Hyrule's Journey

Dans la nuit ; deux chats gris

Fin de l'automne - 3 mois 3 semaines après (voir la timeline)

Haya

Babysitter par intérim

Inventaire

  • Sabre Rouge
  • Kunaï(s)
La journée avait été bien longue et la nuit était tombée si vite qu'elle était déjà bien avancée lorsque le petit groupe gagna enfin la cité d'Elimith. Aussitôt, Arkaï s'était empressé de rejoindre l'auberge de la ville, accompagnée par Zelda, dans l'espoir qu'un médecin se rende disponible pour examiner sa méchante blessure. Pour y avoir jeté quelques brefs coups d'œil, Haya n'était pas rassurée ; moins encore par la bêtise du jeune homme que par la blessure en elle-même. Elle ne s'était fendu d'aucun commentaire ni aucune remarque d'autant qu'il ne les avait finalement pas ralenti dans leur progression, mais elle n'en pensait pas moins. Simplement, elle avait dans l'espoir que cette mésaventure lui serve de leçon tout en gardant dans un coin de sa tête que son compagnon chercherait sans doute à se confronter une nouvelle fois aux chevaux des terres sauvages ; si cela devait se reproduire, elle se tenait prête à lui prêter assistance pour dompter et éduquer ces braves animaux, comme les gens d'Elimith le lui avait appris auparavant. Au moins, elle ferait en sorte qu'il s'en sorte pas avec un hématome de la taille d'un Hinox sur un bras.
Pendant que ses deux compagnons s'affairaient dans l'enceinte de l'auberge, Haya s'entretenait avec le garçon de ferme qui gardait les box en contre-bas. Alkan avait beau vivre la majeure partie de son temps au village de Cocorico, il n'en restait pas moins originaire de la cité et avait l'habitude d'être traité ainsi ; aussi docile qu'un agneau, il n'avait jamais fait d'histoire. Après un rapide échange et l'évocation d'un accord qu'elle avait avec la tenancière en tant qu'habituée, elle s'éloigna des box et se dirigea doucement vers l'auberge. Profitant de quelques instants de solitude, elle finit par se figer au milieu du chemin déserté qui continuait par delà les collines et les hauteurs de la cité. Son regard s'attarda tour à tour sur les maisons aux fenêtres éclairées pour finir à contempler longuement le ciel étoilé qui s'offrait en spectacle. Très vite, elle se laissa emporter par tout un flot de pensées en tout genre jusqu'à en perdre le compte du temps.

Le battement de la porte de l'auberge la tira de sa rêverie pour la rappeler sur terre ; son visage s'illumina d'un sourire amical et silencieux, dans un premier temps, pour accueillir sa jeune reine. Elle remarqua aussitôt que leur compagnon gérudo ne l'accompagnait pas, ce qui signifiait qu'ils s'étaient arranger pour lui trouver une chambre et un moyen de paiement pour aller avec. Il est vrai qu'avant d'arriver en ville, et même après, ils n'avaient pas trouver le temps pour évoquer les détails de leur séjour à Elimith. « Alors ? » Questionna-t-elle à propos du garçon. « Comment va-t-il ? Pour combien de temps en a-t-il ? » Demanda-t-elle ensuite dans l'espoir que Zelda ait des précisions sur l'état du gérudo. Depuis un petit moment déjà, la guerrière s'était faite à l'idée qu'il lui faudrait sans doute abattre plus d'efforts qu'à l'accoutumer afin de récolter les quelques sous qu'il leur faudrait pour séjourner sereinement dans la Cité-Commerce. Ce dont elle voulait se rendre compte, c'était de l'aptitude du gérudo à pouvoir subvenir à ses propres besoins et à travailler pour récolter quelques sous et mériter sa pitance ; là où elle se voyait facilement tenir le rythme pour assurer ce qu'il leur faudrait à Zelda et elle, elle avait espérer que le disciple de Shingen puisse en faire de même. Malgré cela, elle s'était parée à l'éventualité de faire un peu de zèle ; tout dépendant du temps de convalescence du jeune homme.

