Un sujet d'étude à la recherche d'un chercheur.

début de l'automne - 1 mois 1 semaine 4 jours après (voir la timeline)

Ardolon

Inventaire

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Tandis que l'ennemi approchait, le rito réfléchissait à toute vitesse. Le petit d'Elimith était parti, mais pas encore sorti d'affaire, alors il devait gagner du temps à défaut d'avoir pu l'escorter. Cette partie-là de son objectif était remplie. Maintenant, qu'en était-il de l'hylienne ? Elle ferait pâle assistance face au péril, et s'enfuir était sa chance la plus fiable.
Quant au bokoblin, Ardolon ignorait s'il remarquerait le piège. Jamais n'avait-il était traqué par ces fouineur : c'était lui, leur chasseur. D'habitude, il profitait du terrain, du nombre ou de la distance pour les affaiblir avant de les finir mais la plupart du temps, il ne s'embarassait pas de les assaillir. Qui serait assez fou pour détruire le source des services qui le nourrit ?


« Maintenir cette position ne fera que lui faire gagner du temps pour se rapprocher de nous, il ne faut pas rester ici... »


C'était bien vrai et il l'avait bien compris, mais il se demandait comment profiter des circonstances. Déformation de son ambition dévorante, peut-être ? La fillette près de lui fila très vite, sans attendre la réponse d'Ardolon. Il la fusilla du regard tandis que le bokoblin, averti par l'impatience de l'habitante du village, se précipita vers là où il tentait une ambuscade. À ce moment précis, il analysa chaque scénario : soit il s'envolait et, en dépit des arbres qui le ralentirait, il pourrait laisser le danger pivoter vers les deux villagois ; soit il gagnait du temps pour qu'ils rentrent et demanderait réparation pour son intervention.
Il pulsait dans son coeur de rapace une ardeur compulsive, qui face à la peur le contraignit à férir avec furie. Car pareils périls lui rappelaient des souvenirs qui confinaient à la folie pure.


L'adversaire vrillait ses prunelles vers lui ; il y luisait une malice confuse tandis que l'hylienne, encore proche de leur refuge de fortune, fuyait le serviteur du malin. En un instant, le bokoblin obliqua dans leur direction et Ardolon se releva, tâchant de sembler intimidant grâce à sa taille et son envergure. L'infructueux effort ne temporisa pas la réaction du combattant face à lui, dépourvu d'inquiétude et sûrement incapable de ressentir la moindre panique. Le combat était inévitable.
La masse qui s'abattit sur lui fit un petit cratère mais le rito avait pu reculer avant d'être touché et le choc mordit mollement le sol. C'était le moment de contre-at... À sa surprise, le piaf dut reculer à nouveau à cause d'un autre coup. Le bokoblin avait frappé instantanément après l'assaut précédent, et enchaînait ses attaques sans s'embarasser de technique, sa force bestiale comme unique stratégie. Là, il martyrisa un tronc rongé par un tas de champignons ; Ici, la masse arracha la végétation. Ardolon s'y échappa en se propulsant vers l'arrière, utilisa l'élan pour se ramasser et riposter. Alors le rito, au moment où l'adversaire allait lever son arme, utilisa toute la force de ses bras comme un puissant éventail. Pareille amplification de son élancement le convoya à terre.
Sans demander son reste, le rito en profita et aussitôt s'enfuya. Par chance, l'entité abjecte avait été faible. Mais elle n'abandonnerait pas.


En dépit de quelques entailles, le piaf n'avait que d'artificiels blessures et son costume restait intact. Les traces d'un combat, toutefois, marquaient çà et là son plumage de jais et de grenat. Alors, quand il sortit du bois, il n'eut pas grand-mal à capter l'attention des gardes postés à cette entrée du village.


« Il n'y a plus qu'un bokoblin et s'il vient, nous pourrons le vaincre facilement, présagea-t-il entre deux halètements. »


Une seconde ou deux plus tard, avant même que l'infâme ne se montre, Ardolon lança un glatissement intimidant en restant dos au village. L'injonction vait beau être dissuasif, il savait surtout que bien peu des habitants d'Elimith avaient vu un rito tâcher de les protéger ; encore moins avaient dû entendre son cri d'aussi près... Et probablement aucun dans l'intérêt exclusif de leur protection.
Qu'importait que la menace fût factice ?


Il fit volteface, arborant un regard gonflé de remontrances et interrogea directement l'hylienne qu'il avait rencontrée auparavant.


