Hyrule's Journey

Les éléphants se cachent pour mourir

Début de l'hiver - 4 mois 1 semaine 2 jours après (voir la timeline)

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Petite noisette

Inventaire

  • Grappin-Griffe
  • Scramasaxe

Le vent fouettait ses tempes avec une ardeur vilaine. D'une main, l'autre maintenant toujours ferment la bride, il remonta sur son nez les pelisses qui n'avaient de cesse de chuter. Sans un mot, l'Hylien accorda un bref regard à la jument qui suivait dans ses pas. Seuls perçaient ses naseaux mangés de neige, tant il l'avait enterrée sous les fourrures en prévision de leur ascension. Il réajusta sa prise sur la lanière de cuir et tira doucement, pour qu'elle force le pas. Leur dernier campement était loin et les rafales soulèveraient bientôt assez de poudreuse pour conjurer au blizzard. Pour l'heure, le soleil permettait encore d'y voir clair mais il lui faudrait bientôt trouver un abri. Sinon pour lui, au moins pour elle. Elle l'avait suivi où qu'il aille des mois durant, bravant avec lui les pires dangers et enjambant les plus sordides des obstacles. Et pourtant, tout avait changé, dorénavant. Il était des sacrifices qu'il n'eut été résolu à exiger déjà par le passé et qui n'auraient pas eu le moindre sens aujourd'hui.

Bien que cachés derrière le cuir et le pelage de ses moufles, il laissa ses doigts courir un instant sur la hampe de la lame qui alourdissait sa hanche. Sous ses yeux s'étendait un véritable océan d'ivoire, blême et blafard, à la ligne d'horizon toujours repoussée. A chaque pas entrepris, il lui semblait que les dents-de-pierre qui cisaillaient les infinis champs de farine s'éloignaient davantage. Les quelques arbres qui perçaient parfois l'albe du sol donnaient eux aussi l'impression de fuir à son approche. Jamais, depuis les débuts de son périple, il n'avait eu à ce point le sentiment que le monde était son adversaire. Pourtant, il avait appris très tôt que son combat contre les Landes serait peut-être la plus ardue des batailles qu'il aurait à mener. Au pied des Monts d'Hebra, sur les longs plateaux, la marche lui apparaissait plus rude qu'aucune passe d'armes n'aurait su l'être. Il observa une fois encore l'astre qui, perdu si haut par-delà les nuées, ne savait plus chauffer la terre. Il avait d'ores et déjà entamé l'ultime étape de sa course.

Le tissu qui couvrait ses lèvres gercées retint son soupir, tandis que l'air froid incendiait ses poumons. Les ruines qu'ils avaient un temps longé n'étaient plus qu'un vague souvenir, pourtant seulement daté de quelques heures. Mais, perdu au cœur de la mer de givre, le temps paraissait s'étirer jusqu'à presque s'arrêter, comme prisonnier du verglas. Un instant, il regretta de ne pas avoir fait escale à ce moment-là. Mais il savait que s'il espérait en réchapper, il lui faudrait poursuivre sa route. Aussi, coudée après coudée, ils s'avancèrent lentement, traçant sillons après sillons dans le manteau d'hiver qui recouvrait les montagnes.


"Tout doux, ma belle —", souffla-t-il doucement, en guidant l'animal de la voix. Au dessus d'eux, les nuages cédaient doucement la place aux premières étoiles et des traînées de feu commençaient à danser dans les cieux. De la paume de sa main gantée, il épousa les ganaches de sa camarade avant d'en flatter délicatement l'encolure. « Par ici — », murmura-t-il encore en l'amenant sous les larges os qui pointaient haut vers les nues. La bête à qui ils appartenaient jadis était certainement immense. « On va camper ici, d'accord ? » Demanda-t-il à la jument, bien conscient qu'elle ne pourrait pas lui répondre. C'était une façon d'entretenir leur lien, de la rassurer également. Il savait combien l'épreuve pouvait être difficile pour elle aussi. En silence, il défit certains des paquets qui ceinturaient le dos de sa compagne de route, récupérant d'abord de quoi faire un peu de feu. Les bras chargé d'un ballot de bois sec, il se saisit de plus d'une petite marmite de fer noir, accrochée à la selle par la anse.