La Fille d'Impa se garda de tout commentaire, ne souhaitant pas rebondir sur la réponse que lui apportait la Princesse, mais d'aucun ne pouvait que constater au travers du soupire qui en découla un agacement à peine contenu. D'un revers de la main gauche, la Sheikah balaya le sujet, peut-être un peu abruptement. « Peu importe... Nous devrions rejoindre Pru'ha dès maintenant. Elle est du genre à veiller tard, mais qui sait... », glissa-t-elle en resserrant contre elle une large sacoche dans laquelle elle gardait ses effets personnels. « J'ai demandé au garçon de monter l'ensemble de nos possessions à l'auberge, où elles seront gardés. Si jamais tu les cherches et que tu as besoin de quoique ce soit... », précisa-t-elle par ailleurs, histoire que Zelda n'ait pas à s'en inquiéter outre mesure. C'était, certes, des frais supplémentaires à régler envers l'aubergiste mais rien d'insurmontable en soi. Aussitôt après avoir donné cette information, la Sheikah se mit en route, suivie par la jeune monarque. Le laboratoire semblait bien haut et bien loin, perché au sommet des collines. Après quelques premières foulées, Haya fut rassurée de voir sa reine lui emboîter le pas avec aisance ; les quelques semaines passées en sa compagnie l'avait finalement bien transformer. Au terme d'une telle journée, la jeune femme qu'elle avait rencontrée à flanc de falaise aurait déjà été essoufflé, autant par les efforts accomplis que la vue de ceux qu'ils lui restaient à faire. Mais cette nuit, la monarque de l'Ancien Hyrule semblait parfaitement à l'aise, laissant son regard se balader sur le paysage qui les entourait.

« C'est comme dans tes souvenirs ? » Demanda Cheveux-de-Sang avant qu'un trop long silence ne s'installe. Curieuse — bien plus qu'avec d'autres gens, la Sheikah appréciait les discussions avec sa reine, qui après l'épisode du Cimetière des Gardiens semblait avoir regagné son entrain et son sens du bavardage. Si elle préférait ne présumer de rien quant aux détails de la vie de la dernière Nohansen, elle savait combien Elimith avait pu conserver une part de sa superbe, bien protégée derrière ses hautes murailles de pierre, désormais ruinées par les affres du temps et les combats d'antant. « Les histoires disent que c'est une des rares villes qui a su résister à la ruine et aux vagues de Gardiens amenés par le Fléau », raconta Haya, le regard déposé sur l'ensemble de la cité, qu'elles surplombaient depuis la colline. « C'est rassurant de se dire que tout n'a pas été perdu. Après tout, je veux bien reconnaître que les hyliens savent faire de belles choses de temps en temps », plaisanta-t-elle, haussant les épaules avec un air faussement contrarié. Si son cœur allait inévitablement se tourner vers son peuple, sa culture et son village, Haya avait aussi énormément appris aux côtés des hyliens, dont elle avait appris très tôt à respecter et apprécier leurs propres us et coutumes. Après tout, pour les Sheikahs de Cocorico, il était assez naturel de côtoyer des hyliens, bien que les longues distances avaient tendances à renfermer les différents peuples sur eux-mêmes. « C'est une belle ville », conclut la cadette de la famille Nekt'Hyl dans un tendre soupire.

Après quelques minutes de marche, les deux jeunes femmes finirent par gagner le plus haut sommet de la cité et ainsi se présenter face au laboratoire d'Elimith. Sous la porte, on devinait sans mal de la lumière et donc une certaine activité dans la demeure. Haya marqua une courte pause, perdue dans ses propres réflexions, quand elle sentit Zelda la dépasser, visiblement hâtive de redécouvrir un visage connu. « A-Attends, Zelda ! », la stoppa-t-elle dans son élan. Un détail se rappelait à elle alors qu'elles arrivaient ; elle se rappelait avoir voulu l'aborder déjà plusieurs fois mais à chaque fois, autre chose avait pris le pas. Or, il s'avérait qu'il pouvait s'agir là de quelque chose de plutôt... renversant ! Pour ceux qui s'attendraient à toute autre chose. « Est-ce que... Impa t'en a parlé ? » Demanda-t-elle à sa suzeraine en se rapprochant de la porte. Elle devina sans mal à son air interrogateur qu'elle ne voyait pas de quoi elle pouvait bien lui parler. « C'est que... il y a eu un accident et... comment te dire ? » Hésita la jeune femme, ne sachant par quelle corne prendre le taureau. Dans un profond soupire de dépit, elle renonça finalement ; rien ne valait le fait de s'y confronter, après tout, plutôt que d'en parler pendant des heures. « Tu verras par toi-même », se résigna-t-elle en frappant à la porte.


Zelda

Team booty

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
La jeune femme n'eut pas à chercher longtemps pour retrouver Haya. Cette dernière semblait l'avoir attendue non loin de l'entrée de l'auberge. Sitôt la porte fermée derrière elle, le brouhaha de l'auberge s'atténua et elle entendit la voix d'Haya qui la questionnait sur l'état d'Arkaï.