« Il faut faire attention à ce que l'on cherche, car parfois on le trouve. »


Ardolon ne savait pas que la jeune hylienne le cherchait et il pensait qu'elle allait au devant de la menace que représentaient les bokoblins... Ou toutes celles qui pouvaient surgir, n'importe quand, dans la nature. Mais il lui en voulait aussi de l'avoir mis en danger, ralentissant sa fuite avec le petit. D'ailleurs, avait-il encore le regard plein de défiance qu'il lui avait lancé, dès son arrivée en Elimith ? Pour s'en assurer, le rito plongea les yeux vers lui. Bien, maintenant il se sentait redevable. Autant que faire se put, le piaf tâcha de montrer un visage rassuré tout en relâchant ses muscles.
Même s'il était un peu attristé d'avoir dû changer ses plans, il n'en voulait pas tant à la jeune fille, ni et encore moins à l'enfant dont il attendait, de ses parents, la reconnaissance. Pour toutes ces raisons, son attitude n'apparaissait pas agacée mais plutôt rasséréné d'avoir trouvé une conclusion aussi fortuite.


Eluria

Inventaire


« Il faut faire attention à ce que l'on cherche, car parfois on le trouve. »


Eluria eut une expression à la fois de soulagement et de regrets. Mais elle avait fait ce qu’elle avait à faire. Ce qui comptait avant tout était de ramener le gamin à sa famille. Aussi elle avertit les parents de ce dernier sur le fait qu’ils devaient être plus attentif à son égard pour éviter qu’une scène de ce genre ne se reproduise. La famille décida ensuite, de demander aux sauveurs du jour s’ils voulaient une quelconque forme de compensation en guise de remerciement. L’hylienne leur demanda juste de lui promettre de mieux veiller sur lui. Elle attendit que l’humanoïde à plumes en finisse avec eux de son côté pour l’interpeler :


« Je crois que des excuses et des remerciements sont de rigueur. Mes excuses pour avoir pris la fuite en vous laissant gérer ce bokoblin seul, et merci de l’avoir retenu suffisamment longtemps pour nous permettre de rentrer au village sains et saufs… »


Elle fut tout de même rassurée de constater que malgré tout, lui aussi s’en était sorti en un seul morceau.


« Et pour en revenir à ce que vous m’avez dit… Pour moi c’est plutôt une bonne chose de trouver ce que je recherche, surtout dans un métier comme le mien. »


Elle porta son regard en direction de son domicile et prit une profonde inspiration, avant d’avouer.


« Je pense qu’il est grand temps de faire des présentations en bonne et due forme. Je suis Eluria, et je travaille au laboratoire du village. »


C’était aussi la première fois qu’elle put admirer son camarade sous toute sa splendeur. Bien qu’elle eût remarqué les couleurs peu anodines de son plumage, ce fut surtout celles de ses yeux qui l’intriguèrent. Jamais elle n’avait imaginé que quelqu’un puisse avoir les yeux de couleurs différentes.
Même si elle se doutait que sa séance d’observation pouvait irriter le rito, elle ne pouvait s’empêcher de le contempler. Il était d’une taille hors-normes comparé à ce qu’elle avait lu au sujet des membres de son espèce.


Elle se douta aussi qu’il aurait plein de questions à poser à son sujet, notamment sur l’étendue de ses recherches, la raison pour laquelle elle l’avait suivi jusque dans la forêt. Quoiqu’il en fût, elle se prépara psychologiquement à répondre à la moindre de ses questions, aussi nerveuse qu’elle put paraitre. Car à part avec sa connaissance gerudo, il serait le second, dans ce village, avec qui elle tiendrait une véritable conversation. Elle espérait aussi qu’au fond, cet épisode dans la forêt lui permettrait d’entamer quelque chose de positif pour elle, vis-à-vis des villageois. Cela prendrait du temps et beaucoup d’efforts, mais elle se sentait désormais d’attaque pour aller au bout.


Ardolon

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Serein mais un peu hargneux, Ardolon plongeait ses yeux dans ceux de l'hylienne. Il lui prêtait une attention toute particulière, non sans un soupçon d'accusation, mais constata qu'elle s'excusa avant même de se présenter. Ce n'était pas une combattante. Néanmoins une fuite, pour lui, eut été déshonorante sans jauger l'opposant. Son appréciation était partagée. 


« Je pense qu’il est grand temps de faire des présentations en bonne et due forme. Je suis Eluria, et je travaille au laboratoire du village. »


Bien que surpris, le pérégrin resta impassible. Il était donc en face de l'un des habitants avec qui il souhaitait s'entretenir, et pourtant il semblait incertain de lui dire ce qu'il avait appris... Ne sachant que lui répondre, Ardolon analysa l'habitante apparemment bien plus à son aise qu'il ne l'aurait cru, d'après les rumeurs. Sa peau d'une couleur claire offrait un contraste saisissant avec la noirceur de ses cheveux et ses prunelles céruléennes ressortaient avec plus de vigueur encore, qu'il dut se résoudre à l'évidence : la demoiselle n'avait pas conscience de la poigne dont elle pourrait disposer. À condition de cesser de le dévorer du regard ; l'avait-elle considéré comme un sujet d'étude pour l'affabuler d'une telle façon ?


