Hyrule's Journey

Un sujet d'étude à la recherche d'un chercheur.

début de l'automne - 1 mois 1 semaine 4 jours après (voir la timeline)

Ardolon

Inventaire

  • Arc en bois de voyageur
  • Carnet de voyageur

Des nuages grisonnants, il pleuvait une terne mélancolie depuis qu'il avait abandonné le dernier village. Ardolon n'y était pas resté longtemps et il cherchait encore des réponses à des questions qu'il n'était pas sûr de pouvoir saisir ; peut-être de la même façon que le ciel semblait hésiter entre pluie, bruine et répit ? Chacun des éclats de lumière se parait aussitôt d'un manteau aérien. Tout cela lui paraissait ne l'avancer à rien.
Le rito se perdit bientôt dans d'obscures préoccupations. Devait-il continuer son chemin et servir de mercenaire pour satisfaire son appétit ? Ou poursuivre sa quête philosophique, pour assouvir son esprit ? Y a-t-il seulement un sens à se battre et se nourrir dans un cycle interminable ? Pris de frustration, Ardolon étendit chacune de ses plumes et prit son envol ; la chasse rassérénait ses pensées à chaque fois, apaisant également sa faim.


Son vagabondage le mena, à son insu, là où les nues se montrèrent plus clémentes. Il approchait d'Elimith tandis que son esprit faillit à éclaircir la raison précise de sa pérambulation. Pour autant, accéder à la destination inespérée l'emplit de satisfaction. Si les piafs étaient connus pour leur fierté rayonnante, Ardolon ne faisait aucunement exception et l'idée d'entrer dans un lieu qui regroupait tant de vies et des rêves lui ouvrait des perspectives réjouissantes. Gagnerait-il un partenaire d'exercice ou un professeur martial ? Apprendrait-il à manipuler des habitants naïfs ou à mieux déduire leur logique ? Tant de possibles s'ouvraient à lui qu'il aurait presque souri.


L'arrivée d'un piaf n'était pas ce qui se qualifierait de discret. Il était rare qu'ils parvinssent si loin de leurs hauteurs, mais quelques voyageurs avait dû déjà s'aventurer jusqu'à Necluda. Le plumage et l'allure du rito ne pouvaient pas être effroyable au point de l'interdire de visiter le village ?
Et bien si ! Un garde l'interpella immédiatement, à peine moins serein que ses compères. L'affaire fut bien vite régularisée : comment prohiber l'accès à qui sait voler ? Mais en gage de sa bonne foi, le piaf promit n'être qu'à la recherche d'un travail. Il omit toutefois de préciser qu'il n'avait pas la volonté d'en trouver un.


Elimith était pleine de vie aux yeux de son visiteur. Ardolon n'avait pas connu pareille structure et s'il avait fait du commerce quelques fois, il n'avait pas l'habitude de cette turbulence, relative cependant. Il tenta d'approcher un habitant pour qu'il lui parle du hameau, sans réussite. Puis le rito, en baguenaudant, entendit un autre habitant. Curieux, celui-ci voulut savoir ce qui l'amenait, tout en s'occupant d'une jument docile.


« J'aimerais... Rencontrer un savant. Oui, c'est ça, un sage ou un érudit. Pour... Partager mon savoir. Contre un logis. »


L'improvisation bancale du piaf ne manqua pas d'interloquer son interlocuteur. Partager son savoir contre un logis... Y avait-il une fraude plus ostensible ? Enfin, s'il n'avait pas l'air craintif, l'habitant d'Elimith n'avait certainement pas l'habitude de croiser un rito et pour sûr, il se figurerait qu'un rito savait forcément des choses qu'il ignorerait. Oui, il croirait qu'un piaf aurait une sagesse ineffable. C'était sûr.


« Il y a bien le laboratoire mais... Il y habite des personnes très bizarres, murmura-t-il. Ce doit être à cause des hauteurs ! Enfin, je ne dis pas ça contre vous... »


Frustré par la stupidité de l'inconnu, Ardolon poussa un petit glatissement qui s'avéra plus puissant que prévu. Non autrement qu'un écho, le cri de surprise de l'habitant allait sûrement faire venir les gardes.
Le rito s'éloigna donc sans demander son reste vers une autre partie du village ; l'exploration du laboratoire n'était pas pour tout de suite. Tandis qu'un rai de soleil illuminait la ville, la silhouette noir et écarlate du piaf offrait un contraste flagrant avec la pâle beauté de la bourgade.


Eluria

Inventaire


Ce fut lorsque le soleil transperça les nuages pour illuminer le ciel au-dessus d’Elimith qu’Eluria décida qu’il était temps de se dégourdir les jambes dans le village. Elle avait pas mal réfléchi à son échange passé avec Narcisse et si elle voulait remplir son objectif, il lui fallait commencer le plus tôt possible. Pour savoir en quoi la technologie archéonique pouvait améliorer le quotidien de tous, elle devait déjà se faire une idée de celui des villageois. C’est pourquoi elle pensa bon d’observer, dans un premier temps, celles et ceux qui œuvraient pour le bon fonctionnement des services du village. Paysans, forgerons, armuriers, elle voulait en savoir un peu plus sur ces différents métiers pour déceler contraintes et besoins pour lesquels cette technologie antique pourrait apporter d’éventuelles solutions. Il ne lui resterait alors qu’à imaginer dans un premier temps machines et appareils qui, grâce à ses connaissances nouvellement acquises sur le terrain, lui permettraient de rendre la vie moins pénible pour les métiers d’Elimith.

Et dans un second temps, Il lui faudrait réaliser des prototypes pour procéder à des essais. Et c’est là que les choses se compliqueraient. Non seulement elle devrait trouver un moyen de se procurer de quoi construire ses machines, mais en plus elle devrait gagner la confiance des différents corps de métier pour qu’ils acceptent de les tester. Et imaginant ce que les villageois pensent des personnes vivant recluses dans le laboratoire, ce ne serait pas gagné d’avance.

Elle se mit donc en route en direction de la forge du village pour commencer son circuit. Une fois sur place, Elle s’installa au pied d’un arbre non loin pour lui laisser suffisamment de vision sur le travail du forgeron. Elle sortit de son sac de quoi noter et se mit à l’observer. Il ne lui fallut pas longtemps pour constater les mouvements à répétition pour les coups de marteau. Le forgeron eu aussi une tendance à s’étirer régulièrement en se tenant le dos.

« Mouvements répétitifs et efforts physiques importants… »

Elle prit soin de consigner ses observations dans son cahier quand elle surprit la conversation entre deux villageoises à proximité. Bien qu’au début elle ne préféra pas tenir compte de ce qu’elles jactaient sur elle, par habitude, c’est plutôt la suite qui l’intéressa.

« Il paraît qu’un homme-oiseau… un Rito, c’est ça ? Oui voilà ! Il paraît qu’il y en a un qui se promène dans le village en ce moment-même ! Avec un plumage plutôt sombre ! Ça ne présage rien de bon si tu veux mon avis… »

La jeune hylienne ne sut dire si l’avis de cette villageoise était généralisé ou si ce n’était qu’elle, mais elle resta stupéfaite de sa remarque. Comment peut-on se contenter de craindre ce que l’on ne connait pas, plutôt que chercher à le comprendre ?
Ayant de toute façon terminé de prendre des notes sur le travail du forgeron, elle rangea ses affaires et se leva, provoquant le départ des villageoises qui ne se gênèrent pas de lui adresser un regard méfiant avant de tourner les talons. Eluria attendit qu’elles quittassent son champ de vision avant d’hocher de la tête en haussant les épaules.

« Vous serez bien contentes de profiter de ce que mes connaissances pourraient vous apporter, un jour ! » songea-t-elle.

Elle prit donc le chemin de la prochaine étape de son circuit tout en repensant à ce que se disaient les deux commères. Eluria serait une des seules du village pour qui le fait de tomber sur ce nouveau visiteur ne dérangerait absolument pas. Au contraire, ça serait une occasion pour elle d’en apprendre plus sur le peuple Rito.


Ardolon

Inventaire

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Ses premiers contacts avaient été moins agréables qu'ecompté. Ardolon s'était donc retrouvé de l'autre côté du village, contemplatif face à la routine lénitif d'Elimith. Il aurait sûrement dû être aussi direct qu'il en avait l'habitude, à quérir un emploi pour en retirer quelques aliments. Telle était la façon de vivre des mercenaires de bas étages, affranchis de tout impératif social ou familial, auxquels n'importe qui l'aurait identifié. Indécis, sa propre affliction l'exaspérait tandis qu'une petit nébulosité l'obombrait. Il se devait de réagir.


Une fois ses esprits repris, le piaf s'attela à parler à d'autres oisifs. Puisqu'ils n'avaient rien d'utiles à lui dire, il demanda des renseignements sur les habitants vivant en haut, au laboratoire. D'abord irrésolus à justifier leurs émotions, certains hyliens s'emportèrent en objurgations impulsives : un pérégrin n'avait rien à faire avec les histoires de ces ermites fantasques. Quelque part, ils craignaient la folie de ces originaux d'en haut... Et l'interdit attisa la curiosité du rito. Il décida de modifier son approche.


Sur son dextre ouvrage, le forgeron focalisait toute la concentration que réclamait son travail. Par quatre frappes rapides, puis une ultime griffure, il finit l'artifice.


« Impressionnant, remarqua le rito sans ironie.
- Merci. Mon travail, c'est ma fierté ; et la qualité c'est mon gage pour les aventuriers.
- Je vois, mais mon arc me suffit, pour l'instant. Et puis, il y a à Elimith un parfum qui m'intrigue.
- Pourtant je ne sens rien. Maintenant si vous n'avez pas besoin de de mes armes, je vous prie de me laisser travailler. »


La rigueur agélaste du travailleur déçut le piaf. Il ne se résigna toutefois pas à le solliciter plus directement et entreprit d'obtenir des renseignements par une technique qu'il avait apprise.


« C'est une façon de parler, j'ai entendu que certains... voisins, hasarda Ardolon en pivotant la tête vers le laboratoire, avaient des moeurs singulières.
- C'est vrai, je remarque parfois une jeune fille prendre des notes en m'observant. C'est assez étrange, mais pas assez pour me destabiliser !
- Cela doit demander beaucoup de concentration, flagorna le piaf en attendant un signe de validation. Quel dommage que tout le monde ne soit pas aussi attentif...
- Comment ça ?
- Mettons que vous aimez le poisson ; il faut bien quelqu'un pour le pêcher, non ? Et bien si le pêcheur est déconcentré, sa prise sera plus maigre et ses prix, plus chers. J'espère que ça ne vous est jamais arrivé.
- Euh... »


Par un aplomb bouffi de suppositions, Ardolon voulait faire croire au forgeron qu'il y avait une corrélation. Il aurait certainement subi les variations du commerce, tout comme il avait sûrement vu l'hylienne l'observer ; s'il n'avait jamais fait le lien entre les deux phénomènes qui n'en avait aucun, le piaf était certain de pouvoir les adjoindre. Après tout, même chez les étrangers, il percevait facilement la fierté dont les membres de sa race étaient pétris. Construire une histoire avec l'argile de cette dignité était facile.


