Hyrule's Journey

Jamais la route ne s'achève

Fin de l'automne - 3 mois 3 semaines après (voir la timeline)

Arkaï

Inventaire

  • Dague Sheikah
  • Arc Sheikah
[Rp avec Zelda, Haya, Célyse et Samir, pour le moment]

« Ne t'en fais pas, ça va. »

Arkaï parvint presque à ne pas grincer de la mâchoire alors qu'il répondait au regard sans doute inquiet que Zelda lui jetait par dessus son épaule. Mais malgré l'obscurité qui tombait sur la lande, il devait être impossible de ne pas capter la sueur qui perlait sur son visage. Même après des jours et des nuits passés à tenter d'endurcir son corps et son esprit, la réalité l'avait rattrapé. Aucun entraînement ne pouvait réellement préparer à la véritable douleur, celle qui mort dans la chair et ne lâche jamais prise, et qui charrie dans son lit un flot de regrets.

« Imbécile. » se répéta-t-il, pour la millième fois.

Plus le temps passait, et moins Arkaï parvenait à comprendre les racines de sa bêtise. Quel taon maudit avait pu le piquer pour qu'il s'éprenne de l'idée folle de dresser une bête sauvage ? Sans doute la présence d'Haya et de sa propre monture y était elle pour quelque chose. Aucun garçon n'aime clopiner à l'arrière, et lui moins que tout autre. Une désagréable sensation, lorsqu'il devait lever le nez pour parler à la princesse, complétait le tableau. Mais même motivé par toutes les raisons du monde, l'acte restait profondément idiot et Arkaï n'arrivait pas à se pardonner. Il avait rejoint le groupe en se pensant comme un élément précieux, pas un boulet. Il lui semblait déjà voir dans l'attitude d'Haya, à tord ou à raison, un agacement muet qui le rongeait de honte. Que devait elles toutes deux penser de Shingen et de son enseignement avec pareil exemple ?

Décidé à réparer au mieux son erreur et à ne pas faire peser sur ses compagnes le poids de ses conséquences, le jeune homme avait pris sur lui, ignoré les sollicitations de Zelda et fait de son mieux pour ne rien laisser transparaître de la douleur qui paralysait son bras. Le ventre noué, il repensa au moment où tout avait mal tourné ; Lorsque l'étalon s'était retourné vers lui, avec une terreur soudaine dans le regard, et que Arkaï avait à peine eu le temps de lever sa garde pour protéger son visage d'un coup de sabot vengeur.

Ah ça, il y repenserait à deux fois avant de retenter sa chance avec ces démons de l'enfer.

Une soirée pénible, une nuit insoutenable puis une journée entière à ruminer ses regrets l'avaient rendu sec et cassant. En effet, même la bonne humeur la plus solide ne peut résister à l'acide dangereux d'une blessure mal guérie. Et Arkaï savait bien que, malgré les soins de base apportés par Zelda sur le moment, il allait avoir besoin des services d'un médecin, et un sacrément bon si les dieux le permettaient ! Au moins, se consola-t-il, touchaient ils au but. Avant d'entrer dans les bois qui les séparaient de leur destination, le groupe avait pu observer au loin de fines colonnes de fumées s'échappant de cheminées d'Elimith. Depuis, chaque pas que le guerrier laissait derrière lui allégeait le fardeau pesant sur son esprit. Il pensa avec ironie qu'il en tirerait surement un bon poème, une fois reposé.

Le regard éreinté posé sur l'horizon, perdu à la frontière entre les feuillages et les buissons, il ne vit pas la racine qui s'était sournoisement comme relevée sur son passage, et sur laquelle il trébucha. En tentant de se rattraper, bras tendus devant lui, il ne vit le drame arriver qu'un instant trop tard. Sous l'impact, l'affliction explosa dans son bras et il ne put retenir un cri, vite coupé par son souffle tranché net.

Lorsque Zelda et Haya revinrent à sa hauteur, il était assis, une main pressant sa blessure dans l'espoir vain d'étouffer son supplice. Impossible de cacher la vérité ; Le sabot avait touché l'os, et pas joliment. Sous la peau, le bleu provoqué la veille s'était étendu. Devant le regard sévère de la princesse, Arkaï avoua, à demi mots et contre coeur, « C'est peut être plus grave que je croyais. »

Haya l'aida à le remonter sur ses pieds. Il n'y eut pas de sermon. Le moment ne s'y prêtait pas. Mais le garçon se douta qu'il n'y couperait pas, un jour ou l'autre. Au moins put il profiter d'un peu de satisfaction : son petit jeu ne l'avait pas épargné mais, après quelques minutes de plus, le groupe dépassa les frondaisons des bois et entama la dernière montée vers Elimith. Ils étaient arrivés, et dans les temps.


« C'est... grand. »

Arkaï se fit aussitôt l'impression d'un naïf pour avoir dit ce qui avait les atours de l'évidence. Même à la nuit tombée, ses rues désertes et seuls quelques lueurs discrètes émanant des maisons, Elimith conservait une aura assez majestueuse. La pierre claire de ses bâtiments luisait élégamment sous la lune tandis que le vent d'ouest glissait avec douceur sur la colline où la ville se lovait. Il y régnait une atmosphère apaisante, pleine de sérénité.

Fasciné et tout entier dédié à sa sérénité, Arkaï se laissait guider par Zelda et Haya, qui avaient obtenu leur entrée dans l'enceinte auprès d'un garde sacrément méfiant et têtu. Au moins avait il daigné les renseigner sur la présence d'un médecin en ville. Apparemment, le garçon pouvait s'estimer heureux - c'était là une première depuis leur départ de Cocorico - car cette personne était arrivée peu de temps auparavant. Il leur avait désigné l'auberge, dit de demander au tenancier pour les mettre en contact et souhaité bon vent. Son peu d'égards pour eux, et surtout pour Zelda, avait chauffé les nerfs d'Arkaï comme des charbons ardents, mais la princesse elle-même ne s'en était pas émue et l'avait calmé d'un sourire.

Une fois à l'auberge, ils avaient laissé Haya installer son cheval à l'écurie tandis qu'ils entraient dans l'établissement. A l'intérieur, l'atmosphère était relativement joyeuse ; la nuit déjà avancée avait sans doute déjà attiré dans son étreinte ensommeillée certains clients, tandis que d'autres, plus résistants, tuaient le temps attablés en petits groupes, jouant, buvant, parlant sans trop se soucier des nouveaux arrivants. Arkaï alla vers le comptoir, salua à la manière Sheikah et demanda à la jeune femme qui lui souriait, « Bonsoir. Avez vous de la place pour trois personnes ? »

« Bien sûr messire. En une chambre ou séparées ? »

Arkaï, pris de court entre l'inconvenance de partager son intimité avec deux femmes et leur peu de moyens, fut incapable de répondre immédiatement. Balbutiant maladroitement, il se contenta de répondre, en se tournant vers Zelda, sans masquer sa gêne, « Euh... A toi de choisir. » Puis, sa peine se réveillant dans son bras, il se rappela l'urgence du moment, « Sinon... on nous a dit que vous hébergez un médecin ? J'aurai besoin de lui. »