« Enchanté Eluria, mon nom est Ardolon. Je suis... À la recherche de réponses dont je n'ai pas les questions, alors je me contente d'essayer de comprendre ce qui nous entoure. Vous aussi, au laboratoire, vous faites des recherches, pas vrai ? J'aimerais en apprendre un peu plus, si cela est possible. »


Élevant son aile droite pour désigner un espace excentré, le piaf invitait la jeune hylienne à s'écarter des badauds qui pourraient les importuner, sinon les juger, ou au pire les questionner inutilement. Comme s'il doutait que son geste avait suffi, il lui proposa discrètement de s'éloigner de la porte, protégée par des gardes qui n'auraient aucune envie de suivre leur dispute.
Tandis qu'il avançait à l'écart des habitants, le rito réfléchissait à ce qu'il pourrait demander mais aussi à ce qui constituait le quotidien d'un chercheur. S'il avait passé une vie de mercenaire, l'idée de s'ingénier à trouver des réponses lui semblait une vie bien fade et mystérieuse. Qu'est-ce qu'un inventeur pouvait faire de ses heures pour émettre de nouvelles chimères ? Avait-il seulement envie de chambouler sa routine ? Rien que d'y penser, son précédent combat lui avait procuré une décharge d'adrénaline qu'il regrettait que son compagnon ne puisse pas connaître.


Eluria

Inventaire


Les présentations désormais faites, l’hylienne fut surprise du but de son interlocuteur. Trouver des réponses à des questions qu’il n’a pas ? Une chose était sûre : ça ne faisait aucun sens pour elle qui, justement, chercherait plutôt des questions pour lesquelles elle aurait déjà des réponses à apporter.


Eluria remarqua le mouvement d’aile d’Ardolon, l’invitant à le suivre dans un endroit plus tranquille et adapté pour la suite de leur conversation. Elle commença à réfléchir à la meilleure façon d’apporter les réponses aux premières questions du rito. Car là s’annonçait un challenge qu’elle ne s’attendait pas à devoir relever un jour : expliquer les tenants et aboutissants de ses recherches de manière à ce que tout non-initié à la technologie archéonique puisse comprendre. Elle répondit alors, nerveusement :


« Je…suis spécialisée dans la recherche sur la technologie archéonique. Vous avez peut-être entendu parler de cette ancienne technologie sheikah…à l’origine des gardiens et autres tourelles. À la base…cette technologie avait été conçue pour répondre à un besoin militaire pour combattre le Fléau…avant qu’elle ne se retourne contre ses créateurs par un malheureux concours de circonstance… »


Elle lui expliqua par la suite sur quoi ses recherches se concentraient. Si ses collègues continuaient leurs recherches dans la branche militaire, elle, de son coté, menait les siennes dans la branche civile. Elle profita du fait d’avoir son carnet avec elle pour lui montrer les diverses esquisses réalisées durant ses escapades au sein du village, dévoilant le rôle de chaque croquis, représentant des machines diverses et d’autres concepts de prothèses de bras et de jambes, à mesure qu’elle les passait en revue. Son malaise céda de plus en plus la place à l’assurance, voire même à une certaine excitation. C’était la première fois qu’elle partageait le fruit de ses recherches avec quelqu’un à l’extérieur du laboratoire.


« Pour la réalisation, c’est là que ça se gâte… Pour que cela puisse espérer fonctionner, il faut des matériaux que l’on ne peut trouver que sur des gardiens encore en état de marche… Ce qui est extrêmement rare et d’autant plus risqué. »


Elle raconta le pourquoi du comment. La pièce maîtresse étant un cœur antique, elle resterait la plus difficile à se procurer. Il servirait à la fois de source d’énergie et de cerveau et assurerait donc le bon fonctionnement de tout ce qui pourrait être créé à partir de cette technologie.


« Mes excuses, je parle peut-être un peu trop. J'ai rarement l'occasion de discuter avec des gens à l'extérieur du laboratoire. »


Son malaise reprit. Pourtant, Ardolon semblait ne pas avoir loupé une miette de tout ce qu'elle lui a exposé. Eluria préféra marquer une pause, le temps de se ressaisir. Elle souhaita même qu’il prenne la parole, lui laissant à son tour le temps de s’exprimer sur ses propres trouvailles. Elle finit par le lui demander.


Ardolon

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Si les pupilles pouvaient trahir l'intensité de l'attention qu'il portait à son interlocutrice, ceux d'Ardolon seraient des soleils en fusion. Dans le même temps, il élaborait de véritables schémas mentaux en recoupant les informations éparses dont il savait que les faces cachées pouvaient entièrement changer sa vision du monde. La "technologie archéonique", par exemple, n'avait encore aucune lumière, aucun éclat dans la galaxie de ses savoirs. Quand Eluria évoqua les sheikah, il ne se contenta pas de faire un parallèle avec la technologie archéonique. Les sheikah étaient pour lui un peuple, fortement associé à des notions spirituelles ; ce même peuple avait maintenant sa propre technologie ? Il devait y avoir un rapport avec la trinité qu'il avait découverte. Mais sans savoir précisément ce qu'elle regroupe, ce sur quoi elle se fonde et son rapport avec le monde, il était impossible d'aller plus loin qu'une vague analogie, au surplus hypothétique.


