Dans la nuit ; deux chats gris

Fin de l'automne - 3 mois 3 semaines après (voir la timeline)

Haya

Babysitter par intérim

Inventaire

  • Sabre Rouge
  • Kunaï(s)
La journée avait été bien longue et la nuit était tombée si vite qu'elle était déjà bien avancée lorsque le petit groupe gagna enfin la cité d'Elimith. Aussitôt, Arkaï s'était empressé de rejoindre l'auberge de la ville, accompagnée par Zelda, dans l'espoir qu'un médecin se rende disponible pour examiner sa méchante blessure. Pour y avoir jeté quelques brefs coups d'œil, Haya n'était pas rassurée ; moins encore par la bêtise du jeune homme que par la blessure en elle-même. Elle ne s'était fendu d'aucun commentaire ni aucune remarque d'autant qu'il ne les avait finalement pas ralenti dans leur progression, mais elle n'en pensait pas moins. Simplement, elle avait dans l'espoir que cette mésaventure lui serve de leçon tout en gardant dans un coin de sa tête que son compagnon chercherait sans doute à se confronter une nouvelle fois aux chevaux des terres sauvages ; si cela devait se reproduire, elle se tenait prête à lui prêter assistance pour dompter et éduquer ces braves animaux, comme les gens d'Elimith le lui avait appris auparavant. Au moins, elle ferait en sorte qu'il s'en sorte pas avec un hématome de la taille d'un Hinox sur un bras.
Pendant que ses deux compagnons s'affairaient dans l'enceinte de l'auberge, Haya s'entretenait avec le garçon de ferme qui gardait les box en contre-bas. Alkan avait beau vivre la majeure partie de son temps au village de Cocorico, il n'en restait pas moins originaire de la cité et avait l'habitude d'être traité ainsi ; aussi docile qu'un agneau, il n'avait jamais fait d'histoire. Après un rapide échange et l'évocation d'un accord qu'elle avait avec la tenancière en tant qu'habituée, elle s'éloigna des box et se dirigea doucement vers l'auberge. Profitant de quelques instants de solitude, elle finit par se figer au milieu du chemin déserté qui continuait par delà les collines et les hauteurs de la cité. Son regard s'attarda tour à tour sur les maisons aux fenêtres éclairées pour finir à contempler longuement le ciel étoilé qui s'offrait en spectacle. Très vite, elle se laissa emporter par tout un flot de pensées en tout genre jusqu'à en perdre le compte du temps.

Le battement de la porte de l'auberge la tira de sa rêverie pour la rappeler sur terre ; son visage s'illumina d'un sourire amical et silencieux, dans un premier temps, pour accueillir sa jeune reine. Elle remarqua aussitôt que leur compagnon gérudo ne l'accompagnait pas, ce qui signifiait qu'ils s'étaient arranger pour lui trouver une chambre et un moyen de paiement pour aller avec. Il est vrai qu'avant d'arriver en ville, et même après, ils n'avaient pas trouver le temps pour évoquer les détails de leur séjour à Elimith. « Alors ? » Questionna-t-elle à propos du garçon. « Comment va-t-il ? Pour combien de temps en a-t-il ? » Demanda-t-elle ensuite dans l'espoir que Zelda ait des précisions sur l'état du gérudo. Depuis un petit moment déjà, la guerrière s'était faite à l'idée qu'il lui faudrait sans doute abattre plus d'efforts qu'à l'accoutumer afin de récolter les quelques sous qu'il leur faudrait pour séjourner sereinement dans la Cité-Commerce. Ce dont elle voulait se rendre compte, c'était de l'aptitude du gérudo à pouvoir subvenir à ses propres besoins et à travailler pour récolter quelques sous et mériter sa pitance ; là où elle se voyait facilement tenir le rythme pour assurer ce qu'il leur faudrait à Zelda et elle, elle avait espérer que le disciple de Shingen puisse en faire de même. Malgré cela, elle s'était parée à l'éventualité de faire un peu de zèle ; tout dépendant du temps de convalescence du jeune homme.

La Fille d'Impa se garda de tout commentaire, ne souhaitant pas rebondir sur la réponse que lui apportait la Princesse, mais d'aucun ne pouvait que constater au travers du soupire qui en découla un agacement à peine contenu. D'un revers de la main gauche, la Sheikah balaya le sujet, peut-être un peu abruptement. « Peu importe... Nous devrions rejoindre Pru'ha dès maintenant. Elle est du genre à veiller tard, mais qui sait... », glissa-t-elle en resserrant contre elle une large sacoche dans laquelle elle gardait ses effets personnels. « J'ai demandé au garçon de monter l'ensemble de nos possessions à l'auberge, où elles seront gardés. Si jamais tu les cherches et que tu as besoin de quoique ce soit... », précisa-t-elle par ailleurs, histoire que Zelda n'ait pas à s'en inquiéter outre mesure. C'était, certes, des frais supplémentaires à régler envers l'aubergiste mais rien d'insurmontable en soi. Aussitôt après avoir donné cette information, la Sheikah se mit en route, suivie par la jeune monarque. Le laboratoire semblait bien haut et bien loin, perché au sommet des collines. Après quelques premières foulées, Haya fut rassurée de voir sa reine lui emboîter le pas avec aisance ; les quelques semaines passées en sa compagnie l'avait finalement bien transformer. Au terme d'une telle journée, la jeune femme qu'elle avait rencontrée à flanc de falaise aurait déjà été essoufflé, autant par les efforts accomplis que la vue de ceux qu'ils lui restaient à faire. Mais cette nuit, la monarque de l'Ancien Hyrule semblait parfaitement à l'aise, laissant son regard se balader sur le paysage qui les entourait.

« C'est comme dans tes souvenirs ? » Demanda Cheveux-de-Sang avant qu'un trop long silence ne s'installe. Curieuse — bien plus qu'avec d'autres gens, la Sheikah appréciait les discussions avec sa reine, qui après l'épisode du Cimetière des Gardiens semblait avoir regagné son entrain et son sens du bavardage. Si elle préférait ne présumer de rien quant aux détails de la vie de la dernière Nohansen, elle savait combien Elimith avait pu conserver une part de sa superbe, bien protégée derrière ses hautes murailles de pierre, désormais ruinées par les affres du temps et les combats d'antant. « Les histoires disent que c'est une des rares villes qui a su résister à la ruine et aux vagues de Gardiens amenés par le Fléau », raconta Haya, le regard déposé sur l'ensemble de la cité, qu'elles surplombaient depuis la colline. « C'est rassurant de se dire que tout n'a pas été perdu. Après tout, je veux bien reconnaître que les hyliens savent faire de belles choses de temps en temps », plaisanta-t-elle, haussant les épaules avec un air faussement contrarié. Si son cœur allait inévitablement se tourner vers son peuple, sa culture et son village, Haya avait aussi énormément appris aux côtés des hyliens, dont elle avait appris très tôt à respecter et apprécier leurs propres us et coutumes. Après tout, pour les Sheikahs de Cocorico, il était assez naturel de côtoyer des hyliens, bien que les longues distances avaient tendances à renfermer les différents peuples sur eux-mêmes. « C'est une belle ville », conclut la cadette de la famille Nekt'Hyl dans un tendre soupire.