L'aubergiste partit d'un petit rire qu'Arkaï trouva, à vrai dire, parfaitement charmant, et l'avertit en lui pointant l'escalier qui montait surement vers les chambres, « Faites attention, si vous la réveillez, elle risque d'être de mauvaise humeur. La porte du fond. »

Soudainement plus si certain de l'urgence de la situation, Arkaï se laissa convaincre par le regard amusé de l'aubergiste. Il n'allait quand même pas reculer devant un tel risque. Après un sabot de cheval, rien de pire ne lui arriverait ici. Mais des années d'apprentissage de la politesse ne s'oublient pas en trois jours et il lui fallut un nouveau spasme de douleur pour se décider à toquer sur le bois de la porte indiquée. Aucune réponse. Il frappa à nouveau, un peu plus fort, et déclara, toujours gêné,

« ...Bonsoir ! C'est... pour une urgence. »


Célyse

Inventaire

  • Wakizashi
  • Aiguilles de jet (senbon)
Des battements secs contre sa porte arrachèrent Célyse de l'édredon dans lequel elle s'était enfoncée. Elle sursauta si violemment qu'elle se redressa dans son lit, les doigts crispés contre le col de sa chemise. Elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle s'était assoupie. Affolée de s'être abandonnée à un sommeil aussi lourd sans même s'en rendre compte, elle quitta le cocon douillet de ses draps pour se diriger vers son sac de voyage. La voix de son père résonnait dans le creux de ses oreilles, alors qu'elle se rabrouait mentalement. Tu aurais pu mourir dix fois, le temps de te réveiller pour de bon ! Quelques semaines dans ce patelin perdu auraient-elles donc suffit à détruire tous ses réflexes, son sens aigu de la survie ?

« J'arrive, » aboya-t-elle d'une voix légèrement rauque à l'homme qu'elle devinait au travers du lourd battant de bois. Combien de fois avait-elle dit à Samir de ne pas la déranger le soir ? Ce garçon avait de l'air à la place du cerveau. Elle lui avait explicitement indiqué qu'elle allait se coucher, un peu plus tôt dans la soirée. Il avait l'air d'avoir compris la leçon. Alors pourquoi venait-il encore la déranger ? Elle n'avait honnêtement pas la patience de l'écouter jacasser encore une fois, alors qu'elle aurait pu profiter de ce moment pour se reposer. Elle se levait à l'aube tous les matins. Elle n'avait pas le temps pour ces conneries.

D'un geste rageur, elle parvint à extirper une longue jupe noire de ses affaires. Elle enfila celle-ci sans grande grâce, avant de coincer sa chemise de nuit en-dessous. Un bref coup d'oeil jeté au miroir au coin de la pièce ne lui apprit pas grand chose. Mâchoire trop saillante, épaules trop larges, pas de hanches, pas de poitrine.  Les boucles de ses cheveux s'étaient emmêlés et n'arrangeaient en rien son apparence globale. Encore un peu groggy par son réveil abrupt, elle laissa ses doigts vérifier avec un certain automatisme qu'elle avait bien boutonné sa chemise jusqu'au col. Ses yeux passèrent à peine sur son visage ; celui-ci lui paraissait insupportable, même à la lueur du feu mourant de la cheminée.

Mécaniquement, elle sortit de son sac une petite fiole remplie d'un baume écarlate. Elle s'en appliqua légèrement sur le petit doigt, avant de le passer sur ses lèvres. Juste assez pour se rosir la bouche. Cela suffit à lui rendre un peu de son assurance. « C'est bon, j'arrive, » répéta-t-elle plus agressivement à l'attention de son visiteur nocturne, sans chercher à dissimuler son exaspération. Ce garçon était insupportable. A coup sûr, il lui ferait remarquer qu'elle avait un nid d'oiseau à la place de ses cheveux. Comme si elle n'avait pas déjà suffisamment conscience de ses travers.

Le pas preste du bout de ses pieds nus, elle déverrouilla la porte avant d'ouvrir celle-ci d'un coup sec. Sans se soucier de la légère différence de taille, elle décocha un regard agacé à l'homme du désert qui se tenait au seuil de sa chambre. « Qu'est-ce qu'il y a ? Je t'ai dit que j'allais me coucher... » Sa voix s'éteignit progressivement dans sa gorge, alors qu'elle saisit avec plus de clarté l'homme qui lui faisait face.

C'était bien un Gérudo. Mais ce n'était pas du tout Samir.

Celui-ci était lui aussi plus grand que Célyse, mais pas de beaucoup. Il paraissait plus jeune. Et bien, bien plus embarrassé à l'idée de la déranger à une heure tardive, tel que Samir ne le serait probablement jamais.

Sur une intonation curieusement neutre, comme si elle était restée sur sa propre surprise, la femme-médecin lâcha : « Vous. Je vous connais pas. » Son regard inquisiteur descendit au bras gauche de l'étranger, qu'il gardait recroquevillé contre son torse. « Vous êtes blessé ? »

A partir de là, elle n'avait plus vraiment le choix. Elle quitta l'entrée pour retourner vers son matelas, afin d'y rabattre la couette et de préparer une place pour son nouveau patient.  En passant devant l'âtre, elle replaça une bûche et quelques branches fines pour illuminer la pièce. Elle aurait besoin de mieux voir pour pouvoir se mettre à l'ouvrage. Son regard acéré se poser sur le visage basané de l'inconnu. Celui-ci était resté au pas de la porte, hésitant à entrer sans consentement clair de sa part. Un peu sèche mais sans méchanceté, elle reprit : « Restez pas là, entrez. J'ai une chaise, posez-vous-là. » Ses yeux incisifs se plissèrent légèrement, alors qu'elle observait mieux la blessure qui avait amené l'homme à la trouver si tardivement. « De quand ça date ? Comment c'est arrivé ? »


Samir

Inventaire

  • Cimeterre
Le feu de la salle centrale crépitait, illuminant le lieu d’une lumière chaude et tamisée. Peu sensible aux clameurs environnantes, Samir regardait son quignon de pain d’un air morne. Il était fatigué. Pas de la bonne fatigue d’une journée au grand air, sur le dos de sa jument, à respirer l’air des plaines et à prendre le soleil, pas de la somnolence satisfaite, au coin du feu, après avoir réussi à monter sa tente et à préparer un bon repas avec les moyens du bord. Non. Plus que de la fatigue physique, Samir était abruti d’un labeur répétitif et imbécile, sous les ordres d’un patron qui le traitait comme du personnel bas de gamme. La plupart du temps, il s’en accommodait : il était d’une nature positive, et au moins, il s’occupait. Mais il y avait des jours comme ça, où un mot de trop, un rapiécetage absurde, entamait sa bonne humeur.

Samir avait fini par oublier ce que ça faisait, de se faire traiter comme moins que ce qu’il valait.

