Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – Entretien avec Florène

[Quête Halloween - 2020] - Partie III - Team Ragots

Fin de l'automne - 4 mois après (voir la timeline)

Zelda

Team booty

Inventaire

Jour II - 07 : 36

La jeune femme fut surprise par l'inquiétude de ses camarades. Après tout, elle se contentait juste d'aller à quelques pas de là, à l'auberge, pour interroger une vieille dame. Certes elle s'était attendue à ce qu'Arkaï n'apprécie pas la séparation. Surtout en l'absence d'Haya, elle avait l'impression qu'il se sentait responsable de sa sécurité et elle admettait sans mal que le village avait quelques raisons d'être un peu plus agité que d'habitude. Et même au-delà de ça, elle avait aussi eu le sentiment qu'il avait parfois presque peur d'être abandonné. Ca ne la surprenait pas vraiment venant de quelqu'un qui avait été adopté et ce quel qu'ait pu être son attachement pour le vieux maître Sheikah.

Pourtant, il avait manqué de catégoriquement refuser son idée. Tout cela pouvait même paraître assez disproportionné aux yeux du jeune Elimithois qui les accompagnait. Le Gerudo finit malgré tout par se reprendre et accepter, mais pas sans la serrer contre lui avant. Il lui fit également promettre de faire attention à elle et, comme pour sceller cette promesse, lui tendit le même tissu qui avait séché ses larmes durant leur voyage. Sa vue tira un sourire à la jeune femme et elle le glissa à l'abri dans son sac, touchée. "Je serai prudente, je te le promets. Je ne serai pas longue de toute façon."

Les mises en garde du jeune homme qui les accompagnait l'étonnèrent bien plus encore. À ses explications elle devina sans mal qui était le dénommé Auru qu'ils avaient pu apercevoir hier lors de la malheureuse scène jouée sur la place du village. Malgré cela, elle ne comprenait pas ce que tout cela pouvait avoir comme rapport avec elle. Même si les réactions du garde avaient été disproportionnées à son goût et qu'il paraissait dangereux et impulsif, Zelda n'avait pas l'intention de troubler l'ordre public ni de s'en prendre au Bourgmestre. Il faut dire que l'antique prêtresse avait été relativement préservée jusque là. Son statut de princesse, même ratée, et accessoirement sans doute la présence de Link ou d'autres gardes avant lui, avaient toujours dissuadé quiconque de l'importuner. Plutôt respectée au Village Cocorico, c'était seulement à Elimith qu'elle faisait ses débuts en tant que jeune femme anonyme et jusque là elle avait surtout passé son temps enfermée au laboratoire. Elle ignorait tout, par exemple, des épreuves qu'avait à subir Onag à l'auberge et elle ne comprenait donc pas ce qu'elle avait à redouter. Toutefois, elle accueillit chaleureusement les sollicitudes de Ludrick qui allait jusqu'à lui révéler l'endroit où il vivait et ne manqua pas de noter ses conseils.

Après ces au revoir ressemblant presque à des adieux malgré leur caractère très temporaire et avec une ultime promesse de faire attention, elle s'éloigna du regard inquiet de ses camarades pour prendre le chemin de l'auberge. À présent, elle s'en remettait à eux pour débuter l'inspection des puits. Il ne lui fallut pas longtemps pour atteindre le bâtiment où elle avait dîné la veille, mais elle trouva ses portes fermées. Elle hésita à frapper, mais elle renâclait à réveiller à nouveau des braves gens trop tôt le matin.

Tandis qu'elle s'asseyait sur l'herbe à l'avant de l'auberge, elle entendit des bruits de vaisselle qui provenaient de la rivière non loin. N'ayant pas grand chose à perdre, elle se releva pour aller vérifier de quoi il s'agissait et elle aperçu une veille femme qui lavait des assiettes. Enthousiaste à l'idée d'avoir peut-être de la chance, elle se hâta de la rejoindre pour lui demander "Bonjour madame ! Êtes-vous la dénommée Florène ?" Même dans le doute, elle préféra aussi préciser directement ses intentions. "J'ai quelques questions sur l'histoire du village, et l'apothicaire m'a dit qu'on pourrait me renseigner ici."


Elle aimait sentir l’eau claire courir sur ses doigts. Ce n’était pas quelque chose qu’elle aurait été en mesure d’expliquer, mais la rivière savait la projeter vers… davantage. Un ailleurs différent de cette fastidieuse existence qu’elle ne supportait plus. Sans trop y réfléchir, la vieille femme se prit à entonner à lèvres close cette chanson, de toutes et tous oubliée. Il s’agissait d’une comptine populaire à Elimith à l’époque de sa naissance, que sa propre mère lui avait souvent soufflée pour l’aider à s’endormir. 

C’était aussi l’unique souvenir qui lui restait d’elle. D’avant le monde tel qu’il était devenu. D’une réalité ou elle n’aurait probablement pas eu à perdre deux filles. 

De décès en trahisons et de trahisons en mensonges ; la ville avait fini par user l’aubergiste. Il n’y avait qu’à l’approche du ruisseau qu’elle retrouvait un peu de ce qu’elle aurait pu être. De ce qu’elle aurait souhaité être. La liberté qu’elle avait laissé filer en se liant à Opar lui manquait bien plus qu’elle n’aurait osé l’avouer. La prison d’or dans laquelle elle s’était enfermée lui rongeait les entrailles avec une implacable constance et finirait indubitablement par la tuer — ce n’était certes pas la véhémence d’un prédateur Boko mais, à bien des égards, cela lui semblait plus inquiétant encore. 

Elle avait besoin de ce temps à la rivière. La vaisselle importait peu, mais le batillage des flots lui était devenu indispensable. 

Perdue dans ses pensées, la doyenne empilait écuelle après platée quand une voix la tira brusquement au calme de ses rêveries. Après un bref sursaut, elle se tourna vers l’étrangère dont elle provenait. La demoiselle qui la hélait avait l’air jeune, assez pour être l’une des amies d’Onag, mais elle ne l’avait encore jamais croisée auparavant. Sans un mot, les lèvres serrées et la mâchoire crispée, elle jeta un regard inquiet derrière l’inconnue ; cherchant après le molosse du Bourgmestre qui passait les voir quotidiennement depuis l’arrivée du Zora entre leurs murs. Il n’était pas arrivé. Pas encore. 

"V'yons, mon enfant, lança la vieille femme en portant de la voix autant qu’elle en était capable, ne rest'pas si loin !

Levant le bras, Florène agita la main avec énergie, encourageant sa vis-à-vis à approcher. Les perles lichen de ses yeux fatigués scrutaient toujours l’horizon qui se dessinait dans le dos de la voyageuse. Pour l’heure, le seul clapot du cours d’eau était témoin de leur échange. « J'y suis âgée et j’ai d'mal à t’entendre », reprit l’Ancienne, qui n’était pas tout à fait sincère. Et tandis que retombait sur Elimith un silence lourd, elle déposa sur la pile la gamelle qu’elle avait fini de récurer. 