Après quelques minutes de marche, les deux jeunes femmes finirent par gagner le plus haut sommet de la cité et ainsi se présenter face au laboratoire d'Elimith. Sous la porte, on devinait sans mal de la lumière et donc une certaine activité dans la demeure. Haya marqua une courte pause, perdue dans ses propres réflexions, quand elle sentit Zelda la dépasser, visiblement hâtive de redécouvrir un visage connu. « A-Attends, Zelda ! », la stoppa-t-elle dans son élan. Un détail se rappelait à elle alors qu'elles arrivaient ; elle se rappelait avoir voulu l'aborder déjà plusieurs fois mais à chaque fois, autre chose avait pris le pas. Or, il s'avérait qu'il pouvait s'agir là de quelque chose de plutôt... renversant ! Pour ceux qui s'attendraient à toute autre chose. « Est-ce que... Impa t'en a parlé ? » Demanda-t-elle à sa suzeraine en se rapprochant de la porte. Elle devina sans mal à son air interrogateur qu'elle ne voyait pas de quoi elle pouvait bien lui parler. « C'est que... il y a eu un accident et... comment te dire ? » Hésita la jeune femme, ne sachant par quelle corne prendre le taureau. Dans un profond soupire de dépit, elle renonça finalement ; rien ne valait le fait de s'y confronter, après tout, plutôt que d'en parler pendant des heures. « Tu verras par toi-même », se résigna-t-elle en frappant à la porte.


Zelda

Team booty

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
La jeune femme n'eut pas à chercher longtemps pour retrouver Haya. Cette dernière semblait l'avoir attendue non loin de l'entrée de l'auberge. Sitôt la porte fermée derrière elle, le brouhaha de l'auberge s'atténua et elle entendit la voix d'Haya qui la questionnait sur l'état d'Arkaï.

La princesse s'apprêtait à lui répondre, mais sa main vint glisser devant sa bouche ouverte alors qu'elle réalisait qu'elle n'avait aucune certitude à ce sujet. Certes, il allait mieux et il était pris en charge, elle s'en était assurée. Pourtant le Gerudo qui lui avait tenu compagnie l'avait tellement rassurée qu'elle n'avait pas jugé nécessaire de demander plus de précisions, se contentant de ce qu'elle avait pu voir. Elle eut un regard fuyant vers la porte de l'auberge mais il lui semblait être un peu tard pour aller recueillir plus d'informations. C'est d'un ton un peu gêné qu'elle prit finalement la parole.

"Il avait l'air d'aller mieux mais je n'ai pas songé à questionner la médecin qui s'est occupée de lui…" L'impatience de revoir Pru'Ha et la crainte de devoir attendre le lendemain avait peut-être également joué. Toujours était-il qu'elles devraient sans doute aller aux nouvelles auprès du jeune homme par la suite. Faisant un effort de mémoire, ses mains mimèrent sur son propre bras ce dont elle pouvait se souvenir. "Elle lui avait fait un bandage, son bras était maintenu par une étoffe, comme ça…"

Zelda ne sut pas exactement si c'était ces détails ou au contraire leur nombre limité qui agacèrent la Sheikah mais elle préféra changer de sujet, revenant sur le but de leur présence. L'Hylienne laissa retomber son bras et lui emboîta le pas sans tarder. Elle ne se formalisa pas que leurs affaires aient été posées à l'auberge puisque ce qu'elle devait montrer à la scientifique était dans le sac qu'elle avait choisi de garder avec elle pendant tout le trajet. Pourtant, ce choix l'étonna.

"Oh, j'avais présumé que nous séjournerions chez Pru'Ha. Mais il est vrai que j'ignore où elle vit exactement à présent…" À l'époque elle avait surtout côtoyé cette dernière au Château d'Hyrule, où elle faisait partie de l'équipe de recherche. En comparaison, sa nouvelle habitation était sans doute plus modeste. Peut-être aussi qu'il n'était simplement pas dans les habitudes de sa protectrice de compter sur l'hospitalité des gens lors de ses séjours à Elimith. "Au moins Arkaï se sentira peut-être moins seul en nous voyant revenir." Même si elle l'avait laissé en bonne compagnie, elle ne pouvait s'empêcher de craindre qu'il se sente mis à l'écart.

Ses questions trouveraient toutefois bientôt des réponses. Et alors qu'elle suivait la fille adoptive d'Impa en laissant traîner son regard sur le paysage, cette dernière la questionna sur ses souvenirs liés à l'endroit.

"Étonnamment, oui." Les lieux avaient été bien protégés. Elle n'ignorait pas pourquoi, mais le contraste était frappant. "La ville a évolué, et c'est normal, mais je ne suis pas vraiment dépaysée. Ou si je le suis c'est en comparaison avec les endroits que nous avons traversés jusqu'ici…" Elle avait beau avoir échoué à protéger l'ensemble du royaume, du moins autant qu'elle l'aurait souhaité, il était réconfortant de savoir que certains de ses joyaux avaient pu être épargnés. "Je suis d'accord, c'est une belle ville… Je suis contente qu'elle ait été préservée…"

Suivant sa guide, la princesse remarqua que leurs pas les menaient vers ce qu'elle connaissait comme le domaine du meunier. L'ancien moulin s'élevait toujours en haut d'une haute colline, et pourtant sa structure avait été quelque peu modifiée. Seule la pénombre l'empêchait de distinguer de façon précise les multiples transformations. Le choix de transformer cet ancien bâtiment plutôt que de construire un tout nouveau laboratoire lui semblait faire sens.
Un autre détail piquait sa curiosité. Leur chemin était parsemé de lanternes dont la flamme brillait d'une lueur bleutée. La même teinte qui semblait toucher beaucoup des antiques vestiges laissés par les Sheikahs.

Ses soupçons se confirmèrent et elles s'arrêtèrent devant la haute demeure, illuminée par un feu encore plus imposant que ceux qu'elles avaient croisés lors de leur ascension. Elle fut soulagée de voir de la lumière émaner de l'intérieur de l'édifice et elle se précipita devant Haya pour frapper à la porte. Elle avait tant d'interrogations qui pourraient enfin trouver leurs réponses. Son geste fut cependant suspendu en l'air en entendant les avertissements de sa compagne. Elle se tourna, l'air inquiet. "Un accident ?" Personne ne lui en avait rien dit. Pourtant, elle était sûre que Link était passé par ici avant d'arriver jusqu'à elle, il avait forcément croisé la scientifique. Quant à Impa, elle lui avait expressément recommandé Pru'Ha pour obtenir certaines explications. Se pouvait-il qu'il soit arrivé quelque chose de grave dont on aurait omis de la prévenir ? Devait-elle s'attendre à voir son amie altérée par plus encore que le simple poids des années ?

Elle ne savait pas comment interpréter la réponse de la Sheikah qui prit le relais pour annoncer leur présence. Zelda resta un instant figée à l'observer, ignorant si elle devait imaginer le pire, mais elle se reprit en entendant la porte s'ouvrir. Au lieu de sa vieille amie, ce fut un homme qui les invita à rentrer. La princesse ne put s'empêcher de le dévisager plus qu'elle ne l'aurait voulu, cherchant en lui des traits connus ou qui pourraient lui révéler une quelconque ascendance familière. Elle arriva seulement à la conclusion qu'elle ne l'avait jamais croisé auparavant. Ses yeux inspectèrent ensuite la petite pièce dans laquelle elles venaient d'entrer, mais elle ne voyait aucun d'indice du drame évoqué par Haya…

"Désolée de vous déranger à une heure pareille, mais nous venons tout juste d'arriver en ville…" Même si ce n'était pas la première fois que la fille adoptive d'Impa se rendait au laboratoire, elle imaginait que ses visites étaient peut-être généralement moins empressées. "Nous avons fait un long voyage depuis Cocorico, et j'espérais retrouver ici une très vieille connaissance, je…" Elle hésita un instant avant d'en dire plus, mais elle ne voyait pas vraiment ce qu'elle avait à craindre ici. Link l'avait précédée et cet homme, même si elle ne l'avait jamais rencontré, n'ignorait sans doute pas son existence. "Je m'appelle Zelda, et j'ai vu Pru'Ha pour la dernière fois il y a au moins une centaine d'années, j'ai beaucoup de questions à lui poser…"


Canel

Narrateur

Inventaire

Des années auparavant, déjà, ils avaient fini par marquer sa chair et la polir. Pourtant, pour rien au monde n'aurait-il souhaité se débarrasser de ces deux amis si particuliers. Jadis, il s'était vanté de ne pas avoir besoin de leur soutien. Ces quelques mots, emplis d'une arrogance propre à la jeunesse, avaient arraché à Pru'Ha un sourire caustique, presque moqueur. Il comprenait mieux aujourd'hui. Sans un mot, il remonta sur son nez les verres dont il avait désormais besoin pour déchiffrer les glyphes qui noircissaient les pages du vieil opus où tracer les idéogrammes qui alourdissaient celles de ses journaux de recherche. Il avait commencé à travailler sur le sujet bien avant que la chercheuse n'abandonne, par trop désireuse d'un bain pour continuer son ouvrage et l'avait assurée qu'il fermerait le laboratoire avant de monter se coucher à son tour. Il savait combien elle se rongeait les sang. Lui même était autrement plus préoccupé qu'il ne souhaitait bien le montrer.

