Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – La Teinturerie du Levant

[Quête Halloween - 2020] - Partie III - Team Il faut sauver le soldat Ryan

Fin de l'automne - 4 mois après (voir la timeline)

Jour II - 06 : 08

Retenant à grand-peine le long soupir qui rongeait sa gorge, elle repoussa la porte de la chambre à coucher. En dépit des vapeurs qui, parfois, pouvaient remonter jusqu’à l’étage ; elle fit attention à ne pas la fermer complètement : il n’était pas question qu’elle n’entende pas parler son fils si celui se décidait finalement à s’éveiller et à l’appeler. Ses yeux rougis de fatigue et de chagrin la piquaient plus qu’ils n’auraient bien voulu le montrer.
Pour cela, encore faudrait-il que Sépharo recouvre un jour la voix. Et, de l’aveu même de Nikolas, rien n’était moins sûr.

Au creux de son poing fermé – dont les phalanges avaient d’ailleurs blanchi à vue d’œil – sommeillait justement la fiole de lait de pavot concentré qu’il leur avait offert, à Soje et à elle. Le vieux docteur l’avait prévenue, il s’agissait d’un calmant puissant — trop pour un enfant de son âge. Mais, d’expérience, avait-il ajouté, rien ne faisait effet sur les malades frappés de l’Affliction. L’Apothicaire leur avait dit cependant de ne pas en abuser, craignant d’éventuels effets secondaires survenant après l’espérée guérison. La Couturière suivait donc la consigne à la lettre, quand bien même elle l’avait laissée assez désemparée : que fallait-il faire quand la décoction cessait de faire effet ?

Ainsi que l’avait expliqué le thaumaturge ; Soje et elle se relayaient pour, d’heure en heure, veiller le petit. Ils s'assurent que la fièvre ne montait pas trop et l’aidaient tant bien que mal à boire, à manger. Jusqu’à présent, il avait régurgité l’intégralité de ce que l’on tentait de lui faire avaler.

Sans un mot, de crainte de réveiller Sépharo alors qu’il n’avait plus hurlé depuis un long moment, elle fila jusqu’à l’atelier, un étage en dessous. Son compagnon y avait bricolé deux couchages de fortune, pour qu’il soit possible de laisser au petit autant d’espace que nécessaire. « Tout va-t-y bien ? », s’enquit-il d’ailleurs en la voyant arriver. Ses lucarnes s’attardant un instant sur sa tunique maculée de bile et de maïs bouillie, elle lui fit signe de ne pas s’inquiéter d’un bref geste de la main. « Aye », lança-t-elle sobrement, la fatigue tirant de larges cernes sous ses paupières. Le Teinturier, de son côté, enfilait ses plus lourdes bottes. « J’vais-t’y m’laver, pis changer ça » détailla ensuite la quinquagénaire, souffrant sans mal le regard énamouré de son ami.

"Entendu", souffla Soje qui glissait un long kopis à sa ceinture. Son fil n’était pas très aiguisé, mais peut-être suffirait-il à faire comprendre aux molosses comme aux étrangers qu’il était prêt à se défendre, maintenant. « J’y ai sorti le baquet, mais j’n’ai pas eu l’temps d’eul’remplir », reconnu-t-il alors, aussi penaud que déconfit. « Ouste, », fit Seym, joignant la parole aux gestes de la main. Et elle de poursuivre, d’une voix faussement autoritaire : « File-dont ! Mais ne prend pas de risques... »

Sitôt son céladon parti, la mère de famille entreprit de nettoyer brièvement la tâche qui habillait son âpre tunique. Il était tôt, bien trop pour croiser qui que ce fut au lavoir, aussi décida-t-elle de changer de vêtements après avoir eu l’occasion d’y puiser un peu de l’eau dont ils se servaient usuellement pour laver les tissus. Elle n’aurait qu’à la faire chauffer avant de faire une toilette de chat.

S’armant donc de sa binée ainsi que d’un petit couteau à lame droite, elle s’aventura dehors à son tour. Le voyage ne saurait-être long ; ne pouvait être long : Soje avait justement construit l’auge à quelques aunes de leur domicile. Surtout, elle se devait de rentrer avant la prochaine crise de son enfant. Elle n’en perdrait pas un autre. Plus jamais.