La princesse s'apprêtait à lui répondre, mais sa main vint glisser devant sa bouche ouverte alors qu'elle réalisait qu'elle n'avait aucune certitude à ce sujet. Certes, il allait mieux et il était pris en charge, elle s'en était assurée. Pourtant le Gerudo qui lui avait tenu compagnie l'avait tellement rassurée qu'elle n'avait pas jugé nécessaire de demander plus de précisions, se contentant de ce qu'elle avait pu voir. Elle eut un regard fuyant vers la porte de l'auberge mais il lui semblait être un peu tard pour aller recueillir plus d'informations. C'est d'un ton un peu gêné qu'elle prit finalement la parole.

"Il avait l'air d'aller mieux mais je n'ai pas songé à questionner la médecin qui s'est occupée de lui…" L'impatience de revoir Pru'Ha et la crainte de devoir attendre le lendemain avait peut-être également joué. Toujours était-il qu'elles devraient sans doute aller aux nouvelles auprès du jeune homme par la suite. Faisant un effort de mémoire, ses mains mimèrent sur son propre bras ce dont elle pouvait se souvenir. "Elle lui avait fait un bandage, son bras était maintenu par une étoffe, comme ça…"

Zelda ne sut pas exactement si c'était ces détails ou au contraire leur nombre limité qui agacèrent la Sheikah mais elle préféra changer de sujet, revenant sur le but de leur présence. L'Hylienne laissa retomber son bras et lui emboîta le pas sans tarder. Elle ne se formalisa pas que leurs affaires aient été posées à l'auberge puisque ce qu'elle devait montrer à la scientifique était dans le sac qu'elle avait choisi de garder avec elle pendant tout le trajet. Pourtant, ce choix l'étonna.

"Oh, j'avais présumé que nous séjournerions chez Pru'Ha. Mais il est vrai que j'ignore où elle vit exactement à présent…" À l'époque elle avait surtout côtoyé cette dernière au Château d'Hyrule, où elle faisait partie de l'équipe de recherche. En comparaison, sa nouvelle habitation était sans doute plus modeste. Peut-être aussi qu'il n'était simplement pas dans les habitudes de sa protectrice de compter sur l'hospitalité des gens lors de ses séjours à Elimith. "Au moins Arkaï se sentira peut-être moins seul en nous voyant revenir." Même si elle l'avait laissé en bonne compagnie, elle ne pouvait s'empêcher de craindre qu'il se sente mis à l'écart.

Ses questions trouveraient toutefois bientôt des réponses. Et alors qu'elle suivait la fille adoptive d'Impa en laissant traîner son regard sur le paysage, cette dernière la questionna sur ses souvenirs liés à l'endroit.

"Étonnamment, oui." Les lieux avaient été bien protégés. Elle n'ignorait pas pourquoi, mais le contraste était frappant. "La ville a évolué, et c'est normal, mais je ne suis pas vraiment dépaysée. Ou si je le suis c'est en comparaison avec les endroits que nous avons traversés jusqu'ici…" Elle avait beau avoir échoué à protéger l'ensemble du royaume, du moins autant qu'elle l'aurait souhaité, il était réconfortant de savoir que certains de ses joyaux avaient pu être épargnés. "Je suis d'accord, c'est une belle ville… Je suis contente qu'elle ait été préservée…"

Suivant sa guide, la princesse remarqua que leurs pas les menaient vers ce qu'elle connaissait comme le domaine du meunier. L'ancien moulin s'élevait toujours en haut d'une haute colline, et pourtant sa structure avait été quelque peu modifiée. Seule la pénombre l'empêchait de distinguer de façon précise les multiples transformations. Le choix de transformer cet ancien bâtiment plutôt que de construire un tout nouveau laboratoire lui semblait faire sens.
Un autre détail piquait sa curiosité. Leur chemin était parsemé de lanternes dont la flamme brillait d'une lueur bleutée. La même teinte qui semblait toucher beaucoup des antiques vestiges laissés par les Sheikahs.

Ses soupçons se confirmèrent et elles s'arrêtèrent devant la haute demeure, illuminée par un feu encore plus imposant que ceux qu'elles avaient croisés lors de leur ascension. Elle fut soulagée de voir de la lumière émaner de l'intérieur de l'édifice et elle se précipita devant Haya pour frapper à la porte. Elle avait tant d'interrogations qui pourraient enfin trouver leurs réponses. Son geste fut cependant suspendu en l'air en entendant les avertissements de sa compagne. Elle se tourna, l'air inquiet. "Un accident ?" Personne ne lui en avait rien dit. Pourtant, elle était sûre que Link était passé par ici avant d'arriver jusqu'à elle, il avait forcément croisé la scientifique. Quant à Impa, elle lui avait expressément recommandé Pru'Ha pour obtenir certaines explications. Se pouvait-il qu'il soit arrivé quelque chose de grave dont on aurait omis de la prévenir ? Devait-elle s'attendre à voir son amie altérée par plus encore que le simple poids des années ?