D'une main fatiguée, il griffonna quelques caractères sur un parchemin si raturé qu'il en était presque troué. Une vieille lampe à huile crachait sur l'établi une lumière aussi usée que jaunie, qui accrochait parfois l'encrier de fer et dansait doucement le long des reliures poussiéreuses. Dehors, un vent froid soufflait sur la colline, non sans battre les fenêtres à volet de l'ancienne demeure du meunier. « Canel, tu sais bien que cela ne peut pas fonctionner », siffla-t-il agacé, avant de rayer son vélin d'un grand trait de fusain. Quoiqu'il fasse, il en arrivait toujours au même résultat. Pru'Ha le lui avait dit : il s'entêtait en vain. Sans cœur antique, il lui était impossible de tester son hypothèse, faute de pouvoir l'alimenter correctement. Lors de leur dernière rencontre, Faras lui avait parlé de Gardiens volants et, à l'époque, le sujet ne l'avait guerre intéressé. 

Aujourd'hui, il avait besoin de quelque chose pour occuper ses mains autant que son esprit.

Son regard se porta sur la petite figurine de céramique et de bronze qu'il avait assemblée il y a quelques jours de cela. Il s'était inspiré de certains des esprits dont parlaient les livres d'hier laissés par son peuple et l'avait dotée de longues ailes fines, cousue d'un tissu léger ; de ceux que les bourrasques d'air chaud pourraient gonfler. Mais il doutait de la voir un jour s'élever à l'image des Fées des mythes d'autrefois. « Tout cela n'a aucun sens ! », lança cette fois le Sheikah, que l'asthénie et l'angoisse travaillaient au corps. D'un bond, comme un diable monté sur ressort, il s'arracha au bois dur de sa chaise. Le cœur grevé par les remords autant que l'incertitude, il balaya sa paillasse d'un geste ample du bras. L'émail gémit en percutant le plancher vermoulu du Moulin. Ses restes disloquées eurent tout juste le droit à un regard. « Pourquoi serait-elle partie ? Sans nous prévenir ? », questionna Canel, tandis qu'il laissait ses pas le porter vers l'îlot central où Pru'Ha avait laissé le fruit de son propre labeur. Depuis des jours, elle bricolait la Pierre-Guide, sans qu'il ne sache précisément ce qu'elle espérait réaliser. Cela faisait des semaines, maintenant, qu'ils ne s'adressaient plus la parole, ou presque. Sur l'antique meunerie avait été jeté un voile frigorifique, presque aussi sombre que la nuit qui engloutissait dorénavant les ruines de la tour.

Sans qu'il ne s'en rende compte, le laborantin avait commencé à faire les cents pas et à débattre sourdement dans le vide. Personne ne pourrait lui donner la réponse : depuis l'incident, il était désespérément seul. Tout ou presque de la chaleur qui avait un jour illuminé le centre de recherche s'était évaporée.

Trois coup sec sur le hêtre de la porte finirent par le tirer à ses rêveries éveillées.

Les yeux rougis par la peine, le Sheikah se retourna subitement et observa un temps le battant derrière lequel se tenait l'impertinent venu les déranger à un horaire pareil. Un second coup d'œil au sablier de sa camarade lui indiqua qu'il ne restait plus que deux heures, environ, avant que ne débute un nouveau lendemain. D'un pas rageur, il s'avança vers le vantail cloué, qu'il ceintura d'une chaîne épaisse, soucieux d'en prévenir l'ouverture. Le bois était lourd, certes, et le temps s'était joué de lui comme du reste. Il fallait une poigne considérable pour le pousser, mais la prudence lui intimait de ne prendre aucun risque. Plus que jamais, il souhaitait ne pas être dérangé.

Une fois certain que nul ne pourrait entrer sans forcer le panneau cerclé de fer noir, il entrouvrit la porte et glissa son visage à travers l'interstice. Une jeune femme, dont il discernait à peine les traits, affleura avec pudeur, perçant doucement la houle de borgnon. Ses cheveux blonds brillaient d'un reflet bleuté, signe que le feu antique brûlait encore, de l'autre côté du mur recouvert de chaux. Elle avait les sourcils épais et le nez ciselé. Deux émeraudes décoraient son visage et jetait sur lui un regard surpris. Puis, après un instant à s'observer en chiens de faïence, ses lèvres se brisèrent afin de rompre le silence rauque de la nuit. Son Hylien lui sembla maladroit, tandis qu'elle s'excusait de le déranger de sa voix fluette. Sans plus attendre, il la coupa sèchement, d'un parler moins désuet : « Vous avez tout dit. Il est bien trop tard pour déranger d'honnêtes gens. Revenez demain. »

Il s'apprêtait à lui claquer la porte au nez quand l'étrangère reprit, visiblement désespérée. Par gentillesse, peut-être, il retint sa main. S'il fallait lui redire une fois de plus que les gens normaux dormaient passé le coucher du soleil, il le ferait. Mais il n'entendait pas se répéter trois fois. « Tout cela est bien dommage mais il n'est pas l'heure d'aller toquer aux portes. Essayez l'auberge, ils se feront un plaisir de loger un pauvre hère de plus », grogna-t-il, moins avenant encore que la première fois, sans même écouter ce qu'elle tenait à lui dire. Jusqu'à ce qu'elle évoque une « vieille connaissance ». Le Sheikah s'arrêta net. Peut-être connaissait-elle Eluria ? Pru'Ha l'avait souvent envoyée à Cocorico, dont cette inconnue – qui n'arborait pourtant aucun des traits du peuple Secret – prétendait justement en venir. Les mots lui brûlèrent la langue et la vagabonde profita de sa surprise pour enchaîner.

Ses explications lui firent l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.

D'un regard vitreux, presque interdit, Canel dévisagea l'inconnue. « Vous… vous êtes Zelda ? » Demanda-t-il un peu benêt, sans bien comprendre tous les enjeux dont il était question. Bien sûr, il savait pertinemment qui était Zelda. Il avait rencontré le Héros qu'il avait épaulé – à la hauteur de ses compétences – dans sa quête. Il travaillait sous l'égide de Pru'Ha depuis plus de trente ans désormais et, d'une façon générale, nul parmi les siens n'avait oublié le sacrifice de la princesse. Pour autant, il était loin de s'attendre à ce qu'elle présente devant lui, à l'heure où meure l'automne et où débute l'hiver. Abasourdi, il ferma la porte avant même qu'elle n'ait eu le temps de répondre. Le sang lui battait les tempes. Au fond de sa poitrine battait un cœur dynamisé par une adrénaline qu'il n'avait plus ressenti depuis des mois.