Il ne s’était pas rasé depuis bien quatre jours, par la Mère ! Cela ne lui était jamais arrivé. Même en voyage, il ne se négligeait jamais et faisait montre d’une mise irréprochable, et c’était maintenant qu’il commençait ! Un peu conscient de son allure, au fond, et trop vide de volonté, pour une fois, pour interagir avec ses voisins, Samir contemplait son maigre dîner. Et dire qu’on ne le laissait pas cuisiner, ici ! Il cuisinerait bien mieux que ce soi-disant chef, si on lui donnait les mêmes ingrédients. En plus, maintenant, c’était froid. Cela faisait combien de temps, que Célyse lui avait dit qu’elle partait se coucher ? Il ne savait plus.

Ah. Il commençait à avoir envie de repartir.

La porte s’ouvrit, un peu du froid extérieur entra. Pourquoi est-ce qu’il s’était mis à côté de la porte ? C’était chiant. C’était pas malin. Il leva quand même l’œil, lorsqu’il ne reconnut pas le pas et la voix des nouveaux arrivants. Avec l’arrivée du froid et de l’hiver, il n’avait vu que peu de voyageurs débarquer, au cours des trois semaines précédentes. Il y avait deux femmes. Elles étaient vraiment belles. Il avait rarement croisé des dames aussi crottées, mais avec autant d’allure, il devait le reconnaître. Et avec elle, un homme, très grand, avec des vêtements qui lui rappelaient un peu celles de Célyse. Peut-être qu’il venait du même coin ?

Il ne remarqua qu’ensuite la couleur de ses cheveux et de sa peau.

Un Gerudo ? Toute la torpeur de Samir s’évapora d’un coup. Un Gerudo ? Ici ? A Elimith ? Son sourire lui revint enfin. Incroyable ! S’il s’y attendait ! Croiser une cousine, d’accord, mais un frère ? Alors ça ! Il devait absolument aller le dire à Célyse, sur le champ !
Oubliant sa faim et son repas, il se leva, décidé à faire connaissance. Mais déjà, le jeune homme s’en allait vers les étages, apparemment pressé. Oh. Il tenait son bras contre lui. Il avait mal ? Le pauvre. Peut-être qu’il allait voir Célyse, mais alors, Célyse le rencontrerait avant lui ! Vraiment injuste.

L’une des deux femmes qui l’accompagnait adressa quelques mots à l’autre, avant de s’en aller. La blonde était restée seule. Hm. Samir s’approcha, toute aigreur complètement disparue.

« Excusez-moi ? J’ai cru voir que votre ami avait l’air bien mal en point. Vous avez fait un long voyage, avec lui dans cet état ? Ça ne doit vraiment pas être facile. »

Il lui tendit la main, le visage avenant.

« Je m’appelle Samir. Je ne suis moi-même pas un local, mais si je peux aider, ce serait avec joie. Par exemple, je peux vous conseiller sur le menu. »
Comme ils étaient juste devant l’aubergiste, Samir chuchota, comme une confidence : « Ne prenez pas le ragoût. »


Zelda

Team booty

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
Ce fut seulement une fois obtenu le droit d'entrer dans la ville, et avec l'assurance qu'un médecin s'y trouvait, que la pression sur les épaules de Zelda commença à s'estomper. Même si le jeune homme qu'on lui avait confié était en âge de voyager seul et sans doute plus entraîné qu'elle à faire face à certains dangers, elle se sentait en quelque sorte responsable de lui, au moins tant qu'il les accompagnerait. Une mission qui lui avait paru simple de prime abord, au moins sur ce court trajet, mais vis-à-vis de laquelle elle s'était finalement sentie bien démunie face à la blessure du jeune homme.

Néanmoins l'essentiel pour l'heure c'était qu'une personne bien plus à même qu'elle de régler les choses séjournait en ville. Et au fur et à mesure qu'elle parcourait les rues pour rejoindre l'auberge, l'esprit plus léger, elle commença à prêter attention à la cité autour d'eux et aux sentiments confus qu'elle éveillait en elle. Elle pensait avoir plus ou moins bien accepté l'idée que le monde ne ressemblait plus à ce qu'elle avait connu. Le château où elle avait grandi était dans un état méconnaissable, la ville autour complètement rasée. Partout, elle ne croisait que les ruines de ce que sa mémoire s'attendait à y trouver et pourtant depuis qu'ils avaient commencé à s'approcher d'Elimith elle avait eu l'impression de progresser dans un souvenir. Bien évidemment la cité avait évolué comme n'importe quelle ville peut le faire après tant d'années et y entrer était devenu bien moins simple, mais elle était dans sa grande majorité restée inchangée. Mieux que quiconque, l'ancienne princesse savait à quoi était dû ce sursis mais il n'en restait pas moins déstabilisant.

L'avantage, c'est qu'elle n'eut aucun mal à retrouver l'auberge qui leur avait été indiquée par les gardes à l'entrée de la ville. Jetant un dernier regard aux ruelles peuplées de fantômes par sa mémoire, elle y entra à la suite d'Arkaï tandis qu'Haya s'occupait de son cheval. Le voyage lui avait permis de reprendre des forces mais même si elle se fatiguait moins rapidement à présent l'idée qu'ils pourraient enfin se poser quelques jours était réconfortante. Si l'auberge avait un aspect chaleureux et accueillant, elle fut étonnée du nombre de gens encore debout à une heure pareille. Son séjour à Cocorico avait été plus intimiste et elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle avait côtoyé autant de personnes rassemblées dans une même pièce. Pourtant, elle se doutait qu'il n'y avait là plus qu'une petite partie des clients de l'établissement. Un peu déstabilisée, elle ne put s'empêcher de laisser glisser son regard sur les fêtards, cherchant un visage qu'à son grand regret elle ne put apercevoir. Elle fut surprise de la déception qu'elle ressentit alors qu'elle savait les chances assez minces.

Malgré tout, elle avait écouté d'une oreille distraite la conversation du Gerudo avec l'aubergiste et elle dirigea vers lui un regard un peu surpris lorsqu'il lui demanda de faire un choix à sa place. Elle se rendit compte que pressés comme ils l'avaient été par sa blessure ils n'avaient pas encore discuté en détail de leurs projets une fois en ville.

"Oh, une seule chambre devrait faire l'affaire !"

Elle ignorait ce qu'envisageait de faire Haya mais pour sa part Zelda n'avait sans doute pas vraiment de quoi négocier une place. Elle avait plutôt prévu de compter sur l'hospitalité d'une vieille amie qu'elle espérait retrouver au plus vite. Lorsqu'ils approchaient d'Elimith elle avait pu constater que le vieux laboratoire se dressait toujours fièrement sur les hauteurs de la ville. Elle ne doutait pas que la petite fille d'Impa y serait la bienvenue aussi si elle le voulait mais le cas d'Arkaï était plus compliqué et elle préférait s'entretenir avec Pru'ha avant de lui promettre quoique ce soit.
Elle comptait lui détailler ses intentions et interrogations concernant leur séjour en ville, mais elle n'en eut pas le temps avant qu'il ne file vers l'étage où se trouvait le médecin qu'ils étaient venus chercher. Elle pouvait comprendre l'urgence, la douleur était sans doute difficile à supporter après tout. Elle hésita un instant à monter à sa suite mais les mises en garde de l'aubergiste lui firent craindre d'être un peu trop intrusive. Elle pouvait bien patienter un peu avant d'en discuter avec lui, et s'il tardait trop elle confierait un message à la tenancière de sa part.
Elle s'apprêtait à faire les cent pas en l'attendant mais avant même qu'elle n'ait eu le temps de s'impatienter, un inconnu vint à sa rencontre. Elle l'avait bien aperçu un peu plus tôt en passant en revue les occupants de la salle mais trop obnubilée par celui qu'elle espérait y voir, elle n'avait pas prêté plus d'attention que ça à sa présence. Et pourtant, que ça soit pour sa taille ou ses origines qui dénotaient avec le reste des clients de l'auberge, il était difficile à manquer. Elle lui tendit machinalement sa main, qui paraissait bien menue dans la sienne.