« C'est vrai... Elle m'a semblé être passée il n'y a pas si longtemps, maintenant que j'y pense. »


Ben voyons ! Si fragile est le masque des vaniteux.


« Écoutez, je ne peux pas m'en assurer, ni même en vouloir à un voisin de travailler à sa façon. Mais bon... Vous pourriez peut-être vérifier qu'elle ne perturbe pas les agriculteurs ? Vous savez, ce n'est pas tous les jours facile de rester concentré.
- Vous devez avoir raison, les récoltes ne peuvent pas être bonnes à chaque fois ! Mais vous ne sauriez pas par où elle aurait pu passer ?
- Habituellement, elle s'en va vers là-bas...»


D'un remerciement succinct, le pérégrin reprit son chemin. Bien sûr, il aurait pu s'envoler et scruter la bourgade, mais ce serait moins agréable. La recherche, un brin dépourvu d'intérêt, avait soudain l'attrait d'une chasse.


Eluria

Inventaire


Eluria poursuivit son chemin en direction de l’armurier. Elle ne manqua pas d’observer les gens autours d’elle, espérant glaner quelques idées en route. Elle marqua un arrêt en portant son intérêt sur un vieillard se déplaçant avec une canne. Ce dernier peinait à avancer. Nul ne saurait dire ce qu’il lui était arrivé, mais l’apprentie savante ne mit pas longtemps pour trouver la cause de son incapacité à se mouvoir normalement. Hormis son âge avancé, elle remarqua que son aîné avait perdu une jambe sans doute par un malheureux concours de circonstance dont elle ne connaîtrait jamais le déroulement. Ce qui ne l’empêcha pas, pour autant, de prendre de quoi noter pour y griffonner ce qui pourrait peut-être permettre à d’autres personnes dans son cas, de retrouver leurs pleines facultés motrices.


Et c’est à ce moment-là qu’elle constata que d’autres personnes la fixaient d’un air mauvais, comme s’ils jugeaient son acte déplacé. Elle préféra ne pas tenir le regard et s’empressa de ranger ses affaires avant de reprendre sa route d’un pas plus précipité. Bien qu’elle fût globalement satisfaite, pour l’instant, de ce trajet, elle commença néanmoins à se sentir stressée. Stressée par le regard que lui portent les autres, méprisant, méfiant. Maintes fois elle s’était mise en tête de mieux se faire connaître auprès des habitants du village. Mais vu leur nombre et l’avis global qui ne jouait pas en sa faveur, elle dut s’y résigner. C’est pourquoi elle pensa que la meilleure façon de changer la donne, c’était de trouver un moyen d’améliorer leur quotidien grâce aux fruits de ses recherches. Et cette pensée lui était suffisante pour rester déterminée à aller jusqu’au bout.


Eluria arriva enfin aux environs de l’armurier. Tout comme elle l’avait fait pour le forgeron, elle s’installa suffisamment loin pour pouvoir scruter les gestes de l’artisan tout en espérant éviter de s’attirer le regard des passants. Ce dernier s’attela à la confection d’une cotte de maille. Son travail d’une qualité proche de celui d’un orfèvre l’envouta. Il y avait tant de minutie dans les gestes qu’elle se demanda bien comment elle pouvait en faire de même grâce au savoir-faire antique. Et l’expression sur le visage de l’haubergier, bien que déformé par une intense concentration, laissait tout de même transparaître une certaine joie. Ce serait dommage de l’en priver, même dans le but d’aider.


« Il se pourrait bien que cette technologie ne puisse pas tout remplacer… » se dit-elle.


Quoique déçue de repartir bredouille de cette étape, elle se jura quand même de revenir jeter un œil, espérant qu’il se penche sur un autre type d’ouvrage pour lequel elle trouverait de quoi compléter son carnet.


Sac à l’épaule elle entreprit, cette fois-ci, de voir du coté des paysans travaillant dans les champs. Bien qu’elle eût souvent l’occasion de les admirer dans leur travail, elle n’eut jamais la pensée de se dire comment elle pourrait contribuer à faciliter leur dur labeur. Cela lui accorderait aussi un instant de calme, n’étant pas habituée aux bruits de la foule.


Ardolon

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Après avoir parlé au ferronnier, le rito fila aussitôt de l'autre côté du hameau. Ce faisant, il longea la pente douce qui menait au laboratoire, se demandant s'il ne devrait pas tout simplement s'y rendre. Le chemin l'amena jusqu'à une résidence, plus grande que ses voisines, non loin de l'une des entrées de la petite ville. Comme des bourgeons à cette extrémité du village, les plantations portaient la promesse d'une prospérité plus rurale. Ardolon s'approcha donc de l'agronome le plus proche.


« Bonjour ! Auriez-vous besoin d'aide ? »


Bien sûr, il serait incongru de consulter un étranger et lui demander une aide gratuite. Si d'aventure il réclamait un geste, le paysan n'avait aucune récompense à offrir. Cependant, ce n'était pas l'objet de sa question.
Ardolon voulait autre chose.

« Euh... Enchanté ? Vous êtes un rito, c'est ça ? Non, non, je n'ai pas besoin d'aide, répondit le cultivateur en s'épongeant le front.
- Tant mieux. Je n'y connais rien au travail de la terre, admit le rito. Tous ces champs vous appartiennent-ils ?
- En effet, je suis aussi le chef de ce village. »


Fait étonnant pour Ardolon, le maire ne paraissait pas plus puissant qu'un autre habitant. Peut-être avait-il gagné leur confiance en travaillant sur ses champs ?


« Mon arc est à votre service et j'accepterais volontiers à vous débarasser de toute épine dans le pied, comme vous dites. Mais en réalité, je souhaiterais parler à un chercheur... »


Le maire eut le réflexe de regarder vers le laboratoire, l'espace d'un bref instant, mais il ne semblait pas vouloir céder sa confiance. Remerciant l'étranger, il n'évoque que le calme de son village, omettant l'étrange résidence au sommet d'une colline. Le rito décida alors de prendre une autre approche.


« Je comprends, après tout l'aide d'un rito ne semble intéresser personne ici.
- Non, ce n'est pas...
- Ne vous en faites pas. Je vais simplement vérifier que les forêts à l'ouest ne sont pas aussi dangereuses qu'on le dit. Ce serait dommage qu'un habitant se fasse mal en cuillant des champignons, n'est-ce pas ? Peut-être aussi que j'irais faire un tour vers cette grande maison qui surplombe le village. Les hauteurs me plaisent mieux. »


Bien qu'il se plaisait à voir la réaction du villageois, il espérait surtout qu'un habitant un peu moins circonspect vienne directement vers lui. Le maire lui enverrait peut-être quelqu'un pour l'empêcher d'aller au laboratoire, puisque cet endroit semblait si repoussant ?
Dans tous les cas, l'air de la forêt lui ferait du bien. Plus que l'ambiance pesante de la bourgade.


Eluria

Inventaire


« Enfin un endroit où je pourrai contempler le travail des autres sans être dérangée ! »


Il est vrai que les champs ne sont pas un endroit ayant l’habitude d’être foulé par une masse de population au quotidien. C’est sûrement pour cette raison qu’elle apprécie particulièrement ce coin lorsqu’elle avait envie de prendre l’air avec pour seuls bruits ambiants le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles caressées par la brise. La vue était aussi riche en couleurs grâce à ces feuilles qui, justement, prenaient celles de la saison qui débutait quand d’autres, moins chanceuses, commençaient déjà à quitter les branches sur lesquelles elles s’accrochaient jusqu’alors.


Elle vit non loin que les paysans s’attaquaient à la récolte des légumes de saison. On pouvait y apercevoir principalement des citrouilles armo ainsi que des carottes tempo et vigueur. Avec le froid qui se manifestait timidement, c’était pour elle l’occasion de se procurer ces denrées pour pouvoir refaire cette recette dont elle raffole tant, elle et les autres occupants du laboratoire : une bonne soupe de citrouille. Rien que cette idée lui permit d’oublier les quelques désagréments subis durant son périple.


Comme elle l’avait observé auparavant, cette récolte se faisait principalement à la main. Une tâche qui prend du temps et qui exige beaucoup d’efforts dans des positions relativement contraignantes. Raisons pour lesquelles elle tenta d’imaginer une machine capable de faire ce travail de manière autonome. Après tout, si cette machine pouvait accomplir cette tâche sans besoin d’une intervention humaine, cela laisserait le temps aux agriculteurs de faire autre chose, voir même de prendre un peu de repos. Elle exécuta quelques esquisses aussi longtemps que son imagination lui permit, et après quelque temps elle put admirer le rendu. Il y avait plusieurs modèles, mais l’idée générale resta inchangée : une sorte de remorque autopilotée, munie de bras articulés, affublés d’un préhenseur à l’extrémité. Seul défi, faire en sorte que cette machine puisse passer d’un rang à un autre sans endommager l’objet de la récolte.


Eluria décida, sur un dernier coup de griffe dans son carnet, de plier bagage pour reprendre la route du laboratoire. Elle vérifia les alentours pour être sûre de n’avoir rien oublié, puis observa une dernière fois les champs, ou plutôt le ciel au-dessus des champs. Elle remarqua une masse sombre planer en direction d’un des accès à la ville, coté forêt. Vu qu’il lui restait encore un du temps, elle décida de s’y rendre pour espérer tomber sur l’étranger dont elle avait entendu parler pendant son étape chez le forgeron.


Ardolon

Inventaire

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Dès qu'il avait aperçu le plumage noire et rutilant du piaf, il ne lui avait attribué aucun crédit. L'étranger était le signe d'un péril imminent. Les autres gardes avaient accordé l'accès au village sur la base de sa recherche sincère d'un travail mais lui, il n'était pas naïf. Mieux valait ouvrir les yeux sur cet oiseau exotique...


Sans trop de surprise, l'étranger ne tarda pas à provoquer quelque heurt près de l'écurie. Il filait loin de son méfait quand son poursuivant s'y rendit pour s'enquérir de ses pratiques avilissantes. Il repoussa bien vite l'idée que le piaf eût été insulté et se focalisa sur l'irascible posture du rito. « Si l'instalibilité de l'étranger vous indispose à nouveau, rassura-t-il, je suis là pour vous soutenir ».


Le travail n'était donc pas la raison de son arrivée à Elimith. Le rito explorait le village à la recherche d'un sage. Un sage ! Se pouvait-il qu'il était là pour dérober une sorte d'objet de savoir, ou quelque chose d'autre, à l'observatoire ? Tel était sûrement l'objectif du mystérieux rito, plus suspicieux de minute en minute !