A son grand soulagement, la jeune anonyme se décida à s’approcher. S’accordant un prompt – mais discret – soupir, la vieille tenancière de l’Agueil essuya brièvement ses mains noueuses et humides sur le tissu rugueux de sa robe de travail. L’ouvrage, brodé par Onag il y a déjà quelques années, était simple mais résistant et il avait l’indiscutable avantage de réchauffer ses vieux os une fois venu l’hiver. Le beige de son teint avait vu des couleurs plus pures, mais la rombière se refusait à l’emmener chez le Teinturier : l’argent avait d’autres utilités bien plus concrètes. Elle n’était pas Clevia et cela lui allait très bien. 

"T-t-t-t-t", siffla-t-elle gentiment, tandis que la jeune femme s’approchait, les lèvres brûlant de mille et unes questions. Elle, de son côté, avait préféré rester à genoux. Il lui était toujours difficile de se redresser rapidement et c’était la position la plus confortable pour mener à bien le travail qu’elle s’était attribué. « 'Peu de patience, ma p'tite », ria-t-elle doucement, non sans tapoter le sol à son côté, comme pour l’inciter à s’asseoir elle aussi. « J'suis bien celle que t'cherches-tu », admit ensuite la doyenne, dont l’âge suffisait souvent à imposer le respect. « Mais, j'y suis assez occupée. Pou'quoi ne m’aiderais-tu pas, pour commencer ? », questionna alors Florène. Sans même attendre la réponse de sa jeune amie, elle lui glissa trois bolée entre les mains ainsi qu'une brosse.

"C'est un drôle d'accent qu'eul-tiens. Tu n'viens pas vraiment du coin ?", s'enquit-elle ensuite, reprenant son office. Elle avait toujours été friande de rumeurs et de potins...

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Zelda

Princesse à la retraite

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Tandis que la vieille femme l'inspectait du regard, Zelda attendit patiemment. De toute évidence au vu de son sursaut, elle l'avait surprise et elle se retint donc de s'avancer directement de peur de paraître trop envahissante. Le bref regard jeté par-dessus son épaule la renforça dans cette idée et elle se félicita d'être venue seule. Si le jeune Ludrick aurait pu être une figure connue et rassurante, le gabarit d'Arkaï aurait probablement été plus intimidant que le sien. Certes, l'antique princesse était une étrangère dans ce village, mais elle osait espérer que, seule, elle n'avait pas l'air d'une menace.

La dame finit par répondre en lui criant de s'avancer. La prêtresse royale ne s'interrogea pas plus que de raison sur cette demande, elle l'accueillit comme une preuve qu'elle avait réussi à montrer patte blanche. D'ailleurs la justification de la vieille femme lui semblait légitime et pas un instant elle ne la mit en doute, elle ne tenait ni à la forcer à hausser la voix ni à mettre à l'épreuve son ouïe. Elle s'approcha donc sans se faire prier, et elle se prépara même à répéter de crainte d'avoir été mal entendue la première fois. La vieille femme l'arrêta pourtant, lui enjoignant la patience tout en lui désignant une place à côté d'elle. Imitant la position de la tenancière de l'auberge, elle s'installa tout en l'écoutant confirmer qu'elle avait trouvé la personne qu'elle cherchait.
Il s'agissait donc bien de la dénommée Florène et cette dernière lui demanda son aide pour la vaisselle. La jeune Hylienne s'apprêtait à accepter, mais une fois de plus, elle ne lui laissa pas le temps de parler, et au lieu de ça lui flanqua directement en main les bols qu'elle souhaitait la voir laver. Pourtant le geste ne lui parut pas mal intentionné, aussi n'en prit-elle pas ombrage malgré son manque d'habitude d'être traitée ainsi. Tout en commençant à récurer les récipients et avec un regard vers la pile d'assiettes sales qui pouvait être produite par une auberge, elle prit conscience d'à quel point elle avait pu être éloignée de ce genre de tâche par le passé. Jamais elle n'avait eu à se préoccuper de ces détails au château. S'il lui était bien arrivé d'avoir à se débrouiller en voyage, principalement quand elle décidait de s'aventurer seule à l'extérieur et plus récemment depuis qu'elle avait repris la route, le plus souvent c'était Link qui s'en était chargé à l'époque sans jamais lui demander sa participation.

L'aubergiste décocha sa question et lui fit remarquer qu'elle n'avait pas l'air d'être du coin avant que Zelda n'ait eu l'occasion de revenir à la charge. "Pas vraiment, non, je suis arrivée récemment..." Elle avait conscience qu'elle dénoterait sans doute partout où elle irait. Un instant, elle se demanda quel était l'âge de la vieille femme et si cette dernière avait connu le monde d'avant le Fléau. Pourtant que ce soit le cas ou non, elle ne pourrait pas exactement expliquer sa différence de langage. Le relatif mystère qui entourait le village caché comme l'appelait Arkaï lui évitait cependant d'avoir à donner trop d'explications. "Je viens du village Cocorico." Elle avait depuis appris qu'il existait des accords entre les deux cités, et elle aurait été étonnée qu'une des commerçantes d'Elimith ne le connaisse pas. En outre, puisqu'elle espérait obtenir des informations, elle se sentait le devoir d'être honnête en retour, et c'était le plus proche de la vérité qu'elle avait à offrir.

"Même si je ne viens pas d'ici, je n'ai pas pu manquer de remarquer l'agitation qui régnait ces derniers jours..." Avec la scène qui avait eu lieu la veille, il n'était même plus nécessaire de prendre des pincettes pour parler des terribles événements qui frappaient la cité commerce. "Hier, sur la grand place, cette femme... Jenna... Elle a évoqué une voix du puits..." La jeune femme hésitait sur les mots à choisir. Tout ça pouvait bien n'être qu'une fausse piste ou un délire d'enfant malade, mais il fallait bien la suivre jusqu'au bout pour s'en assurer. Sans passer pour une folle idéalement. "J'essaye de comprendre de quoi elle parlait." Elle replongea un instant dans ses souvenirs pour rassembler les informations plus terre-à-terre données par l'apothicaire. "Je sais que la ville a deux puits, et que le plus récent des deux a été rendu inutilisable à cause d'un incident dans les mines."
Jusque là, la situation lui paraissait logique, elle comprenait que la teinturerie empêche de se reposer sur l'eau de la rivière qui était de toute façon moins sûre que celle que les villageois pouvaient puiser plus bas. Le reste était plus flou. "L'ancien aurait été condamné parce qu'il menaçait de s'effondrer de l'intérieur, pourtant il a été rouvert il y a peu ?" Si plusieurs années auparavant son état avait justifié le choix de déployer des ressources pour en construire un nouveau, était-ce un risque qui avait été jugé acceptable aujourd'hui compte tenu de l'urgence ? Ou Nikolas n'était-il pas au courant de tous les détails ?
Elle n'oubliait pas non plus les trous de sorcière mentionnés par Ludrick, mais elle préférait aborder un sujet à la fois. "On m'a laissé entendre que vous pourriez m'en apprendre plus sur ce qui s'est passé à l'époque."