"Enchantée, Zelda..."

Elle le détailla un instant du regard, inquiète de savoir s'il était digne de confiance ou non, mais que pouvait-il bien lui arriver dans un tel endroit alors qu'Haya n'était sans doute pas très loin dehors ? Et à bien y réfléchir, elle pensait mettre le doigt sur la raison pour laquelle il était venu vers elle. Son air doux acheva de la convaincre qu'elle pouvait se détendre. Peut-être était-ce même là une opportunité pour Arkaï ? Elle avait cru comprendre qu'il se considérait presque plus comme un Sheikah qu'un Gerudo, mais elle était persuadée que renouer avec ses racines pourrait lui permettre de faire la paix avec.

"Oh, mon ami, oui... Heureusement ce grand sot a attendu que nous arrivions à proximité de la ville avant de nous faire cette frayeur."

Elle eut un regard vers les escaliers qu'il avait empruntés un peu plus tôt.

"J'imagine qu'en ce moment le médecin qui réside ici doit s'occuper de lui. J'espère qu'il s'agit de quelqu'un de doué, la blessure était plutôt impressionnante, mais nous n'avons pas tellement le choix de toute façon..."

Quand le jeune homme lui proposa de la conseiller sur le menu, et elle eut un petit rire en réaction à sa confidence d'éviter le ragoût. Elle devait s'avouer qu'avec les odeurs qui parfumaient la salle son ventre commençait quelque peu à grogner mais elle n'avait pas plus de quoi s'offrir un repas qu'une chambre. Elle interdit du mieux que possible à ses yeux de contempler les assiettes odorantes sur les tables autour d'eux. Elle préférait éviter de demander la charité.

"C'est gentil, mais je n'avais pas l'intention de manger, je suis seulement de passage, je dois aller voir une amie mais je voulais d'abord m'assurer qu'il soit entre de bonnes mains."

La proposition du jeune homme de la renseigner lui revint un instant en mémoire. Il y avait bien une question qu'elle se posait depuis son entrée dans l'auberge, et même bien avant si elle était honnête.

"Est-ce que... J'ai une question qui va vous paraître un peu bizarre... Mais est-ce que vous êtes ici depuis longtemps ? Est-ce que par hasard vous auriez vu passer un jeune Hylien blond avec des yeux bleus très clairs et accompagné d'une jument rousse ?"

Et puis quoi d'autre ? Il avait abandonné derrière lui la tunique qu'elle avait jadis confectionnée pour lui, et elle ignorait quelle tenue il portait à présent. Elle préférait également éviter de mentionner l'épée de légende. Sans doute Link lui-même ne la mettait-il pas trop en avant. Avec si peu d'informations, elle n'allait pas aller très loin. Elle aurait sans doute plus de chance auprès de Pru'ha qui le connaissait, mais elle avait du mal à être patiente.

"Pardon, c'est sans doute un peu ridicule, il doit y avoir plein de voyageurs par ici..."

Un peu gênée, et désireuse de changer de sujet, elle enchaîna assez vite sur ce qui passionnerait sans doute plus l'étranger.

"Mais vous devriez faire la connaissance de mon ami ! Il ne tardera sans doute pas à redescendre..."

Elle eut à nouveau un regard vers les escaliers. Elle ne souhaitait pas se montrer envahissante, mais elle n'avait aucune idée du temps qu'il leur faudrait attendre. En attendant elle pouvait toujours essayer d'en apprendre plus sur cet homme. Elle était curieuse de savoir si contrairement à Arkaï il avait grandi chez les Gerudos.

"Alors vous n'êtes pas d'ici ? Vous avez fait un long voyage ?"


Arkaï

Inventaire

  • Dague Sheikah
  • Arc Sheikah
Penché sur la porte, l'oreille collée au bois pour essayer de discerner un détail utile dans les échos qui la franchissaient péniblement, Arkaï manqua de basculer en avant lorsqu'on lui ouvrit. Reprenant vite pied, il se retrouva confronté à un visage inquiétant, visiblement encore à moitié assoupi et flanqué, au dessus de cernes marquées, de deux perles aussi sombres que le regard qu'ils lui dardaient. Soudainement comme privé de salive et sa langue engourdie, le guerrier ne sut où se mettre devant ce reproche immérité, avant que le médecin ne réalise son erreur et n'énonce l'évidence. En effet, ils ne se connaissaient pas, bien que Arkaï eut noté dans les traits de la jeune femme quelque chose de familier. Mais le supplice de sa blessure le poussa à remettre ces considérations à plus tard. Sa grimace ne passa visiblement pas inaperçue et il dut se contenter d'acquiescer à la question de la guérisseuse.

Aussi brusquement qu'elle avait ouvert la lourde porte de bois, elle s'en retourna à l'intérieur et s'affaira avec une énergie renouvelée. Concentré sur le fait d'encaisser la douleur sans se laisser aller à un hurlement qui aurait éveillé toute l'auberge, le garçon n'osa pas rentrer aussitôt. Il envisageait d'avantage la salle commune ou même le couloir, peu désireux de s'introduire dans l'intimité de la jeune femme qu'il venait déjà de déranger, mais la voix sèche de cette dernière l'invitant autant que lui intimant de rentrer le convainquit de sauter le pas. Manquant de peu de se cogner le front sur le chambranle à taille hylienne, il pénétra dans la pièce en observant le moindre recoin. Mélange de curiosité et de méfiance, son regard inspectait en quête d'un éventuel danger ou d'un détail qui trahirait une éventuelle mascarade. Malgré la réputation de sureté d'Elimith, Arkaï restait prudent ; à défaut d'être naïf, il se savait encore largement ignorant du monde extérieur et de ses dangers les plus insidieux. Cependant, tout ce qu'il vit se résumait à des aiguilles et un wakizachi qui venait sans doute du village caché. Ces deux éléments exhalaient une normalité familière qui l'aida à se défaire de sa défiance. Il s'approcha de la chaise et entreprit de défaire son épais bagage avant de s'asseoir...