Elle ne savait pas comment interpréter la réponse de la Sheikah qui prit le relais pour annoncer leur présence. Zelda resta un instant figée à l'observer, ignorant si elle devait imaginer le pire, mais elle se reprit en entendant la porte s'ouvrir. Au lieu de sa vieille amie, ce fut un homme qui les invita à rentrer. La princesse ne put s'empêcher de le dévisager plus qu'elle ne l'aurait voulu, cherchant en lui des traits connus ou qui pourraient lui révéler une quelconque ascendance familière. Elle arriva seulement à la conclusion qu'elle ne l'avait jamais croisé auparavant. Ses yeux inspectèrent ensuite la petite pièce dans laquelle elles venaient d'entrer, mais elle ne voyait aucun d'indice du drame évoqué par Haya…

"Désolée de vous déranger à une heure pareille, mais nous venons tout juste d'arriver en ville…" Même si ce n'était pas la première fois que la fille adoptive d'Impa se rendait au laboratoire, elle imaginait que ses visites étaient peut-être généralement moins empressées. "Nous avons fait un long voyage depuis Cocorico, et j'espérais retrouver ici une très vieille connaissance, je…" Elle hésita un instant avant d'en dire plus, mais elle ne voyait pas vraiment ce qu'elle avait à craindre ici. Link l'avait précédée et cet homme, même si elle ne l'avait jamais rencontré, n'ignorait sans doute pas son existence. "Je m'appelle Zelda, et j'ai vu Pru'Ha pour la dernière fois il y a au moins une centaine d'années, j'ai beaucoup de questions à lui poser…"


Vieil homme

Narrateur

Inventaire

Des années auparavant, déjà, ils avaient fini par marquer sa chair et la polir. Pourtant, pour rien au monde n'aurait-il souhaité se débarrasser de ces deux amis si particuliers. Jadis, il s'était vanté de ne pas avoir besoin de leur soutien. Ces quelques mots, emplis d'une arrogance propre à la jeunesse, avaient arraché à Pru'Ha un sourire caustique, presque moqueur. Il comprenait mieux aujourd'hui. Sans un mot, il remonta sur son nez les verres dont il avait désormais besoin pour déchiffrer les glyphes qui noircissaient les pages du vieil opus où tracer les idéogrammes qui alourdissaient celles de ses journaux de recherche. Il avait commencé à travailler sur le sujet bien avant que la chercheuse n'abandonne, par trop désireuse d'un bain pour continuer son ouvrage et l'avait assurée qu'il fermerait le laboratoire avant de monter se coucher à son tour. Il savait combien elle se rongeait les sang. Lui même était autrement plus préoccupé qu'il ne souhaitait bien le montrer.

D'une main fatiguée, il griffonna quelques caractères sur un parchemin si raturé qu'il en était presque troué. Une vieille lampe à huile crachait sur l'établi une lumière aussi usée que jaunie, qui accrochait parfois l'encrier de fer et dansait doucement le long des reliures poussiéreuses. Dehors, un vent froid soufflait sur la colline, non sans battre les fenêtres à volet de l'ancienne demeure du meunier. « Canel, tu sais bien que cela ne peut pas fonctionner », siffla-t-il agacé, avant de rayer son vélin d'un grand trait de fusain. Quoiqu'il fasse, il en arrivait toujours au même résultat. Pru'Ha le lui avait dit : il s'entêtait en vain. Sans cœur antique, il lui était impossible de tester son hypothèse, faute de pouvoir l'alimenter correctement. Lors de leur dernière rencontre, Faras lui avait parlé de Gardiens volants et, à l'époque, le sujet ne l'avait guerre intéressé. 

Aujourd'hui, il avait besoin de quelque chose pour occuper ses mains autant que son esprit.

Son regard se porta sur la petite figurine de céramique et de bronze qu'il avait assemblée il y a quelques jours de cela. Il s'était inspiré de certains des esprits dont parlaient les livres d'hier laissés par son peuple et l'avait dotée de longues ailes fines, cousue d'un tissu léger ; de ceux que les bourrasques d'air chaud pourraient gonfler. Mais il doutait de la voir un jour s'élever à l'image des Fées des mythes d'autrefois. « Tout cela n'a aucun sens ! », lança cette fois le Sheikah, que l'asthénie et l'angoisse travaillaient au corps. D'un bond, comme un diable monté sur ressort, il s'arracha au bois dur de sa chaise. Le cœur grevé par les remords autant que l'incertitude, il balaya sa paillasse d'un geste ample du bras. L'émail gémit en percutant le plancher vermoulu du Moulin. Ses restes disloquées eurent tout juste le droit à un regard. « Pourquoi serait-elle partie ? Sans nous prévenir ? », questionna Canel, tandis qu'il laissait ses pas le porter vers l'îlot central où Pru'Ha avait laissé le fruit de son propre labeur. Depuis des jours, elle bricolait la Pierre-Guide, sans qu'il ne sache précisément ce qu'elle espérait réaliser. Cela faisait des semaines, maintenant, qu'ils ne s'adressaient plus la parole, ou presque. Sur l'antique meunerie avait été jeté un voile frigorifique, presque aussi sombre que la nuit qui engloutissait dorénavant les ruines de la tour.

