute cette bande paraissait bien jeune pour déjà goûter à de tels vices. En tout cas à Elimith. Elle ne se sentait pas vraiment efficace, dans le genre ange gardien à cette heure…

« Les Gardiens ! » prononça-t-elle sans qu’un son ne franchisse ses lèvres. Elle ne les avait pas vus de ses propres yeux, mais on lui avait parlé de ces champs d’anciennes machines qui se dressaient dans les plaines. On racontait également qu’on travaillait dessus au laboratoire du village. Et si un mauvais bout de métal avait fait des siennes ? Un empoisonnement par les métaux pouvait tout à fait expliquer les symptômes. Et la structure plus fragile des enfants expliquait aussi la rapidité plus importante des symptômes. Sans doute que cela ne tarderait pas à arriver chez les plus grands.

Elle se releva avec peu de souplesse, mais assez doucement pour n’impressionner personne, et fit machinalement le tour de la chambre. « Vous savez si votre fils rapporte des trésors de ses sorties ? » demanda-t-elle à nouveau. Peut-être avait-il rapporté ici le métal incriminé, ce qui continuait de le rendre malade ?  Sinon, il faudrait aller chercher sur leur terrain de jeu… Et dans les fameux puits s’il le fallait.

Elle attendit que Célyse termine elle aussi son enquête pour échanger avec elle - puis avec la mère du pauvre enfant -  sur ses hypothèses.


Célyse


Inventaire

A partir du moment où Célyse pénétra la chambre noire, rendue moite par la fièvre du gamin, toute son attention se focalisa fermement sur une seule et unique personne. Son nouveau patient n'était pas le plus petit ni le plus frêle qu'elle ait eu à prendre en charge jusqu'ici, mais elle n'avait jamais vu quelqu'un dans un tel état. Le pied plus léger qu'un coup de vent, elle s'avança silencieusement jusqu'à la couche où gisait l'enfant. Son souffle était si profond qu'on aurait pu le croire déjà parti dans l'autre monde. Mais non. Il finirait par se réveiller encore, et à plonger dans un océan de souffrances. A cette pensée, la doctoresse pinça si fort des lèvres que celles-ci en perdirent toute pigmentation.

D'une main experte, et malgré tout avec une infinie délicatesse, la femme médecin posa sa paume contre le front de Sépharo. Celui-ci brûlait comme une fournaise. Les yeux noirs et acérés de la jeune femme passèrent sur la couette qui recouvrait le corps inerte de l'enfant. Ses doigts vinrent soulever les draps avant de les replier sur eux-mêmes, de façon à découvrir les bras de son sujet d'étude. En le saisissant doucement par le poignée, elle retourna son bras droit pour y découvrir ses veines, boursouflées par une violente activité sous la peau. Le mal qui le rongeait avait déréglé tout son système sanguin.

Sans mot dire, son regard remonta le long de son épaule pour se déposer sur le visage chétif de son patient. Les lèvres de celui-ci présentaient un aspect étrange, qu'elle aurait pu visualiser comme un eczéma virulent, sinon pour la teinte rougeâtre irrégulière, semblables à des brûlures, qui trahissait autre chose. Un empoisonnement ? Refusant de produire un diagnostic hâtif, Célyse continua son examen minutieux. Elle déposa un seul index sur l'estomac du petit, qu'elle palpa à peine. Celui-ci était tendu. Aussi gonflé que les veines qui palpitaient à son poignet.

La doctoresse releva son visage austère vers la mère éplorée qui se tenait à ses côtés, alerte et prête à tout pour sauver le fruit de ses entrailles. Son fils adoré. Un pincement indescriptible vint saisir son coeur à cette pensée, encore. Plus que de la tristesse, cela ressemblait à de la jalousie. 

(Jamais personne ne l'avait regardée comme ça.)

« Regardez le contour de ses lèvres. » Le ton délibérément neutre, la femme-médecin pointa du doigt la bouche de Sépharo. « Les marques se rapprochent d'une brûlure. Son ventre est gonflé, et tout son système sanguin s'active fort. Comme si son corps voulait se débarrasser de quelque chose. Il a dû ingérer quelque chose qu'il ne devait pas. » Et maintenant, c'est passé dans son sang, faillit-elle ajouter. Mais un seul coup d'oeil à la mère suffit à la dissuader de trop en dire. Cela ne servait à rien de rajouter une couche d'angoisse supplémentaire. Et surtout pas de fatalité. 

Elle déposa ses yeux sur le visage de Seym, et attendit patiemment que celle-ci accepte de croiser son regard avant de continuer : « Le soir où il est rentré à la maison. Juste avant de tomber malade. Savez-vous ce qu'il a fait de sa journée ? Etait-il avec d'autres enfants, et si oui, avec qui ? Où est-ce qu'ils ont l'habitude de jouer ? » Cela complèterait le tableau, avec les questions posées par Slo'Anh dans la même foulée.

La femme des rivières s'exclama subitement, émettant alors l'hypothèse d'un empoisonnement par les métaux. Célyse n'y connaissait rien en technologies antiques, mais il était vrai que ceux-ci ne fonctionnaient apparemment pas comme des objets ordinaires. Peut-être que la théorie de la malédiction pouvait se confirmer, en ce sens que les Gardiens étaient impliqués... Mais comment vérifier ce postulat quand on ne s'y connaissait pas en antiquités ?