À l'ombre d'une maison, l'espion continuait son observation. Surpris par la fraîcheur de la brise, il ne se laissa pas déconcentrer car l'étranger était tout près, parlant avec le maire. Il était difficile de les écouter mais la voix grave du piaf n'était pas discrète. Ah ! Vraisemblablement l'étranger entendait visiter le laboratoire. Son prime objectif trahi, le trajet dans la forêt semblait factice.


« J'te tiens ! »



Sa discussion terminée, Ardolon marcha à l'opposée du maire, vers l'ouest. Même s'il n'aimait pas admirer les paysages depuis de la terre ferme, il apprécia un instant l'intensité du bourg. Ses yeux clos, il se doutait qu'on l'observait mais aucun signe ne trahissait de risques tandis que la brise murmurait à son plumage une paisible stimulation. Puis Ardolon prit son envol.
Dans les airs il ressentait une liberté grisante, cependant que les hauteurs révélaient leur secrets. Pour autant, il ne pouvait pas voir derrière ses ailes sans faire des efforts qu'il ne jugea pas utiles. Planer vers les arbres lui parut plus urgent si bien qu'il arriva vite devant l'une des entrées. Dos au village, il se posa sur une roche et profitait du calme sylvicole tout en réfléchissant dans sa tête.


« Voyons... La plupart des villageois ne sont pas à l'aise avec moi, certains seront prêts à m'incriminer pour des broutilles et la plupart semblent être des marchands, à l'exception des gardes. Le maire n'a pas l'air très fort et même s'il est respecté, je doute qu'il me suffira de gagner sa confiance. Je ferais mieux de rester quelques jours avant de partir : peut-être qu'en revenant fréquemment, ils finiront par me faire confiance. »


le monologue intérieur du rito était décousu et s'il s'interdisait à penser comme un mercenaire, esclave de son travail, trouver un objectif clair et captivant restait au-delà de ses compétences.
Arrachant le piaf à ses pensées, un bruit attira son attention. Avant même qu'il n'en prit garde, son arc était entre ses plumes. Au même instant, il vit une biche courir, désorientée. Apeurée ? Aucun péril ne se faisant pressentir, il s'approcha d'elle puis de l'endroit qu'elle tentait de fuir.



L'étranger s'était assis avec précision sur un promontoire, toisant la forêt comme s'il en était le maître. Quelle arrogance l'avait transporté ici ? Son observateur avait mis du temps à le rejoindre mais pour une raison inconnue, plus aucun geste du rito. L'avait-il entendu ? Voulant s'approcher, son pas léger foula la lie smaragdine dans un quasi-silence.
Alors, comme possédés, ses ailes s'armèrent. Ensuite, presque à contrecœur, il se tourna vers la menace. Elle semblait provenir, heureusement, des profondeurs sylvestres... L'étranger ne l'avait donc probablement pas entendu et s'enfonçait hors de sa vue.
Qu'à cela ne tienne ! Un sombre dessein devait animer l'infâme. Jamais il ne s'en tirerait si facilement ! Même au centre du danger, lui verrait clair dans les ruses de l'étranger...


Pendant ce temps, une biche affolée s'était recroquevillée pour reprendre son souffle. Elle l'avait échappé belle et après avoir tant couru, elle songeait à...
Rien. Avant même de réaliser ce qu'il s'était passé, elle avait quitté ce monde de sensations.


Eluria

Inventaire


L’orée de la forêt. La jeune hylienne y était enfin parvenue à raison de quelques minutes de marche. Le soleil était encore visible au-dessus des cimes, bien qu’il eût entamé son inexorable descente vers la ligne d’horizon.
Une légère brise caressa sa longue chevelure de jais, de la même manière qu’elle faisait danser l’herbe dans une chorégraphie que nul autre n’aurait pu imaginer. Eluria scruta les environs à la recherche de la silhouette qu’elle aperçut s’y poser lors de son retour des champs. Pour seule trouvaille, elle distingua une masse blanchâtre au sol, un peu plus loin dans le bois. À son approche, elle identifia rapidement sa découverte : un ovidé gisait mort sur le sol, à en croire l’escadron d’insectes qui virevoltaient autour. Ce qu’elle trouvait étrange, c’était l’absence de toute blessure sur le corps sans vie de l’animal. Qu’est-ce qui aurait bien pu avoir raison de cette pauvre bête ?


Quoiqu’il en fût, cela signifiait pour elle que l’endroit n’était pas des plus sûrs. Bien que sa raison lui dictât de retourner au village, sa curiosité lui ordonna le contraire. Elle tenait vraiment à retrouver l’étranger. Ainsi commença son excursion. Eluria progressait d’un pas lent et prudent, restant aux aguets et non sans une nervosité qu’elle ne pouvait cacher. La direction de son regard alterna entre le sol et sa hauteur, marquant quelques fois une pause pour vérifier les alentours. La forêt était d’un calme inquiétant, comme vide de toute forme de vie. D’habitude on aurait pu y repérer subrepticement petits et gros gibiers, ou autres piverts et écureuils.


« Je crois que je t’ai enfin trouvé ! » lâcha-t-elle à voix basse.


Par-delà des fourrés, elle discerna enfin la forme familière. Ce sont surtout ses couleurs qui la dénoncèrent : plumage bleu nuit aux extrémités incarnats. Pas de doute, il s’agit bien là du rito dont elle avait entendu parler au village. Il avait l’air lui aussi, de chercher quelque chose, ou quelqu’un. Elle resta à une bonne distance derrière lui, tout en avançant aussi furtivement que possible. Mais un arrêt soudain de sa cible la déstabilisa quelque peu et, son pied rencontrant une racine qu’elle n’avait pas remarquée, manqua de choir dans un bruit que le pris en filature n’eut aucun mal à percevoir. C’est dans une volte-face, qu’il arma son arc dans sa direction. Par réflexe, l’apprentie spécialiste archéonique n’eut d’autres choix que de lever les mains à hauteur de la tête, paumes exposées pour lui indiquer qu’elle n’était pas armée.


Dévorée par la honte de s’être vendue d’une manière aussi stupide et la crainte d’une agression imminente, elle n’osa pas prononcer un seul mot. Elle en était à un point qu’elle espérait que ce soit lui qui brise le silence. Eluria resta donc plantée là, à attendre une réaction de la part de l’étranger. Ce dernier l’aurait sûrement mauvaise contre elle. Elle pensa le déranger dans une partie de chasse, dérangement qui lui aurait certainement coûté son casse-croûte. Ou alors son entreprise était-elle d’une toute autre nature ? Qu’importe le scénario, elle n’en restait pas moins en mauvaise posture.


Ardolon

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Sous la protection naturelle des frondaisons, le rito se sentait plus à l'aise car il ne risquait pas d'être surpris par la pluie ; ainsi, l'hostilité qui violait la forêt était sa seule ennemie. Mais il avait aussi appris qu'elles pouvaient être multiples et surgir si vite qu'il fallait, quoi qu'il advienne, garder son calme pour réagir à temps et prendre l'initiative.


Tous ses sens en éveil, Ardolon sentait encore le pétrichor pendant qu'il se concentrait sur son ouïe. En fait, ses plumes était tellement aux aguets qu'il aurait senti un mouvement avant même de l'entendre. Deux couples d'oiseaux piaillaient à l'ouest, un autre au nord s'égosillait au dessus du cerf qui suivait une femelle. Il y en avait deux autres, plus loin mais également des signes de vie plus petits que le piaf reconnut d'un coup d'oeil. Mais ce qui l'intéressait n'était pas dans son champ visuel, ni derrière. Ce qui l'intéressait avait moins d'élégance qu'un cerf et se faisait plus discret qu'une musique aviaire.


À mesure qu'il avançait, le piaf remarqua les silhouettes de ces intrus. Ils étaient petits et traînaient une victime, assomée mais aussi large qu'eux deux réunis. Assomée mais en vie... Ardolon aurait pu le défendre, s'il avait voulu trahir sa présence, mais il savait le danger que représentait ces créatures. Ce n'était pas le moment.


Tandis que l'un des deux petits êtres se retournait, Ardolon prit couverture parmi la nature. C'était sa complice, il avait appris à se marier avec les artifices de ses harmonies chaotique. Il savait que la forêt était une gigantesque sphère, interconnectée, dont chaque être vivant contribuaient à sa façon ; un monde dont ses proies, à tort, se croyaient maîtres. L'aile d'Ardolon glissa sur son arc, prêt à tirer la flèche qu'il avait préparée. Il inspira profondément en attendant qu'ils commencent à s'éloigner, puis le rito décocha.


L'air siffla puis un bruit sourd conclut sa course. Le bout de bois avait rebondi contre l'écorce et à vrai dire, il n'aurait pas fait de mal à qui que ce soit : c'était un projectile de fortune, surtout destiné à attirer l'attention. Et son office fut très vite rempli car déjà, l'une des proies s'y achemina tandis que l'autre portait encore sa victime derrière lui. Il semblait ne faire aucun cas de la distraction, soit qu'il l'ignora au bénéfice du repas futur qui accaparait lucidité, soit qu'il préféra laisser la tâche ingrate à son compagnon. Dans les deux cas, cela reportait la menace de cet adversaire à plus tard.


Quant au premier, le piaf d'ébène et de grenat était prêt à l'affronter. Avec ses flèches, il pourrait l'affaiblir à distance puis quand il sentirait ne courir aucun risque, il dégringolerait sur l'odieux au moment opportun. Simple. Il n'y avait qu'à attendre en embuscade que l'autre s'éloigne... Quelques pas de plus...


Brusquement, un buisson se trémoussa vigoureusement. Une petite voix fluette s'y échappa. Pour sûr, l'habitant d'Elimith avait trahi sa présence.



L'étranger avait avancé parmi les fourrés sans même prendre garde à la végétation. Son esprit tout entier devait être dirigé vers l'intention de commettre un coup fourré. Sans doute allait-il s'en prendre à un animal pour assouvir ses intuitions bestiales. C'était dangereux de le suivre mais l'idée de le surprendre à perpétrer un meurtre était grisante. Qu'il avait hâte de dire qu'il l'avait suivi là où le crime allait arriver. Sûrement, les autres enfants seraient admiratifs de son courage !


Le garçon constata que le piaf s'était caché en épousant la forme d'un tronc et des arbustes alentours, malgré son imposante taille. Alors, craignant d'avoir été vu pendant qu'il rêvassait, lui aussi se mit derrière un arbre. Heureusement, le rito ne l'avait pas vu ; comment l'aurait-il pu ? Il semblait trop obnubilé par l'idée d'être vu, comme un criminel prêt à faire son méfait. Du moins, c'est ce que pensait l'enfant, sans bouger derrière un arbre qui ne le cachait pas si bien. Le petit hylien céda néanmoins à l'envie d'en voir plus. Après avoir vu un buisson un peu plus gros que lui, son petit corps s'y précipita comme s'il était invisible.


