Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – Visite chez le Bourgmestre

[Quête Halloween - 2020] - Partie III - Team Ardolon

Fin de l'automne - 3 mois 4 semaines 1 jour après (voir la timeline)

Jour I - 19 : 39

L'œil alerte, mais le regard inhabituellement fuyant, le jeune molosse dévisageait son camarade. Il avait torse épais, tout juste couvert d'un gilet de fourrure mal fermé, et le visage austère des mauvais jours. A l'évidence, il n'avait guère apprécié le sermon délivré par le Bourgmestre, dont ils gardaient encore la demeure. Après l'incident de la Grand-Place, une fois la foule dispersée et les oreilles indiscrètes parties, l'ancien métayer avait été pris de l'une de ses colères folles qu'aucun villageois n'était en droit de voir. Il avait alors rappelé Datoh et Mutoh à l'intérieur de son logis, afin que les deux ahuris puissent veiller ses proches d'aussi près que faire se peut. Eux, à l'inverse, devaient constituer la première ligne.

Et donc, à l'approche de la nuit, se geler les noix. 

Calant la hampe de sa lance contre le fer qui bardait son épaule, le soldat souffla dans le creux de ses mains, avant de les frotter vigoureusement pour mieux garder la chaleur qui lui manquait. Réajustant son bassinet, dont il gardait usuellement la visière levée en l'absence d'affrontement, Talen laissa ses lucarnes glisser une seconde fois jusqu'à ce binôme qu'il avait appris à connaître au fil des mois et des années passées à la Cité-Commerce. « Quoi », cracha seulement Auru, appuyé sur la hache de guerre à long fût qu'il avait eu le temps d'aller récupérer avant de prendre leur tour de garde. Il avait le pectoral saillant ; mais surtout ceinturé d'une lanière de cuir à laquelle étaient suspendue son arbalète quelques fioles de tabac à chiquer ainsi qu'une série d'explosifs de sa conception. A sa hanche pendaient son carquois et un long couteau de chasse à lame droite. « Rien », fit alors le jeune loup, qui n'avait aucune envie d'agacer son partenaire. S'il lui était possible de s'éviter une conversation inutile, il le ferait bien volontiers.

En temps normal, cela aurait peut-être pu suffire. Mais le Taureau était d'une humeur de chien et visiblement prêt à sauter sur la moindre occasion dès lors qu'elle lui offrait la possibilité de se battre. « Talen, t'sais-tu qu'j'aime pas les menteurs », grogna le gorille, sans même prendre la peine de le regarder. « Pis, t'sais ben c'que j'leur fait, aux menteurs », le menaça-t-il ensuite.  Un silence de mort s'installa un temps sur le parvis qui menait au foyer du chef de village. 

"C'que… l'a pas tout à fait tort. T'aurais pu la tuer, 'vec un coup pareil", finit par expliquer, soucieux de ne pas se dégonfler devant son compagnon d'infortune. « Elle f'rait mieux d'êt' morte, la salope », siffla Auru, non sans mollarder sa chique avec tout le dédain dont il était capable. Et d'ajouter, non sans cacher son ressentiment : « Si j'avais rien fait, c'Baldin qui s'rait mort ». Son regard revint sur Talen, qui avait le flanc alourdi de deux bolas, d'une outre de vin chaud ainsi que d'une longue poche de cuir ou sommeillaient ses propres carreaux. Un coutelas de fer noir pendait sur son haubert, accroché à son cou d'une simple corde en chanvre. Dans son dos, l'arbalète qui le ne quittait jamais. « C'est sûr », approuva-t-il rapidement, pressé de mettre un terme à cet échange qu'il devinait glissant. Nul besoin, de toute façon, de rappeler à son camarade cerbère que la pauvre femme ne s'était pas encore réveillée une fois jetée au Trou.

Auru grogna, sans rien ajouter d'intelligible et Talen en profita pour allumer le fanal qui les aiderait à passer la première partie de la nuit. La lanterne était large, assez pour illuminer des pas et des pas devant eux. L'hiver faisant, l'astre du jour avait largement entamé sa chute et le manteau de nuages dont se drapaient les nuées masquerait bientôt la lune.