Luttant tant bien que mal contre la borée et son crachin de glace, l'enfant sans-visage disposa en cercle plusieurs morceaux de l'une des bûches qu'avait charrié Epona tout au long de la journée, maintenues en position d'une corde de chanvre. Laissant son esprit vagabonder, il brisa plusieurs copeaux de bois plus fin et les déposa au sommet de la plateforme, avant d'allumer à grand peine le petit brasier. « Viens ! », lança-t-il alors à son amie, l'incitant à s'approcher d'un geste de la main. Rapidement, l'haquenée s'installa près des flammes. Sur la gueule de l'Etranger, elles dessinaient de curieux motifs orangés, embrassant goulûment les reliefs qu'elles ne gommaient pas. « Tu dois avoir faim, non ? » S'enquit-il sobrement, réchauffant doucement la pulpe de ses doigts, meurtris par le flegme de la Montagne. L'hiver polaire de ses pupilles rencontra celui plus sombre de sa camarade et il compris qu'elle ne se sentait pas en sécurité. Elle refusait de se coucher, prête à déguerpir si la situation l'exigeait. « J'ai ce qu'il te faut, tu n'as pas à avoir peur », la taquina-t-il d'un ton léger, avant d'aller chercher après quelques unes des pommes qu'il gardait dans un sac à provision, accroché à la croupe du cheval.

Les fruits lui semblaient bien trop froids pour être mangés, aussi débourra-t-il un peu du foin qu'il avait emporté avant de partir. « Voilà pour toi ! » Fit-il simplement, après avoir tendu l'une de leurs couverture sur le tapis de neige qu'ils martelaient depuis des jours déjà. Un coup de museau le ramena sur terre. « Tu auras les pommes plus tard », siffla-t-il non un soupçon de tendresse dans la voix. Sans s'attarder, laissant au palefroi le temps de se sustenter, il parti en quête de l'unique tente avec laquelle ils s'en étaient allés. Solidement harnachée sur le dos de l'animal, elle n'avait pas bougé. Puis, alors que la fière alezan avalait le fourrage à grande bouchée, il entreprit de monter leur petit bivouac. Il abandonna son propre paquetage à l'orée de l'abri avant de s'asseoir aux côtés de la jument. Et lui d'installer le récipient de fer sur les langues rosées, avant d'y jeter pèle-mêle de quoi préparer un sobre bouillon. « Ça va aller. Tout ira bien », marmonna-t-il sans trop savoir qui il cherchait à apaiser exactement.

Engoncées dans les nuées, d'éclatantes aurores boréales serpentaient désormais entre les constellations.


Son pouce et son index écrasèrent doucement le gel de ses yeux tandis qu'il cherchait à oublier ces images qui défilaient derrière le lourd suaire de chair de ses paupières. Presque par réflexe, il regarda par dessus son épaule, s'attendant à apercevoir un véritablement fantôme. Il ne trouva que le voile de peau de la tente. Dehors, le feu n'allait pas tarder à s'éteindre et Epona l'attendait déjà. Massant son bras douloureux, il s'arracha à sa couche dans le plus dur des silences.

"Prête ?" Questionna-t-il simplement, en caparaçonnant de nouveau la jument. Il était pressé de quitter les lieux et s'éloigner autant que faire se peut de l'ombre qui le suivait. Sans doute son amie sentit-elle son désarroi : elle vint gentiment mordre le tissu de sa manche, comme pour le ramener à elle. Ses lèvres se brisèrent en un sourire discret, et anxieux. Puis, il rassembla les maigres effets qu'il n'avait pas rangé la veille au soir, préparant son nouveau départ. Ses dents grincèrent sans bruit en constatant combien leurs provisions s'amenuisaient, malgré le rationnement qu'il s'imposait. Un instant, il repensa aux propos de l'Arbre, espérant ne pas s'être trompé. Il n'aurait pas voulu lui imposer le sort qui devrait être le sien.

Lentement mais sûrement, la marche repris. Peu à peu, les enjambées les éloignèrent du squelette géant ouaté de neige et des mauvais rêves de la nuit. L'hermine du monde se dressait de nouveau devant eux, tandis que battaient en retraite les massifs, le laissant seul face au tourbillon de ses incertitudes. Jusqu'à ce que grogne un chien qu'il ne pouvait voir, mais dont il lui semblait deviner la provenance. Sans doute se cachait-il quelque part, derrière les vestiges du village qui, doucement, se séparait de l'horizon. Instinctivement, son poing se referma autour de la fusée de son scramasaxe. Bientôt, l'acier brillait de milles et lumières irisées, réfléchissant avec faste la pureté des monts d'Hebra.