Et surtout, qu'est-ce que Sépharo a mangé ou bu exactement, avant de rentrer chez lui ce jour-là ?

Célyse se hasarda donc à une dernière question : « Savez-vous où est-ce que les enfants mangent et boivent lorsqu'ils sont seuls ? »


Samir


Inventaire

Samir observait les deux doctoresses en se sentant un peu inutile. Il fixait, les lèvres pincées, le pauvre petit qui souffrait en silence dans la pénombre de la pièce, frustré de son impuissance. Il faisait chaud et moite, ici, et Samir avait envie d'ouvrir toutes les issues pour laisser entrer l'air et la lumière. On pouvait pas se reposer dans ces conditions.

Même s'il devait se rendre à l'évidence, ce n'était pas un ou deux rayons de soleils qui allait remettre l'enfant sur pieds. Il observa d'abord Slo'Anh, puis Célyse l'examiner, mener leur enquête sur le petit corps boursouflé, à la recherche d'indices pouvant expliquer le mal. Il remarqua le regard éploré et angoissé de la mère, qui semblait ne pas oser entraver leur quête, mais qui n'avait pas l'air complètement rassuré non plus. Samir se rapprocha d'elle, et lui posa simplement une main ferme et bienveillante sur l'épaule. Pour le coup, ils étaient tous avec elle dans ce merdier: tellement d'enfants étaient touchés, que ça ne devrait pas tarder à toucher d'autres personnes. Ca puait, en tout cas.

"Regardez le contour de ses lèvres. Les marques se rapprochent d'une brûlure. Son ventre est gonflé, et tout son système sanguin s'active fort. Comme si son corps voulait se débarrasser de quelque chose. Il a dû ingérer quelque chose qu'il ne devait pas."

A l'interjection de Célyse, Samir aussi se pencha sur l'enfant. Il avait tout le visage abîmé, les veines boursouflées, le ventre déformé. Il était dans les vapes, assommé par la drogue providentielle qui l'empêchait de souffrir. Pauvre gars.  En tout cas, les deux cerveaux moulinaient dur, ce qui le rassurait un peu. Elles avaient matière à réfléchir, et semblait arriver à des conclusions. Même si Célyse, comme à son habitude, n'était pas très délicate. Samir lui jeta un regard désapprobateur. C'est bien de faire son travail, mais son interlocutrice était une mère aux abois, pas une mamie qui souffrait d'arthrose.
Le Gerudo adressa un sourire qu'il voulait rassurant à Seym. 

 "Ne nous en voulez pas, s'il vous plaît. On est un peu expéditifs afin de recueillir le plus d'informations... et savoir s'il a gardé quelque chose sur lui ou ingéré un mauvais truc nous aiderait beaucoup. Une fois, une cousine a mangé un fruit amené du marché. Son ventre a gonflé et son visage s'est couvert de plaques rouges. Elle avait des spasmes, comme lui. Du coup si on identifie bien ce qu'il a mangé, ça pourrait orienter..."

Sa voix s'amenuisa progressivement. Dans la lourdeur de la pièce, elle lui semblait presque absurde à résonner comme ça. Il pérorait, ne sachant trop que dire. Il ne savait pas non plus pourquoi il sortait cette anecdote du désert, lui qui en parlait si peu en général. Surtout que ça s'était mal fini pour cette fille. Et que la crise d'allergie n'avait duré que quelques minutes, pas des jours et des jours. Probablement qu'il était frustré de ne pas savoir observer les corps malades. Et qu'à cet instant précis, lui qui d'habitude était très content de se laisser guider, il aurait bien aimé pouvoir prendre les choses en main.

"Veuillez m'excuser", ajouta-t-il. "Je vous laisse continuer".


Le bois grinça doucement tandis qu'elle fermait la porte derrière eux, une fois les deux doctoresse et leur compagnon Gerudo entrés. La Couturière n'avait pas encore eu l'occasion d'en parler, mais elle craignait que le petit ne s'échappe dès que la douleur l'arracherait au sommeil. A plus d'une reprise déjà, il avait tenté de soulever le doux suaire que déposait sur lui le Poisson-Rêve. C'était aussi de peur qu'il ne rejette de nouveau son étreinte que le vieux Nikolas avait tenu à ce que l'enfant ingère le remède : il ne voulait pas le voir déambuler à demi-éveillé, dans un état second entre vie et mort. L'Hylienne, dont elle avait entendu un peu de bien de la part de certains clients venu faire rapiécer leurs tuniques, s'était déjà approchée. Elle avait cependant été devancée par la Zora qui, déjà, parlait à son bambin. Avant d'elle même la presser de questions.

"Je... euh... — ", commença-t-elle alors, tandis que l'obscurité ambiante masquait l'air décontenancé que gravait la surprise sur son visage. Les interrogations de ses bien étranges commensaux la prenaient plus au dépourvu qu'elle ne l'aurait imaginé. Pas parce qu'elle ne s'y était pas préparée : Nikolas les lui avait déjà posées plus d'une fois. Et pourtant, chaque fois qu'elle narrait ce récit, la commerçante se souvenait surtout combien elle avait été incapable de protéger les siens. « C't'a dire que... », reprit la mère de famille, qui restait toujours près de l'entrée de la chambre, de crainte de déranger les deux drogueuses à l'œuvre. Jusqu'à ce que l'une ne l'appelle.

Le battant de bois, épousant enfin le châssis qui gardait le passage, cessa alors de couiner.


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