Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – Entretien avec Florène

[Quête Halloween - 2020] - Partie III - Team Ragots

Fin de l'automne - 4 mois après (voir la timeline)

Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

Jour II - 07 : 36

La jeune femme fut surprise par l'inquiétude de ses camarades. Après tout, elle se contentait juste d'aller à quelques pas de là, à l'auberge, pour interroger une vieille dame. Certes elle s'était attendue à ce qu'Arkaï n'apprécie pas la séparation. Surtout en l'absence d'Haya, elle avait l'impression qu'il se sentait responsable de sa sécurité et elle admettait sans mal que le village avait quelques raisons d'être un peu plus agité que d'habitude. Et même au-delà de ça, elle avait aussi eu le sentiment qu'il avait parfois presque peur d'être abandonné. Ca ne la surprenait pas vraiment venant de quelqu'un qui avait été adopté et ce quel qu'ait pu être son attachement pour le vieux maître Sheikah.

Pourtant, il avait manqué de catégoriquement refuser son idée. Tout cela pouvait même paraître assez disproportionné aux yeux du jeune Elimithois qui les accompagnait. Le Gerudo finit malgré tout par se reprendre et accepter, mais pas sans la serrer contre lui avant. Il lui fit également promettre de faire attention à elle et, comme pour sceller cette promesse, lui tendit le même tissu qui avait séché ses larmes durant leur voyage. Sa vue tira un sourire à la jeune femme et elle le glissa à l'abri dans son sac, touchée. "Je serai prudente, je te le promets. Je ne serai pas longue de toute façon."

Les mises en garde du jeune homme qui les accompagnait l'étonnèrent bien plus encore. À ses explications elle devina sans mal qui était le dénommé Auru qu'ils avaient pu apercevoir hier lors de la malheureuse scène jouée sur la place du village. Malgré cela, elle ne comprenait pas ce que tout cela pouvait avoir comme rapport avec elle. Même si les réactions du garde avaient été disproportionnées à son goût et qu'il paraissait dangereux et impulsif, Zelda n'avait pas l'intention de troubler l'ordre public ni de s'en prendre au Bourgmestre. Il faut dire que l'antique prêtresse avait été relativement préservée jusque là. Son statut de princesse, même ratée, et accessoirement sans doute la présence de Link ou d'autres gardes avant lui, avaient toujours dissuadé quiconque de l'importuner. Plutôt respectée au Village Cocorico, c'était seulement à Elimith qu'elle faisait ses débuts en tant que jeune femme anonyme et jusque là elle avait surtout passé son temps enfermée au laboratoire. Elle ignorait tout, par exemple, des épreuves qu'avait à subir Onag à l'auberge et elle ne comprenait donc pas ce qu'elle avait à redouter. Toutefois, elle accueillit chaleureusement les sollicitudes de Ludrick qui allait jusqu'à lui révéler l'endroit où il vivait et ne manqua pas de noter ses conseils.

Après ces au revoir ressemblant presque à des adieux malgré leur caractère très temporaire et avec une ultime promesse de faire attention, elle s'éloigna du regard inquiet de ses camarades pour prendre le chemin de l'auberge. À présent, elle s'en remettait à eux pour débuter l'inspection des puits. Il ne lui fallut pas longtemps pour atteindre le bâtiment où elle avait dîné la veille, mais elle trouva ses portes fermées. Elle hésita à frapper, mais elle renâclait à réveiller à nouveau des braves gens trop tôt le matin.

Tandis qu'elle s'asseyait sur l'herbe à l'avant de l'auberge, elle entendit des bruits de vaisselle qui provenaient de la rivière non loin. N'ayant pas grand chose à perdre, elle se releva pour aller vérifier de quoi il s'agissait et elle aperçu une veille femme qui lavait des assiettes. Enthousiaste à l'idée d'avoir peut-être de la chance, elle se hâta de la rejoindre pour lui demander "Bonjour madame ! Êtes-vous la dénommée Florène ?" Même dans le doute, elle préféra aussi préciser directement ses intentions. "J'ai quelques questions sur l'histoire du village, et l'apothicaire m'a dit qu'on pourrait me renseigner ici."