Pohm

Inventaire


L'eau a peine tiède, lui dégringolait dans la nuque. yeux clos, la jeune femme cherchait a tâtons un morceau d’étoffe qu'elle avait pourtant déposé juste a coté du cruchon d'argile qui lui servait a faire sa toilette. Les perles translucides roulaient aux cotés de fragments de suif et de cendre dont la Pohm se servait en guise de savon. Quand enfin elle trouva l'objet de ses recherches, ce fut pour le porter a son visage et l’éponger en tamponnant doucement.

Debout, torse nu, la jeune femme procédait a son rituel du matin avant de vaquer a ses taches du jour. Elle observa son reflet dans l'eau trouble dont elle s’était servie pour se débarbouiller. Ses yeux d'ambre suivirent les lignes sèches de ses épaules, pour descendre sur sa carrure presque masculine. Pohm était robuste, taillée par le labeur, mais conservait tout de même des courbes et des rondeurs très féminines. Le subtil mélange de muscles et de douceur était parfaitement charmant, et sa peau sans aucune cicatrice aurait rendu fou le plus têtu des prétendant. Cependant la jeune femme ne pouvait se douter de tout cela, solitaire et seule depuis bien trop longtemps. Elle avait fini sa puberté dans le silence et se foutait royalement de plaire a quelqu'un. Portant les mains dans la masse brun roux de ses cheveux, Pohm les noua en queue de cheval haut sur sa tete. Même ainsi ils lui caressaient le bas des omoplates et quelques mèches fofolles s’échappaient pour encadrer joliment son visage.
Elle resta encore un instant a s'observer dans le reflet hésitant, puis s'en détourna pour se saisir d'une chemise de lin. Sobre, d'un beige devenu gris avec le temps, elle était ornée d'un motif végétal sur le col et l'ourlet du bas. Pohm aimait bien cette chemise, souple et confortable, souvenir de sa tendre mère. Aussi elle la portait souvent, comme pouvait en témoigner les marques d'usure aux coudes et aux poignets. Ainsi la jeune femme avait le sentiment de retenir a elle les bon moments d'avant. 

Ce matin la, Pohm ne déjeuna pas. Tout simplement car elle en avait pas envie. Parfois il lui semblait plus facile de travailler le ventre vide. Par contre, elle approcha de son feu la soupe pour le soir. Fourrant, au cas ou, quelques galettes de son dans une besace elle siffla Grayle, son chien et ouvrit la porte. Les galettes, Pohm les avait troquées contre un peu de son immonde jus de légume qu'elle désignait comme étant de l'alcool.
Et d'abord septique, a propos de ces galettes, elle fut vite conquise et en devint friande. Suffisamment pour essayer d'en obtenir a chacun de ses ravitaillements. 



Ouvrant la porte de sa modeste demeure, elle pris quelques secondes pour observer le miroir blanc avec respect et fierté. D'autres personnes auraient surement trouvé le coin déprimant et monotone. Mais elle non, elle se sentait en sécurité dans les bras de la Montagne. Pohm se rendait bien compte aussi du cran nécessaire pour survivre dans ces contrées hostiles. Seule qui plus est. Cela n’était pas a la portée de tous. De plus elle avait aussi pleinement conscience que seule, s'il lui arrivait une maladie ou une blessure, s'en serait fini. Aucune main ne viendrait se tendre pour apaiser une fièvre ou soulager une plaie. Ni même pour donner un coup de grâce. 
Et en même temps, ou aurait elle bien pu aller? Pohm n'avait que ce lieu, ces étendues de neige a perte de vue ... Son monde se résumait au petit champ qu'elle entretenait avec patience et acharnement, son chien et son Yack. Jamais elle n'aurais envisagé, même un instant, de s'en aller.Même si parfois c'était dur, Même si parfois elle se sentait très seule.