Depuis le refuge naturel, le spectateur scruta le piaf avec une puérile assurance. Jamais n'imaginait-il qu'il put être vu, ni même entendu, ne tentant pas même d'étouffer un hoquet de surprise, lorsqu'il vit une flèche s'engouffrer entre les plumes de l'étranger. Sur quel victime allait-il l'abattre ?
Ah... La flèche partit à tavers les arbres, jusqu'à rebondir sur l'un d'eux... Quel nul, il n'y avait aucun animal par là-bas. Ou peut-être que c'était un avertissement ? Peut-être qu'il avait senti la présence de l'habitant d'Elimith ? Nan, aucune chance, sinon il aurait au moins tourné la tête vers lui. Et puis, il l'aurait grondé de l'avoir suivi. Et puis...
Un bruit interrompit le flux des pensées saugrenues de l'enfant. Comme si une bête se déplaçait, le tumulte fit s'envoler un couple d'oiseaux. Heureusement qu'il avait une cachette aussi dense, nul ne le trouverait sous ce buisson. D'ailleurs, l'étranger l'avait pas vu, c'était de bonne augure.


Près de la flèche lancée par l'étranger, il y avait une sorte de créature musclée, comme un bovidé. Même si elle était petite, la masse difforme se tenait sur ses pattes arrières et poussait des grognements hideux. D'un coup elle fit volte-face. Alors l'enfant vit la malice luire dans ses iris. La surprise fut si violente que le môme eut un soubresaut. Désormais, les iris le fixaient ; alors l'enfant vit les portes de l'enfer s'ouvrir et se fermer, à mesure qu'ils l'étudiaient. Se pouvait-il que l'horrible créature le voyait ? Non, c'était impossible... Il devait fuir, il fallait fuir. On lui avait toujours dit de fuir s'il voyait un monstre. Il fallait fuir, il devait fuir.
Mais il restait interdit, face au péril devant lui. La tare humanoïde s'approchait, attirée par l'effroi qui paralysait sa victime. Pareille à un cauchemar, elle paraissait inexorable.



Brusquement, un buisson se trémoussa vigoureusement. Une petite voix fluette s'y échappa. Pour sûr, l'habitant d'Elimith avait trahi sa présence. Comme prévu.


Le bokoblin repéra immédiatement l'enfant qui s'était faufilé sur les pas du piaf. Ces monstruosités étaient stupides, mais pas aveugles ni faible. Habitué à réfléchir ainsi, Ardolon s'interrogea un instant sur l'intérêt qu'il avait à le sauver. S'il ramenait un enfant mort, on ne lui accorderait pas beaucoup de confiance, voire l'incriminerait du méfait. Non, il devait le sortir de l'étreinte de la panique. Comme prévu.


Dans un seul geste, l'étranger encocha une flèche et s'envola. S'il ne put pas prendre de l'altitude, il se percha sur le branchage le plus robuste qu'il trouva. Une autre flèche fit mouche. Quand le bokoblin entreprit de le pourchasser, sans trop se demander comment, d'autres traits pleuvèrent. Il s'apprêtait à frapper l'arbre avec sa masse mais Ardolon plongea hors de son promontoire vers le petit d'Elimith. Comme prévu.


« Que fais-tu là ? La forêt est dangereuse, ce n'est pas un jeu. Reste derrière moi. »



Bien sûr, il avait toujours su qu'il était suivi ; bien sûr il s'amusait de cette aventure. Pour autant, son adversaire était juste devant lui et le danger, plus réel que jamais. Son arc fit siffler un nouveau projectile qui manqua sa cible et quand il prit une nouvelle flèche, il comprit que c'était sa dernière. Un tir précis fila vers la jambe du bokoblin qui en fut fragilisé et le rito profita de l'ouverture pour se lancer de tout son poids sur le gourdiflot, lequel lâcha sa masse sous l'impact. Ardolon l'empoigna aussitôt ; il prit de l'élan, l'enfonça sur la crâne de l'infâme et répéta jusqu'à briser l'arme. Comme prévu.


Dans son dos, le mioche ne voyait pas la violence des chocs. Pourtant les attaques qui fracassaient le crâne produisaient une terrible cacophonie. Le traumatisme oppresserait les nuits du petit curieux, mais cette peur renforcerait son admiration pour l'étranger ; car il l'avait sauvé, pas vrai ? Il tremblait encore quand Ardolon s'approchait de son petit corps. Bienveillant et presque apaisant, il l'enveloppa de ses plumes, murmurant que c'était terminé. Il ne restait plus qu'à le raccompagner mais... L'autre bokoblin ne tarderait pas à venir et le rito n'avait plus d'arme pour se battre. En les voyant fuir, les gardes prendraient conscience du danger qu'il avait dû affronter, alors il était impératif qu'ils rentrent prestement, comme prévu.


« Je vais t'escorter jusqu'au village, tu peux marcher ? »



Le gamin était encore sous le choc, mais il pouvait tenir debout c'est pourquoi le piaf le força à avancer. Pendant qu'ils progressaient lentement, il sondait les horizons car même si l'autre bokoblin était encore loin, son pas se faisait moins discret. Il devait avoir compris que son compagnon avait disparu et avait commencé à le chercher. Puis d'un coup, sa démarche lointaine sembla s'accélérer ce qui fit brusquement s'interrompre Ardolon. Bien, ils pourraient atteindre le bourg en quelques minutes, comm...


Dans son dos, Ardolon entendit un craquement. Se retournant, il encocha son arc avec un fragment de la masse qu'il avait utilisée. Le menace, bien que factice, révéla bien vite ce qui se cachait dans les fougères. Ce n'était pas prévu ! Un autre civil l'aurait suivi ? Depuis combien de temps ? Avait-il été entendu ou vu ? Si elle s'était découverte si vite, elle ne devait pas avoir remarqué que les bois étaient habités par des bokoblins. Et si elle n'était pas pressé de fuir, alors...
L'autre bokoblin ! C'était vraiment pas le moment !


« Quoi que tu fasses ici, il faut fuir. Vite ! »


Le rito tâcha de s'assura que le garçon avait lui aussi bien compris, mais il en doutait. Comment pouvait-on être aussi lent sans même être blessé ? Il allait lui ordonner de se dépêcher, lorsqu'il le vit écarquiller les yeux. Un véritable vacarme agita le bois, signe que la menace s'approchait. Cette fois, le petit eut le réflexe de s'enfuir comme si sa vie en dépendait.
Mais l'autre habitante d'Elimith ne pouvait pas savoir ce qui l'attendait. D'un coup d'aile, le piaf s'élança vers elle. Il ignorait si elle pouvait courir assez vite, mais une idée lui vint à l'instant où il lui murmurait de ne faire aucun bruit. Peut-être que s'ils étaient suffisamment discrets, le bokoblin n'entendrait et ne verrait que les traces du gosse, puisque les siennes ne pouvaient pas révéler vers où il s'était envolé. C'était un pari sur lequel il paraissait judicieux de miser et il voulut le partager...
Cependant les ronchonnements porcins étaient on ne peu plus clairs : au moindre mouvement, il suspecterait la présence des deux intrus. Alors Ardolon se figea, une plume devant son bec intimant le silence à sa nouvelle camarade.


S'ils avaient de la chance, le bokoblin poursuivrait bientôt l'autre marmot.
S'ils avaient de la chance...


Eluria

Inventaire


L’hylienne était tenue en joue. Son potentiel bourreau ne mit pas longtemps avant de lui adresser la parole d’un air pressé.


« Quoi que tu fasses ici, il faut fuir. Vite ! »


Elle le vit rapidement détourner le regard. Elle comprit que ce dernier n’était pas seul. Une silhouette, plus menue, un enfant qui s’était sûrement égaré dans la forêt, sans doute trahi par une curiosité proche de la sienne, se tenait aux cotés du rito. Pour une raison inconnue, l’humanoïde à plumes avait l’air agacé par l’attitude du garçon, comme s’il attendait quelque chose de sa part, chose que ce dernier n’avait pas l’air décidé de lui céder. Son attente ne tarda pas à prendre fin alors qu’un boucan résonna dans la forêt, brisant enfin le calme inquiétant du bois, boucan qui provoqua la fuite soudaine du jeune marmot. Ce dernier passa à proximité d’Eluria sans même lui adresser le moindre regard, filant droit devant lui en direction du village comme dans une course contre la mort.


Beaucoup de questions s’écrivirent dans son esprit. Que faisaient-ils dans la forêt ? Pourquoi prendre la fuite ? Avant même qu’elle n’eut le temps d’ouvrir la bouche pour poser une seule de ses interrogations, elle vit le rito fondre sur elle par un puissant battement d’aile pour lui signifier qu’il lui fallait garder le silence. Tous deux regardèrent ensuite en direction du vacarme, en restant aussi immobiles que possible. Puis Eluria entendit comme des ronchonnements, et à en croire l’intensité sonore croissante, ça avait l’air de se rapprocher.


Elle distingua un bokoblin, solitaire, masse à la main, qui reniflait le sol et l’air autour de lui. Du peu qu’elle avait lu au sujet de cette bestiole, elle trouvait étonnant le fait d’en rencontrer un seul, eux qui ont toujours tendance à se déplacer en groupe. Tout comme elle trouvait inutile le fait de rester plantés sans bouger. Doté d’un odorat extrêmement développé, il ne lui faudrait pas longtemps avant de les débusquer. N’étant pas apte au combat, il ne lui restait qu’une seule alternative : celle entreprise par le gamin. Et autant profiter de la distance qui les séparait en prenant la fuite immédiatement.


« Maintenir cette position ne fera que lui faire gagner du temps pour se rapprocher de nous, il ne faut pas rester ici… » lui souffla-t-elle.


Sur ces mots, elle fit demi-tour et entama sa course effrénée en direction du village. Heureusement, avoir observé les environs en route lui permit de mémoriser le chemin du retour. La seule chose qu’elle espérait, c’était de rattraper l’enfant pour pouvoir l’emmener avec elle jusqu’en sécurité. Son compagnon de route, lui, n’aurait pas grand-chose à craindre de l’hostilité de la forêt. Un simple décollage suffirait à se mettre hors de danger. La différence d’enjambées permit à Eluria de rattraper rapidement l’enfant, toujours en course. Elle l’attrapa par une main et calqua sa course sur celle du rejeton.


« Quoiqu’il arrive, ne te retourne surtout pas ! »


Après quelques minutes qui lui parurent interminables, ils furent enfin sortis de la forêt. Le duo s’arrêta et la plus âgée scruta la forêt un moment. Leur poursuivant avait l’air d’avoir laissé tomber la course. Où peut-être que le rito avait trouvé une ruse pour faire diversion ? Dans un long soupir de soulagement, elle s’agenouilla pour se mettre au niveau du môme.