La jeune hylienne d'Elimith poursuivit et précisa que ladite technologie se retourna contre les sheikah. Pour être précise, elle semblait croire qu'ils en étaient les créateurs mais un archer rito sait mieux que personne que la maîtrise de l'archerie ne revient pas à utiliser un arc avec efficacité ; maîtriser l'archerie, c'est ne faire qu'un avec l'arc, la flèche et le vent. Alors une telle trahison, par un outil incapable de raison, ne pouvait pas se retourner contre son créateur. Il ne manquerait pas de chercher à qui ce revirement pouvait profiter, et surtout qui l'aurait provoqué. À cette idée, son coeur semblait flatté par un zéphyr d'excitation. Et si un être, grisé par l'esprit des déités antiques, avait construit cette technologie pour qu'elle lui obéisse ?


Avec une attention non moins intense, le piaf observa avec bienveillance les produits de la recherche de son amie. Excitée à l'envie d'aider les habitants de son petit village, elle avait travaillé dur à trouver des solutions, probablement sans remarquer la suspicion des contadins. Il fallait un réel courage pour se lancer dans une tâche si difficile sans partir du moindre indice, ni obtenir aucun encouragement que l'irrévérencielle méfiance de son propre village. Un courage pour affronter la tâche, ou alors un profonde plaisir à s'y atteler. Ardolon se laissa séduire par cette hypothèse : ce qui faisait d'elle une chercheuse devait moins être le succès potentiel de ses tentatives, que l'irrépressible énergie par laquelle elle y parviendrait. Car elle devait y parvenir, n'est-ce pas ? Peut-être que cette persévérance est la puissance que Din personnifie, mais en y repensant, le rito se demandait jusqu'à quels résultats Eluria pourrait parvenir. Après tout, une Trinité est la conjonction de trois forces alors si le monde fonctionne de la même façon...


« Pour la réalisation, c'est là que ça se gâte. »


Ardolon ne put empêcher un léger hoquet de surprise. Il écouta encore quand la jeune fille précisa que les gardiens étaient la cause et la source des connaissances qu'elle souhaitait exploiter. C'était logique : l'ennemi le plus dangereux ne pouvait qu'être la source de laquelle cascaderaient de nouvelles découvertes incroyables, comme celles qu'elle avait suggérées. Après tout, il savait déjà que là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. Ce qui avait produit de telles monstruosités pourrait également construire de formidables outils... Les gardiens n'étaient rien d'autres que des outils après tout.


« Mes excuses, je parle peut-être un peu trop. J'ai rarement l'occasion de discuter avec des gens à l'extérieur du laboratoire.
- Oh non, Eluria n'est-ce pas ? Je t'en prie, c'est moi qui devrait te remercier de m'avoir partagé autant d'informations, dont certaines doivent beaucoup compter pour toi. »


Eluria avait d'ordinaire une mine plutôt pâle, alors lorsqu'elle rougissait, son malaise devenait évident. Mais par respect pour son engagement, Ardolon ne pouvait décemment pas méconnaître sa générosité. Il cragnait l'animosité habituelle des initiés, dédaignant partager leur routine sans les couvrir des atours du mystère. C'était pure vanité, boursouflure d'égo ; mais Eluria n'avait pas ce travers.
En revanche, elle semblait aussi à dix mille lieux de ce que le mercenaire avait expérimenté. Alors il ne put s'empêcher de répondre en tant que tel.


« Je n'y connais pas grand-chose en recherches, je ne sais pas s'il y a des... Protocoles à suivre. »


Le terme de protocole n'était pas parmi ses favoris. Peut-être que certains piafs, parfois étrangers au concept d'humilité, n'aimaient pas qu'on leur impose des rituels ? Ou peut-être, plus probablement, qu'il n'acceptait pas qu'on lui dicte une démarche. Intuitivement, il savait cependant que c'était par de tels protocoles que la rigueur offrait des résultats étonnants.


« Néanmoins, je sais que le collectif domine la somme des parties et si tu as une idée précise de ce que tu veux accomplir, il te sera précieux d'avoir un regard critique. Et avant cela, il te faudra quelqu'un pour récolter les morceaux d'un gardien. Cela tombe bien : je vis de la chasse et me battre est mon métier ! Mais ce gibier... Nécessite plus que de la force brute. Si je parviens à en vaincre, je ne manquerai pas de t'échanger ses pièces. »


Il garda pour lui la difficulté de trouver un groupe approprié. Il garda également pour lui celle de les convaincre qu'il aurait "besoin" de ces pièces. Et il garda enfin pour lui qu'un échange avait besoin d'être équivalent.
Mais dans l'ensemble, à sa manière, il essayait d'aider la jeune femme.