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Slo'Anh


Inventaire

(vide)

Après un repas peu consistant en ce qui la concernait, la discrète créature aquatique se sépara de ses nouveaux compagnons, les traits tirés et l’estomac grondant. Tous s’étaient accordés sur une nuit de repos, afin de reprendre leur enquête dans les meilleures conditions possibles. « A demain. » lança-t-elle à Célyse et à Samir en commençant à se diriger vers la rivière. Leurs chamailleries l’avaient amusée pendant la soirée, et avaient apporté un peu de légèreté à cette affreuse situation. Elle espérait néanmoins qu’ils sauraient se tenir face aux personnes qu’ils devaient rencontrer au matin.

La nuit passa à la fois vite et rapidement : Slo’Anh fut efficace pour chasser et recouvrer des forces pour tout ce qu’il restait à accomplir, et aussi pour évacuer tous ses instincts contenus auprès des terrestres. Une fois repue de poissons nettement plus satisfaisants que ce ragoût infernal, elle se lova au fond de l’eau, entre quelques rochers qu’elle avait repérés. Elle était si fatiguée que le sommeil ne tarda pas à l’envelopper, mais elle resta sur le qui-vive et se réveilla de multiples fois avant l’aube tant elle était dans l’expectative.

Un voile un peu plus clair dansant à la surface, au-dessus de sa tête, lui indiqua que les premiers rayons du soleil pointaient le bout de leur nez. « En avant, ma fille. » se motiva-t-elle en imitant la voix de son père. Avant de se mettre en route vers le Domaine une fois cette affaire résolue, elle se promit d’aller serrer ses parents dans ses bras. En attendant, elle remonta à la surface et grimpa sur la berge en un geste rapide et silencieux. Le village était encore tout ensommeillé, compte tenu de l’heure et aussi des langues qui avaient dû se délier jusque tard suite aux événements de la veille.

Elle ramassa le tissu qui lui avait servi de capuchon pour s’en servir à nouveau. Elle n’appréciait pas vraiment cette coutume volée à Playru, mais cela avait au moins le mérite de l’isoler des regards dérangeants quand elle se déplaçait. Une fois bien habillée elle se remit en route vers l’auberge pour retrouver Samir et Célyse.

Contrairement à ses craintes induites par les remarques de la soigneuse humaine, Samir semblait s’être extrait de son lit plutôt à l’heure. Sur le chemin de la teinturerie, il tâcha de lui expliquer qui était qui, et elle répéta ce qu’elle avait appris dans sa tête tout en marchant pour ne pas l’oublier. Sa tête commençait en effet à être bien remplie de noms de personnes qu’elle ne situait pas vraiment, et elle ne voulait pas que cela pollue sa réflexion une fois qu’ils seraient avec la famille du petit malade.

Évidemment, personne ne posait la question - pourtant la politesse ne semblait que très peu limiter les remarques de Célyse - mais tous trois se demandaient comment vraiment gagner la confiance des teinturiers avec la mine peu avenante de Slo’Anh. Leur atout majeur était Samir, qui les connaissait déjà. Pour ce qui était du reste… « On vient d’ailleurs, on fait autrement. On fera peut-être mieux que Nikolas. » affirma-t-elle, la voix durcie par la conviction. Ils devaient trouver quelque-chose. Ils ne pouvaient pas revenir bredouilles. Aucun mal ne pouvait demeurer sans remède, la Zora ne pouvait se permettre de croire le contraire.

Lorsqu’ils arrivèrent, le couple était déjà dehors, les traits si tirés qu’ils évoquaient d’étranges poupées de cires articulées par on ne savait quelle astuce de magicien. Les creux sous leurs yeux avaient pris une teinte presque aussi foncée que les écailles de Slo’Anh, et malgré son habituel détachement, son cœur s'accéléra légèrement face à une détresse si palpable.

Comme prévu, elle laissa Samir expliquer la situation, et les salua simplement d’un mouvement de tête, avant de se perdre dans la contemplation de leurs pieds. Elle espérait qu’une attitude effacée la rendrait moins menaçante à leurs yeux.


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