La petite n’était, à l’évidence, pas l’épée la plus aiguisée de l’armurerie. Derrière les longs cheveux blonds qui encadraient son visage se cachaient des yeux verts émeraudes à l’air curieux ; mais aussi des mains moins dégourdies. Sévère, la vielle dame ne manqua pas de remarquer le temps qui lui fut nécessaire pour se lancer dans l’exécution de sa tache. Elle avait connu des gens moins surpris — et surtout plus rapides. Néanmoins, elle se retint de la commander pour l’instant… Après tout, l'Hylienne faisait preuve d’une volonté que d’aucuns n’auraient su nier. Rassurée, Florène entreprit à son tour de récurer les platées qui demeuraient sales après l’afflux de la veille. La rivière aurait bien des restes à avaler ce matin.

Le vent d’automne se mit à souffler fort, alors que les deux femmes s'échinaient côte à côte. De temps en temps, l’Ancienne jetait un regard par dessus son épaule, guettant après la venue du Cerbère de Baldin. Depuis qu’Opar avait pris sous son aile un Zora résolu à travailler gratuitement, il passait tous les jours. Pour l’heure, cependant, il se faisait attendre. Ce n’était pas bon signe.

"D’eul' village caché, t'dis-tu ?", questionna encore l’Aînée, dont les pupilles lichen s’étaient reportées sur sa camarade d’infortune. « Là où personne sait où c’est et où l'gens s’habillent-tu 'ek d'la paille ? », l’interrogea-t-elle encore avec étonnement. Elle n’avait pas croisé de nombreux Sheikah, mais n’en avait encore jamais vu arborer une crinière-de-blé. La plupart du temps, ils avaient les cheveux blancs comme les neiges qui tapissaient les cimes de Lanelle ou noir de jais. L’entre-deux, de ce qu’elle avait pu observer, n’avait pas l’air permis. « C’est dont-ben bizarre… J’ne savais pas qu’l'Shikah pouvaient-y r'sembler… », commença la vielle femme, plus stupéfaite que vraiment méfiante alors que ses mirettes glissaient doucement de l’office à sa cadette.

Elle s’arrêta un instant, interdite, consciente de son éventuelle maladresse. « J’ignorais qu’ils avaient l’air… comme ça », acheva-t-elle seulement, après un court moment de suspens. Des deux soupiraux, elle détailla sa vis-à-vis, dont elle ne questionnait pas véritablement le récit. Elle était seulement prise au dépourvue. Rapidement, néanmoins, le naturel revint au grand galop.

"Et donc, c’est-où qu’c’est qu'on l'trouve-tu, l’village caché ?", questionna Florène, sincèrement curieuse. En tout temps et en tout âge, l'Elimithoise avait eu l’habitude de laisser traîner ses oreilles pointues. Elle aimait les ragots. Moins pour les histoires qu’ils narraient – elle savait d’expérience combien certains pouvaient s’avérer mensongers et destructeurs – que pour l’intérêt qu’immanquablement ils suscitaient. A la Cité-Commerce peut-être plus que n’importe où ailleurs, les petits secrets valaient cher. Elle espérait que sa jeune amie ne l’ai pas encore compris.

La demoiselle de la rivière décida de ne pas s’attarder sur sa question. Au lieu de quoi, elle préférait ramener le sujet sur les événements de la Grand-Place. Derrière ses lèvres pincées jusqu’au blanc, les dents de la Doyenne grincèrent sans ruit, tandis que l’étrangère évoquait Jenna. C’était une femme pauvre — une métayère, qu’elle ne croisait que rarement. Le logis ne leur était d’aucune utilité et, si l’Agueil servait aussi les clients qui ne séjournaient pas sous son toît, ces gens-là n'avaient pas souvent de quoi s’offrir la viande qui baignait dans leur ragoût. Parfois venaient-ils se saouler à grands coups de bière d’orge, mais ce n’était pas un spectacle très courant. Pourtant, l’Ancienne en était convaincue : cela aurait pu être Onag à la place de la triste estropiée. Sans même le réaliser, elle se mit à fixer l’esplanade, où la pluie avait lavé le sang. Un frisson lui secouant soudainement l’échine, la Mère d’Elimith se concentra sur l’inconnue qui n’avait pas de nom.

"Bah ! — ", maugréa la vieille femme, balayant de la main les questions de sa jeune collègue de plonge. Sa voix n'était plus aussi assurée qu'elle avait pu l'être jusqu'à présent, ce qu'elle-même avait remarqué. S'accordant un instant pour reprendre consistance, elle déposa sur la pile de vaisselle propre son ouvrage de l'instant. Puis récupéra une énième écuelle de bois, avant de la plonger dans l'eau clair du ruisseau de montagne. Ses genoux âgés commençaient à lui faire mal, mais elle n'en dit rien. Avec un peu de chance, l'Innommée oublierait son appel si elle n'y répondait pas. Si elle ne parlait pas. Où peut-être comprendrait-elle qu'elle n'avait aucune envie d'en discuter.

Son hôte insista.

"C'ne sont qu'des racontars d'métayers, t'ça", tança alors Florène, cachant à peine son dédain, tandis qu'elle dardait sur l'enfant un regard désormais ascète, presque frugal. Et la rombière de déclarer comme une évidence, la voix sèche et la langue concise : « Touteul' monde y sait-y bien qu'les puits, ç'parle pas. » Le silence retomba un temps sur l'affluent qui descendait directement des sommets de Necluda. Sur son dos calme brillaient des haillons d'argent que crachaient les fières dents-de-pierre, accrochant doucement l'ivraie encore assoupie. Le village tout entier sommeillait paresseusement, profitant de cet étrange instant de répit après l'ouragan qui avait grondé avec rage quelques heures auparavant.

Sans trop savoir pourquoi, le cœur soudainement lourd – peut-être plus qu'il n'aurait logiquement dû l'être – Florène se décida finalement à renseigner la vagabonde. Mais elle n'entendait pas offrir sur un plateau d'airain les quelques réponses que le temps lui avait si aimablement accordé. Frottant le bois de son assiette avec véhémence, la centenaire vint enfin affronter le regard de la voyageuse. « T'veux-tu savoir ? C'que tu-dis-tu, c'est pas faux », avoua-t-elle, sans plus rentrer dans le détail. Pour Onag, plus que pour sa propre personne, elle avait besoin d'éclats de fer et d'acier. Elle se refusait à la voir s'enfermer dans cette triste vie qui, depuis des décennies déjà, la maintenait prisonnière.