Sans qu'il ne s'en rende compte, le laborantin avait commencé à faire les cents pas et à débattre sourdement dans le vide. Personne ne pourrait lui donner la réponse : depuis l'incident, il était désespérément seul. Tout ou presque de la chaleur qui avait un jour illuminé le centre de recherche s'était évaporée.

Trois coup sec sur le hêtre de la porte finirent par le tirer à ses rêveries éveillées.

Les yeux rougis par la peine, le Sheikah se retourna subitement et observa un temps le battant derrière lequel se tenait l'impertinent venu les déranger à un horaire pareil. Un second coup d'œil au sablier de sa camarade lui indiqua qu'il ne restait plus que deux heures, environ, avant que ne débute un nouveau lendemain. D'un pas rageur, il s'avança vers le vantail cloué, qu'il ceintura d'une chaîne épaisse, soucieux d'en prévenir l'ouverture. Le bois était lourd, certes, et le temps s'était joué de lui comme du reste. Il fallait une poigne considérable pour le pousser, mais la prudence lui intimait de ne prendre aucun risque. Plus que jamais, il souhaitait ne pas être dérangé.

Une fois certain que nul ne pourrait entrer sans forcer le panneau cerclé de fer noir, il entrouvrit la porte et glissa son visage à travers l'interstice. Une jeune femme, dont il discernait à peine les traits, affleura avec pudeur, perçant doucement la houle de borgnon. Ses cheveux blonds brillaient d'un reflet bleuté, signe que le feu antique brûlait encore, de l'autre côté du mur recouvert de chaux. Elle avait les sourcils épais et le nez ciselé. Deux émeraudes décoraient son visage et jetait sur lui un regard surpris. Puis, après un instant à s'observer en chiens de faïence, ses lèvres se brisèrent afin de rompre le silence rauque de la nuit. Son Hylien lui sembla maladroit, tandis qu'elle s'excusait de le déranger de sa voix fluette. Sans plus attendre, il la coupa sèchement, d'un parler moins désuet : « Vous avez tout dit. Il est bien trop tard pour déranger d'honnêtes gens. Revenez demain. »

Il s'apprêtait à lui claquer la porte au nez quand l'étrangère reprit, visiblement désespérée. Par gentillesse, peut-être, il retint sa main. S'il fallait lui redire une fois de plus que les gens normaux dormaient passé le coucher du soleil, il le ferait. Mais il n'entendait pas se répéter trois fois. « Tout cela est bien dommage mais il n'est pas l'heure d'aller toquer aux portes. Essayez l'auberge, ils se feront un plaisir de loger un pauvre hère de plus », grogna-t-il, moins avenant encore que la première fois, sans même écouter ce qu'elle tenait à lui dire. Jusqu'à ce qu'elle évoque une « vieille connaissance ». Le Sheikah s'arrêta net. Peut-être connaissait-elle Eluria ? Pru'Ha l'avait souvent envoyée à Cocorico, dont cette inconnue – qui n'arborait pourtant aucun des traits du peuple Secret – prétendait justement en venir. Les mots lui brûlèrent la langue et la vagabonde profita de sa surprise pour enchaîner.

Ses explications lui firent l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.

D'un regard vitreux, presque interdit, Canel dévisagea l'inconnue. « Vous… vous êtes Zelda ? » Demanda-t-il un peu benêt, sans bien comprendre tous les enjeux dont il était question. Bien sûr, il savait pertinemment qui était Zelda. Il avait rencontré le Héros qu'il avait épaulé – à la hauteur de ses compétences – dans sa quête. Il travaillait sous l'égide de Pru'Ha depuis plus de trente ans désormais et, d'une façon générale, nul parmi les siens n'avait oublié le sacrifice de la princesse. Pour autant, il était loin de s'attendre à ce qu'elle présente devant lui, à l'heure où meure l'automne et où débute l'hiver. Abasourdi, il ferma la porte avant même qu'elle n'ait eu le temps de répondre. Le sang lui battait les tempes. Au fond de sa poitrine battait un cœur dynamisé par une adrénaline qu'il n'avait plus ressenti depuis des mois.