« Ugh. Attendez. » grogna-t-il, tandis qu'il s'efforçait de défaire d'une main les sangles qui maintenaient le paquetage dans son dos. Chaque geste impliquant ses épaules lui coûtait mais l'attirail était bien pensé et il ne lui fallut pas plus que quelques instants franchement douloureux pour se délester. Son arc fut plus rude encore, mais il finit par rejoindre le reste, contre un mur de la chambre. Une fois assis, il eut droit aux questions qui fâchent, auxquelles il aurait préféré ne pas devoir répondre. Néanmoins, le regard toujours sec du médecin ne laissait que peu de doute quand à son indulgence, de manière générale. Conscient qu'il devait déjà s'estimer heureux qu'elle accepte de le recevoir, Arkaï commença à répondre, d'une voix un peu fausse, en tergiversant, sa honte encore en travers de sa gorge,

« Eh bien... Il m'est arrivé sur le chemin une légère... altercation ! Une altercation, fort incivile, avec.. un individu de la race... équidé. »

En cet instant, Arkaï n'aurait pas su dire si il lisait dans les yeux fins de la jeune femme une profonde incompréhension, un vif agacement ou une violente envie de jeter par la fenêtre celui qui venait de la réveiller pour lui sortir des salades. Baissant le menton, il ravala sa fierté et avoua, « J'ai pris un mauvais coup de sabot d'un cheval sauvage. »

Pour mieux laisser la guérisseuse faire son travail, il tendit alors son bras, bien que ce simple geste le coutât beaucoup. Non pas que son orgueil allât jusque là ; mais les Sheikahs apprenaient à régler leurs problèmes entre eux, quels qu'ils soient, et se présenter en position de faiblesse face à des étrangers restait mal vu, qu'importe les circonstances. Cependant Arkaï sentait bien que la situation l'exigeait : il ne se permettrait pas de ralentir un peu plus la princesse dans son périple. Rendu soudain inquiet par la perspective de sa guérison, le guerrier demanda, sans parvenir à masquer son trouble, « C'est grave ? Parce que je suis un peu pressé, je dois reprendre la route bientôt... J'ai de quoi vous payer ! »

Convaincu qu'elle œuvrerait sans doute mieux avec une motivation claire, le jeune homme tendit son bras valide vers son paquetage qu'il tira à lui, et fouilla dans une poche. Il en tira un sac de toile auquel son contenu donnait un aspect informe étrange. En l'ouvrant, il dévoila un petit trésor de tout et n'importe quoi ; des morceaux de minerais précieux, des sachets d'herbes médicinales ou culinaires, des petites sculptures ouvragées, du tissu fin et élégant... C'était là tout ce que Shingen avait donné à son élève comme monnaie d'échange pour son voyage. La monnaie n'avait que peu cours au village et au delà. Mais il y avait sans doute là de quoi compenser pour quelques heures de sommeil perdues. Arkaï déclara alors, son regard s'attardant sur les aiguilles et le sabre, désireux d'en savoir un peu plus, lui aussi, « Tout cela vous dit peut être quelque chose... »

Il ne s'y prit pas frontalement car, après tout, la jeune femme pouvait très bien n'avoir qu'un lien très lointain avec le village... Ou bien ces traits masquaient-ils un autre visage, bien différent. Celui de ceux qui avaient délaissé la voie juste pour l'hérésie... A vrai dire, Arkaï n'y croyait pas vraiment. De ce qu'il en savait, c'était toujours les traîtres qui nous trouvaient, et pas l'inverse. De cela, il n'était pas inquiet, mais au pire, son bras n'était jamais loin de son tanto.

En réalité, en cet instant précis, tout ce que le jeune homme espérait, c'était que ces fameuses aiguilles ne servaient pas à... ce à quoi il craignait qu'elles servissent.


Célyse

Inventaire

  • Wakizashi
  • Aiguilles de jet (senbon)
Célyse s'installa sommairement sur le rebord de sa couchette, afin d'être à la même hauteur que son patient installé à sa chaise. Tout en le laissant s'épancher sur les circonstances malencontreuses qui l'avaient conduit à sa porte, elle examina déjà l'avant-bras enflé du jeune homme. Une belle ecchymose avait commencé à se former sous sa peau brune. Restait à voir si la plaie était plus profonde que ce qu'elle paraissait l'être sous ces premières observations.

Elle leva un regard peu impressionné en direction du Gérudo. Sans doute gêné de lui confier la véritable cause de sa blessure, celui-ci cherchait à noyer le poisson du mieux qu'il pouvait. Fort heureusement, les yeux de rapace de la doctoresse suffirent à lui faire lâcher le morceau. Un cheval lui avait donné un coup de sabot. Lorsque le jeune homme lui tendit le bras, la femme-médecin réceptionna celui-ci d'un geste ferme mais pas brutal. Elle le conduisit à déplier son coude, et nota le subtil changement d'expression qui passa comme une ombre sur le visage du Gérudo. Il avait mal, même lorsque son bras était au repos. D'une rotation lente en direction du foyer de la cheminée, Célyse put examiner sous des angles et des lumières différentes le reflet violacé qui transparaissait sous la chair de son patient. 

C'était un hématome, plus profond qu'une simple ecchymose. Et ça avait eu le temps de s'étendre.

« Tu as laissé traîner ça au moins une nuit, » s'exclama-t-elle non sans reproche, d'une voix peu amène qui lui fit perdre toute la politesse du vouvoiement. Elle le fusilla du regard, pour s'assurer qu'il comprenne la gravité de la situation. « Ce n'était probablement qu'une élongation, mais tu n'as pas appelé un médecin. Et ça a empiré. » Tout en le laissant mariner dans ce premier diagnostic peu encourageant, elle quitta sa place d'un bond nerveux pour aller chercher des outils dans son sac en osier. Elle fouilla dans ses affaires pendant de longues secondes, jusqu'à ce que l'homme du désert s'enquerra de la durée de sa rémission. Elle lui décocha un regard sévère par-dessus son épaule. « Ton muscle s'est déchiré. Il te faudra au moins deux semaines d'immobilisation complète. » Lorsqu'elle revint près de lui, elle apporta un épais châle rouge avec elle.

Sans chercher à lui expliquer ce qu'elle comptait faire, elle passa le châle par-dessus l'épaule de son patient. Elle plaça le bras blessé du jeune homme dans le creux cotonneux que formait le tissu et enroula celui-ci jusqu'à ce qu'il soit solidement fixé contre sa poitrine, avant de nouer les deux extrémités du châle à son épaule. Une fois l'attelle de fortune mis en place, elle pointa du doigt l'attirail que le Gérudo avait laissé contre le mur de sa chambre. D'un ton impérieux, elle lui indiqua : « Pas de tir à l'arc. Pas de combat. Pas de montée à cheval. Pas de cuisine, rien. Tu ne touches plus à ce bras, même une fois que la douleur est partie. Et si d'ici une semaine tu vois vraiment que ça va mieux, et qu'il n'y a plus aucune douleur, ni au repos ni au toucher, alors tu reviens me voir. Et je verrai ce que je peux faire pour réduire l'hématome. Mes aiguilles servent à ça. »

Satisfaite d'avoir délivré son savoir, la doctoresse se redressa. Elle était si fatiguée d'exercer à cette heure tardive qu'elle fut presque surprise de voir son patient lui fournir de quoi la payer. Elle ne lui avait même pas communiqué le tarif de sa séance. Ce manque flagrant de professionnalisme lui fit pincer les lèvres. 