Pourtant, il crut un temps distinguer un écarlate éclair à la lueur du falot qu'il tenait haut, au dessus de sa tête. « T'as-tu vu ? », lança-t-il, aux abois à son compagnon. Celui-ci tira arma l'arc d'un trait, tandis qu'il se saisissait lui même de sa pique. « Qui va-là ? Halte ! », beugla-t-il alors, d'une voix devenue étonnement rauque;

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Ardolon


Inventaire

Ardolon n'avait guère continué son enquête. Quelque part, il s'en fichait : la mort n'avait pas besoin de raison pour brutaliser à l'aveugle les maisons d'un si petit village. Beaucoup trop de veuves et de parents recherchaient vainement, lâchement un réconfort dans le possible "sens" que pouvait avoir un décès... Comme s'il plut au Ciel, sinon au Destin, de sélectionner un à un les défunts dont ils pourraient avoir besoin. Cette question, en vérité, l'avait bien plus fait réfléchir que l'hypothétique pandémie. Voilà pourquoi son repos n'avait pas été incommodé le moins du monde après les révélations ou croyances du Fossoyeur. Le petit Endë était décédé ? La belle affaire. Milo et Etu étaient fiévreux ? C'est fâcheux... Mais si une menace quelconque existe, d'aucuns voudraient en être débarrassés et le rito se délectait déjà des fruits d'un tel labeur.

C'était en tout cas l'occasion d'atteindre le Bourgmestre, qu'il avait eu tant de mal à approcher. En plus de deux mois, ses séjours réguliers à Elimith ne lui avaient pas laissé l'ombre d'une chance de lui parler. Oh bien sûr, il aurait pu s'imposer ou forcer le destin : c'était habituellement sa manière de faire. Au pire, il pouvait éliminer un habitant, trouver un bouc-émissaire et se présenter pour trouver le coupable idéal. Il avait appris à faire fonctionner cette méthode, en travaillant avec sang-froid et patience... C'était une manière de chasser qui parvenait à faire palpiter son cœur là où la traque devenait moins excitante à mesure qu'il aiguisait sa technique. Une façon brutale toutefois, et sans ses acolytes, un tactique qui perdait de son charme. Il gagnerait à être moins primitif et le souvenir de Faustinoos hantait encore son esprit. Ce n'est pas avec son comportement habituel qu'il s'élèverait toujours plus haut et il lui fallait se lester de son attitude mesquine.
Son défunt mentor parlait de respecter son environnement, il lui disait de faire un tremplin de la moindre difficulté. Derrière ces maximes abstraites, Ardolon comprenait qu'il ne pouvait pas tuer impunément ni mépriser les sentiments des habitants pour arriver à ses fins. Pas cette fois. Quant au Bourgmestre... Il s'était montré sous un visage qui avait pu choquer les habitants et cet irrespect en avait plongé une dans la folie, sous le regard terrorisé des autres paysans.
Finalement, le credo de Faustinoos n'était peut-être pas si vide de sens ?


Loin des regards, Ardolon s'était reposé après les événements de la grand-place. Il avait pu apercevoir une zora, race si rare sur la terre ferme, mais il doutait qu'elle puisse être digne de confiance. À la place, il estimait le moment opportun pour offrir une visite à "eul'Bourgmestre". Une offre qu'il ne pourrait pas refuser.