Il eu besoin d'un instant pour comprendre qu'il venait de laisser la dernière des Nohansen et son escorte sur le pas de sa porte, sans plus de précision. Certes, il avait scellé la poterne pour pouvoir détacher les maillons qui en bloquaient encore l'ouverture, mais ce qui était clair pour lui ne l'était pas nécessairement pour elle. A la hâte, il entrebâillât de nouveau la porte et reparut entre les battants. « Je vous ouvre tout de suite ! », s'exclama-t-il, la voix encore tremblante sous le coup de la surprise. Avant de s'enquérir, gonflé d'un espoir nouveau : « Link vous accompagne-t-il ? »

La princesse n'avait eu de cesse de parler d'un – ou de plusieurs – autre compagnon. Il connaissait suffisamment les prouesses de l'Hylien pour savoir qu'il pourrait lui demander de l'aide, s'il avait effectivement fait le déplacement avec la souveraine.

Après quelques longues secondes, les lourds volets de bois finirent par s'ouvrir, découvrant une large pièce circulaire, sur laquelle l'obscurité pesait comme une chape de plomb. Seule la Pierre-Guide, dont l'éclat azur et discret semblait aussi alien qu'au premier jour, quelques bougies et la lampe à huile éclairait les lieux — dessinant quelques poches de lumière dans un océan de sorgue, aussi dense qu'opaque. Au centre du logis trônait l'atelier de Pru'Ha. Il était plus rustre que celui dont elle disposait jadis, au Castel : il ne s'agissait que d'une table de bois solide, sans grand raffinement, sur laquelle étaient étalé un ensemble de feuilles, de livres, de fusains et de tablettes de cire. Quelques composants archéoniques avaient aussi été abandonnés près d'un plan à moitié terminé. Plus loin, au fond, se trouvait son propre établi sur lequel ne demeurait que le petit flambeau qu'il avait allumé entre chien et loup. Tout le reste avait chuté pendant son accès de colère. Trois sangles, probablement de cuir, pendaient du plafond au dessus de son écritoire.

Chaque mur était habillé de hautes bibliothèques, toisant sans mal chacun des visiteurs qui avait un jour passé les portes de l'ancien moulin. Elles constituaient tout ce que Pru'Ha et Faras avaient su sauver des archives royales. Les deux Sheikah s'était concentrés sur les traités relatifs à la technologie antique, mais certains ouvrages étaient plus généralistes. C'était là ceux qui prenaient le plus la poussière.

La Reine-sans-Royaume entra alors qu'il était encore caché derrière le hêtre. A ses côtés, une autre femme, qu'il mit un instant à reconnaître. Toutefois, la crinière rougeoyante qui encadrait son visage la trahissait vite. Zelda voyageait avec la fille de Ka'shi-Oko Impa. Et dire qu'il l'avait un instant pris pour une va-nu pied de plus, en recherche d'un toit et prête à tuer pour le trouver ! La honte lui fit ployer l'échine. Sans un mot, il ferma pour la dernière fois le vantail. Après l'effort, la sueur poissait ses tempes et humidifiait son front quand il revint devant ses deux hôtes. « Je vous prie de bien vouloir excuser mon impertinence », déclara-t-il solennellement, avant de s'incliner devant elles à la manière des Sheikahs. « Je n'avais pas compris qu'il s'agissait de vous », poursuivit-il, non sans se relever auparavant. L'ébène de ses yeux embrassa, contrit, ceux vermeil d'Haya musu Impa avant de se déporter sur l'ancienne suzeraine. « C'est que… nous n'attendions aucune visite aujourd'hui », murmura alors le scientifique, tentant tant bien que mal de se justifier. « Que puis-je faire pour vous ? Peut-être avez-vous soif ? » Questionna-t-il encore, soudainement devenu inarrêtable sous le poids de la pression. Le col de son kimono collait à sa nuque. « Vous êtes ici chez vous, cela va de soi. Je… Je vais prévenir Pru'Ha de votre arrivée. Je suis persuadé qu'elle sera ravie de vous voir », fit-il ensuite, tant à l'attention de la Sheikah que de la Princesse-Fantôme. Sa présence ici ne pouvait signifier qu'une seule chose : le Fléau avait été vaincu.

Il clopina gauchement jusqu'à sa paillasse, manquant de heurter au passage celle de la cheffe du laboratoire. Puis, une fois arrivé, tournant le dos aux deux femmes, il accrocha une petite tablette de bois peinte en rouge à l'une des trois courroie de cuir et tira fermement. La longe siffla doucement avant de remonter, d'un coup, vers la chambre de la sœur de la Doyenne.