Sa maison était nichée dans un creux du flanc de montagne. Quand on lui faisait face, on avait sur la droite, après le champ, un mur naturel de pierre. C’était le temps qui avait poli la montagne, découpant ainsi un arpent presque a la verticale. Quand elle était enfant, le père de Pohm lui racontait parfois des histoires de montagnes qui crachait du feu. Et elle en faisait des cauchemars pendant des nuits et des nuits entières, marchant sur des œufs le jour, de peur de réveiller les monstres du feu qui déferleraient sur son modeste logis. 
Et sur la gauche, il y avait une colline qui montait doucement sur une petite dizaine de mètres. en gros la maison était presque invisible pour qui ignorait sa présence. Et de toutes façons tout autour il ne restait que des ruines noircies et saupoudrées de neiges, vestiges du village calciné il y a bien longtemps.




Grayle remuait avec impatience pendant que Pohm finissait d'enfiler un manteau de peaux. Jugeant inutile de s'armer de son arc -pourquoi faire de toutes façons, elle était seule- elle se contenta d'apposer une écharpe colorée sur son visage et de monter le capuchon sur ses cheveux avant d'enfiler une paire de moufles. Elle devait aller vérifier les trous creusés ça et la, en guise de piège. Des fois qu'un animal s'y jette et lui offre miraculeusement un peu de viande a ... manger ou troquer ? ... On verra en fonction de ce qu'il y a. Pohm n'avait pas de grands espoirs. Aussi elle s'aventura dans le froid vif et mordant. Elle marchait en silence, seule la neige chantait a chacun de ses pas. L’inspection fut rapide: Pohm ne savait pas fabriquer de vrais pièges. Mais elle voulait quand même s'en assurer ... Et elle fut bien malheureusement déçue : aucune proie n'avait eu la bonté de sauter a pieds joints dans le trous et d'y casser sa pipe.

La jeune femme allait retourner a son foyer, inspecter cette fois ci ses légumes et retirer ceux qui seraient murs, ou impropres a la consommation, quand le chien se figea. Le museau en l'air il trépignait légèrement sur ses pattes. Pohm s’apprêta a le siffler. il lui restait encore tellement a faire : couper du bois, le mettre a sécher dans la cahute, traire la Yack, battre une partie de la crème pour en faire du beurre, essayer de faire l'inventaire de ses denrées a vendre ... Et Grayle s'en fut courant a toute pattes, après avoir lâché un jappement d'alerte. Enfin, c'est comme ça que Pohm l’interpréta. 

Cependant, elle avait déjà vu l'animal agir ainsi, et ne fut pas surprise de ne pas le voir revenir quand elle siffla deux fois, un long sifflement avec le pouce et l'index en rond entre ses lèvres. Elle pesta en silence, en le voyant tracer un chemin dans le manteau blanc. Elle sera bien pataude a essayer de le rattraper, car il était sorti du "sentier" damassé qu'elle creusait avec ses pas quotidiennement. Grayle s’arrêtât une seconde au sommet de la colline et gronda avant de s’élancer sur un vague point noir que Pohm ne pouvait voir de la ou elle se trouvait. Levant les yeux au ciel, la jeune femme se résigna a aller chercher sa bête, probablement partis sur les traces d'un lapin. Si la piste était relativement simple a suivre, la jeune femme eu bien du mal a etre rapide a cause des multiples couches de vêtements qui la rendaient plus lourde et de la couche de neige fraîche qui s’enfonçait sous ses pas. Bientôt elle lui arriva aux genoux et Pohm dut encore ralentir l'allure pour ne pas tomber et se blesser. Aussi Grayle aboyait déjà depuis un long moment sur le gros cheval* quand la brune réussit enfin a se dégager et entourer l'encolure du chien de ses mains en posant un genoux a terre. Saisissant la peau du cou de son chien elle le força a la regarder dans les yeux et tenta par le regard de le faire taire. Puis quand l'animal fut enfin un peu plus obéissant elle porta le regard sur l'objet de toute cette agitation.