Il eu besoin d'un instant pour comprendre qu'il venait de laisser la dernière des Nohansen et son escorte sur le pas de sa porte, sans plus de précision. Certes, il avait scellé la poterne pour pouvoir détacher les maillons qui en bloquaient encore l'ouverture, mais ce qui était clair pour lui ne l'était pas nécessairement pour elle. A la hâte, il entrebâillât de nouveau la porte et reparut entre les battants. « Je vous ouvre tout de suite ! », s'exclama-t-il, la voix encore tremblante sous le coup de la surprise. Avant de s'enquérir, gonflé d'un espoir nouveau : « Link vous accompagne-t-il ? »

La princesse n'avait eu de cesse de parler d'un – ou de plusieurs – autre compagnon. Il connaissait suffisamment les prouesses de l'Hylien pour savoir qu'il pourrait lui demander de l'aide, s'il avait effectivement fait le déplacement avec la souveraine.

Après quelques longues secondes, les lourds volets de bois finirent par s'ouvrir, découvrant une large pièce circulaire, sur laquelle l'obscurité pesait comme une chape de plomb. Seule la Pierre-Guide, dont l'éclat azur et discret semblait aussi alien qu'au premier jour, quelques bougies et la lampe à huile éclairait les lieux — dessinant quelques poches de lumière dans un océan de sorgue, aussi dense qu'opaque. Au centre du logis trônait l'atelier de Pru'Ha. Il était plus rustre que celui dont elle disposait jadis, au Castel : il ne s'agissait que d'une table de bois solide, sans grand raffinement, sur laquelle étaient étalé un ensemble de feuilles, de livres, de fusains et de tablettes de cire. Quelques composants archéoniques avaient aussi été abandonnés près d'un plan à moitié terminé. Plus loin, au fond, se trouvait son propre établi sur lequel ne demeurait que le petit flambeau qu'il avait allumé entre chien et loup. Tout le reste avait chuté pendant son accès de colère. Trois sangles, probablement de cuir, pendaient du plafond au dessus de son écritoire.

Chaque mur était habillé de hautes bibliothèques, toisant sans mal chacun des visiteurs qui avait un jour passé les portes de l'ancien moulin. Elles constituaient tout ce que Pru'Ha et Faras avaient su sauver des archives royales. Les deux Sheikah s'était concentrés sur les traités relatifs à la technologie antique, mais certains ouvrages étaient plus généralistes. C'était là ceux qui prenaient le plus la poussière.

La Reine-sans-Royaume entra alors qu'il était encore caché derrière le hêtre. A ses côtés, une autre femme, qu'il mit un instant à reconnaître. Toutefois, la crinière rougeoyante qui encadrait son visage la trahissait vite. Zelda voyageait avec la fille de Ka'shi-Oko Impa. Et dire qu'il l'avait un instant pris pour une va-nu pied de plus, en recherche d'un toit et prête à tuer pour le trouver ! La honte lui fit ployer l'échine. Sans un mot, il ferma pour la dernière fois le vantail. Après l'effort, la sueur poissait ses tempes et humidifiait son front quand il revint devant ses deux hôtes. « Je vous prie de bien vouloir excuser mon impertinence », déclara-t-il solennellement, avant de s'incliner devant elles à la manière des Sheikahs. « Je n'avais pas compris qu'il s'agissait de vous », poursuivit-il, non sans se relever auparavant. L'ébène de ses yeux embrassa, contrit, ceux vermeil d'Haya musu Impa avant de se déporter sur l'ancienne suzeraine. « C'est que… nous n'attendions aucune visite aujourd'hui », murmura alors le scientifique, tentant tant bien que mal de se justifier. « Que puis-je faire pour vous ? Peut-être avez-vous soif ? » Questionna-t-il encore, soudainement devenu inarrêtable sous le poids de la pression. Le col de son kimono collait à sa nuque. « Vous êtes ici chez vous, cela va de soi. Je… Je vais prévenir Pru'Ha de votre arrivée. Je suis persuadé qu'elle sera ravie de vous voir », fit-il ensuite, tant à l'attention de la Sheikah que de la Princesse-Fantôme. Sa présence ici ne pouvait signifier qu'une seule chose : le Fléau avait été vaincu.

Il clopina gauchement jusqu'à sa paillasse, manquant de heurter au passage celle de la cheffe du laboratoire. Puis, une fois arrivé, tournant le dos aux deux femmes, il accrocha une petite tablette de bois peinte en rouge à l'une des trois courroie de cuir et tira fermement. La longe siffla doucement avant de remonter, d'un coup, vers la chambre de la sœur de la Doyenne.

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Haya

Babysitter par intérim

Inventaire

  • Sabre Rouge
  • Kunaï(s)
Une lourde bourrasque froide et sèche, propre aux premiers Vents d'Hiver, arracha à la Sheikah un long frisson. Elle resserra aussitôt devant elle sa longue cape noire, dont les extrémités brodées de symboles dorés continuaient de danser en dessous de ses genoux sous la lueur d'une flamme bleue. Plus qu'elle ne voulait l'admettre, elle avait hâte de pénétrer l'enceinte du vieux moulin pour y chercher un peu de chaleur, fut elle celle d'un feu ou celle de ses semblables. Le regard fixé sur une porte qu'elle aurait préférée voir s'ouvrir plus vite, elle ne remarqua pas l'incompréhension — si ce n'était l'inquiétude — qui passa sur le visage de sa suzeraine, légitime compte tenu de son propos de tantôt. L'évocation d'un « accident », quel qu'il fut, était rarement annonciateur de bonne nouvelle dans bien des circonstances et pourtant Haya se garda de se réessayer à en expliquer davantage ; bientôt, les doutes et les craintes de Zelda se verraient balayés par ce qu'elle-même avait vécue comme une expérience aussi fascinante qu'incongrue. Encore à ce jour, elle se souvenait de la stupeur qui l'avait frappée au Printemps dernier lors d'une visite qui se voulait de routine. Plus encore, elle se rappelait des yeux levés au ciel et du rire de sa mère qui, du haut de ses 120 ans, ne sembla pas plus que cela s'en étonner lorsqu'elle lui rapporta la nouvelle. Depuis lors, elle s'était décidée à s'attendre à tout ce qu'il lui était possible d'envisager dans les limites de son imagination à chaque fois qu'elle passerait au laboratoire même si elle ne doutait pas, en vérité, de tomber dénue de nouveau. Pru'ha et sa famille avaient eu beau lui parler maintes fois de leurs expériences, une grande majorité de leurs explications demeuraient inaccessibles malgré toute l'attention dont elle faisait preuve.

Une forme d'impatience commença doucement à la gagner lorsque, finalement, elle pu constater d'une certaine activité derrière le panneau qui leur barrait le chemin. Quand la porte s'entrouvrait légèrement, Haya reconnut sans difficulté la voix et le ton bougon du vieil homme qui avait toujours accompagné la Sœur d'Impa dans ses recherches, aussi loin qu'elle puisse s'en souvenir. Bien qu'il répondait à leur reine — ce qu'il ne pouvait pas deviner — comme s'il ne s'agissait que d'une misérable, la guerrière n'intervint pas immédiatement et laissa à Zelda la tâche de le convaincre de les laisser entrer. A peine souleva-t-elle un sourcil lorsque la porte leur fut claquée au nez, désemparée et ô combien désolée que sa jeune souveraine ait à subir les mauvaises humeurs de Canel. Son attitude couvrait de honte sa propre personne et, par ricochet, l'ensemble de sa famille. Heureusement avait-il pour lui l'excuse d'être un homme ; leur maladresse n'était plus à prouver. Un tel comportement chez une Sheikah aurait été impardonnable. « Je te prie de bien vouloir l'excuser, ma Reine », implora solennellement Haya en s'inclinant. Elle ne douta pas une seule seconde que le pauvre homme se confondrait bien vite en excuses à son tour tout comme elle présumait intimement que Zelda ne s'offusquait pas vraiment d'être traitée ainsi. Après tout, n'était-elle pas celle qui s'était présentée comme Princesse-de-rien-du-tout lors de leur toute première rencontre ? Pour autant, il s'agissait de respecter un certain protocole, fut il désuet ou non. Dans tous les cas, ce n'était pas à elle d'en décider.