« Je crois qu’il nous a laissé tranquille. Mais dis-moi, que faisais-tu seul dans cette forêt ? »


La fatigue et l’émotion eurent raison de l’enfant. Pour seule réponse, il se mit à chouiner. Eluria, bien que fatiguée elle aussi, tenta d’arborer un sourire se voulant apaisant, tout en lui caressant les cheveux pour le rassurer. Il finit par se calmer.


« J’ai vu un homme-oiseau bizarre et qui avait l'air méchant. J'l'ai suivit en croyant qu'il allait faire une bêtise, mais j’pensais pas tomber sur ce vilain monstre ! Heureusement qu’il était là pour me protéger… J’veux rentrer à la maison !»


L’apprentie se releva et lui prit de nouveau la main pour le mener au village.
Arrivés aux abords, elle distingua un couple tenant compagnie aux gardes. Quand ils virent l’enfant, ils se mirent à hurler son nom. Ce dernier lâcha prise pour courir dans leur direction avant de sauter dans leurs bras. Une fois l’hylienne arrivée elle aussi vers les gardes, les parents du petit la fixèrent d’un air surpris. Ils ne s’attendaient pas à ce que la fille du labo puisse porter assistance à un enfant, elle qui a toujours l’habitude d’observer les gens de loin. Mais avant même qu’ils ne manifestent leur reconnaissance, ils remarquèrent avec stupeur une masse imposante se poser derrière la secouriste malgré elle. Eluria ne se retourna même pas pour confirmer l’identité de celui qui venait de se joindre à eux.


« Voici la personne qui a veillé sur votre fils. C’est à lui que vous devez des remerciements. » dit-elle en accompagnant ses paroles d'un mouvement de tête en direction du bienfaiteur.


Ardolon

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Tandis que l'ennemi approchait, le rito réfléchissait à toute vitesse. Le petit d'Elimith était parti, mais pas encore sorti d'affaire, alors il devait gagner du temps à défaut d'avoir pu l'escorter. Cette partie-là de son objectif était remplie. Maintenant, qu'en était-il de l'hylienne ? Elle ferait pâle assistance face au péril, et s'enfuir était sa chance la plus fiable.
Quant au bokoblin, Ardolon ignorait s'il remarquerait le piège. Jamais n'avait-il était traqué par ces fouineur : c'était lui, leur chasseur. D'habitude, il profitait du terrain, du nombre ou de la distance pour les affaiblir avant de les finir mais la plupart du temps, il ne s'embarassait pas de les assaillir. Qui serait assez fou pour détruire le source des services qui le nourrit ?


« Maintenir cette position ne fera que lui faire gagner du temps pour se rapprocher de nous, il ne faut pas rester ici... »


C'était bien vrai et il l'avait bien compris, mais il se demandait comment profiter des circonstances. Déformation de son ambition dévorante, peut-être ? La fillette près de lui fila très vite, sans attendre la réponse d'Ardolon. Il la fusilla du regard tandis que le bokoblin, averti par l'impatience de l'habitante du village, se précipita vers là où il tentait une ambuscade. À ce moment précis, il analysa chaque scénario : soit il s'envolait et, en dépit des arbres qui le ralentirait, il pourrait laisser le danger pivoter vers les deux villagois ; soit il gagnait du temps pour qu'ils rentrent et demanderait réparation pour son intervention.
Il pulsait dans son coeur de rapace une ardeur compulsive, qui face à la peur le contraignit à férir avec furie. Car pareils périls lui rappelaient des souvenirs qui confinaient à la folie pure.


L'adversaire vrillait ses prunelles vers lui ; il y luisait une malice confuse tandis que l'hylienne, encore proche de leur refuge de fortune, fuyait le serviteur du malin. En un instant, le bokoblin obliqua dans leur direction et Ardolon se releva, tâchant de sembler intimidant grâce à sa taille et son envergure. L'infructueux effort ne temporisa pas la réaction du combattant face à lui, dépourvu d'inquiétude et sûrement incapable de ressentir la moindre panique. Le combat était inévitable.
La masse qui s'abattit sur lui fit un petit cratère mais le rito avait pu reculer avant d'être touché et le choc mordit mollement le sol. C'était le moment de contre-at... À sa surprise, le piaf dut reculer à nouveau à cause d'un autre coup. Le bokoblin avait frappé instantanément après l'assaut précédent, et enchaînait ses attaques sans s'embarasser de technique, sa force bestiale comme unique stratégie. Là, il martyrisa un tronc rongé par un tas de champignons ; Ici, la masse arracha la végétation. Ardolon s'y échappa en se propulsant vers l'arrière, utilisa l'élan pour se ramasser et riposter. Alors le rito, au moment où l'adversaire allait lever son arme, utilisa toute la force de ses bras comme un puissant éventail. Pareille amplification de son élancement le convoya à terre.
Sans demander son reste, le rito en profita et aussitôt s'enfuya. Par chance, l'entité abjecte avait été faible. Mais elle n'abandonnerait pas.


En dépit de quelques entailles, le piaf n'avait que d'artificiels blessures et son costume restait intact. Les traces d'un combat, toutefois, marquaient çà et là son plumage de jais et de grenat. Alors, quand il sortit du bois, il n'eut pas grand-mal à capter l'attention des gardes postés à cette entrée du village.


« Il n'y a plus qu'un bokoblin et s'il vient, nous pourrons le vaincre facilement, présagea-t-il entre deux halètements. »


Une seconde ou deux plus tard, avant même que l'infâme ne se montre, Ardolon lança un glatissement intimidant en restant dos au village. L'injonction vait beau être dissuasif, il savait surtout que bien peu des habitants d'Elimith avaient vu un rito tâcher de les protéger ; encore moins avaient dû entendre son cri d'aussi près... Et probablement aucun dans l'intérêt exclusif de leur protection.
Qu'importait que la menace fût factice ?


Il fit volteface, arborant un regard gonflé de remontrances et interrogea directement l'hylienne qu'il avait rencontrée auparavant.


« Il faut faire attention à ce que l'on cherche, car parfois on le trouve. »


Ardolon ne savait pas que la jeune hylienne le cherchait et il pensait qu'elle allait au devant de la menace que représentaient les bokoblins... Ou toutes celles qui pouvaient surgir, n'importe quand, dans la nature. Mais il lui en voulait aussi de l'avoir mis en danger, ralentissant sa fuite avec le petit. D'ailleurs, avait-il encore le regard plein de défiance qu'il lui avait lancé, dès son arrivée en Elimith ? Pour s'en assurer, le rito plongea les yeux vers lui. Bien, maintenant il se sentait redevable. Autant que faire se put, le piaf tâcha de montrer un visage rassuré tout en relâchant ses muscles.
Même s'il était un peu attristé d'avoir dû changer ses plans, il n'en voulait pas tant à la jeune fille, ni et encore moins à l'enfant dont il attendait, de ses parents, la reconnaissance. Pour toutes ces raisons, son attitude n'apparaissait pas agacée mais plutôt rasséréné d'avoir trouvé une conclusion aussi fortuite.


Eluria

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« Il faut faire attention à ce que l'on cherche, car parfois on le trouve. »


Eluria eut une expression à la fois de soulagement et de regrets. Mais elle avait fait ce qu’elle avait à faire. Ce qui comptait avant tout était de ramener le gamin à sa famille. Aussi elle avertit les parents de ce dernier sur le fait qu’ils devaient être plus attentif à son égard pour éviter qu’une scène de ce genre ne se reproduise. La famille décida ensuite, de demander aux sauveurs du jour s’ils voulaient une quelconque forme de compensation en guise de remerciement. L’hylienne leur demanda juste de lui promettre de mieux veiller sur lui. Elle attendit que l’humanoïde à plumes en finisse avec eux de son côté pour l’interpeler :


« Je crois que des excuses et des remerciements sont de rigueur. Mes excuses pour avoir pris la fuite en vous laissant gérer ce bokoblin seul, et merci de l’avoir retenu suffisamment longtemps pour nous permettre de rentrer au village sains et saufs… »


Elle fut tout de même rassurée de constater que malgré tout, lui aussi s’en était sorti en un seul morceau.


« Et pour en revenir à ce que vous m’avez dit… Pour moi c’est plutôt une bonne chose de trouver ce que je recherche, surtout dans un métier comme le mien. »


Elle porta son regard en direction de son domicile et prit une profonde inspiration, avant d’avouer.


« Je pense qu’il est grand temps de faire des présentations en bonne et due forme. Je suis Eluria, et je travaille au laboratoire du village. »


C’était aussi la première fois qu’elle put admirer son camarade sous toute sa splendeur. Bien qu’elle eût remarqué les couleurs peu anodines de son plumage, ce fut surtout celles de ses yeux qui l’intriguèrent. Jamais elle n’avait imaginé que quelqu’un puisse avoir les yeux de couleurs différentes.
Même si elle se doutait que sa séance d’observation pouvait irriter le rito, elle ne pouvait s’empêcher de le contempler. Il était d’une taille hors-normes comparé à ce qu’elle avait lu au sujet des membres de son espèce.


Elle se douta aussi qu’il aurait plein de questions à poser à son sujet, notamment sur l’étendue de ses recherches, la raison pour laquelle elle l’avait suivi jusque dans la forêt. Quoiqu’il en fût, elle se prépara psychologiquement à répondre à la moindre de ses questions, aussi nerveuse qu’elle put paraitre. Car à part avec sa connaissance gerudo, il serait le second, dans ce village, avec qui elle tiendrait une véritable conversation. Elle espérait aussi qu’au fond, cet épisode dans la forêt lui permettrait d’entamer quelque chose de positif pour elle, vis-à-vis des villageois. Cela prendrait du temps et beaucoup d’efforts, mais elle se sentait désormais d’attaque pour aller au bout.


Ardolon

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Serein mais un peu hargneux, Ardolon plongeait ses yeux dans ceux de l'hylienne. Il lui prêtait une attention toute particulière, non sans un soupçon d'accusation, mais constata qu'elle s'excusa avant même de se présenter. Ce n'était pas une combattante. Néanmoins une fuite, pour lui, eut été déshonorante sans jauger l'opposant. Son appréciation était partagée. 


« Je pense qu’il est grand temps de faire des présentations en bonne et due forme. Je suis Eluria, et je travaille au laboratoire du village. »


Bien que surpris, le pérégrin resta impassible. Il était donc en face de l'un des habitants avec qui il souhaitait s'entretenir, et pourtant il semblait incertain de lui dire ce qu'il avait appris... Ne sachant que lui répondre, Ardolon analysa l'habitante apparemment bien plus à son aise qu'il ne l'aurait cru, d'après les rumeurs. Sa peau d'une couleur claire offrait un contraste saisissant avec la noirceur de ses cheveux et ses prunelles céruléennes ressortaient avec plus de vigueur encore, qu'il dut se résoudre à l'évidence : la demoiselle n'avait pas conscience de la poigne dont elle pourrait disposer. À condition de cesser de le dévorer du regard ; l'avait-elle considéré comme un sujet d'étude pour l'affabuler d'une telle façon ?