Elle aimait sentir l’eau claire courir sur ses doigts. Ce n’était pas quelque chose qu’elle aurait été en mesure d’expliquer, mais la rivière savait la projeter vers… davantage. Un ailleurs différent de cette fastidieuse existence qu’elle ne supportait plus. Sans trop y réfléchir, la vieille femme se prit à entonner à lèvres close cette chanson, de toutes et tous oubliée. Il s’agissait d’une comptine populaire à Elimith à l’époque de sa naissance, que sa propre mère lui avait souvent soufflée pour l’aider à s’endormir. 

C’était aussi l’unique souvenir qui lui restait d’elle. D’avant le monde tel qu’il était devenu. D’une réalité ou elle n’aurait probablement pas eu à perdre deux filles. 

De décès en trahisons et de trahisons en mensonges ; la ville avait fini par user l’aubergiste. Il n’y avait qu’à l’approche du ruisseau qu’elle retrouvait un peu de ce qu’elle aurait pu être. De ce qu’elle aurait souhaité être. La liberté qu’elle avait laissé filer en se liant à Opar lui manquait bien plus qu’elle n’aurait osé l’avouer. La prison d’or dans laquelle elle s’était enfermée lui rongeait les entrailles avec une implacable constance et finirait indubitablement par la tuer — ce n’était certes pas la véhémence d’un prédateur Boko mais, à bien des égards, cela lui semblait plus inquiétant encore. 

Elle avait besoin de ce temps à la rivière. La vaisselle importait peu, mais le batillage des flots lui était devenu indispensable. 

Perdue dans ses pensées, la doyenne empilait écuelle après platée quand une voix la tira brusquement au calme de ses rêveries. Après un bref sursaut, elle se tourna vers l’étrangère dont elle provenait. La demoiselle qui la hélait avait l’air jeune, assez pour être l’une des amies d’Onag, mais elle ne l’avait encore jamais croisée auparavant. Sans un mot, les lèvres serrées et la mâchoire crispée, elle jeta un regard inquiet derrière l’inconnue ; cherchant après le molosse du Bourgmestre qui passait les voir quotidiennement depuis l’arrivée du Zora entre leurs murs. Il n’était pas arrivé. Pas encore. 

"V'yons, mon enfant, lança la vieille femme en portant de la voix autant qu’elle en était capable, ne rest'pas si loin !

Levant le bras, Florène agita la main avec énergie, encourageant sa vis-à-vis à approcher. Les perles lichen de ses yeux fatigués scrutaient toujours l’horizon qui se dessinait dans le dos de la voyageuse. Pour l’heure, le seul clapot du cours d’eau était témoin de leur échange. « J'y suis âgée et j’ai d'mal à t’entendre », reprit l’Ancienne, qui n’était pas tout à fait sincère. Et tandis que retombait sur Elimith un silence lourd, elle déposa sur la pile la gamelle qu’elle avait fini de récurer. 

A son grand soulagement, la jeune anonyme se décida à s’approcher. S’accordant un prompt – mais discret – soupir, la vieille tenancière de l’Agueil essuya brièvement ses mains noueuses et humides sur le tissu rugueux de sa robe de travail. L’ouvrage, brodé par Onag il y a déjà quelques années, était simple mais résistant et il avait l’indiscutable avantage de réchauffer ses vieux os une fois venu l’hiver. Le beige de son teint avait vu des couleurs plus pures, mais la rombière se refusait à l’emmener chez le Teinturier : l’argent avait d’autres utilités bien plus concrètes. Elle n’était pas Clevia et cela lui allait très bien. 

"T-t-t-t-t", siffla-t-elle gentiment, tandis que la jeune femme s’approchait, les lèvres brûlant de mille et unes questions. Elle, de son côté, avait préféré rester à genoux. Il lui était toujours difficile de se redresser rapidement et c’était la position la plus confortable pour mener à bien le travail qu’elle s’était attribué. « 'Peu de patience, ma p'tite », ria-t-elle doucement, non sans tapoter le sol à son côté, comme pour l’inciter à s’asseoir elle aussi. « J'suis bien celle que t'cherches-tu », admit ensuite la doyenne, dont l’âge suffisait souvent à imposer le respect. « Mais, j'y suis assez occupée. Pou'quoi ne m’aiderais-tu pas, pour commencer ? », questionna alors Florène. Sans même attendre la réponse de sa jeune amie, elle lui glissa trois bolée entre les mains ainsi qu'une brosse.

"C'est un drôle d'accent qu'eul-tiens. Tu n'viens pas vraiment du coin ?", s'enquit-elle ensuite, reprenant son office. Elle avait toujours été friande de rumeurs et de potins...

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