"S'est passé des trucs bizarres au puits", souffla doucement l'Ancienne, se rapprochant doucement de l'Hylienne pour qu'elle puisse l'entendre. « J'sais-t-y beaucoup de c'qui s'y est passé », murmura-t-elle encore. Et d'asséner, presque honteuse mais consciente de ce qu'elle pouvait – peut-être ! – en tirer : « Seulement, va-t-y falloir m'aider à m'souvenir. »

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Zelda

Princesse à la retraite

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S'il lui fallut un peu de temps pour laisser passer la surprise une fois la vaisselle en main, la jeune femme mit pourtant du coeur à l'ouvrage, si bien qu'elle ne prêta pas vraiment attention aux regards fréquents que lançait Florène autour d'elles. Lorsque la vieille femme lui demanda d'où elle venait, elle préféra lui répondre honnêtement, mais elle fut surprise par la réaction de l'aubergiste. La culture Sheikah avait toujours été plutôt secrète de par la réserve dont faisait preuve sa tribu, mais qu'elle soit devenue aussi méconnue alors que les deux villages n'étaient finalement pas si éloignés la laissait perplexe. C'était une chose de savoir que l'écart entre les différents peuples et villages s'était creusé, c'en était une autre de constater à quel point la fracture était large.

L'ancienne princesse aurait pu se contenter de ne pas relever les affirmations, pourtant si elle se retint de détailler les us et coutumes du peuple d'Impa de peur de sembler trop pédante, elle se sentait mal à l'idée de laisser cette dame se faire des idées erronées à son sujet. "Je ne suis pas Sheikah... Ils m'ont recueillie." Elle faillit ajouter qu'elle était orpheline mais la précision, trop vraie à son goût, mourut sur ses lèvres. Même s'il manquait beaucoup de détails pour dresser un tableau complet, tout cela n'avait finalement rien d'un mensonge. "Ce serait assez ingrat de ma part de révéler l'emplacement de leur village..." Avec un nom tel que celui qu'on lui donnait, nul doute que le peuple d'Impa comptait sur la discrétion autant que sur leurs guerriers pour défendre leurs ressources. Elle doutait que Florène elle-même ait de mauvaises intentions, mais elle savait que les informations pouvaient voyager et elle ne la connaissait pas assez pour garantir quoique ce soit.

De crainte que l'aubergiste n'insiste, elle ne tenait pas à s'attarder sur son refus de donner plus de détails. Elle enchaîna à la place sur le sujet qui l'avait amenée jusqu'ici. Elle commença par évoquer les événements de la veille, et si la vieille femme ne sembla pas vraiment indifférente à son récit, la jeune Hylienne eut la déception de la découvrir bien plus muette qu'elle ne l'avait été jusque là. Zelda ne pouvait pourtant pas abandonner alors qu'elle connaissait l'urgence de la situation et elle se permit d'insister un peu avec une question plus directe.

Malheureusement la tenancière balaya en quelques phrases dédaigneuses la piste de la voix du puits. L'antique prêtresse baissa les yeux, déçue, en continuant d'essuyer un bol. D'une petite voix, presque plus pour elle-même, elle déclara "Les croyances, les fables... viennent souvent de quelque part..." Et pourtant là, c'était son côté cartésien qui parlait. Celui qui préférait ne pas s'avancer trop vite. Parce qu'avec ce qu'elle avait pu voir dans sa vie, elle n'aurait pas été aussi catégorique que cette dame. Les épées ne sont pas supposées parler non plus, et pourtant... Mais ça, elle ne pouvait pas le raconter, et elle n'aurait pas pu lui reprocher de ne pas y croire. Link en était témoin, l'ancienne princesse avait elle-même souvent douté avant que son pouvoir ne s'éveille. Il ne restait donc plus qu'à inspecter les différents puits en espérant découvrir quelque chose, et elle espéra un instant qu'il ne s'agissait pas d'une voix que seul le jeune homme aurait pu entendre. Puisqu'il n'était plus là.

Le silence était retombé entre elles, et Zelda se désespérait d'avance à l'idée de revenir bredouille auprès de ses camarades. Pourtant, la vieille femme reprit la parole, et la souveraine sans royaume leva de grands yeux, son espoir retrouvé. Son enthousiasme fut néanmoins un peu douché quand le prix de ces informations arriva sur la table. Elle n'était pas bête, elle savait que les négociations venaient de démarrer. Des années auparavant, elle aurait eu l'embarras du choix : mais à présent elle ne possédait presque plus rien. Et le peu qui lui appartenait avait surtout de la valeur à ses propres yeux. Pru'Ha ne lui avait pas paru détenir de ressources à dilapider, et elle se refusait à la faire payer à sa place. Elle profitait déjà trop de sa générosité. Quant à ses compagnons de voyage, ils étaient sans doute dans la même situation qu'elle, et elle ne voulait pas non plus abuser en leur demandant quoique ce soit.

"Je ne possède pas grand chose, mais je ne vais sans doute pas partir d'Elimith avant un moment." Avec la blessure d'Arkaï et l'hiver qui approchait, elle ne pensait pas trop s'avancer en prévoyant d'être disponible pendant plusieurs semaines. "J'ai de l'énergie à revendre et j'apprends vite. Je pourrais revenir à nouveau vous aider ?" L'affirmation reposait toutefois beaucoup sur son honnêteté. Elle espérait que Florène avait senti qu'elle n'avait qu'une parole, autrement elle ne voyait pas bien quelle garantie lui offrir.


Dardant un regard inquisiteur sur la jeune demoiselle, Florène entreprit de l’inspecter brièvement, mais consciencieusement. Quelque chose n’allait pas. Peut-être cette enfant n’avait-elle pas conscience de ce qu’elle proposait ? Auquel cas elle aurait bien du mal à accepter son offre : elle n’avait aucune envie de naïvement jeter en pâture une autre encore ; quand bien même une petite voix au fond d’elle lui assurait que la situation ne serait pas comparable à celle d’Onag — pour cette inconnue, la sentence serait temporaire. 

D’expérience, elle savait combien le temporaire pouvait durer, à Elimith.
 
La vielle femme ne put pourtant s’empêcher de considérer, un instant, l’avance de l’Innommée. Sa nouvelle amie n’était pas la plus dessalée des gamines passées par l’Agueil mais elle ne serait de toute façon pas seule. Cet unique état de fait l’aidait à justifier ce qu’elle était indubitablement en train d’envisager.  Ce qu’elle n’admettait pas considérer. 

Trop surprise pour continuer à frotter, sa main émaciée restait suspendue dans le vide, à quelques pouces de la calotte de terre cuite qu’elle avait commencé à astiquer. Elle n’avait que peu de ces pièces-la, abandonnées des années auparavant par une caravanière Gérudo perdue bien loin de ses contrées. Usuellement, elle en prenait le plus grand soin. 

"Ben… euh…", commença alors l’ancienne tenancière, dont la voix s’était fait considérablement moins affirmée. On la prenait rarement autant au dépourvu dans ce genre de moments. « C’est dont-ben étrange… », repondit-elle ensuite, soudainement plus indiscrète encore. Deux rides, assez similaires à celles qu'arboraient parfois les gens importants striaient désormais son front ; coincées entre des yeux ceinturés de cernes. Généralement associée au lion en des temps anciens, qu'elle n'avait de toute façon pas connus, elles témoignaient de sa circonspection. L'étrangère disait venir du village Sheikah, où elle avait prétendument été recueillie. Ses parents adoptifs devaient connaître la Cité-Commerce — qui n'en avait jamais entendu parlé ? L'ancienne ville-close portait bien ses surnoms et d'aucuns l'appelaient parfois le Joyau-Orge...