Par ailleurs, Ardolon n'avait pas mentionné ses prétentions savantes. Ce qui l'intéressait était très éloigné des recherches de l'hylienne. Il craignait de l'ennuyer, voire d'être incapable de résumer l'ensemble de ce qu'il avait appris ou entendu. Et puis, c'était de la mythologie. Rien qui put piquer l'attention d'une personne aussi rationnelle qu'elle semblait l'être.
Même si, quelque part, il avait envie d'en dire plus. De rallier à sa philosophie quiconque il croiserait. Ce désir, lui parut soudain un peu malsain, et il le réfrégnit. Au lieu de ça, il voulut donner à la conversation une tournure plus pragmatique.


« En parlant d'affrontement, penses-tu que tes connaissances pourrait améliorer mon équipement ? Vois-tu, Eluria, mon arc est un peu... Archaïque, n'est-ce pas ? »


Par ses voyages, le piaf avait vu des adversaires manier des arcs plus puissants, plus résistants, voire même capables d'encocher plusieurs flèches. Si seulement il pouvait obtenir un armement plus puissant, il ne manquerait l'opportunité pour rien au monde.


Eluria

Inventaire


Ardolon brisa finalement ce silence qui commençait à devenir pesant pour la jeune chercheuse. En outre, ses remerciements la soulagèrent. Elle qui pensait passer de nouveau pour une folle après avoir osé montrer le fruit de ses recherches, elle ne pût s’empêcher de réprimer un sourire emplit de reconnaissance. Ce n’était pas tous les jours qu’elle pouvait partager sa passion sans inspirer la peur ou la folie à l’état pure. Son interlocuteur avait parfaitement compris ses intentions et avait l’air admiratif. Où était-ce le fruit de son imagination ?


En tout cas il avait vu juste au sujet des protocoles. Effectivement il y en a, surtout au moment de réaliser une expérimentation. Elle voulu lui répondre que d’un coté cela permettait d’avoir la rigueur nécessaire pour obtenir les meilleurs résultats, et aussi surtout d’évaluer les potentiels risques et ainsi garantir sa sécurité et celle de toutes les personnes participantes. Mais avant d’avoir pu rétorquer, sa conversation était déjà partie sur un autre point qui l’avait quelque peu prise au dépourvu.


« Néanmoins, je sais que le collectif domine la somme des parties et si tu as une idée précise de ce que tu veux accomplir, il te sera précieux d'avoir un regard critique. Et avant cela, il te faudra quelqu'un pour récolter les morceaux d'un gardien. Cela tombe bien : je vis de la chasse et me battre est mon métier ! Mais ce gibier... Nécessite plus que de la force brute. Si je parviens à en vaincre, je ne manquerai pas de t'échanger ses pièces. »


Eluria n’en revenait pas. Il était clairement entrain de lui proposer son aide pour lui apporter les matériaux dont elle aurait besoin pour mener ses expériences. Bien qu’intérieurement elle éprouvait une joie immense, elle se devait raison garder car, après tout, elle lui avait déjà annoncé qu’aller chercher ces composants relèverait du suicide s’il venait à prendre la décision de partir seul, surtout avec son équipement actuel. Tout comme il évoquait le fait de troquer le fruit de ses trouvailles. Pour elle, ces composants auraient une valeur inestimable et, par conséquent, rendait difficile de savoir ce qui pourrait satisfaire Ardolon lors de leurs futurs échanges.


« Vous feriez vraiment ça pour moi ? Je ne sais que dire… Je ne m’étais jamais préparée à l’éventualité que quelqu’un me propose son aide… Je vous en serais infiniment reconnaissante si vous parveniez à m’en apporter ! »


Elle remarqua cependant que son interlocuteur affichait une expression qu’elle connaissait bien. Il avait vraisemblablement envie de parler d’un autre sujet, qu’il n’osait pas aborder. Peut-être par peur de l’ennuyer ou de ne pas susciter son intérêt. Elle hésita de lui demander si quelque chose le tracassait, et avant de se lancer, il lui demanda :


« En parlant d'affrontement, penses-tu que tes connaissances pourraient améliorer mon équipement ? Vois-tu, Eluria, mon arc est un peu... Archaïque, n'est-ce pas ? »


L’hylienne observa l’arc un moment, l’index sur le menton. Elle n’avait pas l’expérience nécessaire pour dire si l’arme présentée était de bonne facture ou non. De toute évidence, elle ne pouvait lui répondre positivement. Elle répliqua avec une mine désolée :


« Hm… Je crains qu’elles soient insuffisantes pour vous apporter la réponse que vous attendiez. Mais je peux peut-être vous orienter vers un confrère plus à même de satisfaire votre demande. Il réside dans la région d’Akkala et mène des recherches dans la branche militaire/armement. »


Puis elle marqua un temps avant de demander, à son tour :


« Par contre il me semble que vous vouliez me faire par d’autre chose avant de me poser cette question, je me trompe ? »