« Enchanté Eluria, mon nom est Ardolon. Je suis... À la recherche de réponses dont je n'ai pas les questions, alors je me contente d'essayer de comprendre ce qui nous entoure. Vous aussi, au laboratoire, vous faites des recherches, pas vrai ? J'aimerais en apprendre un peu plus, si cela est possible. »


Élevant son aile droite pour désigner un espace excentré, le piaf invitait la jeune hylienne à s'écarter des badauds qui pourraient les importuner, sinon les juger, ou au pire les questionner inutilement. Comme s'il doutait que son geste avait suffi, il lui proposa discrètement de s'éloigner de la porte, protégée par des gardes qui n'auraient aucune envie de suivre leur dispute.
Tandis qu'il avançait à l'écart des habitants, le rito réfléchissait à ce qu'il pourrait demander mais aussi à ce qui constituait le quotidien d'un chercheur. S'il avait passé une vie de mercenaire, l'idée de s'ingénier à trouver des réponses lui semblait une vie bien fade et mystérieuse. Qu'est-ce qu'un inventeur pouvait faire de ses heures pour émettre de nouvelles chimères ? Avait-il seulement envie de chambouler sa routine ? Rien que d'y penser, son précédent combat lui avait procuré une décharge d'adrénaline qu'il regrettait que son compagnon ne puisse pas connaître.


Eluria

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Les présentations désormais faites, l’hylienne fut surprise du but de son interlocuteur. Trouver des réponses à des questions qu’il n’a pas ? Une chose était sûre : ça ne faisait aucun sens pour elle qui, justement, chercherait plutôt des questions pour lesquelles elle aurait déjà des réponses à apporter.


Eluria remarqua le mouvement d’aile d’Ardolon, l’invitant à le suivre dans un endroit plus tranquille et adapté pour la suite de leur conversation. Elle commença à réfléchir à la meilleure façon d’apporter les réponses aux premières questions du rito. Car là s’annonçait un challenge qu’elle ne s’attendait pas à devoir relever un jour : expliquer les tenants et aboutissants de ses recherches de manière à ce que tout non-initié à la technologie archéonique puisse comprendre. Elle répondit alors, nerveusement :


« Je…suis spécialisée dans la recherche sur la technologie archéonique. Vous avez peut-être entendu parler de cette ancienne technologie sheikah…à l’origine des gardiens et autres tourelles. À la base…cette technologie avait été conçue pour répondre à un besoin militaire pour combattre le Fléau…avant qu’elle ne se retourne contre ses créateurs par un malheureux concours de circonstance… »


Elle lui expliqua par la suite sur quoi ses recherches se concentraient. Si ses collègues continuaient leurs recherches dans la branche militaire, elle, de son coté, menait les siennes dans la branche civile. Elle profita du fait d’avoir son carnet avec elle pour lui montrer les diverses esquisses réalisées durant ses escapades au sein du village, dévoilant le rôle de chaque croquis, représentant des machines diverses et d’autres concepts de prothèses de bras et de jambes, à mesure qu’elle les passait en revue. Son malaise céda de plus en plus la place à l’assurance, voire même à une certaine excitation. C’était la première fois qu’elle partageait le fruit de ses recherches avec quelqu’un à l’extérieur du laboratoire.


« Pour la réalisation, c’est là que ça se gâte… Pour que cela puisse espérer fonctionner, il faut des matériaux que l’on ne peut trouver que sur des gardiens encore en état de marche… Ce qui est extrêmement rare et d’autant plus risqué. »


Elle raconta le pourquoi du comment. La pièce maîtresse étant un cœur antique, elle resterait la plus difficile à se procurer. Il servirait à la fois de source d’énergie et de cerveau et assurerait donc le bon fonctionnement de tout ce qui pourrait être créé à partir de cette technologie.


« Mes excuses, je parle peut-être un peu trop. J'ai rarement l'occasion de discuter avec des gens à l'extérieur du laboratoire. »


Son malaise reprit. Pourtant, Ardolon semblait ne pas avoir loupé une miette de tout ce qu'elle lui a exposé. Eluria préféra marquer une pause, le temps de se ressaisir. Elle souhaita même qu’il prenne la parole, lui laissant à son tour le temps de s’exprimer sur ses propres trouvailles. Elle finit par le lui demander.


Ardolon

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Si les pupilles pouvaient trahir l'intensité de l'attention qu'il portait à son interlocutrice, ceux d'Ardolon seraient des soleils en fusion. Dans le même temps, il élaborait de véritables schémas mentaux en recoupant les informations éparses dont il savait que les faces cachées pouvaient entièrement changer sa vision du monde. La "technologie archéonique", par exemple, n'avait encore aucune lumière, aucun éclat dans la galaxie de ses savoirs. Quand Eluria évoqua les sheikah, il ne se contenta pas de faire un parallèle avec la technologie archéonique. Les sheikah étaient pour lui un peuple, fortement associé à des notions spirituelles ; ce même peuple avait maintenant sa propre technologie ? Il devait y avoir un rapport avec la trinité qu'il avait découverte. Mais sans savoir précisément ce qu'elle regroupe, ce sur quoi elle se fonde et son rapport avec le monde, il était impossible d'aller plus loin qu'une vague analogie, au surplus hypothétique.


La jeune hylienne d'Elimith poursuivit et précisa que ladite technologie se retourna contre les sheikah. Pour être précise, elle semblait croire qu'ils en étaient les créateurs mais un archer rito sait mieux que personne que la maîtrise de l'archerie ne revient pas à utiliser un arc avec efficacité ; maîtriser l'archerie, c'est ne faire qu'un avec l'arc, la flèche et le vent. Alors une telle trahison, par un outil incapable de raison, ne pouvait pas se retourner contre son créateur. Il ne manquerait pas de chercher à qui ce revirement pouvait profiter, et surtout qui l'aurait provoqué. À cette idée, son coeur semblait flatté par un zéphyr d'excitation. Et si un être, grisé par l'esprit des déités antiques, avait construit cette technologie pour qu'elle lui obéisse ?


Avec une attention non moins intense, le piaf observa avec bienveillance les produits de la recherche de son amie. Excitée à l'envie d'aider les habitants de son petit village, elle avait travaillé dur à trouver des solutions, probablement sans remarquer la suspicion des contadins. Il fallait un réel courage pour se lancer dans une tâche si difficile sans partir du moindre indice, ni obtenir aucun encouragement que l'irrévérencielle méfiance de son propre village. Un courage pour affronter la tâche, ou alors un profonde plaisir à s'y atteler. Ardolon se laissa séduire par cette hypothèse : ce qui faisait d'elle une chercheuse devait moins être le succès potentiel de ses tentatives, que l'irrépressible énergie par laquelle elle y parviendrait. Car elle devait y parvenir, n'est-ce pas ? Peut-être que cette persévérance est la puissance que Din personnifie, mais en y repensant, le rito se demandait jusqu'à quels résultats Eluria pourrait parvenir. Après tout, une Trinité est la conjonction de trois forces alors si le monde fonctionne de la même façon...


« Pour la réalisation, c'est là que ça se gâte. »


Ardolon ne put empêcher un léger hoquet de surprise. Il écouta encore quand la jeune fille précisa que les gardiens étaient la cause et la source des connaissances qu'elle souhaitait exploiter. C'était logique : l'ennemi le plus dangereux ne pouvait qu'être la source de laquelle cascaderaient de nouvelles découvertes incroyables, comme celles qu'elle avait suggérées. Après tout, il savait déjà que là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. Ce qui avait produit de telles monstruosités pourrait également construire de formidables outils... Les gardiens n'étaient rien d'autres que des outils après tout.


« Mes excuses, je parle peut-être un peu trop. J'ai rarement l'occasion de discuter avec des gens à l'extérieur du laboratoire.
- Oh non, Eluria n'est-ce pas ? Je t'en prie, c'est moi qui devrait te remercier de m'avoir partagé autant d'informations, dont certaines doivent beaucoup compter pour toi. »


Eluria avait d'ordinaire une mine plutôt pâle, alors lorsqu'elle rougissait, son malaise devenait évident. Mais par respect pour son engagement, Ardolon ne pouvait décemment pas méconnaître sa générosité. Il cragnait l'animosité habituelle des initiés, dédaignant partager leur routine sans les couvrir des atours du mystère. C'était pure vanité, boursouflure d'égo ; mais Eluria n'avait pas ce travers.
En revanche, elle semblait aussi à dix mille lieux de ce que le mercenaire avait expérimenté. Alors il ne put s'empêcher de répondre en tant que tel.


« Je n'y connais pas grand-chose en recherches, je ne sais pas s'il y a des... Protocoles à suivre. »


Le terme de protocole n'était pas parmi ses favoris. Peut-être que certains piafs, parfois étrangers au concept d'humilité, n'aimaient pas qu'on leur impose des rituels ? Ou peut-être, plus probablement, qu'il n'acceptait pas qu'on lui dicte une démarche. Intuitivement, il savait cependant que c'était par de tels protocoles que la rigueur offrait des résultats étonnants.


« Néanmoins, je sais que le collectif domine la somme des parties et si tu as une idée précise de ce que tu veux accomplir, il te sera précieux d'avoir un regard critique. Et avant cela, il te faudra quelqu'un pour récolter les morceaux d'un gardien. Cela tombe bien : je vis de la chasse et me battre est mon métier ! Mais ce gibier... Nécessite plus que de la force brute. Si je parviens à en vaincre, je ne manquerai pas de t'échanger ses pièces. »


Il garda pour lui la difficulté de trouver un groupe approprié. Il garda également pour lui celle de les convaincre qu'il aurait "besoin" de ces pièces. Et il garda enfin pour lui qu'un échange avait besoin d'être équivalent.
Mais dans l'ensemble, à sa manière, il essayait d'aider la jeune femme.


Par ailleurs, Ardolon n'avait pas mentionné ses prétentions savantes. Ce qui l'intéressait était très éloigné des recherches de l'hylienne. Il craignait de l'ennuyer, voire d'être incapable de résumer l'ensemble de ce qu'il avait appris ou entendu. Et puis, c'était de la mythologie. Rien qui put piquer l'attention d'une personne aussi rationnelle qu'elle semblait l'être.
Même si, quelque part, il avait envie d'en dire plus. De rallier à sa philosophie quiconque il croiserait. Ce désir, lui parut soudain un peu malsain, et il le réfrégnit. Au lieu de ça, il voulut donner à la conversation une tournure plus pragmatique.