Dès lors, elle avait du mal à croire que la jeune enfant ait pu se retrouver sans le sou.

"T'sais-tu pas, y'a une vieille Shikah' qu'vit dans l'vieux moulin, su'l haut la colline", reprit la Doyenne, jaugeant d'un oeil d'apparence distrait les vêtements de la vagabonde. En vérité, elle cherchait à identifier un signe - quelle qu'en soit la nature - qui pourrait l'aider à comprendre ce qui clochait dans le récit de la jeune Hylienne à la crinière d'été. A l'évidence, elle ne lui disait pas tout. Son habit ne trahissait pas une précarité particulière ou un desespoir aussi marqué que celui qui, peut-être, pouvait la pousser à ainsi se vendre. « Pitet' qu'elle pourrais-tu... j'sais pas... t'aider ? », interrogea encore l'Ancienne, qui avait cru comprendre que les gens d'Impa entretenaient un rapport à l'autre... différent. Pour peu qu'autrui soit des leurs. « Fais-y attention, c'la dit. L'est pas vraiment comme nous », alerta cependant Florène, peut désireuse de retrouver sa baroudeuse charmée par un étrange sortilège. Et elle de poursuivre, non sans employer des mots dans le sens exact - comme la prononciation ! - était parfois devenu obscur : « Y's'dit souvent par ici qu'elle fait-y d'la maggie. T'sais-tu, les espèss' d'rituels qu'attirent eul'mauvais œil... » Ses frêles épaules furent secouées d'un frisson, à la seule évocation de cette idée. Elle savait personnellement qu'elle ne s'approcherait pour rien au monde de la demeure de la Macrale.

"C'la dit, s'tu préfères-tu travailler pour moi, on pourrait-y s'ranger", avoua ensuite la vieille patronne, tachant d'ignorer cette conscience qui polluait son esprit et n'aiderait pas sa chère Onag à s'arracher à leur éternelle prison. Elle déposa la brosse et la vaisselle de côté, dans les hautes herbes qu'accrochaient follement les premières lueurs du joueur, discrets haillons d'argents sciés par les dents de la Montagne. « M'ttons un mois. A compter d'demain. Mais pas d'éclat pour paiement. Juste mes s'crets. D'accord ?», lança-t-elle enfin, tendant la paume vers la Demoiselle de la Rivière. Une poignée de main ouverte, pour sceller un contrat.

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Zelda

Princesse à la retraite

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La vielle femme sembla surprise par sa proposition de travailler à l'auberge, en tout cas suffisamment pour se figer sur place et stopper la vaisselle. Pourtant, la jeune Hylienne ne se démonta pas et de son côté elle frotta de plus belle les assiettes pour montrer de quoi elle était capable en attendant la décision de sa potentielle future employeuse.

Finalement, l'aubergiste reprit la parole et l'ancienne princesse comprit alors ce qui l'avait surprise : ce n'était pas tant sa proposition de travail que le fait de ne pas avoir d'argent plus direct à échanger à la place. Et la tenancière n'avait pas tort : elle aurait pu demander à Pru'Ha son aide. Elle était certaine qu'elle l'aurait obtenue, mais elle ne savait pas dans quel état cela laisserait les ressources de la Sheikah et elle profitait déjà de son hospitalité tout en lui apportant des bouches supplémentaires à nourrir. La dernière Nohansen n'avait peut-être pas la notion précise du prix des choses, encore moins dans ce monde qu'elle découvrait et alors qu'elle était choyée par les Sheikahs, mais même un lointain aperçu suffisait pour comprendre que la vie était devenue plus dure qu'auparavant.

Elle dut se mordre la lèvre pour se retenir de défendre sa vieille amie. Elle n'était pas sûre que ce soit le meilleur moment pour plaider la cause de la scientifique. Encore moins pour expliquer qu'elle vivait justement actuellement au laboratoire et qu'elle participait à ses recherches. Pire encore, que si quelqu'un avait bien un jour fait de la magie, c'était elle. Même si l'antique prêtresse ne souhaitait pas mentir ouvertement, elle n'était pas obligée de tout déballer pour autant. "J'ai déjà tellement profité de la générosité des Sheikahs..." Et pas seulement d'eux d'ailleurs. Certaines dettes seraient plus difficiles à régler un jour que d'autres. "Je ne veux plus dépendre de personne, c'est pour ça que je préfère proposer mes services."

Malgré son étonnement premier, la vieille femme paraissait ouverte à l'idée et elle lui fit une proposition en ce sens. Zelda réfléchit quelques instants. Ne pas être payée ne la dérangeait pas : elle aurait apprécié de pouvoir rembourser une partie de sa dette à Pru'Ha mais elle avait la chance d'être à l'abri du besoin pour l'instant et rien ne pressait. La durée ne la gênait pas non plus puisqu'ils allaient sans doute devoir passer l'hiver sur place. Elle devrait sacrifier du temps de recherche mais elle savait que c'était pour une bonne cause et qu'elle n'aurait pas la conscience en paix sans avoir tout tenté.

En revanche, commencer dès le lendemain ne l'arrangeait pas puisqu'elle ignorait quand leur enquête prendrait fin. À vrai dire, elle n'était même pas sûre qu'ils aboutissent à une solution, mais il y avait peu de chance que tout soit réglé le soir-même Il faudrait sans doute quelques jours avant qu'ils n'y parviennent ou qu'ils ne finissent par abandonner faute de pistes. "Laissez-moi seulement deux ou trois jours pour régler quelques affaires personnelles..." Elle préférait rester évasive en demandant ce délai, elle se souvenait encore de la réaction de Florène quand elle avait parlé de la voix du puits, inutile d'insister sur le fait qu'elle courait peut-être après une chimère. "Mis à part ça, je suis d'accord. Un mois de travail ici, et uniquement contre vos secrets, pas d'éclats." Main tendue également, elle était prête à serrer celle de la tenancière si elle acceptait sa condition.


"Eh", fit simplement la vieille femme, d'un ton entendu. Elle n'attendait pas de l'Innommée de la Rivière qu'elle se justifie devant elle. Ce n'était pas quelque chose qu'elle aurait à faire, une fois le tablier enfilé. Bien sûr, l'ancienne tenancière de l'Agueil appréciait toujours d'en apprendre davantage ! Mais, cette fois, elle avait l'impression qu'il y avait autre chose. Que la petite n'osait peut-être pas avouer. « T'en fais-tu pas trop. J'comprend ben, moi aussi », tacha-t-elle alors dans l'espoir de la rassurer, les lèvres allongées par un sourire bienveillant. « Moi non pu, j'voudrais-ty pas approcher eul'moulin. Y'font sacrément peur, l'gens qu'habitent-y là bas », souffla enfin Gris-Epi, alors que sa main épousait tendrement l'épaule de la jeune demoiselle. Elle ne connaissait personne, entre les murs de la Ville-Close, qui serait assez fou pour aller demander de l'aide à la Macrale. Certains craignaient même de faire commerce avec elle ou avec son compagnon ; aussi était-ce souvent leur fille qui pour eux se rendait sur le marché. Depuis l'étrange disparition de cette dernière, il devenait difficile d'en savoir plus sur ce qu'il pouvait se passer au sommet de la dolente colline.