Ardolon

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Quand il écoutait les autres, il n'avait jamais eu la patience d'attendre que ses hôtes articulent et exposent leur philosophie. Alors la valse du regard d'Ardolon sondait l'esprit même de son interlocutrice. Il avait su déceler la surprise, évidente, quand il avait proposé son aide ; ça ne pouvait être une fausse stupéfaction. L'expression de la jeune fille servirait de point de repère, à comparer avec d'éventuelles réactions plus confuses. À la tâche d'améliorer son arc, l'hylienne avait répondu en posant l'index sur ses lèvres. Non, sur son menton... Est-ce qu'il y avait une signification différente ? Pour lui, c'était le signe qu'elle n'était pas fiable à réussir l'exercice quoiqu'elle suspendrait son jugement pour l'instant. Mais elle n'omit pas de le lui dire, comme si elle n'essayait pas de le lui cacher. Il s'était attendu à un refus plus prudent que si elle avait scellé ses lèvres.


À vrai dire, il avait toujours analysé la gestuelle et même s'il n'avait pas de doigts, le rito les observait avec précaution et fascination. C'était sale, pensait-il au début, d'utiliser ses doigts sur le visage avec tant d'insistance. Sale mais si éloquent qu'ils semblaient tenir un bavardage parallèle.


« ... un confrère plus à même de satisfaire votre demande. Il réside dans la région d’Akkala et mène des recherches dans la branche militaire/armement.
- Je vois.
- Par contre il me semble que vous vouliez me faire part d’autre chose avant de me poser cette question, je me trompe ?»


Le piaf se tendit, cligna des yeux et considéra la jeune femme. Effectivement, il s'était censuré mais il s'en voulait de l'avoir laissé transparaître. Peut-être souhaitait-il tant trouver oreille attentive qu'il n'était pas parvenu à atténuer ses gestuelles. Maintenant, comment évoquer la mythologie qu'il n'avait survolée que dans ses grandes lignes ? Sans trop y penser, il improvisa sa réponse.


« Oui, mais je ne suis pas un chercheur et ne fais que passer le flambeau d'un médecin, exilé par son avidité à tout comprendre. Peut-être qu'il m'a contaminé... »


Sans s'en rendre compte, Ardolon avait écrasé son poing droit dans son aile gauche. Sa fureur dégoulinait d'un souvenir déchirant mais il était incapable de changer le passé et sa frustration se déversait dans ses veines comme le pharmakon d'une insatiable amertume. Pour autant, il n'avait pas pris de pause et enchaîna :


« Il étudiait les légendes, prétendant qu'il y avait nécessairement une part de vérité quand les mythes, recoupés, parvenaient à des concepts similaires. Comme si toutes les histoires racontaient, à notre insu, une seule et même fable. Une fable inscrite au plus profond de notre âme. Après une courte interruption, Ardolon interrogea Eluria. As-tu entendu parler de trois déités, à l'origine de toute chose ? »


Le mentor d'Ardolon avait parfois évoqué des contes immémoriaux. Mais le rito avait vite compris que ces récits étaient impossibles, indignes qu'il y prête attention. Son avis n'avait changé que récemment, au contact d'un ermite qui se prétendait soigneur, et donner du sens à ces bribes désordonnées était compliqué... Même s'il avait longuement discuté avec lui, puis déchiffré et analysé ses manuscrits pendant des nuits. Le pseudo docteur n'avait pas l'ombre d'une méthodologie et l'anarchie régnait autant dans ses idées que dans ses écrits.
Sûrement avait-il réussi à le comprendre pour cette raison ; Ardolon avait de l'expérience dans le chaos.


Eluria ne semblait pas connaître en détail le conte dont il parlait. De toute façon, plusieurs versions devaient exister, et certaines paraîtraient même contraires  à celle qu'il connaissait le mieux. D'ailleurs, en s'apprêtant à la raconter à son tour, Ardolon s'interrogea un instant : en narrant l'histoire, ne la déformerait-il pas ? D'autres légendes ne soulignerait-elle pas des parties plus importantes que les morceaux qu'il avait choisis ? Était-il possible, pour lui, de démêler le vrai du faux sans s'enorgueillir d'une vaine tentative ?


« C'est le récit de la création du Monde. D'abord une déesse déploya ses bras enflammés et façonna le sol par la seule force de sa volonté. Puis une autre divinité construisit la cohésion ainsi que la synergie qui découlent des lois physiques. Pour finir, la dernière déité fit naître tous les êtres vivants, disciplinés à respecter les vents formés par cet ordre providentiel. »


La voix grave du piaf résonna aussi juste qu'il l'avait voulue : ces forces, dont les noms importaient peu, demandaient un air dramatique et il avait su illustrer la substantifique moelle de l'histoire originelle. Ou en tout cas, c'était ce que son orgueil lui laissait croire puisqu'en vérité, il n'avait qu'une idée très floue de ce que représentaient ces trois forces ; et puisqu'il avait omis le nom des déesses, il semblait refuser l'idée qu'elles aient pu exister. C'était une présomption bien arrogante, ou à tout le moins très naïve. Mais il croyait, indépendamment de toute croyance, que cet angle permettait de revendiquer la puissance des divinités comme si elles constituaient une partie de nous-mêmes.
Ce qui était une idée plus arrogante encore.