Pohm avait une peur bleue des chevaux. Et celui qui se trouvait face a elle était des plus imposant. Du moins a ses yeux. Aussi elle eu un mouvement de recul, et tomba les fesses dans la neige. L’écharpe de laine qu'elle portait sur le visage s'affaissa, dévoilant son minois rougit de froid, et sa bouche arrondie en un O surpris. Pohm ne vit pas tout de suite le cavalier. Normal, il semblait se cacher derrière sa monture, arme au poing. Pohm se maudit alors de n'avoir pris avec elle son arc. Dommage pourtant il se trouvait dans son étui de cuir, des-encordé et proprement rangé. Même si elle visait mal, peut être aurait-elle put intimider un peu. Jamais elle n'aurait pensé devoir braquer une flèche sans point de fer, sur un humain. Et pourtant elle regrettait cette faute, elle n'avait pas pensé a sa sécurité. Parfois, Pohm avait plus de mal a penser a sa survie en "groupe" que seule dans la montagne. Elle rampa sur les fesses un autre pas, et se redressa tant bien que mal, gardant les genoux un peu fléchit, comme le font les héros dans les histoires que son P'pa lui racontait parfois. 

Son idée de base c’était d'aller chercher Grayle, avant que ce dernier se casse une patte. D'ailleurs celui ci s’était remis a gronder et Pohm sentait qu'il était prêt a bondir sur l'inconnu, peut être pour le mordre. Pohm du saisir a nouveau l'animal par la peau du cou, a pleine moufles. Il serait stupide de déclencher une bagarre. Mais la méfiance l'emportait sur tout. Ses lèvres, collées entre elles d'avoir peu parlé depuis le point du jour remuèrent : "Que voulez vous?" Sa voix était rauque, comme le cri d'un mobelin. Toute la scène semblait durer depuis des heures, et pourtant seuls quelques minutes s’étaient coulées depuis que le chien avait couru vers l'inconnu. 



(* : gros aux yeux de Pohm)
** : j'espère que l'attitude du chien est cohérente, hésite pas a me dire s'il y a des soucis. N'ayant pas de chien et ayant une frousse bleue de ces bêtes je ne saurais dire si j'ai juste ou pas.


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Petite noisette

Inventaire

  • Grappin-Griffe
  • Scramasaxe

La jument eu un sursaut, mais ne broncha pas plus que de raison. Sans un regard, ni même un mot, l'Hylien retrouva naturellement son encolure, qu'il épousa de la paume droite. Dans la gauche pesait toujours l'acier et la corne qu'il avait tiré un moment plus tôt. « Tout doux », souffla-t-il doucement après un court instant, d'une voix lissée par la neige et les hauteurs les plus froides du monde. Au dessus d'eux, il n'y avait plus rien, sinon un ciel bleu, troué de nuages aussi lents que gras, cotonneux. L'air lui même commençait à se faire rare. Pourtant, les hurlements guerriers de l'animal résonnaient encore, prisonniers des dents de pierre qui ceinturaient le plateau. La bête était encore loin, mais elle approchait. 

Sans-Nom passa devant sa compagne de route, un regard mauvais gravé sur le visage, comme un inaltérable masque de méfiance. De ses lèvres gercées et de son nez rougi, camouflés derrière une lamelle de tissu, s’échappait un souffle encore trop chaud pour l’Hébra, empreint de buée. Il fronça les sourcils, portant son autre main au dessus de l'hiver qui givrait ses pupilles pour mieux voir le mâtin qui filait vers eux. Puis, peu à peu, un sentiment étrange s'empara de lui alors que gagnait en ampleur la silhouette qui s'approchait. Les Rito qui l’avaient redirigé vers les steppes immaculées n’avaient laissé de place au doute : c'était-là les terres du Dieu-Rouge et du Seigneur-Famine. Pas de qui que ce soit d'autre. Il n'aurait dû trouver âme qui vive par ici.

Sous les pelisses de ses moufles, ses phalanges blanchies encerclaient le bois de cerf de plus en plus durement. Les crampons de fer fixés à ses talons s'enfonçaient lentement dans la poudreuse et, comme bien souvent déjà depuis son départ de Cocorico, il regretta de n'avoir pas emmené d'arc. Il n'était pas mauvais tireur, mais il n'avait plus fait usage d'un tel outil depuis des mois désormais. Pas depuis ce jour-là, où tant s'était joué. Les cendres de son arme, marquées du sortilège de Zelda, avaient été balayés par le vent une fois l'enchantement levé. Pourtant, le chien avançait en droite ligne. Il n'aurait sans doute pas été difficile de stopper sa course d'un trait.