Elle ignorait donc ce qu'il était advenu de la toute jeune fille que Sépharo et Lariz aimaient à épier dès qu'ils en avaient l'occasion. Elle même n'en revenait pas de savoir la Pie-Grièche encore en mesure de porter progéniture, mais elle avait entendu dire que la petite était de sang Sheikah. L'ancienne aubergiste se refusait depuis à croire certaines des rumeurs les plus sordides qui, immanquablement, ceinturaient les abords du laboratoire.

Cheveux-de-Blé, dont elle ne connaissait toujours le prénom, était absorbée par sa tâche. En quelques minutes, elle avait su faire mentir sa première impression et travaillait désormais d'arrache-pied ; comme pour mieux la convaincre qu'elle pourrait se montrer utile, une fois coincée à l'Agueil avec le Zora et sa tendre Onag. Ce volontarisme ne manqua pas de tirer un second sourire à l'Ancienne, qui savait apprécier la valeur de l'effort ; le prix du dévouement. Elle n'avait connu que trop de tire-au-flanc dont un, longtemps, avait partagé sa couche. « 'Coutes, petite, s'tu-veux-tu travailler pour moi, ça m'convient. Mais faut savoir qu'c'est pas vraiment une tâche facile », alerta-t-elle, comme pour lui dire qu'elle était effectivement embauchée. Il faudrait encore voir certains détails avec Opar, mais puisque l'étrangère ne serait pas payée, il n'avait aucune raison de cracher sur un peu d'aide, surtout accompagnée d'un jolis minois. « C'pas comme la vie là-bas, sur les routes où chez les Shikah'. Ici, faudra veiller au grain, s'rvir les gens à l'heure et pis pas toujours des gars correc' », reprit Florène, qui savait combien les métayers et les mineurs avaient pu lui manquer de respect par le passé, quel sort encore aujourd'hui ils réservaient sa fille. « C'na rien à voir avec l'travail dans les galeries, mais ça veut pas dire qu'c'est-y simple pour autant. T'sras vannée à la fin du service », ajouta-t-elle ensuite, son regard olive plongé dans les émeraudes de l'inconnue dont la main rejoignit tout de même la sienne.

Les doigts osseux de la rombière s'enroulèrent autour de ceux de la vagabonde comme le lierre enserre parfois les arbres. Mais avant de secouer la poigne, comme il était de coutume de le faire à Elimith, elle fronça les sourcils et la tança d'un air sévère. Ses lèvres, désormais pincées jusqu'au blanc, se descellèrent soudain dévoilant une dentition malmenée par les âges. Tirant doucement sur le bras de l'enfant, elle la rapprocha jusqu'à pouvoir lui parler moins fort. « Prends l'temps qui t'faudras-tu et r'vient m'voir quand c'est qu't'as-tu fini », lança-t-elle à voix basse. Avant de poursuivre, d'un ton ferme, pour faire comprendre qu'avaient pris fin les négociations : « En r'vanche, chaque jours qu'tu travailles-tu pas s'ra rattrapé ensuite. Pigé ? »

La Doyenne lâcha ensuite la jeune femme, qui hocha de la tête en silence et son sourire d'alors revint. « Va-t-y falloir qu'tu m'dises-tu comment qu'on t'appelle aussi. Pour qu'Onag sache », ajouta-t-elle, soudainement aussi légère qu'un rameau en automne.

Ramassant la brosse qu'elle avait abandonnée à ses côtés et récupérant une autre des écuelles qu'elle n'avait pas encore lavée, Florène se concentra de nouveau sur la tache qui l'avait initialement menée ici. Elle connaissait assez bien son compagnon pour savoir quels cris d'orfraies il était susceptible de pousser si la vaisselle n'était pas terminée quand il trouverait enfin la force nécessaire pour s'arracher à la chaleur moite des édredons qui drapaient leur paillasse. Après un bref moment de silence, elle se décida finalement à livrer ses secrets. « C'doit ben faire douze ou quinze hivers qu'on a condamné l'ancien puits », cracha enfin l'Ancienne, qui commençait doucement à mélanger les dates. « A l'époque, c'tait pas Baldin eul'Bourgmestre. C'tait l'Charpentier. C'lui qu'est-y parti loin vers eul'Nord, 'près l'histoire avec sa compagne pis sa fille. 'Fin bref », divagua-t-elle ensuite, tâchant de se remémorer comment s'étaient passé les événements. Elle avait toujours pu compter sur sa tête pour se souvenir, mais passés cent étés certains évènements semblaient plus insignifiants que d'autres.

"Y'a eu plusieurs accidents, par-là bas", se rappela-t-elle enfin. Sa mine s'était faite plus sombre et ses mains demeuraient en suspens, à quelques pouces seulement du canal, dont les flots scintillaient çà et là d'une lumière de fer. La vieille femme avait cessé de frotter sans même s'en rendre compte. « 'Sais pas bien pourquoi, mais la structure du puits 'tait fragile. » Elle se souvenait la peur, gravée comme un masque sur le visage de Coria quand cette dernière avant manqué d'être happée dans la cavité. La métayère n'était d'ailleurs pas la seule. Inspirant profondément, Florène reprit son récit : « L'Bourgmestre a laissé faire tant qu'y s'passait rien d'grave. Pis, un jour, une gamine a disparu. »

Le lichen qui grimpait jusqu'à ses yeux glissa alors vers la butte, qui n'accueillait pas que la vieille Sheikah et son assistant. « Personne a jamais r'trouvé la pov' enfant. Certains disent d'ailleurs qu'l'est pas morte, juste partie. D'autres qu'c'est un coup des rougeauds qui crapahutent-y dans eules'bois. C'est p'têt vrai. Mais au final, on a pas trop cherché », reconnut-elle, sans ressentir le besoin de se justifier. Chaque année, des enfants disparaissaient à Elimith ; comme dans l'essentiel des rares colonies subsistant encore sur les ruines de l'ancien Royaume. Malon, la soeur de Waldgar, et Eluria n'étaient que deux des plus récents exemples. Elle même avait perdu deux filles aux profits de ces Landes sauvages qu'il lui arrivait d'honnir avec rage. « Y'a qu'les Bouviers qu'ont refusé d'acc'pter c'qui s'était passé. Pas surprenant : la gamine, c'tait leur fillette. Méryl », se surprit à détailler Florène, qui se souvenait de l'enfant comme si elle l'avait croisée la veille. Onag n'avait jamais eu d'amie aussi chère et s'était considérablement refermée depuis lors. Elle n'avait pas fait le lien auparavant et commençait enfin à comprendre.