Sa main hésita brièvement, avant de saisir les sachets d'herbes que lui tendaient le jeune homme. Elle les ouvrit un par un, avec une délicatesse qui la caractérisait très peu, afin d'en examiner le contenu. Elle choisit de garder un sachet d'herbes médicinales, avant de rendre au Gérudo tous les autres. Elle n'avait même pas remarqué les pierres et minéraux précieux, sans doute peu au fait de leur valeur réelle. Ses yeux ne s'étaient pas non plus attardés sur les statuettes que l'homme du désert transportait avec lui. Ni sur les piécettes marquées par le sceau du village caché.

Elle laissa passer une seconde de silence perplexe face à la question relativement vague du jeune homme, avant de lui préciser : « Si c'est à propos de la monnaie, on n'utilise que les pièces locales ici. Mais si tu veux te débarrasser de l'un de ces tissus encombrants, je connais quelqu'un qui peut te coudre une vraie attelle. Une attelle qui ne bouge pas, et qui ne va pas se défaire si tu n'y fais pas attention. » Avec moins de certitude, elle finit par ajouter : « Je pense même qu'il te le fera gratuitement, si t'accepte de lui parler un peu. Et comme ça, tu me rendras mon châle. » Car évidemment, cela la peinait de se séparer de son écharpe, alors que l'hiver les guettait au coin de la rue. Le sachet d'herbes médicinales bien rangé dans sa poche, elle se dirigea vers la porte de sa chambre et ne s'y retourna que pour lancer un regard exigeant à son patient. « Viens avec moi. Je vais vous présenter. »


Samir

Inventaire

  • Cimeterre
« Un jeune homme blond, avec une jument rousse ? »

Samir resta silencieux une seconde, pensif. En séjournant à l’auberge et fricotant avec le personnel, il avait rencontré pas mal de personnes. Et notamment des personnes blondes, yeux bleus. Mais de là à savoir s’ils avaient une jument rousse... Il n’avait pas poussé à ce point le soucis du détail.

« J’ai vu passer un ou deux garçons blonds, oui. Mais je suis désolé, je ne sais pas s’il s’agit de votre ami. Je ne regarde pas vraiment les autres chevaux, quand je vais à l’écurie. Si vous me donniez un prénom ou une origine, je pourrais peut-être vous aider. Vous venez de quel coin ? » Un peu chagrin de n’avoir pas plus aidé son élégante interlocutrice, il ajouta cependant, d’une voix enthousiaste:  « Par contre, je peux vous dire que votre autre copain est entre de bonnes mains ! Je vous parie qu’il sortira de cette chambre en faisant le poirier comme un enfant. Nous ne sommes pas d’ici effectivement, je l’ai rencontrée au Désert, la médecin justement, je veux dire, et nous avons fait le chemin ensemble depuis. Et vous donc ? Vous faites une assemblée pour le moins hétéroclite. »

A ce moment, il entendit une voix familière percer le brouhaha ambiant et lui crier dessus:  « Hé, tête d’œuf ! »

Il sourit à la jeune femme. « Tiens ! En parlant de la louve. » Il se tourna vers Célyse, en haut de l’escalier surplombant la salle des boissons, accompagnée de l’homme roux et deux fois plus grand qu’elle qu’il avait aperçu tout à l’heure. Sacré Célyse. Elle avait vraiment un truc pour les gars comme ça. « Oui ? Venez ! On est là, on va se trouver une place, je vous invite ! » Il remarqua que le Gerudo ne marchait néanmoins pas sur les mains. Bah alors, elle rouillait ?

Il accueilla le nouveau venu avec un enthousiasme non feint, s’avançant même vers l’escalier pour les accueillir aux premières marches. Il tendit la main, pour qu’il puisse la serrer de son bras valide. « Ça, je suis bien content de croiser un frère dans les parages ! Comment t’es-tu fais ça ? Tu t’es pas loupé ! T’en fais pas, tu peux faire confiance à Célyse. Elle est pas très sympa, mais elle sait ce qu’elle fait. Je m’appelle Samir ! Tu viens de quel coin ? Ça alors, je suis bien content. » Répéta-t-il. « Mais j’imagine que tu n’es pas venue pour nous présenter. Tu as besoin de moi ? » continua-t-il en se tournant vers Célyse.


Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
La jeune femme fut déçue de ne pas obtenir d'informations sur Link. Elle aurait pourtant du s'y attendre : les questions qu'elle avait posé étaient particulièrement vagues. Elle avait volontairement évité de donner le nom du héros. Il n'était certainement pas le seul à le porter, mais elle savait que les Yigas étaient au courant de son retour et que trop d'indications permettraient de faire un rapprochement qui pouvait s'avérer dangereux. L'air avenant du Gerudo qui l'avait accueillie avait beau lui inspirer confiance, elle avait peur qu'en révéler trop puisse attirer des ennuis à  à ce jeune homme qu'elle traitait pourtant si souvent d'idiot... On lui avait toujours enseigné que les murs pouvaient avoir des oreilles, aussi préférait-elle rester prudente à ce sujet.
Elle n'avait en revanche pas eu de problèmes à donner sa propre identité puisque personne n'avait de raison de la relier à une princesse supposée être morte un siècle auparavant.

"Veuillez oubliez ma question, ça n'a que peu d'importance. Pour ma part je suis originaire de la région. J'arrive tout juste d'un village au Nord-Ouest d'ici."

Elle se retint de citer Cocorico ou de donner plus de précisions. Le village Sheikah était peut-être bien connu des gens d'Elimith, mais le peuple d'Impa avait sans doute profité de sa position cachée au creux des montagnes. Elle n'était pas certaine que tout le monde y soit aussi volontiers accueilli qu'elle et puis quelle différence la précision aurait-elle apporté ? Même si elle l'avait voulu, elle n'aurait pas pu s'étendre sur ses véritables origines, bien plus compliquées à expliquer.

De toute façon, le Gerudo qui semblait désireux de la rassurer enchaîna vite sur le sujet de son ami envoyé au chevet du médecin des lieux. Il était difficile de ne pas retrouver le sourire face à un tel optimisme. En tout cas elle était ravie que l'homme semble s'intéresser à Arkaï. Même si elle avait promis de ne pas creuser plus le sujet de ses origines, elle espérait que la rencontre lui fasse le plus grand bien.
Elle cherchait une explication à lui donner quant à la formation de leur petit groupe, sans pour autant trop en dire, quand l'attention de l'homme fut détournée par une voix qui semblait l'interpeller. Elle en profita pour esquiver la question.

Elle suivit Samir jusqu'au bas de l'escalier, bien plus discrète que lui. La jeune femme qui descendait aux côtés d'Arkaï devait être celle qui l'avait soigné. Attendant qu'elle ait fini de descendre, Zelda s'avança vers elle et se pencha pour lui manifester sa reconnaissance à la manière des Sheikahs.

"Je vous remercie d'avoir pris soin de lui." Elle reprit après s'être redressée. "Je m'appelle Zelda, je suis une compagne de route d'Arkaï. J'aimerais faire plus ample connaissance avec vous mais...."