Eluria

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Eluria regardait fixement l’homme-oiseau. Elle ne savait pas trop à quoi s’attendre avec ce qu’il venait de lui annoncer. Il n’est pas chercheur ? Quelque part elle s’était toujours dit que tout le monde pouvait devenir chercheur à un moment dans sa vie. Chercher à savoir qui on est, d’où l’on vient, ce que l’on veut faire de son existence. Bien que ces motifs ne soient pas en rapport avec les sujets qu’elle a l’habitude d’étudier au laboratoire, elle s’était néanmoins posé ces questions. Par chance, Canel et Pru’Ha avaient une réponse pour les premières, quant à la dernière, elle seule pouvait la trouver. Si elle-même s’est posée ces questions, elle partit du principe que tout le monde a dû le faire à un moment donné. Bien qu’il eût l’air d’affirmer le contraire, Ardolon ne dérogerait pas à ce principe, même s’il ne s’en rendait peut-être pas compte.


Il lui relata sa relation avec une connaissance qui avait l’air de lui avoir transmis une certaine passion pour les mythes et légendes. Elle se souvint qu’étant petite, ses parents avaient pour habitude de lui conter des histoires qui pouvaient s’y apparenter. Avec du recul, elle trouva d’ailleurs étonnant de leur part de raconter ce genre de récit, eux qui n’ont pas pour habitude de perdre leur temps avec ces fantaisies. Peut-être était-ce une manière pour eux de solliciter son esprit imaginatif ? Possible, car bien souvent, les nuits qui suivirent furent emplis de rêves en rapport avec ces histoires. Ardolon la tira soudainement de ses souvenirs :


« As-tu entendu parler de trois déités, à l'origine de toute chose ? »


Sur le moment, Eluria n’eut aucune idée de ce dont il lui parlait. Pour elle, la déité la plus connue était Hylia, elle ne se souvint pas sur le moment avoir entendu quoique ce soit concernant d’autres. Elle répondit d’un hochement de tête lui signifiant que non, se doutant qu’il allait sûrement conter ce qu’il savait à leur sujet. Peut-être que cette légende lui évoquerait quelque chose qu’elle aurait oublié avec le temps. Il ne tarda pas à confirmer son doute.


« C'est le récit de la création du Monde. D'abord une déesse déploya ses bras enflammés et façonna le sol par la seule force de sa volonté. Puis une autre divinité construisit la cohésion ainsi que la synergie qui découlent des lois physiques. Enfin, la dernière déité fit naître tous les êtres vivants, disciplinés à respecter les vents formés par cet ordre providentiel. »


Cette histoire… elle l’avait déjà entendue. Elle avait saisi une mèche de sa longue chevelure et commença à jouer avec. Si cela pouvait paraitre comme un signe de désintérêt pour certains, il n’en était rien, bien au contraire. C’était sa façon de réfléchir sur ce qu’elle venait d’entendre. Elle fouillait ses souvenirs. Elle se rappela de la voix de Canel, et aussi que cette histoire était plus longue. En aurait-il oublié une partie ? Ou alors l’ignorait-il ? Elle aurait aussi juré avoir su le nom de ces divinités. Si seulement cela pouvait lui revenir. Puis ses yeux s’écarquillèrent, avant de se poser sur Ardolon, d’un air satisfait.


« Après mûres réflexions, tout cela ne m’a pas l’air aussi inconnu que je le pensais ! Mais ce n’était pas tout, dans l’histoire que j’ai entendue, durant mon enfance, alors que ces déités quittèrent le monde, elles laissèrent derrières elle des vestiges de leur pouvoir, sous la forme de trois triangles d’or. Ces vestiges, ainsi que ce monde nouvellement créé, auraient été par la suite confiés à la veille de la déesse Hylia. »


En prenant une fois de plus du recul vis-à-vis de ce conte, elle eût une pensée un peu farfelue, une pour laquelle elle se voyait comme une sorte d’incarnation de ces trois déités. Sa situation concordait avec leur œuvre. Cette pensée la fit sourire et elle n’hésita pas à la partager avec Ardolon.


« Et si je prenais mon carnet en disant qu’il matérialise ce que je souhaite façonner, que le protocole à suivre pour le réaliser soit le résultat d’une cohésion avec mes confrères, et que ce soit grâce à la technologie archéonique que cela pourrait prendre vie et remplir la fonction que je lui aurais alors assignée… Je pourrais en conclure que je pourrais avoir, en moi, une part de ces divinités, non ? »


Elle remit sa mèche en place, pour poser un regard interrogateur sur le rito.


« Qu’en dites-vous ? »


Eluria n'avait pas l'air de s'en rendre compte, mais ce sujet l'amusait.