Davantage agacée par les vents froids qui battaient son visage que par la bêtise de l'assistant de Pru'ha, la Sheikah devança sa jeune compagne avant de frapper de nouveau trois grands coups contre le battant. « Canel ! » Tonna-t-elle d'une voix forte et claire. « C'est Haya ! Ouvre donc cette fichue porte, par la déesse ! » Ordonna-t-elle. Son ton ne se voulait pas autoritaire, néanmoins il lui fallait se faire entendre à travers l'épaisseur qui les séparait. Bien vite, elle constata que le vieil homme retrouvait ses esprits lorsqu'il repassa sa tête à travers une ouverture pour indiquer qu'il allait les faire entrer. La Gardienne accueillit la nouvelle dans un soupire de soulagement tandis qu'il s'affairait de l'autre coté. Si elle ignora la question de Canel — celle-ci s'adressait davantage à la Princesse — elle déposa malgré tout une main qui se voulait réconfortante sur l'épaule de l'Hylienne, qu'elle savait facilement ébranlée dès que le sujet du Héros venait à être abordé. Puis, dès que la porte leur fut enfin ouverte, elles gagnèrent l'intérieur du laboratoire d'Elimith.

La dernière des Nekt'Hyl époussetait encore doucement ses vêtements lorsque le lourd vantail fut clos dans leur dos. Le vieux Sheikah leur apparut plus clairement — la relative pénombre qui régnait dans la pièce cachait bien des détails encore — lorsqu'il se planta devant les deux femmes pour s'incliner et demander promptement leur pardon. La guerrière, soucieuse quant à son propre ton de tantôt dû à son agacement, s'inclina soigneusement devant leur hôte, les mains jointes. « C'est à moi qu'il convient de m'excuser : nous aurions dû arriver bien plus tôt dans la journée et je te suis reconnaissante de nous offrir l'hospitalité de ton foyer », déclara-t-elle, toute aussi révérencieuse que son aîné. En réalité, rien n'aurait empêché aux deux jeunes femmes de se présenter à l'auberge de la Cité-Commerce l'espace d'une nuit et de retarder les retrouvailles entre Zelda et Pru'ha jusqu'au matin du lendemain. Tout en dévisageant leur vis-à-vis, elle regretta de s'être peut-être un peu emballée ; un moment, elle se demanda même si elles ne l'avaient pas dérangé au beau milieu de ses travaux. Elle fut rassurée de ne rien voir sur le plan de travail qui était le sien. Ceci étant, elle remarqua bien vite l'absence des deux femmes qui peuplaient avec lui l'ancien moulin. La première fut évoquée, la seconde totalement ignorée. Derrière un masque impassible, Haya se mit à observer, attentive. « De l'eau ne serait pas de refus », confirma-t-elle, quand son regard sondait cette pièce qu'elle connaissait si bien. « Et à dire vrai, nous arrivons le ventre vide », glissa-t-elle en complément d'informations. Elle savait très bien que ses paroles ne tomberaient pas dans l'oreille d'un sourd.

Quand il les abandonna, la Sheikah s'avança de quelques pas au milieu de la pièce et déposa son bagage contre les pieds d'un tabouret en bois. Puis elle se tourna vers Zelda. « L'homme que tu viens de voir s'appelle Canel », l'informa-t-elle bien qu'elle eut pu déduire cette information au préalable lorsqu'elles étaient coincées sur le pas de la porte. « Il est l'assistant de Pru'ha depuis… Je ne saurais le dire. Déjà lorsque j'étais toute petite, il était avec elle », indiqua-t-elle, désolée de ne pouvoir en dire plus ni avec davantage de précision. Cette simple question ne l'avait même pas effleurée auparavant. Ses yeux vermeils se remirent à parcourir la pièce alors qu'elle défaisait les liens qui accrochaient les protections de cuir placées sur ses avant-bras. L'obscurité, malgré quelques faibles lumières qui la perçaient, semblait vouloir dérober ses secrets à son regard. « C'est étrange », reprit-elle, pensive. « Il a bien parlé de Pru'ha mais… », commença-t-elle avant de s'arrêter net. Quelque chose d'inhabituel venait d'accrocher ses pupilles. Sans se précipiter, elle s'approcha de ce qui servait d'atelier à son aîné puis s'accroupit devant. A ses pieds gisaient encrier, fusain, livre et ce qu'elle devinait être les restes d'une étrange figurine en céramique. L'ensemble de ces affaires semblaient avoir été jeté depuis le bureau dans un seul et même mouvement. Il n'y avait aucune autre trace de quoique ce soit d'autre aux alentours. Peut-être que les yeux du vieil homme, rougis par ce qu'elle avait conclu être de la fatigue de prime abord, cachaient autre chose ? Silencieusement, elle émit ses propres hypothèses, tandis qu'elle ramassait ce qui trainait sur le sol pour le déposer avec délicatesse sur la table du scientifique.

Plus que de coutume, Haya s'attarda sur les morceaux de bronze et de céramique, avec lesquels elle s'essaya de recréer la silhouette de la statuette avec les plus gros d'entre eux. Ses yeux rouge sang hurlèrent silencieusement leur peine de contempler la destruction de cette chose qu'elle n'avait pourtant jamais vu auparavant ; les créations artistiques, aussi futiles soient-elles, l'avaient toujours plus ou moins captivées. Après de longues secondes, elle déposa les débris à côtés du reste des affaires de Canel, d'un soupire profondément las.


Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
Elle avait déjà été surprise de découvrir un inconnu à la porte au lieu de l'ancienne connaissance qu'elle était venue voir, mais elle le fut encore plus de l'accueil glacial qu'elle reçut. Ce n'est que lorsqu'elle prononça son nom que l'homme sembla changer de réaction. Pourtant, cela n'empêcha pas la porte de se claquer à nouveau, et l'attente lui parut interminable. Elle était trop près de revoir sa vieille amie pour apprécier l'idée de faire demi-tour et d'attendre le lendemain. Haya prit les devants pour réclamer le droit d'entrer, et elle fut rassurée de voir l'inconnu réapparaître par l'entrebâillement de la porte avant d'entendre le loquet.

Fort heureusement, il n'avait apparemment pas prévu de les laisser là. Elle sentit cependant un frisson lorsqu'il évoqua par sa question l'absence de Link. Elle fut reconnaissante de sentir la main de sa compagne de route sur son épaule et elle posa sa propre main sur la sienne pour la remercier et chercher son réconfort. Ce n'était pas juste le rappel de l'abandon du jeune héros qui lui brisait le coeur, mais l'idée que cette question n'aurait pas été posée s'il les avait précédées. Bien évidemment, elle comptait tout de même aborder le sujet pour en avoir le coeur net, mais elle avait à présent peu d'espoir d'apprendre qu'il était passé à Elimith après son départ. Ou s'il l'avait fait, ce n'était sans doute pas en passant par le laboratoire. Elle prit la peine de répondre pour ne pas ignorer leur hôte, sans toutefois s'étendre sur le sujet. Elle ignorait pourquoi c'était si important à ses yeux. "Non, je ne sais pas où est Link... J'espérais que vous en auriez une idée..."