« En parlant d'affrontement, penses-tu que tes connaissances pourrait améliorer mon équipement ? Vois-tu, Eluria, mon arc est un peu... Archaïque, n'est-ce pas ? »


Par ses voyages, le piaf avait vu des adversaires manier des arcs plus puissants, plus résistants, voire même capables d'encocher plusieurs flèches. Si seulement il pouvait obtenir un armement plus puissant, il ne manquerait l'opportunité pour rien au monde.


Eluria

Inventaire


Ardolon brisa finalement ce silence qui commençait à devenir pesant pour la jeune chercheuse. En outre, ses remerciements la soulagèrent. Elle qui pensait passer de nouveau pour une folle après avoir osé montrer le fruit de ses recherches, elle ne pût s’empêcher de réprimer un sourire emplit de reconnaissance. Ce n’était pas tous les jours qu’elle pouvait partager sa passion sans inspirer la peur ou la folie à l’état pure. Son interlocuteur avait parfaitement compris ses intentions et avait l’air admiratif. Où était-ce le fruit de son imagination ?


En tout cas il avait vu juste au sujet des protocoles. Effectivement il y en a, surtout au moment de réaliser une expérimentation. Elle voulu lui répondre que d’un coté cela permettait d’avoir la rigueur nécessaire pour obtenir les meilleurs résultats, et aussi surtout d’évaluer les potentiels risques et ainsi garantir sa sécurité et celle de toutes les personnes participantes. Mais avant d’avoir pu rétorquer, sa conversation était déjà partie sur un autre point qui l’avait quelque peu prise au dépourvu.


« Néanmoins, je sais que le collectif domine la somme des parties et si tu as une idée précise de ce que tu veux accomplir, il te sera précieux d'avoir un regard critique. Et avant cela, il te faudra quelqu'un pour récolter les morceaux d'un gardien. Cela tombe bien : je vis de la chasse et me battre est mon métier ! Mais ce gibier... Nécessite plus que de la force brute. Si je parviens à en vaincre, je ne manquerai pas de t'échanger ses pièces. »


Eluria n’en revenait pas. Il était clairement entrain de lui proposer son aide pour lui apporter les matériaux dont elle aurait besoin pour mener ses expériences. Bien qu’intérieurement elle éprouvait une joie immense, elle se devait raison garder car, après tout, elle lui avait déjà annoncé qu’aller chercher ces composants relèverait du suicide s’il venait à prendre la décision de partir seul, surtout avec son équipement actuel. Tout comme il évoquait le fait de troquer le fruit de ses trouvailles. Pour elle, ces composants auraient une valeur inestimable et, par conséquent, rendait difficile de savoir ce qui pourrait satisfaire Ardolon lors de leurs futurs échanges.


« Vous feriez vraiment ça pour moi ? Je ne sais que dire… Je ne m’étais jamais préparée à l’éventualité que quelqu’un me propose son aide… Je vous en serais infiniment reconnaissante si vous parveniez à m’en apporter ! »


Elle remarqua cependant que son interlocuteur affichait une expression qu’elle connaissait bien. Il avait vraisemblablement envie de parler d’un autre sujet, qu’il n’osait pas aborder. Peut-être par peur de l’ennuyer ou de ne pas susciter son intérêt. Elle hésita de lui demander si quelque chose le tracassait, et avant de se lancer, il lui demanda :


« En parlant d'affrontement, penses-tu que tes connaissances pourraient améliorer mon équipement ? Vois-tu, Eluria, mon arc est un peu... Archaïque, n'est-ce pas ? »


L’hylienne observa l’arc un moment, l’index sur le menton. Elle n’avait pas l’expérience nécessaire pour dire si l’arme présentée était de bonne facture ou non. De toute évidence, elle ne pouvait lui répondre positivement. Elle répliqua avec une mine désolée :


« Hm… Je crains qu’elles soient insuffisantes pour vous apporter la réponse que vous attendiez. Mais je peux peut-être vous orienter vers un confrère plus à même de satisfaire votre demande. Il réside dans la région d’Akkala et mène des recherches dans la branche militaire/armement. »


Puis elle marqua un temps avant de demander, à son tour :


« Par contre il me semble que vous vouliez me faire par d’autre chose avant de me poser cette question, je me trompe ? »


Ardolon

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Quand il écoutait les autres, il n'avait jamais eu la patience d'attendre que ses hôtes articulent et exposent leur philosophie. Alors la valse du regard d'Ardolon sondait l'esprit même de son interlocutrice. Il avait su déceler la surprise, évidente, quand il avait proposé son aide ; ça ne pouvait être une fausse stupéfaction. L'expression de la jeune fille servirait de point de repère, à comparer avec d'éventuelles réactions plus confuses. À la tâche d'améliorer son arc, l'hylienne avait répondu en posant l'index sur ses lèvres. Non, sur son menton... Est-ce qu'il y avait une signification différente ? Pour lui, c'était le signe qu'elle n'était pas fiable à réussir l'exercice quoiqu'elle suspendrait son jugement pour l'instant. Mais elle n'omit pas de le lui dire, comme si elle n'essayait pas de le lui cacher. Il s'était attendu à un refus plus prudent que si elle avait scellé ses lèvres.


À vrai dire, il avait toujours analysé la gestuelle et même s'il n'avait pas de doigts, le rito les observait avec précaution et fascination. C'était sale, pensait-il au début, d'utiliser ses doigts sur le visage avec tant d'insistance. Sale mais si éloquent qu'ils semblaient tenir un bavardage parallèle.


« ... un confrère plus à même de satisfaire votre demande. Il réside dans la région d’Akkala et mène des recherches dans la branche militaire/armement.
- Je vois.
- Par contre il me semble que vous vouliez me faire part d’autre chose avant de me poser cette question, je me trompe ?»


Le piaf se tendit, cligna des yeux et considéra la jeune femme. Effectivement, il s'était censuré mais il s'en voulait de l'avoir laissé transparaître. Peut-être souhaitait-il tant trouver oreille attentive qu'il n'était pas parvenu à atténuer ses gestuelles. Maintenant, comment évoquer la mythologie qu'il n'avait survolée que dans ses grandes lignes ? Sans trop y penser, il improvisa sa réponse.


« Oui, mais je ne suis pas un chercheur et ne fais que passer le flambeau d'un médecin, exilé par son avidité à tout comprendre. Peut-être qu'il m'a contaminé... »


Sans s'en rendre compte, Ardolon avait écrasé son poing droit dans son aile gauche. Sa fureur dégoulinait d'un souvenir déchirant mais il était incapable de changer le passé et sa frustration se déversait dans ses veines comme le pharmakon d'une insatiable amertume. Pour autant, il n'avait pas pris de pause et enchaîna :


« Il étudiait les légendes, prétendant qu'il y avait nécessairement une part de vérité quand les mythes, recoupés, parvenaient à des concepts similaires. Comme si toutes les histoires racontaient, à notre insu, une seule et même fable. Une fable inscrite au plus profond de notre âme. Après une courte interruption, Ardolon interrogea Eluria. As-tu entendu parler de trois déités, à l'origine de toute chose ? »


Le mentor d'Ardolon avait parfois évoqué des contes immémoriaux. Mais le rito avait vite compris que ces récits étaient impossibles, indignes qu'il y prête attention. Son avis n'avait changé que récemment, au contact d'un ermite qui se prétendait soigneur, et donner du sens à ces bribes désordonnées était compliqué... Même s'il avait longuement discuté avec lui, puis déchiffré et analysé ses manuscrits pendant des nuits. Le pseudo docteur n'avait pas l'ombre d'une méthodologie et l'anarchie régnait autant dans ses idées que dans ses écrits.
Sûrement avait-il réussi à le comprendre pour cette raison ; Ardolon avait de l'expérience dans le chaos.


Eluria ne semblait pas connaître en détail le conte dont il parlait. De toute façon, plusieurs versions devaient exister, et certaines paraîtraient même contraires  à celle qu'il connaissait le mieux. D'ailleurs, en s'apprêtant à la raconter à son tour, Ardolon s'interrogea un instant : en narrant l'histoire, ne la déformerait-il pas ? D'autres légendes ne soulignerait-elle pas des parties plus importantes que les morceaux qu'il avait choisis ? Était-il possible, pour lui, de démêler le vrai du faux sans s'enorgueillir d'une vaine tentative ?


« C'est le récit de la création du Monde. D'abord une déesse déploya ses bras enflammés et façonna le sol par la seule force de sa volonté. Puis une autre divinité construisit la cohésion ainsi que la synergie qui découlent des lois physiques. Pour finir, la dernière déité fit naître tous les êtres vivants, disciplinés à respecter les vents formés par cet ordre providentiel. »


La voix grave du piaf résonna aussi juste qu'il l'avait voulue : ces forces, dont les noms importaient peu, demandaient un air dramatique et il avait su illustrer la substantifique moelle de l'histoire originelle. Ou en tout cas, c'était ce que son orgueil lui laissait croire puisqu'en vérité, il n'avait qu'une idée très floue de ce que représentaient ces trois forces ; et puisqu'il avait omis le nom des déesses, il semblait refuser l'idée qu'elles aient pu exister. C'était une présomption bien arrogante, ou à tout le moins très naïve. Mais il croyait, indépendamment de toute croyance, que cet angle permettait de revendiquer la puissance des divinités comme si elles constituaient une partie de nous-mêmes.
Ce qui était une idée plus arrogante encore.


Eluria

Inventaire


Eluria regardait fixement l’homme-oiseau. Elle ne savait pas trop à quoi s’attendre avec ce qu’il venait de lui annoncer. Il n’est pas chercheur ? Quelque part elle s’était toujours dit que tout le monde pouvait devenir chercheur à un moment dans sa vie. Chercher à savoir qui on est, d’où l’on vient, ce que l’on veut faire de son existence. Bien que ces motifs ne soient pas en rapport avec les sujets qu’elle a l’habitude d’étudier au laboratoire, elle s’était néanmoins posé ces questions. Par chance, Canel et Pru’Ha avaient une réponse pour les premières, quant à la dernière, elle seule pouvait la trouver. Si elle-même s’est posée ces questions, elle partit du principe que tout le monde a dû le faire à un moment donné. Bien qu’il eût l’air d’affirmer le contraire, Ardolon ne dérogerait pas à ce principe, même s’il ne s’en rendait peut-être pas compte.