Ardolon

Inventaire

  • Arc en bois de voyageur
  • Carnet de voyageur

Même si la jeune fille semblait méditative, il apparaissait clair qu'elle avait un intérêt prononcé pour ces contes. Son expérience offrirait sûrement une perspective novatrice et Ardolon observa la savante, tandis que ses doigts s'amusèrent avec ses mèches. Des fois, les hyliens faisaient ça mais les ritos aussi jouaient parfois avec leurs plumes. Est-ce que c'était un signe de rêverie, de réflexion ou de décontraction ?


Puis il constata avec joie l'expression de surprise faire pétiller, comme une fulguration, les iris de la jeune fille. Elle ajoutait à ce récit la partie qui explique que les déesse délaissèrent des fragments dorés ; pure spéculation selon Ardolon, qui n'y voyait qu'une allégorie des divinités. Le sourire d'Eluria révéla toutefois qu'elle aussi avait compris qu'il ne fallait pas toujours écouter ces récits au premier degré.


« Et si je prenais mon carnet en disant qu’il matérialise ce que je souhaite façonner, que le protocole à suivre pour le réaliser soit le résultat d’une cohésion avec mes confrères, et que ce soit grâce à la technologie archéonique que cela pourrait prendre vie et remplir la fonction que je lui aurais alors assignée… Je pourrais en conclure que je pourrais avoir, en moi, une part de ces divinités, non ? Qu'en dites-vous ? »


Bien qu'il prit une pose contemplative, Ardolon pensait que ce n'était pas la bonne façon de voir le problème. Mais il se souvint aussi que quoiqu'il pensait saisir, ses mentors lui notifiaient toujours avec brutalité qu'il était dans l'erreur. Alors le piaf se corrigea, remettant en question sa façon de penser, et choisit de partir du principe qu'Eluria avait raison et que s'il devait exposer son point de vue, il devrait démêler l'argumentation pour adjoindre les fils de leurs pensées respectives.


Mon raisonnement est que les déesses n'ont aucune existence physique, pas plus que leurs histoires ne résistent à l'épreuve du temps autrement que grâce à notre voix. Cependant...


Nouvelle pause. Il était facile d'avoir un sentiment sur l'argumentation de quelqu'un mais finalement, les confronter n'était pas si aisé. À ses yeux, la première action des déesses était de placer un point de repère, un objectif, ce vers quoi notre volonté peut tendre. Pour un rito, ce serait comme être le maître du ciel. Mais pour autant, cela demande de la patience, voire des compétence à l'arc. L'arc était un outil qui représentait une étape, mais le carnet d'Eluria était également un outil tout aussi utile pour elle. Quelque part, elle devait avoir raison que ce carnet était l'instrument de sa volonté, comme une balise sur un chemin dont, par définition, elle ne connaîtrait les lacets qu'à son terme.


Si ce que je comprends de cette histoire est vrai, ton carnet peut être assimilé à la terre, façonné par la première déesse, mais uniquement parce que c'est une étape pour atteindre ce qu'elle souhaite réellement créer. Et contrairement à elle, nous ne connaissons pas la structure que nous voulons façonner : pour certain c'est un royaume en paix, alors que pour d'autres, c'est la connaissance qui permettrait de forger les meilleures épées. Voilà pourquoi personne n'a jamais mis la main sur ces "triangles d'or" dont parle la légende : ce n'est pas quelque chose de matériel et nous pourrions tous y avoir accès, quelque part au fond de nous.


Au fur et à mesure qu'il développait son argumentaire, l'improvisation du rito s'étoffait avec un peu plus d'assurance. C'est peut-être pour ça qu'il négligea l'autre partie des observations de la jeune fille. Le protocole ne venait pas d'elle mais n'était qu'une méthode pour discuter avec ses pairs et obtenir des résultats ; quant à la technologie archéonique, ce n'était qu'un savoir parmi tant d'autres. Pour détendre l'atmosphère, il essaya de faire de l'humour en évitant de paraître condescendant :


Et puis, les divinités n'ont pas attendu nos protocoles ni nos technologies pour devenir des mythes !


Ce n'était pas très drôle et la tentative d'amabilité n'était pas si réussie non plus. Peut-être qu'elle pourrait mal prendre sa répartie mais le rito se souvint des commérages contre la jeune fille ; elle aurait sans nul doute l'intelligence empathique que lui n'avait vraisemblablement pas su avoir.


Si ces déesses sommeillent en chacun de nous, il suffit peut-être d'affûter ce qu'elles représentent en nous, comme la force de volonté, pour atteindre une nature plus élevée ?


Sa synthèse sembla le satisfaire. Pourtant Ardolon n'avait pas conscience qu'il y avait un monde entre reconnaître des concepts et les appliquer à la réalité. Pas plus qu'il ne remarqua s'être lissé les plumes de la même façon qu'Eluria jouait avec ses cheveux.


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