Elle fut soulagée de pouvoir pénétrer à l'intérieur de l'ancien moulin. Et alors que ses yeux s'habituaient doucement à la pénombre, son regard s'attarda sur les bibliothèques qui ornaient les murs ainsi que les composants, les plans et les notes qui étaient éparpillés un peu partout dans la pièce. Elle se retint de toucher à quoique ce soit parce qu'elle-même n'avait jamais apprécié qu'on fouine dans ses travaux, mais l'endroit réveillait indéniablement quelque chose en elle.

"Ce n'est rien, vous ne me connaissez pas après tout." se contenta-t-elle répondre sobrement aux excuses de Canel. Elle ne pouvait pas lui en vouloir de ne pas l'avoir reconnue et de ne pas être prêt à héberger les moindres passants qui erreraient aux alentours. Elle laissa Haya discuter avec lui pendant que son regard, avide, s'attardait sur les étagères de livres. Certains ouvrages lui paraissaient familiers, et elle se demanda avec amertume dans quel état devait être la bibliothèque royale ou même son propre atelier. Elle ne pourrait sans doute pas répondre à cette question avant un bon moment, mais cette dernière s'ajoutait à la liste des excuses justifiant d'y remettre les pieds un jours. Une idée insensée, et c'était pour cela qu'elle n'en avait parlé à personne jusqu'à présent, mais dont elle ne parvenait pas à se débarrasser.

Lorsque l'homme s'éloigna pour prévenir Pru'Ha de leur arrivée par un système qu'elle observa du coin de l'oeil, intriguée, Haya prit la peine de le lui présenter. Ainsi donc il s'agissait de l'assistant de la chercheuse et la fille adoptive d'Impa le connaissait depuis déjà longtemps. Cela renforça son impression d'être une anomalie au milieu d'un monde qui avait continué d'évoluer sans elle. Elle avait d'autant plus hâte que sa vieille amie les rejoigne et espérait que les années l'avaient épargnée autant que possible.

Elle sentait qu'il y avait malgré tout autre chose qu'Haya n'avait pas pris la peine de lui expliquer mais qui semblait la perturber. Zelda n'en savait malheureusement pas assez pour deviner de quoi il retournait. Elle l'observa un instant pendant qu'elle inspectait et ramassait les fournitures qui trainaient au sol, puis elle détourna son attention pour s'approcher de la pierre Sheikah qui trônait dans un coin de la pièce. Oubliant presque qu'elle s'était promis de ne plus s'intéresser aux vieilles technologies qui avaient coûté la vie à tant de gens, elle se réjouissait de voir que la scientifique avait pu s'en procurer un exemplaire au sein même de son laboratoire.

Lorsque Canel revint auprès d'elles, elle se dit que la moindre des politesses était tout de même d'expliquer un peu plus la raison de leur visite. Elle pourrait toujours se répéter lorsque Pru'Ha les aurait rejoint.

"Je tiens à nouveau à m'excuser de notre arrivée tardive." Après tout, il lui semblait important de le faire aussi en son nom, même si la Sheikah l'avait précédée sur ce sujet. "C'est vrai qu'après une centaine d'années, une nuit de plus n'aurait peut-être pas fait grande différence... Mais c'était très important à mes yeux." Elle ne s'expliquait pas vraiment elle-même son impatience, mais elle avait ressenti la même hâte à l'approche du Village Cocorico, alors qu'elle voyageait encore avec Link.

"Vous l'avez sûrement compris, nous apportons avec nous une bonne nouvelle : le Fléau a été vaincu." Même si le Héros avait ensuite choisi de disparaître dans la nature, cela restait une information qui aurait sûrement de quoi les réjouir. "Il me paraissait important de vous l'annoncer en personne, et de vous remercier pour l'aide que vous avez apportée au Héros. Qui plus est, j'espérais..." Elle chercha un instant comment formuler sa demande, alors qu'elle avait déjà bien trop de questions pour toutes les résumer. "J'ai au moins une centaine d'années de retard sur à peu près tous les sujets. Je brûle de savoir quelles découvertes ont été rendues possibles depuis ma disparition."


Pru'Ha

Narrateur

Inventaire

Le tissu accrocha ses cheveux encore humides, tandis qu’elle enfilait sa dernière tunique du jour. Elle n’avait rien de la tenue sophistiquée qu’elle portait usuellement, quand elle travaillait au laboratoire : il ne s’agissait que d’une longue robe de nuit plutôt ample — assez pour en accueillir au moins deux comme elle.  Son blanc avait doucement été cassé par les âges mais la vieille femme y était d’autant plus attachée qu’elle avait été portée par sa fille avant de lui revenir. Depuis quelque temps, ce détail revêtait une importance toute particulière. Machinalement, alors qu’elle ajustait le vêtement, elle jeta un coup d’œil sur la petite pièce qui constituait sa chambre, non sans se maudire d'avoir choisi la salle la plus élevée de la bâtisse. A l'époque, des décennies plus tôt, cela faisait sens. Dorénavant les marches lui semblaient chaque jour plus hautes.

Tandis qu'elle achevait de boutonner le haut de son habit de lin, un petit éclat d'acier sur lequel dansait le reflet d'une flammèche accrocha son regard. Ses lèvres blanchies par le froid se fendirent d'un sourire triste tandis que ses doigts caressaient doucement l'alliage qui composait le collier que lui avait offert Eluria, alors qu'elle était encore enfant. La pulpe de son index s'attarda un bref instant sur l'unique caractère, gravé à même le métal. Sans un mot, la vieille femme épongea les discrets filins d'argent qui, sur ses joues d'enfant, creusaient les ornières de son chagrin, de sa peine et de son désarroi. Dehors, elle entendait les cieux pleurer pour elle, comme si les dolents esprits que sa sœur vénérait avec tant de ferveur ajoutaient leur détresse à la sienne.

Tout en délicatesse, l'Aînée récupéra le bijou qu'avait fait pour elle son enfançon, en des temps désormais anciens, puis y déposa un tendre baiser. Avant de souffler une fois pour toute la bougie éclairait encore les lieux d'une lueur aussi fébrile qu'atrabilaire.

Rejetant l'édredon qui couvrait sa couche, Pru'Ha s'allongea sur son grabat, le pensées polluées par mille et unes questions auxquelles elle était incapable de répondre. C'était là chose rare et si, usuellement, ce genre de défi piquait son intérêt, elle n'en tirait cette fois aucun plaisir. Depuis plus d'un mois, désormais, elle s'était littéralement transformée en boule d'angoisse et de larmes. Malédiction ! Pourquoi avait-il fallu qu'elle parte ? Pourquoi ne l'avait-elle pas écoutée quand elle lui avait dit combien le monde, passé les murs d'Elimith et par delà les voiles du Village Secret, était dangereux ? La vieille laborantine ne comprenait pas ce qui avait pu motiver son unique fille, la prunelle de ses yeux, à quitter la sécurité coquette de leur demeure, l'amour qu'elle avait à lui prodiguer, la bienveillance de sa famille de fortune. Mais tout cela, elle eut été prête à l'accepter, si elle avait seulement eu l'espoir de la revoir un jour.

L'ancienne-au-corps-d'enfant se retourna dans son lit, cherchant tant bien que mal une position qui l'aiderait à trouver le sommeil. Ce dernier la fuyait depuis plus de nuits qu'elle n'avait été capable d'en compter. Une fois de plus, le Seigneur des Sorgues ne semblait pas décidé à venir réclamer son tribut — et comme chaque soir, les combles du vieux moulin lui apparaissaient fades, délavés, dépossédés de ce qui – jadis – avait fait leur intérêt. Le monde perdait peu à peu ses couleurs pour mieux devenir gris. 