Son regard glissa jusqu'à son ami. À présent qu'elle était rassurée sur son état, elle allait devoir l'abandonner en compagnie des deux inconnus. Il était déjà tard et elle espérait ne pas avoir à réveiller Pru'Ha tout en évitant d'avoir à marchander plus de place à l'auberge.

"Je dois me rendre au laboratoire avant que la nuit ne soit trop avancée. Tu pourras nous y trouver Haya et moi, si tu as besoin de quoique ce soit. Je t'expliquerai tout ça plus en détail plus tard."

Elle n'osait pas être plus précise, mais elle ne savait pas quand elle pourrait être à nouveau seule avec Arkaï et elle ne voulait pas qu'il s'inquiète de son absence. Elle ignorait déjà si elle avait bien fait de mentionner le laboratoire, et si les invités y étaient si fréquents que ça... Se tournant à nouveau vers leurs deux nouvelles connaissances elle reprit.

"Je vous le confie. Nous passerons sûrement quelques jours ici, j'espère avoir l'honneur de vous croiser à nouveau." et elle termina avec un sourire vers Samir "Merci de m'avoir tenu compagnie et changé les idées." avant de s'éloigner en direction de la sortie pour vérifier si Haya l'avait attendue dehors.


Arkaï

Inventaire

  • Dague Sheikah
  • Arc Sheikah
Sous le coup des remontrances du médecin, Arkaï n'avait pu se résoudre qu'à baisser le menton, et accepter de se faire passer un savon. Le ton de Célyse trahissait un profond agacement devant la situation, ce qui ne pouvait signifier qu'une mauvaise nouvelle. Cependant, le garçon se refusait à envisager le pire ; Bien sûr, ce qu'il vivait ne rimait pas un immense plaisir mais tout de même, il n'avait que peu d'années derrière lui et le cheval coupable ne l'avait pas piétiné toute une journée... Sûrement, tout cela ne pouvait pas être très grave...

« Il te faudra au moins deux semaines d'immobilisation complète. »

De la gorge serrée d'Arkaï jaillit un petit rire, nerveux et trop aigu pour être léger.

« Immobilisation... Complète ? Deux semaines ? » Répéta-t-il lentement, incrédule, avec un sourire tendu pour Célyse, comme pour qu'elle tombe le masque et révèle sa farce. Mais nulle ironie ne se lut sur le visage de la jeune femme, qui le fusillait toujours du regard. « Mais enfin c'est impossible... » Entreprit il de protester tandis que la soigneuse s'approchait et lui enveloppait avec soin l'épaule et le bras dans son châle, « Je voyage avec des amies, je peux pas les faire attendre comme ç... » objecta-il, le souffle brusquement coupé par la douleur lorsque le médecin noua le tissu, bloquant son bras sur sa poitrine. « C'est impossible. » Insista le garçon une dernière fois, en vain, tant ses paroles semblaient s'évaporer avant d'atteindre Célyse.

Cette dernière désigna alors son barda et précisa sa liste d'interdiction, cochant absolument toutes les cases de ce que Arkaï était censé pouvoir faire une fois reparti sur la route. L'expression du garçon se décomposa à mesure qu'il se sentait devenir un poids pour ses deux camarades. Il aurait aimé pouvoir se lever, toiser Célyse, lui expliquer d'un ton impérieux qu'il n'était pas question de faire attendre la princesse royale d'Hyrule avec ses problèmes, mais il ne s'en sentait ni la force ni le droit. Zelda avait insisté ; ils devaient tout faire pour se fondre dans le décor, ne pas attirer l'attention sur elle. Néanmoins, il doutait déjà de pouvoir suivre les indications du médecin. Même si les saisons étaient clémentes avec Nécluda, le départ de l'Automne ne saurait plus tarder. Une fois l'Hiver arrivé du nord et son étalon blanc couché en travers des cols de montagne... La suite du voyage serait fortement compromis. Oh dieux, Haya n'allait pas aimer ça. Quand à la simple pensée qu'elles repartent sans lui, qu'elles l'abandonnent là...

Arkaï frissonna d'effroi, et s'en voulut aussitôt.

Quand bien même Célyse apparaissait comme le corbeau porteur de message de malheur, elle n'était en rien responsable de sa situation. Pire, la jeune femme aurait sans doute préféré rester dans le domaine des songes que de rattraper ses conneries. Le jeune homme redressa le menton, tâcha de se lever sans trop grimacer, et la salua dignement, comme elle le méritait, « Merci pour tout. Et désolé. » conclut-il, contrit, en lui présentant ce avec quoi il comptait la payait. A cet instant, Arkaï espérait fortement qu'elle eut d'avantage que lui le sens de la valeur des choses... Et de l'honnêteté. Le maître l'avait bien averti de ne pas céder trop vite son trésor de voyage mais en réalité, le garçon ignorait largement la valeur de ce qu'il lui présentait, comme du prix habituel d'un passage chez le médecin. Soulagé lorsqu'elle choisit finalement un sachet d'herbes, Arkaï le fut soudain beaucoup moins lorsqu'elle l'entraîna hors de la chambre rencontrer un nouvel inconnu. Et Zelda qui l'attendait toujours...

Son dernier geste, avant de quitter la chambre, fut de tendre un doigt vers le sabre de Célyse, et de déclarer, faussement innocent, « Joli lame, ça me rappelle d'où je viens. » Il guetta sa réaction, curieux de ce qu'elle aurait à dire, ou à cacher.

Rejoindre le rez de chaussée revint pour lui à passer de l'ombre à la lumière, et du repos à la frénésie.
Comparée à la chambre tamisée et paisible de Célyse, la grande salle de l'auberge bruissait d'une certaine clameur chaleureuse nouvelle. Tandis qu'il descendait prudemment les marches pour ne pas brusquer son bras, Arkaï remarquait que l'assemblée semblait étoffée, certains paysans s'étant joints à la veillée, sans doute une fois leurs enfants couchés. Incertain de vouloir plonger dans un tel bain de vacarme, le garçon fut rassuré par la silhouette de la princesse qui semblait l'attendre en bas.

« Ah, Zelda ! Tu vas pas croire notre chance, Célyse a fait des merveilles ! » commença-t-il, en espérant que celle ci ne le contredirait pas. Si son amie pouvait au moins profiter de cette nuit sans devoir encaisser la mauvaise nouvelle, c'était toujours ça de pris à la main cruelle du destin, qu'elle ne connaissait que trop bien. Après l'avoir vu au plus bas quelques jours auparavant, chaque sourire de Zelda valait aux yeux d'Arkaï une montagne d'or. Il fut soulagé par la discrétion de la soigneuse à qui la princesse exprima alors sa gratitude en s'inclinant à la manière des Sheikahs, geste qui fit lever un sourcil au jeune homme. Bien sûr, il n'attendait pas une courbette comme dans les histoires des temps anciens mais pour autant... Il se demanda si, pour elle aussi, le village et sa tribu étaient ses seules attaches au monde à présent. Si on lui avait demandé, se serait elle présenté comme du clan d'Impa ?