Les derniers reflets dorés déclinaient alors qu'Ardolon et les ombres convergeaient vers la maison du Bourgmestre. De même que la nuit, sans un bruit se précipite, le Rémige filait impavide sur un chemin indistinct. Quoique délicat, son atterrissage avait pu alerter : sa carrure rendait difficile une approche plus furtive, en dépit de sa promptitude. Contrairement à la veille, il portait également son arc au cas où les choses tourneraient mal - et il brûlait de l'essayer.
Non loin se trouvaient deux gardes. Le rito n'en avait pas entendu d'autres mais leurs immanquables jérémiades n'avaient rien de discrètes. Elles avaient déjà révélé que l'un détestait les menteurs bien plus que se salir les mains, alors que l'autre était moins bavard. Un coup d'œil rapide avait dévoilé leur impressionnante collection d'armes. Se pourraient-ils qu'ils ne fussent pas que pure artifice de dissuasion ?
Confiant, Ardolon s'avança devant eux. Il n'avait pas besoin de l'effet de surprise, tant qu'il savait respecter leurs engagements. Pour autant, au déclin du crépuscule, les reflets azurs et pourpres de ses plumes et atours se boursouflaient d'impudence. Les hyliens peinaient parfois à saisir les nuances expressives des visages ritos alors ils ne verraient peut-être pas qu'il irradiait une sincère bienveillance. En revanche sa démarche fière - même pour un membre de sa race - n'accusait aucun doute sur sa détermination.


« Je viens en paix, annonça-t-il d'une voix lente avant de marquer une pause. Et c'est pour la préserver que je suis ici. Le Bourgmestre a besoin de me voir avant que les choses ne dégénèrent. »

Les deux guerriers n'étaient pas adeptes de la diplomatie mais le rito n'avait pas supposé un seul instant qu'ils eussent ignoré l'importance de la querelle provoquée le jour même. À présent, la supposition s'était fondue en une profonde suspicion. S'il voulait parler au Maire, Ardolon allait devoir employer des termes concrets.

« Ne me faites pas l'offense de me présenter, le Bourgmestre sait qui je suis. Vous pouvez lui demander si vous en doutez... »

À l'évidence, aucun chef n'aurait omis de s'enquérir d'un étranger si singulier ; en particulier s'il voyait en lui un oiseau de mauvaise augure. Avec pareille évidence, les gardes n'allaient pas quitter leur poste pour hasarder une question dont la réponse importait peu, ce qui revenait à accepter l'hypothèse du rito. Mais en aucun cas à lui sortir le tapis rouge. C'est pourquoi l'Aquilin enchaîna, d'une voix toujours aussi lente mais désormais plus faible, qui obligerait les gardes à tendre l'oreille :

« J'apporte un remède. »

S'il eût pu plaire aux hyliens de se satisfaire d'un dédain méprisant, l'assurance des iris hétérochromes du rito suffiraient à faire taire leur raillerie. Sa veste, soulevée par les vents frais, et son écharpe grenat rappelaient sous d'autres traits la menace de sa stature : il n'était certes pas soigneur, semblait-il, mais pas non plus à prendre à la légère. Même sans attirail - sauf son arc - il ne paraissait pas un instant douter pouvoir éliminer les gardes et cette façade était aussi inébranlable que le rapport était déséquilibré.


C’était un bien étrange oiseau que celui qui avait décidé de s’approcher. Et pas des plus beaux en plus ! S’il n’avait pas été aussi alerte, le molosse n’aurait probablement pas su retenir les manifestations de son dégoût. Il avait beau être habitué – quelques années passées à veiller Elimith l’avait poussé à rencontrer toutes sortes d’anomalies et pas moins d’aberrations –, il était toujours aussi répugné quand l’un d’entre eux se présentait devant lui. Il avait appris à les tolérer, puisque Baldin le faisait… Mais seulement jusqu’à un certain point. Les restes de certains Zora malheureux, abandonnés à la houle en contrebas des murs de la ville-close, auraient pu en témoigner.
Le bleu sombre du plumage du Piaf se mariait à l’obscurité de la nuit mais quelques reflets cramoisis accrochaient la lumière que crachait la lanterne tenue haute par Talen. Après quelques instants, tandis que l’étrangeté avançait à pas lents mais déterminés, Auru finit par le reconnaître : c’était la bête qu’il avait aperçu plus tôt dans la soirée, alors que la Métayère avait tenté d’ôter la vie du Bourgmestre. Un idiot de plus à vouloir jouer les héros, se prit-il à penser, tandis que son arbalète dressée pointait la large poitrine de l’animal. A son épaule il distinguait un bel arc, de bois sculpté, qui lui aurait probablement arraché un sourire moqueur en d’autres circonstances. La vanité des uns l’avait toujours amusé.