Après ce qui lui sembla être les plus longues heures de sa conséquente vie, Pru'Ha fut prise d’un violent sursaut. La plaquette de bois, en remontant jusqu’à sa chambre, avait claqué fort  contre l’une des poutres. « Sombre idiot », grommela-t-elle d’une voix visiblement fatiguée, alors qu’elle s’arrachait à son lit. Sous ses yeux se dessinaient de lourdes cernes — comme jamais les travaux de laboratoire et les soirées passées a étudier n’avaient su lui en donner. Une grimace déchira son visage tandis que ses pieds nus épousaient à nouveau le bois froid du plancher et que les poils se dressaient sur sa nuque. A tâtons, elle chercha après le petit morceau de métal archéonique qui lui servait de briquet à silex puis alluma une seconde fois sa bougie. Elle distinguait bien l'ardoise de cèdre rouge qu'avait peint son assistant, mais elle n'en discernait pour l'heure que l'écarlate. 

"N'ai-je même pas le droit dormir ?", s'enquit-elle pour elle-même plus que pour qui que ce soit d'autre. Dans un geste machinal, comme à chaque fois qu'elle se levait, elle mit feu à un petit bâton d'encens, en hommage aux défunts et aux gardiens d'un autre temps. Puis, sans réellement prendre le temps de s'agenouiller comme elle le faisait généralement, elle jeta sur son nez les verres qui l'aidaient à voir plus clair. Son dos voûté, alors que montaient doucement les vapeurs, elle s'approcha lentement de l'étrange missive que lui adressait son si sot camarade. Une part d'elle désespérait déjà des erreurs qu'il lui demandait probablement de venir corriger. Une autre espérait que le message – dont la couleur disait le caractère urgent – ne concernait pas Eluria. Elle aimait trop la jeune Hylienne pour la perdre une seconde fois et, les jours passant, elle constatait terrorisée qu'elle ne saurait la faire revenir. Lentement mais sûrement, ses espoirs et son traditionnel optimisme se tarissaient. 

En vérité, Canel n'avait tracé que trois idéogrammes. Ils suffirent à la faire défaillir.

Saisissant brusquement le pendentif qu'elle lui avait offert jadis ainsi qu'un vieux fanal abandonné près de son lit, la Maître de Laboratoire enfonça presque la porte de son petit cabinet pour mieux s'élancer dehors. Les marches, rendues glissantes par la pluie, ne l'effrayaient plus. Elle avait d'ores et déjà le souffle court ; et pourtant elle dévala tout de même les escaliers aussi vite qu'elle le put.


Une respiration saccadée cassait ses lèvres transies, quand elle poussa enfin le battant de chêne qui reliait la bâtisse aux escaliers extérieurs. Le pourpre de ses yeux, fatigués, sautait de paillasses en bureaux, à la recherche de la jeune femme dont on l'avait assurée de la présence. Mais l'obscurité qui régnait sur les lieux l'avait volée à son regard. Tout juste distinguait-elle la silhouette de son assistant, qui lui tournait le dos et semblait entretenir un étrange monologue. Puis, après quelques secondes, elle vit enfin Haya. Sa nièce se tenait seule, près de la paillasse de son aide de laboratoire. Fronçant les sourcils, l'Aînée réalisa que Canel avait jeté au sol tout son travail. Un bref instant, elle réalisa combien la situation devait être dure pour lui aussi et regretta la froideur dont elle avait pu faire preuve à son égard.

Sans plus attendre, la main gauche toujours lestée par sa lanterne, L'Enfant-Adulte s'avança. « Hm-m ! », fit-elle, imitant une toux rauque et bruyante. Elle n'était guère d'humeur à lancer l'une de ses traditionnelles répliques de marmouset, mais elle ne supportait pas pour autant de faire une entrée aussi discrète. Bientôt, lui semblait-il, tous les regards étaient sur elle. Canel, qui avait pris la peine d'apporter du thé et de l'eau claire à leurs hôtes s'était légèrement décalé. Pour la première fois en un peu plus de cent ans, elle découvrait à nouveau le visage de sa meilleure amie. Un sourire irrépressible, impérieux et irréfrénable fendait sa gueule d'une oreille à l'autre.

Elle ne se l'était jamais avoué, mais elle avait aussi presque perdu espoir de revoir Zelda.

"Altesse, souffla-t-elle d'une voix si discrète et qui pourtant dominait le silence écrasant le vieux moulin du Meunier, Zelda...", tenta-t-elle encore, cherchant tant bien que mal ses mots. Derrière le verre, d'épaisses larmes mouillaient ses prunelles de sang. Mille et une fois, elle s'était préparée à ce moment. Elle avait écrit des dizaines et dizaines de discours mais chaque idée mourrait désormais dans sa gorge ; serrée par l'émotion. Un instant, un étrange mutisme gagna le laboratoire et Pru'Ha finit par reprendre contenance. « Cent ans, c'est beaucoup trop long », lâcha-t-elle simplement avant d'abandonner son lourd lampion de fer forgé et de courir vers la jeune femme. Pour, enfin, se jeter dans ses bras.

L'embrassade ne fut pas longue et, après coup, la scientifique redouta même qu'elle fut déplacée. Elles avaient été proches, jadis, mais jamais au point de s'affranchir à ce point du protocole. Evitant un instant le regard de la souveraine, elle se recula d'un pas. « Tu aurais pu me prévenir plus tôt », lança-t-elle, sèche, à Canel. Le laborantin eut droit à un regard noir avant qu'elle ne l'envoie aux cuisines, d'un geste de la main. « Nos invitées doivent-être affamées », asséna-t-elle encore. « Dresse la table et occupe-toi du souper. »

Son assistant ne s'attarda guère plus que de raison, tandis que Pru'Ha reportait son attention sur les deux femmes qui venaient d'arriver chez elle. « Vous venez du village Cocorico, je présume ? », questionna-t-elle d'abord, après s'être assise sur sa propre paillasse, de sorte à ne pas avoir à trop lever la tête pour voir le visage de ses invitées. Le jade des yeux de la Princesse lui avait tant manqué et ses longs cheveux d'or encadraient un visage fatigué, mais si précieux. « Le Fléau Ganon a été vaincu ? », reprit-elle encore, sans même leur laisser le temps de répondre. « Cela veut dire que les Créatures Divines sont libérées ? Est-ce que les Gardiens le sont aussi ? Vous en avez peut-être croisé sur le chemin... », les interrogations se succédaient sans jamais cesser et la vieille Sheikah n'aurait su dire quand elle trouvait le temps de respirer si on le lui avait demandé. Elle était plus excitée que jamais. Un frisson si particulier lui parcourait l'échine et électrisait le poil de sa nuque. « Depuis combien de temps êtes vous revenue, votre Majesté ? Avez-vous rencontré ma cadette, la Doyenne ? Vous lui avez terriblement manqué ! », reprit la Jeune-Ancêtre, qui adressa ensuite un regard amusé à Haya. « Question idiote. Elle n'aurait pas choisi sa meilleure guerrière pour vous accompagner si vous ne l'aviez pas vu. Ah ! Les vieilles affections ne meurent pas aisément ~ », plaisanta encore, non sans remonter la paire de lunette sur son nez ; un sourire complice habillant son visage. Elle savait combien Impa - Déesses, elle détestait ce nom - tenait à Zelda et à Haya. Elle n'ignorait pas non plus les prouesses de sa nièce et tout le fil à retordre qu'elle avait pu, bien involontairement, donner à sa jeune sœur. Le naturel revenant au galop, elle s'accorda un clin d'œil à l'attention de la Bushi.

"Oh mais suis-je bête !", s'exclama ensuite la vieille femme, réalisant combien elle manquait à toutes ses obligations. « Je sors tout juste du lit et je vous presse de questions alors que vous n'avez pas mangé et probablement pas dormi depuis des heures. Je suis vraiment désolée », s'excusa-t-elle ensuite. « Si l'une d'entre vous le souhaite, Canel et moi pouvons aussi préparer les Onsen. Après un long voyage, c'est un vrai plaisir », proposa-t-elle encore.