Il lui relata sa relation avec une connaissance qui avait l’air de lui avoir transmis une certaine passion pour les mythes et légendes. Elle se souvint qu’étant petite, ses parents avaient pour habitude de lui conter des histoires qui pouvaient s’y apparenter. Avec du recul, elle trouva d’ailleurs étonnant de leur part de raconter ce genre de récit, eux qui n’ont pas pour habitude de perdre leur temps avec ces fantaisies. Peut-être était-ce une manière pour eux de solliciter son esprit imaginatif ? Possible, car bien souvent, les nuits qui suivirent furent emplis de rêves en rapport avec ces histoires. Ardolon la tira soudainement de ses souvenirs :


« As-tu entendu parler de trois déités, à l'origine de toute chose ? »


Sur le moment, Eluria n’eut aucune idée de ce dont il lui parlait. Pour elle, la déité la plus connue était Hylia, elle ne se souvint pas sur le moment avoir entendu quoique ce soit concernant d’autres. Elle répondit d’un hochement de tête lui signifiant que non, se doutant qu’il allait sûrement conter ce qu’il savait à leur sujet. Peut-être que cette légende lui évoquerait quelque chose qu’elle aurait oublié avec le temps. Il ne tarda pas à confirmer son doute.


« C'est le récit de la création du Monde. D'abord une déesse déploya ses bras enflammés et façonna le sol par la seule force de sa volonté. Puis une autre divinité construisit la cohésion ainsi que la synergie qui découlent des lois physiques. Enfin, la dernière déité fit naître tous les êtres vivants, disciplinés à respecter les vents formés par cet ordre providentiel. »


Cette histoire… elle l’avait déjà entendue. Elle avait saisi une mèche de sa longue chevelure et commença à jouer avec. Si cela pouvait paraitre comme un signe de désintérêt pour certains, il n’en était rien, bien au contraire. C’était sa façon de réfléchir sur ce qu’elle venait d’entendre. Elle fouillait ses souvenirs. Elle se rappela de la voix de Canel, et aussi que cette histoire était plus longue. En aurait-il oublié une partie ? Ou alors l’ignorait-il ? Elle aurait aussi juré avoir su le nom de ces divinités. Si seulement cela pouvait lui revenir. Puis ses yeux s’écarquillèrent, avant de se poser sur Ardolon, d’un air satisfait.


« Après mûres réflexions, tout cela ne m’a pas l’air aussi inconnu que je le pensais ! Mais ce n’était pas tout, dans l’histoire que j’ai entendue, durant mon enfance, alors que ces déités quittèrent le monde, elles laissèrent derrières elle des vestiges de leur pouvoir, sous la forme de trois triangles d’or. Ces vestiges, ainsi que ce monde nouvellement créé, auraient été par la suite confiés à la veille de la déesse Hylia. »


En prenant une fois de plus du recul vis-à-vis de ce conte, elle eût une pensée un peu farfelue, une pour laquelle elle se voyait comme une sorte d’incarnation de ces trois déités. Sa situation concordait avec leur œuvre. Cette pensée la fit sourire et elle n’hésita pas à la partager avec Ardolon.


« Et si je prenais mon carnet en disant qu’il matérialise ce que je souhaite façonner, que le protocole à suivre pour le réaliser soit le résultat d’une cohésion avec mes confrères, et que ce soit grâce à la technologie archéonique que cela pourrait prendre vie et remplir la fonction que je lui aurais alors assignée… Je pourrais en conclure que je pourrais avoir, en moi, une part de ces divinités, non ? »


Elle remit sa mèche en place, pour poser un regard interrogateur sur le rito.


« Qu’en dites-vous ? »


Eluria n'avait pas l'air de s'en rendre compte, mais ce sujet l'amusait.


Ardolon

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Même si la jeune fille semblait méditative, il apparaissait clair qu'elle avait un intérêt prononcé pour ces contes. Son expérience offrirait sûrement une perspective novatrice et Ardolon observa la savante, tandis que ses doigts s'amusèrent avec ses mèches. Des fois, les hyliens faisaient ça mais les ritos aussi jouaient parfois avec leurs plumes. Est-ce que c'était un signe de rêverie, de réflexion ou de décontraction ?


Puis il constata avec joie l'expression de surprise faire pétiller, comme une fulguration, les iris de la jeune fille. Elle ajoutait à ce récit la partie qui explique que les déesse délaissèrent des fragments dorés ; pure spéculation selon Ardolon, qui n'y voyait qu'une allégorie des divinités. Le sourire d'Eluria révéla toutefois qu'elle aussi avait compris qu'il ne fallait pas toujours écouter ces récits au premier degré.


« Et si je prenais mon carnet en disant qu’il matérialise ce que je souhaite façonner, que le protocole à suivre pour le réaliser soit le résultat d’une cohésion avec mes confrères, et que ce soit grâce à la technologie archéonique que cela pourrait prendre vie et remplir la fonction que je lui aurais alors assignée… Je pourrais en conclure que je pourrais avoir, en moi, une part de ces divinités, non ? Qu'en dites-vous ? »


Bien qu'il prit une pose contemplative, Ardolon pensait que ce n'était pas la bonne façon de voir le problème. Mais il se souvint aussi que quoiqu'il pensait saisir, ses mentors lui notifiaient toujours avec brutalité qu'il était dans l'erreur. Alors le piaf se corrigea, remettant en question sa façon de penser, et choisit de partir du principe qu'Eluria avait raison et que s'il devait exposer son point de vue, il devrait démêler l'argumentation pour adjoindre les fils de leurs pensées respectives.


« Mon raisonnement est que les déesses n'ont aucune existence physique, pas plus que leurs histoires ne résistent à l'épreuve du temps autrement que grâce à notre voix. Cependant... »


Nouvelle pause. Il était facile d'avoir un sentiment sur l'argumentation de quelqu'un mais finalement, les confronter n'était pas si aisé. À ses yeux, la première action des déesses était de placer un point de repère, un objectif, ce vers quoi notre volonté peut tendre. Pour un rito, ce serait comme être le maître du ciel. Mais pour autant, cela demande de la patience, voire des compétence à l'arc. L'arc était un outil qui représentait une étape, mais le carnet d'Eluria était également un outil tout aussi utile pour elle. Quelque part, elle devait avoir raison que ce carnet était l'instrument de sa volonté, comme une balise sur un chemin dont, par définition, elle ne connaîtrait les lacets qu'à son terme.


« Si ce que je comprends de cette histoire est vrai, ton carnet peut être assimilé à la terre, façonné par la première déesse, mais uniquement parce que c'est une étape pour atteindre ce qu'elle souhaite réellement créer. Et contrairement à elle, nous ne connaissons pas la structure que nous voulons façonner : pour certain c'est un royaume en paix, alors que pour d'autres, c'est la connaissance qui permettrait de forger les meilleures épées. Voilà pourquoi personne n'a jamais mis la main sur ces "triangles d'or" dont parle la légende : ce n'est pas quelque chose de matériel et nous pourrions tous y avoir accès, quelque part au fond de nous. »


Au fur et à mesure qu'il développait son argumentaire, l'improvisation du rito s'étoffait avec un peu plus d'assurance. C'est peut-être pour ça qu'il négligea l'autre partie des observations de la jeune fille. Le protocole ne venait pas d'elle mais n'était qu'une méthode pour discuter avec ses pairs et obtenir des résultats ; quant à la technologie archéonique, ce n'était qu'un savoir parmi tant d'autres. Pour détendre l'atmosphère, il essaya de faire de l'humour en évitant de paraître condescendant :


« Et puis, les divinités n'ont pas attendu nos protocoles ni nos technologies pour devenir des mythes ! »


Ce n'était pas très drôle et la tentative d'amabilité n'était pas si réussie non plus. Peut-être qu'elle pourrait mal prendre sa répartie mais le rito se souvint des commérages contre la jeune fille ; elle aurait sans nul doute l'intelligence empathique que lui n'avait vraisemblablement pas su avoir.


« Si ces déesses sommeillent en chacun de nous, il suffit peut-être d'affûter ce qu'elles représentent en nous, comme la force de volonté, pour atteindre une nature plus élevée ? »


Sa synthèse sembla le satisfaire. Pourtant Ardolon n'avait pas conscience qu'il y avait un monde entre reconnaître des concepts et les appliquer à la réalité. Pas plus qu'il ne remarqua s'être lissé les plumes de la même façon qu'Eluria jouait avec ses cheveux.


Eluria

Inventaire


L’hylienne écouta attentivement l’interprétation d’Ardolon concernant le mythe des déesses, tout en cherchant sa propre vision de la chose. Elle restait néanmoins d’accord avec lui sur le fait que ces déesses n’ont pas d’existence physique, elle qui a toujours cru ce qu’elle avait pu observer. Il en était de même pour ces fameux triangles dorés. En prenant du recul, n’y avait-il pas un message caché derrière cette légende ? Pourquoi trois déesses ? Une seule aurait pu être suffisante pour abattre tout ce travail, après tout, en tant que divinité, ce genre de besogne n’était pas grand-chose par rapport aux pouvoirs qu’elle aurait eu à disposition.


Le rito n’avait pas hésité à utiliser l’analogie qu’elle avait faite avec sa façon de travailler et de vouloir rendre service aux villageois pour illustrer ses propos. Elle sentit qu’à la longue, il avait l’air plus détendu, et semblait moins hésitant dans ses paroles. Et cette détente l’avait gagnée, elle aussi. Elle esquissa même un semblant de sourire lors de sa tentative maladroite de faire un trait d’esprit.


« Et puis, les divinités n’ont pas attendu nos protocoles ni nos technologies pour devenir des mythes ! »


« Je n’en doute pas, ou alors elles seraient encore dans l’ombre de l’ignorance ! » répondit-elle dans un rire.


Il lui fit ensuite part de sa conclusion sur le sujet. Elle se tut pour y réfléchir. Dans un sens il n’avait pas tort, mais elle avait l’impression qu’il manquait quelque chose et repensa à sa réflexion qu’elle tint plus tôt, pour finalement oser exposer sa vision :


« J’aurais plutôt tendance à penser autrement. Par exemple, pourquoi il y a plusieurs déesses dans cette légende ? On aurait très bien pu imaginer une seule pour tout faire ! C’est comme si ce mythe existait pour encourager l’unité pour un projet commun, où les spécificités de chacun seraient mises à contribution. Il est évident qu’un seul être ne peut pas tout maîtriser, même avec la meilleure volonté. C’est pourquoi il pourrait compter sur les compétences de ses congénères pour l’épauler et aller de l’avant. Et les triangles d’or pourraient, quant à eux, symboliser l’implication de chacun… Mais ça reste juste mon point de vue. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion, ni même l’envie, pour être honnête, de me pencher sur la question jusqu’à maintenant. »


Elle ne sut pas trop quoi dire de plus sur ce thème. En tout cas elle espérait qu’Ardolon eût les réponses qu’il cherchait. Eluria voulait passer à autre chose. La présence de l’homme-oiseau était une aubaine pour en savoir davantage sur son peuple.


« Pour changer de sujet… Je souhaiterais étendre mes recherches pour le bien de tous les peuples du royaume, rito compris. Avez-vous des contraintes pour lesquelles je pourrais utiliser la technologie archéonique afin d'apporter des solutions ? »


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