"L'père a fait un scandale comme pas possib'. M'semble qu'la mère 'tait d'jà morte mais j'saurais pu dire. L'Bourgmestre et pis l'chef d'la Milice ont dit qu'y'avait pas assez d'hommes pr la chercher. Quand l'père a r'trouvé l'bac à eau qu'elle transportait c'soir-là, l'a crié plus fort. L'était notamment soutenu par Baldin, qu'était d'jà ben riche." Un instant, Florène se tût de nouveau. Elle n'aimait pas repenser à ce genre de moments, à tous ces jours maudits qu'il lui avait fallu traverser depuis cette nuit sinistre durant laquelle le monde avait brûlé. Elle n'en gardait que des souvenirs flous, mais les images étaient restées éternellement imprimées sur sa rétine. « Pour éviter l'genre de choses qu'se sont passées hier, eul'Bourgmestre a préféré faire creuser un nouveau puits. Pis, quand il a pu, l'a condamné l'ancien. »

Un instant encore, le silence retomba sur la rivière dont le chant lui-même semblait s'être tût.

Florène se retourna vers l'étrangère, la gueule striée de rides dont chacune apparaissait plus profonde qu'avant leur échange.

"Y'a rien d'magique d'rrière tout ça", soupira-t-elle, éreintée. « Pourtant, c'serait tellement plus simple de s'dire que ces drames-là, c'pas not' faute. »

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Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

L'ancienne princesse se sentait mal de ne pas pouvoir défendre sa vieille amie des superstitions dont elle faisait l'objet mais elle ne pouvait pas se permettre actuellement de s'attirer la méfiance de son informatrice. De toute façon, si elle devait passer un bon mois à travailler à l'Agueil il serait toujours temps de tenter de faire évoluer les mentalités plus tard et en douceur. Une fois encore, la vielle femme insista sur la difficulté de la tâche qui l'attendait, mais la jeune Hylienne se sentait prête à faire ce qu'il faudrait si cela pouvait lui donner une piste pour sauver le village du malheur qui le touchait. Le dur labeur ne l'effrayait pas, pas plus que la potentielle impolitesse de certains clients et elle était certaine que l'expérience serait enrichissante. Aussi ne fléchit-elle pas et garda-t-elle sa main tendue pour accueillir celle de l'aubergiste et sceller leur marché. Elle acquiesça même à la condition que le délai qu'elle avait demandé entraînerait puisqu'elle n'était pas à quelques jours près. Cela lui permettrait d'enquêter plus sereinement.

Une fois leur marché scellé, la tenancière lui demanda son nom. Après tout elle connaissait le sien mais la réciproque n'était pas encore vraie. Sobrement, elle se contenta de se présenter avec un petit sourire. "Je m'appelle Zelda." Patiente, elle se remit ensuite silencieusement à sa tâche en attendant que Florène lui livre ses secrets. N'ayant aucune intention de la mettre en retard sur sa journée de travail de par son irruption chez elle, elle continuait à mettre du cœur à l'ouvrage même à présent qu'elles avaient officialisé leur arrangement. Quand l'aubergiste reprit la parole, elle la laissa parler sans l'interrompre. Elle ne connaissait pas toutes les personnes dont la vieille femme parlait, et le récit lui semblait parfois décousu, mais elle faisait de son mieux pour en mémoriser tous les détails.

Frottant méticuleusement une assiette, la main de Zelda s'arrêta quand il fut question de la disparition d'une petite fille. Elle tourna un visage peiné vers la dame de l'auberge. Elle n'était pas naïve, elle savait que ni les grandes villes ni les hautes murailles n'empêchaient les drames, pas plus aujourd'hui qu'avant le Fléau, la scène de la veille en avait d'ailleurs fait la démonstration. Pourtant, c'était un savoir qu'elle préférait généralement enfouir au fond de son esprit, et mise devant le fait accompli elle sentit son cœur se serrer. Elle ne pouvait qu'imaginer la peine des Bouviers, sans nouvelles de la jeune fille ni réponses sur sa disparition. Son fugueur à elle, elle le savait capable de se débrouiller en terres hostiles, ce n'était de toute évidence pas le cas pour une enfant. D'ailleurs, l'Hylienne imaginait mal cette dernière décider par elle-même de partir subitement de son propre chef. Où serait-elle allée seule ?

Mécaniquement, sa main se remit à frotter une écuelle alors qu'elle réfléchissait, pendue aux lèvres de la vieille femme. La tragédie qu'elle lui décrivait semblait effectivement tout ce qu'il y avait de plus tristement normal. Pourtant, l'antique prêtresse était toujours perplexe devant la décision de condamner un puits pour une disparition qui n'avait finalement pas été élucidée. Était-ce vraiment juste pour calmer la vindicte populaire ? Dans ce cas, elle aurait été curieuse d'entendre la version de la famille, et ce qui les avait tant convaincus que le puits était en cause. Une fugue lui paraissait peu probable et elle se demanda si le puits était suffisamment éloigné pour que des monstres rôdent dans les parages. Quant à la thèse de la fragilité de l'édifice et d'une chute, ce ne serait pas le plus difficile à vérifier et elle était étonnée que personne n'ait tenté l'expérience. Florène ne semblait toutefois pas en savoir davantage sur ce qui était arrivé et elle n'insista pas. "Merci d'avoir pris le temps de partager vos souvenirs avec moi." Certes, ces informations n'étaient pas gratuites, mais elle n'en était pas moins reconnaissante. Il ne s'agissait pas de réminiscences agréables à arracher au passé.

Elle aurait sans doute pu aller interroger Baldin puisque, même s'il n'était pas encore bourgmestre, il avait pris part au conflit. Pourtant, ce qui s'était passé sur la place du village l'en dissuadait tant qu'elle avait une autre piste. Zelda se sentait un peu anxieuse à l'idée de replonger la famille de la jeune enfant dans des événements qui avaient dû être bouleversants pour eux, mais leurs souvenirs seraient peut-être plus clairs. "Dites-moi la famille de la petite Méryl, les Bouviers, où habitent-ils ?" Ses deux compagnons inspectaient sans doute déjà les lieux, elle avait bien le temps de faire un petit détour avant de les rejoindre.


Jour II - 10 : 47

Quand la jeune femme s'en alla de l'auberge, la matinée était bien plus avancée. Par principe et en guise de bonne foi, elle n'avait pas pris congé de l'aubergiste avant que la vaisselle ne soit terminée. Elle se hâta en direction du laboratoire mais ce n'était pas là qu'elle se rendait. Elle s'arrêta bien avant pour obliquer en direction de ce qui semblait être une petite ferme. Plus elle s'approchait et plus elle entendait les beuglements des animaux derrière la bâtisse.

Le bâtiment devant lequel elle arriva lui paraissait tenir lieu de maison pour les fermiers et sans être particulièrement grand il avait l'air confortable et s'étendait sur deux étages. Elle frappa doucement à la porte mais aucun son ne lui parvint. Elle frappa derechef, un peu plus fort cette fois, sans obtenir plus de réponse. "Excusez-moi, il y a quelqu'un... ?"
Zelda n'eut pas à forcer beaucoup pour se rendre compte que la porte était ouverte. Elle hésita quelques secondes puis poussa un peu plus le battant de bois et une légère odeur de mouton s'en échappa. La jeune femme laissa ses yeux se promener sur la pièce. La table qui trônait au centre n'avait pas encore été complètement débarrassée et c'est ce qui la décida à s'avancer de quelques pas dans la pièce. Le pain de seigle posé là à côté d'un fromage de brebis et d'une écuelle de lait pas tout à fait vide la laissait penser que quelqu'un se trouvait là récemment et elle insista. "S'il vous plaît... Il y a quelqu'un ? Je ne veux pas vous déranger longtemps..."