Haya

Babysitter par intérim

Inventaire

  • Sabre Rouge
  • Kunaï(s)
Une lourde bourrasque froide et sèche, propre aux premiers Vents d'Hiver, arracha à la Sheikah un long frisson. Elle resserra aussitôt devant elle sa longue cape noire, dont les extrémités brodées de symboles dorés continuaient de danser en dessous de ses genoux sous la lueur d'une flamme bleue. Plus qu'elle ne voulait l'admettre, elle avait hâte de pénétrer l'enceinte du vieux moulin pour y chercher un peu de chaleur, fut elle celle d'un feu ou celle de ses semblables. Le regard fixé sur une porte qu'elle aurait préférée voir s'ouvrir plus vite, elle ne remarqua pas l'incompréhension — si ce n'était l'inquiétude — qui passa sur le visage de sa suzeraine, légitime compte tenu de son propos de tantôt. L'évocation d'un « accident », quel qu'il fut, était rarement annonciateur de bonne nouvelle dans bien des circonstances et pourtant Haya se garda de se réessayer à en expliquer davantage ; bientôt, les doutes et les craintes de Zelda se verraient balayés par ce qu'elle-même avait vécue comme une expérience aussi fascinante qu'incongrue. Encore à ce jour, elle se souvenait de la stupeur qui l'avait frappée au Printemps dernier lors d'une visite qui se voulait de routine. Plus encore, elle se rappelait des yeux levés au ciel et du rire de sa mère qui, du haut de ses 120 ans, ne sembla pas plus que cela s'en étonner lorsqu'elle lui rapporta la nouvelle. Depuis lors, elle s'était décidée à s'attendre à tout ce qu'il lui était possible d'envisager dans les limites de son imagination à chaque fois qu'elle passerait au laboratoire même si elle ne doutait pas, en vérité, de tomber dénue de nouveau. Pru'ha et sa famille avaient eu beau lui parler maintes fois de leurs expériences, une grande majorité de leurs explications demeuraient inaccessibles malgré toute l'attention dont elle faisait preuve.

Une forme d'impatience commença doucement à la gagner lorsque, finalement, elle pu constater d'une certaine activité derrière le panneau qui leur barrait le chemin. Quand la porte s'entrouvrait légèrement, Haya reconnut sans difficulté la voix et le ton bougon du vieil homme qui avait toujours accompagné la Sœur d'Impa dans ses recherches, aussi loin qu'elle puisse s'en souvenir. Bien qu'il répondait à leur reine — ce qu'il ne pouvait pas deviner — comme s'il ne s'agissait que d'une misérable, la guerrière n'intervint pas immédiatement et laissa à Zelda la tâche de le convaincre de les laisser entrer. A peine souleva-t-elle un sourcil lorsque la porte leur fut claquée au nez, désemparée et ô combien désolée que sa jeune souveraine ait à subir les mauvaises humeurs de Canel. Son attitude couvrait de honte sa propre personne et, par ricochet, l'ensemble de sa famille. Heureusement avait-il pour lui l'excuse d'être un homme ; leur maladresse n'était plus à prouver. Un tel comportement chez une Sheikah aurait été impardonnable. « Je te prie de bien vouloir l'excuser, ma Reine », implora solennellement Haya en s'inclinant. Elle ne douta pas une seule seconde que le pauvre homme se confondrait bien vite en excuses à son tour tout comme elle présumait intimement que Zelda ne s'offusquait pas vraiment d'être traitée ainsi. Après tout, n'était-elle pas celle qui s'était présentée comme Princesse-de-rien-du-tout lors de leur toute première rencontre ? Pour autant, il s'agissait de respecter un certain protocole, fut il désuet ou non. Dans tous les cas, ce n'était pas à elle d'en décider.

Davantage agacée par les vents froids qui battaient son visage que par la bêtise de l'assistant de Pru'ha, la Sheikah devança sa jeune compagne avant de frapper de nouveau trois grands coups contre le battant. « Canel ! » Tonna-t-elle d'une voix forte et claire. « C'est Haya ! Ouvre donc cette fichue porte, par la déesse ! » Ordonna-t-elle. Son ton ne se voulait pas autoritaire, néanmoins il lui fallait se faire entendre à travers l'épaisseur qui les séparait. Bien vite, elle constata que le vieil homme retrouvait ses esprits lorsqu'il repassa sa tête à travers une ouverture pour indiquer qu'il allait les faire entrer. La Gardienne accueillit la nouvelle dans un soupire de soulagement tandis qu'il s'affairait de l'autre coté. Si elle ignora la question de Canel — celle-ci s'adressait davantage à la Princesse — elle déposa malgré tout une main qui se voulait réconfortante sur l'épaule de l'Hylienne, qu'elle savait facilement ébranlée dès que le sujet du Héros venait à être abordé. Puis, dès que la porte leur fut enfin ouverte, elles gagnèrent l'intérieur du laboratoire d'Elimith.