Derrière lui, une deuxième ombre brisa l'horizon. « Tu vois ce que je vois ? », demanda-t-il presque mécaniquement à sa camarade, dont il récupéra la bride. Le problème devenait potentiellement plus sérieux. « Allez », fit-il encore, avant de claquer sa langue contre son palais. Le bruit, usuellement sec, lui semblait étranglé par l'étoffe qui dissimulait son visage mutilé mais son amie ne sembla pas s'en offusquer.

Sans se défaire de l’alliage qui lestait son poing, ils s'avancèrent à nouveau. Le pas était lent, alourdi par le manteau d'hermine que revêtait l'Ancien Hyrule, mais décidé. Les autres, ces inconnus dont il ignorait tout, allaient plus vite. A l'évidence, il n'étaient pas plus armés que lui. Mais l'épaisse chasuble qu'il supposait grever son ou sa vis-à-vis aurait aisément pu servir à cacher un coutelas, une dague ou même une petite hache. Il leur faudrait rester vigilant.

Après un instant, le rattrapant enfin, la femme – il lui semblait que c'en était une – finit par se jeter sur son compagnon. Elle le retint tant bien  que mal, de ses bras engoncées dans plus de couches de peau qu’il n’aurait su en compter, et ne semblait pas hostile. En vérité, il n’était pas sûr qu’elle ait seulement compris de quoi il était question. Mais d’autres avant elle avaient déjà essayé de le duper ainsi. Son cerbère, lui, grognait avec la hargne des derniers instants. Derrière ses babines striées par la vie au grand-air se dessinait une rangée de crocs jaunis et menaçant. D’un geste discret, l’Étranger rassura son animal. Il savait combien ces situations pouvaient la tendre. 

Le temps sembla se figer, un instant, comme gelé par les doigts froids qui modelaient le royaume des Dieux. Jusqu’à ce qu’elle lève finalement les yeux et ne découvre le spectacle qui se donnait juste sous ses yeux. 

Il la vit tomber à la renverse, lâchant du même fait le chien qu’elle retenait. Prise de panique, sans doute, Epona rua soudainement. « Hé la ! », souffla-t-il, tirant sur le cuir, la voix trop faible pour couvrir le concert des hennissements et des aboiements. Il n’eut cependant pas l’occasion de proposer son aide à l’inconnue : le temps qu’il ne calme la jument, elle s’était déjà relevée. Et elle de lui adresser une unique question — celle-là même à laquelle il était incapable de répondre. 

Que voulait-il, au juste ? Depuis des semaines, sinon des mois, il courrait après des chimères, s’accrochait à des illusions. Il savait pourquoi il était parti – et pourtant, il aurait eu bien du mal à poser des mots sur ses raisons – mais il était incapable de dire ce qu’il espérait de ce voyage. Son pèlerinage n’avait pas de réelle destination et ne pouvait, de toute évidence, n’avoir qu’une fin. Il n’était pas même sûr de vouloir conjurer le sort, faire mentir le destin. 

"Je ne veux rien", lança-t-il simplement, spontané, après quelques secondes, espérant qu'elle le comprendrait. Elle avait l'accent rauque, mais son parlé ressemblait à celui des Rito et en prêtant attention, il lui était possible de saisir ce qu'elle disait. Ses yeux, demeurés sur l'horizon, revinrent sur elle. « Désolé si je t'ai fait peur », ajouta-t-il ensuite, non sans ramener le métal contre son flanc. Sa paume ne quitta pas, cependant, la ramure qui lui servait de fusée. « Viens », asséna-t-il sobrement à l'adresse de la jument, tirant un petit coup sur les rênes pour qu'elle se remette en marche.

Tous deux dépassèrent bientôt la maître-chien et son protecteur. Ce n'est qu'après quelques pieds que Sans-Visage s'arrêta une seconde fois. Sa nuque brûlait du regard de l'Autre, de son mépris sans doute autant que de son exaspération. Levant les yeux au ciel tandis que mourraient les flocons, il tourna légèrement les talons. « Les Rito que j'ai rencontré m'ont assuré que personne ne vivait si loin au nord », commença-t-il, forçant la voix pour qu'elle puisse l'entendre malgré la distance qu'il avait tenu à marquer entre eux. « Tu ne m'as pas l'air perdue », acheva-t-il, sans réellement préciser sa pensée. Il n'aurait été capable de mieux, en l'état présent.