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
Alors que Canel avait repris la parole, un raclement de gorge attira l'attention de Zelda en direction d'une autre porte que celle par laquelle Haya et elle étaient entrées. Ses yeux s'écarquillèrent en voyant la silhouette d'une enfant, lanterne à la main. Un instant, la possibilité que Pru'Ha ait eu une fille lui traversa l'esprit, mais elle aurait sans doute été plus âgée. Une petite fille ? Pourtant, la ressemblance était troublante et les manières de la petite n'étaient pas exactement celles d'une enfant dont elle semblait avoir l'âge. Sa voix ressemblait également à s'y méprendre à la Sheikah qu'elle avait connue et sa réaction laissa peu de doute quant au fait qu'elle reconnaissait la princesse.

Par réflexe, elle mit un genou à terre pour accueillir sa ville amie dans ses bras lorsque cette dernière accourut vers elle. Ses paroles achevèrent de la convaincre qu'elle avait bien affaire à celle qu'elle avait connue jadis, mais la joie de la retrouver se mêlait à la surprise de son état. La princesse avait conscience d'être elle-même une anomalie, mais elle s'était attendue à tout sauf à trouver la jeune femme plus jeune encore que lors de leur dernière rencontre. Elle ne put retenir un regard interrogatif en direction d'Haya qui n'avait, elle, pas l'air surprise. Était-ce ce dont cette dernière avait voulu lui parler ?
Lorsque la scientifique rompit leur étreinte, Zelda en profita pour essuyer les larmes qui avaient coulé inconsciemment sur ses joues alors qu'elle était accueillie aussi chaleureusement. Finalement, elle se sentait étrangère partout sauf auprès des personnes qui avaient compté pour elle. C'était sans doute une des raisons pour lesquelles le départ de Link lui avait fait aussi mal, alors que les retrouvailles de la sorte lui mettaient du baume au cœur.

Si l'entrain de la Sheikah était plaisant à voir, elle eut bien du mal à placer un mot au milieu du flot de questions qu'elle leur adressa. Amusée et émue, elle hocha vaguement la tête à plusieurs reprises, sans avoir le temps d'ouvrir la bouche pour confirmer ou faire part de ses propres interrogations. Ce fut seulement lorsque la jeune femme fit une pause pour leur proposer l'accès aux Onsen qu'elle eut l'occasion de répondre.

"Ce serait un plaisir, mais je ne voudrais pas abuser de ton hospitalité. Je m'en veux déjà de t'avoir tirée du lit à cause de mon impatience..." Au vu de l'enthousiasme dont elle faisait preuve, elle n'était pas sûre que Pru'Ha aurait pu se rendormir très rapidement, mais elle craignait malgré tout de déranger.

"J'ai effectivement tellement de choses à te raconter, je pense que toi aussi d'ailleurs..." Elle ignorait par où commencer exactement, mais elle souhaitait apporter une réponse aux quelques interrogations soulevées par son amie avant de la questionner elle-même. Le temps que le repas soit prêt, elle avait bien le temps de se lancer dans un récit accéléré. "Je vais tâcher de reprendre par le début." Elle se concentra un instant pour se souvenir, depuis quand était-elle revenue exactement ? Elle avait un peu perdu le compte des jours. "Il y a quelques mois... Quatre au plus je dirais, Link est venu à ma rencontre au château. Avec son aide, j'ai pu sceller définitivement le Fléau." Un grand sourire illuminait son visage à cette pensée. Si l'après avait été plus hasardeux, elle ne se lassait pas de pouvoir propager la bonne nouvelle à ceux qui étaient au courant du danger. "Hyrule n'est désormais plus sous sa menace. Les créatures divines sont libérées..." Le jeune homme avait été assez peu bavard à ce sujet, mais elle avait pu le sentir alors qu'elle attendait son arrivée. Elle avait suivi son parcours, aussi attentivement qu'il lui était possible sans faiblir à sa propre tâche. "Mais j'avoue ne pas être sûre en ce qui concerne les Gardiens, je n'en ai pas encore croisés qui soient en état de marche..." Link aurait peut-être pu fournir plus de renseignements à ce sujet, s'il ne s'était pas volatilisé. Pendant leur voyage jusqu'au village d'Impa, elle était encore épuisée et n'avait pas été des plus alertes. Elle s'était contentée de se laisser guider par lui presque aveuglément. Lui aussi lui avait paru fatigué, et elle ne savait pas à quel point il avait pu choisir des chemins plus sûrs ou lui ouvrir la voie en amont. "Peut-être qu'Haya en sait plus que moi sur ce point..." Elle n'avait aucune idée de ce qu'avait fait exactement la jeune femme entre le moment où le Fléau avait été éliminé et leur rencontre. Elle lui lança un regard curieux avant de reprendre son histoire.

"Ce que j'ai vécu durant toutes ces années... C'est difficile à expliquer..." Elle-même n'aurait d'ailleurs pas parié sur la possibilité de se retrouver là un jour. "Mais le retour a été rude, la fatigue, la douleur, la faim... Link m'a escortée jusqu'au village Cocorico. Et Haya peut en témoigner, il m'a fallu un peu de temps pour être en mesure de voyager..." Elle n'était d'ailleurs pas certaine d'avoir complètement récupéré ses forces, mais elle était en bien meilleure forme. Son corps lui semblait moins être une entrave. "Les Déesses soient louées, j'ai pu revoir Impa." Elle s'abstint toutefois d'insister sur son état et sur sa crainte de ne pas la revoir à nouveau. D'une certaine façon, elle était soulagée de retrouver Pru'Ha dans une forme qui semblait à première vue meilleure, même si elle ignorait ce qu'il en était réellement. "Elle m'a d'ailleurs offert ce que vous avez préparé pour moi..." Ses mains serrèrent le sac en bandoulière dont elle n'avait pas voulu se défaire depuis leur départ. "Mais nous aurons l'occasion d'y revenir plus tard..." Touchée par l'attention, elle craignait de devoir avouer à la scientifique que son présent ne servirait peut-être pas. Elle était malgré tout curieuse d'en apprendre plus sur sa fabrication.

"Link est parti quelques semaines après notre arrivée à Cocorico. Je n'en sais pas plus, mais il avait rempli son rôle, alors... J'imagine que ça le regarde." Son ton était amer, faussement détaché sans qu'elle ne puisse s'en empêcher. Elle n'arrivait toujours pas à justifier son départ sans explications, si ce n'était par un profond désintérêt pour elle. Elle préféra balayer rapidement le sujet. "Mais à présent Haya veille sur moi." Tout en l'annonçant, elle lança un sourire en direction de la jeune femme. Cette dernière s'était montrée prévenante et qualifiée jusque-là. La princesse n'avait pas vraiment à se plaindre, bien au contraire, et elle avait le sentiment de s'être fait une amie. Alors pourquoi son cœur était-il serré ainsi ?

"D'ailleurs, il y a aussi... J'ignore si Impa t'as parlé du Gerudo qui vivait au Monastère Sheikah ?" Le sujet devrait être abordé tôt ou tard et elle était quelque peu inquiète pour le jeune homme. Non pas qu'il ne sache se débrouiller et elle l'avait en prime laissé en bonne compagnie. Mais elle n'avait pas eu l'occasion de lui expliquer son départ autant qu'elle l'aurait voulu et seul à l'auberge, elle craignait qu'il ne se sente mis en retrait. "J'ai préféré éviter de l'emmener par surprise à une heure pareille, mais il voyage aussi à nos côtés."
Ses yeux cherchèrent ceux d'Haya, se demandant si elle partageait ses craintes, et si elle voyait une meilleure manière d'introduire le jeune homme.