La dernière des Nekt'Hyl époussetait encore doucement ses vêtements lorsque le lourd vantail fut clos dans leur dos. Le vieux Sheikah leur apparut plus clairement — la relative pénombre qui régnait dans la pièce cachait bien des détails encore — lorsqu'il se planta devant les deux femmes pour s'incliner et demander promptement leur pardon. La guerrière, soucieuse quant à son propre ton de tantôt dû à son agacement, s'inclina soigneusement devant leur hôte, les mains jointes. « C'est à moi qu'il convient de m'excuser : nous aurions dû arriver bien plus tôt dans la journée et je te suis reconnaissante de nous offrir l'hospitalité de ton foyer », déclara-t-elle, toute aussi révérencieuse que son aîné. En réalité, rien n'aurait empêché aux deux jeunes femmes de se présenter à l'auberge de la Cité-Commerce l'espace d'une nuit et de retarder les retrouvailles entre Zelda et Pru'ha jusqu'au matin du lendemain. Tout en dévisageant leur vis-à-vis, elle regretta de s'être peut-être un peu emballée ; un moment, elle se demanda même si elles ne l'avaient pas dérangé au beau milieu de ses travaux. Elle fut rassurée de ne rien voir sur le plan de travail qui était le sien. Ceci étant, elle remarqua bien vite l'absence des deux femmes qui peuplaient avec lui l'ancien moulin. La première fut évoquée, la seconde totalement ignorée. Derrière un masque impassible, Haya se mit à observer, attentive. « De l'eau ne serait pas de refus », confirma-t-elle, quand son regard sondait cette pièce qu'elle connaissait si bien. « Et à dire vrai, nous arrivons le ventre vide », glissa-t-elle en complément d'informations. Elle savait très bien que ses paroles ne tomberaient pas dans l'oreille d'un sourd.

Quand il les abandonna, la Sheikah s'avança de quelques pas au milieu de la pièce et déposa son bagage contre les pieds d'un tabouret en bois. Puis elle se tourna vers Zelda. « L'homme que tu viens de voir s'appelle Canel », l'informa-t-elle bien qu'elle eut pu déduire cette information au préalable lorsqu'elles étaient coincées sur le pas de la porte. « Il est l'assistant de Pru'ha depuis… Je ne saurais le dire. Déjà lorsque j'étais toute petite, il était avec elle », indiqua-t-elle, désolée de ne pouvoir en dire plus ni avec davantage de précision. Cette simple question ne l'avait même pas effleurée auparavant. Ses yeux vermeils se remirent à parcourir la pièce alors qu'elle défaisait les liens qui accrochaient les protections de cuir placées sur ses avant-bras. L'obscurité, malgré quelques faibles lumières qui la perçaient, semblait vouloir dérober ses secrets à son regard. « C'est étrange », reprit-elle, pensive. « Il a bien parlé de Pru'ha mais… », commença-t-elle avant de s'arrêter net. Quelque chose d'inhabituel venait d'accrocher ses pupilles. Sans se précipiter, elle s'approcha de ce qui servait d'atelier à son aîné puis s'accroupit devant. A ses pieds gisaient encrier, fusain, livre et ce qu'elle devinait être les restes d'une étrange figurine en céramique. L'ensemble de ces affaires semblaient avoir été jeté depuis le bureau dans un seul et même mouvement. Il n'y avait aucune autre trace de quoique ce soit d'autre aux alentours. Peut-être que les yeux du vieil homme, rougis par ce qu'elle avait conclu être de la fatigue de prime abord, cachaient autre chose ? Silencieusement, elle émit ses propres hypothèses, tandis qu'elle ramassait ce qui trainait sur le sol pour le déposer avec délicatesse sur la table du scientifique.

Plus que de coutume, Haya s'attarda sur les morceaux de bronze et de céramique, avec lesquels elle s'essaya de recréer la silhouette de la statuette avec les plus gros d'entre eux. Ses yeux rouge sang hurlèrent silencieusement leur peine de contempler la destruction de cette chose qu'elle n'avait pourtant jamais vu auparavant ; les créations artistiques, aussi futiles soient-elles, l'avaient toujours plus ou moins captivées. Après de longues secondes, elle déposa les débris à côtés du reste des affaires de Canel, d'un soupire profondément las.


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