Il n'eut pas le temps de vérifier sa théorie car elle s'adressa à lui, pour lui annoncer qu'elle le laissait là, et montait au laboratoire comme prévu. En vérité, prévu ou pas, Arkaï reçut assez mal le coup. Elle le laissait seul, pour la première fois depuis leur départ du village ? Et si elle avait simplement attendu la première occasion pour l'abandonner, d'une manière à peine plus classieuse qu'au détour d'un virage sur la route ? Pas besoin de chercher bien loin une raison, avec ce bras qui pendait mollement au fond du châle de Célyse. A l'instant où elle se détourna vers celle ci et son ami, le garçon sentit une boule d'angoisse grandir au creux de son ventre, réveillant des sensations douloureuses et des bribes de souvenirs mal oubliés.

Mais il ne pouvait déjà plus espérer la retenir et ses yeux se contentèrent de la suivre jusqu'à ce qu'elle ait passé la porte. Alors, ils virent se poser sur le nouveau personnage de cette tragi-comédie.

Drôles d'instants de vie, que ceux qui se gravent en un instant dans le fond d'une rétine, puis d'un esprit.

En un regard, Arkaï se retrouva comme foudroyé sur place. L'espace d'un battement de cil, il se revit dans le temps, plongé dans le miroir, confronté à son reflet déformé. Devant lui se tenait, nonchalant et souriant, un portrait de son malheur. Un homme, roux vif, à la peau mate et à la carrure dominant largement ses semblables. Seuls juraient ces yeux d'un vert profond, dissemblables de l'ambre de ceux d'Arkaï. C'était néanmoins bien assez pour le troubler, surtout lorsqu'il vit son reflet l'appeler « frère » et lui tendre la main.

Profondément mal à l'aise et perdu, il commença à saluer à la façon des Sheikahs tout en acceptant (comble de la maladresse !) la main tendue. L'inconnu la lui serra avec vigueur, comme on accueille un ami longtemps absent, en l'assommant de questions et en lui révélant son nom. Alors, il balbutia, « S... Samir ? Enchanté. Arkaï. » Il avait déjà noté que l'homme ne se présentait pas par son nom de père, de famille ou de clan... Samir, c'était bien un nom gérudo mais pour le reste, ça ne disait rien. Mais ils ne se tenaient pas là dans les odeurs de dîners montantes aux narines du garçon pour parler de leurs noms, aussi Arkaï s'efforça d'en venir au fait. « Oui, Célyse disait que tu pouvais me faire une attelle valable avec ce que j'ai là. » Il lui montra les quelques étoffes de tissus sheikahs, tout en lorgnant sur ce visage inconnu avec méfiance. Seul avec un bras en moins contre un type de sa carrure... Le garçon ignorait si il aurait la force de défendre ses biens. Mais il ne vit rien dans le regard de Samir qui transpirât la malice. Alors, il osa demander, la voix basse, en repensant à ce mot de frère, « Excusez moi... On se connaît ? »

« Dites ! » tonna alors une voix forte et autoritaire derrière eux, « Vous me gênez à traîner au milieu du passage. Allez donc vous asseoir, j'vous sers de suite. Samir, une bière et Célyse, un thé, comme d'habitude ? »

Devant la détermination de l'aubergiste, Arkaï ne posa aucune résistance et se laissa entraîner à une table par ses deux nouveaux camarades. Si on lui avait dit une heure auparavant qu'il se retrouverait dans pareille situation, seul, peut-être ses mains n'auraient elles pas poussé la porte de l'établissement, mais le garçon sut que les regrets n'y changeraient rien aussi fit il contre mauvaise fortune bon coeur. Et puis, à dire vrai, il commençait à se faire à l'atmosphère du lieu. Alors, sa langue se dénouant peu à peu, il remarqua,

« Vous faites un étrange duo, tous deux. » Puis, réalisant que ces mots pouvaient être mal pris, il rectifia, le plus vite possible, « Enfin, je veux dire, vous vous fondez pas trop dans le paysage ! Je m'attendais pas à trouver à Elimith un gérudo et... » Il s'interrompit, troublé de ne pas arriver à poser d'hypothèse sur les origines de Célyse. Il se doutait bien qu'il y avait du Sheikah en elle, son sabre en était un indice suffisant si son profil ne suffisait pas... Mais ses cheveux trahissait une ascendance plus complexe. Un peu penaud, il abrégea, « Qu'importe au fond, je ne veux pas paraître trop curieux. Ce qui compte c'est que vous ayez décidé de m'aider, désolé. »

« Chaud devant ! » annonça la serveuse alors qu'elle déposait plusieurs godets remplis sur la table.

L'espace d'un instant, Arkaï fixa sa bière d'un oeil fasciné. Il n'avait presque jamais obtenu le privilège de boire de l'alcool au village ; le Monastère étant avant tout un sanctuaire, il n'aurait su risquer la souillure quelle qu'elle fut en ses murs. Seuls quelques soirs d'été, après la récolte, avait il eu droit à ce que son verre reçoive un peu du saké qui récompensait les travailleurs. Aussi, contempler une pinte entière de bière dont la robe blonde luisait délicieusement de reflets d'or à la lumière de l'âtre... Il y avait matière à poème, mais Arkaï se sentit trop fatigué pour cela. Aussi se contenta-t-il de lever son verre et de souhaiter « Paix et prospérité ! » comme le faisaient les Sheikahs, avant de boire.

Lorsqu'il reposa la chope, elle était presque vide et lui se sentait déjà bien mieux. Son sourire satisfait en disait assez sur le sentiment que lui laissait sa dégustation. Il regrettait seulement de ne pas partager ce moment avec Haya et Zelda. Il se sentait un peu honteux d'être là à profiter pendant qu'elles s'occupaient sûrement de sujets graves et importants là haut, au laboratoire. Mais ruminer tout cela ne servait à rien, aussi demanda-t-il confirmation à Samir,

« Tu pense pouvoir faire quelque chose pour mon bras ? J'ai sûrement de quoi te payer si il faut. »

Après tout, Célyse avait trouvé son bonheur mais peut-être qu'un autre n'y verrait que des babioles sans intérêt, c'était le gros défaut du système, mais de toute manière Arkaï ne voulut pas compter sur la possibilité, énoncée par la soigneuse, que son ami oeuvre gratis. Le travail méritait salaire, sur quelque forme que ce soit. Il ramena la bière à ses lèvres, et finit son verre. Une douce chaleur commençait à lui monter aux tempes, ce qui eut comme effet secondaire de lui ouvrir subitement l'appétit. Il demanda alors à Samir, et surtout à Célyse, se sentant toujours coupable de l'avoir tiré du lit,

« Laissez moi vous offrir le repas, c'est la moindre des choses. »

Et en quelques gestes, il fit signe à la tenancière de remplir trois bols du ragoût dont le fumet embaumait la pièce. Dieux, que cette soirée lui avait donné faim... Et puis partager un dîner, c'était repousser le moment où il se retrouverait seul en quatre murs. Jamais dans sa vie Arkaï n'avait apprécié ces moments, et ce soir là moins encore.