Mais ce soir, il était d’une humeur de chien. 

Les sangles qui harnachaient sa peau étaient alourdies de fer, d’acier, de verre comme de terre cuite et mordaient sa chair avec tout le vice dont le cuir peut parfois se montrer capable.

La nuit était froide, le vent mesquin. Il fouettait ses joues avec l’amertume des mauvais jours.

Et surtout, il ne supportait plus la mauvaise-foi du chef de la Cité-Commerce ; son ingratitude, sa faiblesse. Trop longtemps, il l’avait laissé lui parler ainsi qu’il l’avait fait ce soir. Il n’aurait su le tolérer une fois de plus. Pas sans fixer au mur sa tête arrachée.

Le ton de l’étranger, dont les traits exacts demeuraient masqués par la sorgue, n’améliora pas les choses. Avec une autorité que rien ne lui accordait, il énonça les raisons de sa venue. Lentement. Comme s’ils les prenaient pour des idiots ; nés de la dernière pluie. Ses dents grincèrent en silence, mues par la même rage qui labourait ses veines. Il ne détestait rien tant que d’être pris pour une buse. Son sang ne fit qu’un tour, tandis que sa main gagnait la détente. Celui de l’oiselet n’en ferait pas plus.

"Attends", souffla Talen d’une petite voix, tâchant de l’inciter à baisser son arme d’un geste calme.

Il ne le fit pas, mais le trait resta fixé à la noix de décoche, jouxtant l’étrier.

Les lèvres déchirées par un grognement sourd, Auru se jura alors qu’il le balancerait lui aussi sur une pique. Ce jour-là, la Ville-Blanche brillerait d’un feu nouveau, dont l’épaisse fumée se hisserait jusqu’aux nues que l’autre emplumé n’aurait jamais dû quitter. Tous, jusqu’en Akkala, pourraient constater le braséro de sa hargne. Il s’en assurerait. Il sentait déjà l’odeur âcre de la fournaise que nul ne pourrait ignorer, qui habillerait les masures mieux qu’aucun crépis.

"Je me fous bien de qui t’es, l’oisillon", siffla-t-il entre mâchoires scellées, pas impressionné pour deux sous, quand le va-nu-pied exigea à voir l’échevin qui régnait sur Elimith, assurant qu’il le connaissait. « la femme du Bourgmestre sortirait pisser que j’la laisserai pas repasser la porte », asséna-t-il, ensuite aussi mauvais qu’amer, aussi belliqueux que pugnace.

Ce qui aurait dû sonner comme un avertissement - le gorille n’avait pas l’intention d’en donner davantage - ne fut à l’évidence pas compris. Bientôt, le voyageur essaya une nouvelle approche. Non moins vaine.

Vieil homme lance le dé "Dé échec (3) - échec bénin / échec / échec critique" !
Echec critique Echec critique
« J'apporte un remède », lanca le Rito, dont l’intonation s’était faite plus subtile. Sans doute n’avait-il pas vu l’ire qui, comme un masque, couvrait le sinistre faciès d’Auru.

Des deux molosses, le plus imposant fut aussi le plus rapide. Tandis que Talen abandonnait son fanal dans l’espoir d’arrêter sa main, l’ancien brigand décocha son trait. Le carreau, filant à tout allure, brise nette l’articulation de l’aile droite du voyageur Rémige. Des chairs déchirées du Piaf émergeaient ses os meurtris, disloqués par la tête de fer. Déjà, les deux soldats préparaient un second assaut, plus violent encore que le premier.

[Ardolon est gravement blessé à l’aile droite et doit être soigné de toute urgence. Il peut faire appel à n’importe quel personnage joueur disposant de la compétence de soin de niveau 2 (Alcaloïde et décoction), pour peu que ceux-ci acceptent de lui venir en aide. Une fois les soins administrés, il ne pourra pas voler avant quatre semaines en RP.]

Découvrir les autres scénarios...

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



1