La journée avait commencé tôt. Bien trop, peut-être, pour quiconque n'était pas habitué à s'occuper des bêtes. A ses yeux, cependant, c'était une chance qu'elle n'aurait échangé pour rien au monde. Un demi sourire sur les lèvres, elle réajusta brièvement la ceinture de tissue nouée autour de ses hanches avant de se retourner vers les moutons dont il lui fallait prendre soin. Une douce lumière filtrait à travers les interstices de la bergerie, dessinant de belles lignes dorées sur le foin qui tapissait le sol de terre. « Tout doux, tout doux », fit-elle, s'approchant davantage de ces animaux qu'elle connaissait, pour certains, depuis petite. Quelques-unes des vaches parmi les plus âgées, que son père s'occupait de faire pâturer en amont de leur petit domaine à cette heure-ci, étaient arrivées à la ferme avant elle. « C'est-y l'jour des p'tits-p'tons ! », ajouta-t-elle ensuite, joueuse, comme pour prévenir ses duveteux amis. Ils avaient tous été tondus quelques jours avant le début de l'été, pour que la laine ait le temps de repousser avant la venue de l'hiver. Mais il fallait tout de même entretenir leurs sabots. 

Armée de son couteau à onglons, Naye s'avança un peu plus dans la grange, décidant de commencer par le fond. C'est là que résidait Vieux Prince, le plus âgé de leurs ovins. Le plus ronchon aussi. Il n'aimait jamais ce genre de rendez-vous, mais il fallait bien commencer par quelqu'un et, ainsi, cela serait fait. « N'fais dont pô eula'tête, toi », souffla-t-elle délicatement, tandis que l'animal qui savait très bien ce qui l'attendait, affichait un air presque boudeur. Derrière elle, un concert de bêlement envahissait la bâtisse. Une partie de ces cris, qui toujours rythmaient ses journées, se perdait dans le pré jouxtant leur logis : comme à chaque fois, elle laissait les deux portes du cheptel grandes ouvertes ; gardant béliers et brebis dans leurs enclos respectifs. C'était sa sœur et son père qui lui avait appris combien il était essentiel de laisser l'air circuler. Petite, elle pensait que c'était pour l'odeur. Depuis, elle avait compris que non. Après tout, on ne la sentait plus avec le temps.

"Allez ! Su'les fesses !", lança-t-elle alors, ignorant les protestations un chouïa tartuffe du comédien. Passant derrière lui, elle força Vieux Prince a s'asseoir, avec méthode mais aussi tendresse, puis l'immobilisa à l'aide de ses pieds et de ses genoux. Elle savait bien que Rhodo faisait cela en gardant les bestiaux debout, mais elle n'avait pas l'habitude de travailler avec les vaches. L'animal bêla encore, mais se laissa faire. Il avait l'habitude. « Tu l'sais-tu, qu'c'est pour ton b'en, en plus... », le tança-t-elle d'un ton ouvertement taquin. L'air toujours mécontent, le mouton - qui avait toujours compté parmi ses petits favoris - se fit cependant silencieux. Cela se passait toujours comme ça. « Tu seras content après », ajouta Naye, qui parlait plus avec ses bêtes qu'elle ne le faisait avec les habitants d'Elimith. C'était aussi une façon de les rassurer. Appuyant l'estoc de son canif contre le sabot de sa patte arrière droite, elle inspira un grand coup. Une erreur pourrait blesser l'animal et lui causer une infection. Si la lame ne ripait pas vers sa main. « C'mmençons par l'commenc'ment, veux-tu ? », s'enquit-elle, comme pour préparer son ami à laine.

D'un geste rapide et précis, elle fit sauter la saleté qui s'était agrégée sur la première corne. Elle réitéra le mouvement deux fois. D'abord sur l'autre onglon, puis entre.

Face à eux, dans un autre enclos, quelques agneaux fraîchement nés observaient la scène sans frémir. Ils la connaissaient depuis leur plus jeune âge. Depuis le premier jour, en vérité. « Allez Vieux Prince, 'va passer aux choses s'rieuses ! », alerta-t-elle, en appuyant l'arrête de sa couteau sur le sabot. A raison de deux fois par an, environ, elle l'avait fait des centaines de fois déjà. Si pas des milliers. Sans un mot, alors que chevretaient les autres bêtes, elle entama la taille, commençant par une coupe franche sur la muraille externe, avant de revenir vers la muraille interne. Vérifiant rapidement que les deux onglons étaient désormais égaux, elle passa à la patte suivante. 

Les bêtes étaient nombreuses, et elle en aurait sûrement pour la journée.

Naye savait déjà qu'elle devrait faire une pause après quelques heures, pour aller s'enquérir de l'état de Papi. Elle avait encore du temps devant elle d'ici-là.


Le vieux garde jappait comme rarement et cela l'inquiétait. La jeune femme, relâchant les cheveux qu'elle gardait attachés depuis près de cinq heures désormais, avait décidé qu'il était temps d'aller retrouver son grand-père que la sénilité guettait de plus en plus souvent et avec de plus en plus d'insistance. Accordant un bref instant de répit aux bêtes, elle avait quitté la bergerie, convaincue que tout cela ne serait qu'une visite de routine. Le vieil homme avait presque l'âge de Florène et peinait à marcher, mais il passait l'essentiel de ses journées assis à dormir. Seulement, voilà : Canaille aboyait. Suffisamment fort pour qu'elle ne l'entende depuis l'entrée de la grange alors qu'il était dans la maison.

Quelque chose s'était forcément produit.

Ne pas savoir quoi l'angoissait.

Elle s'était mise à courir.

Si son père était rentré, le molosse n'aurait pas eu matière à s'énerver ainsi qu'il le faisait. Le chien avait fait son temps et rendu de loyaux services dix-sept ans durant. Il ne se levait plus que pour les occasions spéciales. 

En nage, elle finit par arriver jusqu'aux abords du logis, craignant que l'un des miliciens soit venu déranger la tranquillité des siens — ou pire, que son aïeul soit tombé. Elle avait cru comprendre qu'Auru avait encore fait des siennes à la Grand-Place, la veille, que les choses étaient devenues graves et qu'elles avaient à voir avec la raison pour laquelle seul son père et quelques autres étaient encore autorisés à quitter la cité. Puisqu'ils n'habitaient pas dans l'enceinte même de la Ville-Close, ce genre de mesures les concernaient rarement.

"Papiii ?!", s'époumona-t-elle, en gagnant enfin le porche ou Rhodo avait l'habitude de laisser sa fourche.

Elle n'était plus là. Et elle entendait des cris venir de la maison.

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Zelda

Team booty

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