Le Fléau d'Elimith : des maux que nul rempart ne saurait repousser – Laboratoire

[Quête Halloween - 2020]

Elimith est en proie à un mal bien étrange, que ses habitants ne sauraient comprendre. Le Bourgmestre, Baldin, vient réclamer l'aide de Pru'Ha. Cette dernière refuse, mais deux de ses hôtes - une Hylienne et un Sheikah aux traits très Gerudo - décident tout de même de se mobiliser pour la Cité-Commerce.

Fin de l'automne - 3 mois 4 semaines 1 jour après (voir la timeline)

Vieil homme

Narrateur

Inventaire

Il frappa trois fois. Trois grands coup secs, sur le lourd battant de la porte du Laboratoire. Il était en nage : la montée était ardue, bien plus qu'il n'en avait souvenir, et il avait couru tout le long de la colline. Le souffle court et la sueur lui poissant les tempes, le Bourgmestre s'accorda un instant pour respirer. Dans son dos, la lune s'effondrait doucement. Bientôt, elle abandonnerait sa place au profit d'un frère ô combien plus exubérant, flamboyant et implacable. Au moins autant que pouvait l'être le soleil de Necluda, à l'orée de l'hiver. Et si rude que s'annonçait ce dernier, le paletot de laine qu'il avait enfilé grevait son échine avec une férocité par trop envahissante. Sa gorge et ses poumons le brûlaient ardemment. «  Par tous les dieux, ouvrez cette foutue porte ! », hurla soudainement Baldin, la voix éraillée par la course et le désespoir. Son poing cogna encore le hêtre ceinturé de fer noir, qui scellait l'ancienne demeure de feu le vieux meunier. Il tambourinait le bois de toute ses forces et ne s'arrêta pas à la troisième choc. Et pour cause ! Le vieil homme était prêt à continuer jusqu'au bout de la nuit s'il le fallait. Il ne partirait pas avant qu'on lui réponde.

Avant de quitter son logis, l'ancien métayer s'était assuré d'embrasser sa compagne, Clévia et l'avait rassurer autant qu'il était possible de le faire. Il avait aussi fait venir Datoh et Mutoh, les deux frères qui gardaient sa demeure à toute heure du jour ou de la nuit, et leur avait ordonner de gagner le domicile d'Alistair aussi prestement que domicile. Auru et Talen, deux autres gros bras, avait été envoyés à l'Agueil pour chercher Opar, le propriétaire de l'auberge. Lui avait gravi le vallon et il ne doutait pas que ses hommes de mains soient désormais en quête de Cycas, d'Epicèle, d'Alhmund et de Sahm. Il avait bien insisté sur l'urgence de leur mission.

Il ne les avait pas pris au sérieux, à l'origine. Il réalisait enfin l'ampleur de son erreur.

"Putain de merde, ouvrez la po... —", insista encore le Bourgmestre, tapant à s'en arracher le poignet. D'épaisses perles d'angoisse habillaient désormais son front, strillaient sa gueule fatiguée de haut en bas. Il n'eut jamais l'occasion de finir sa phrase : sous ses yeux ébahis, le portail malmené par les âges s'était subitement ouvert. Face à lui, une gamine tout juste âgée de six ou sept ans et non la sorcière qu'il était initialement venu rencontrer. «  Les jeunes de nos jours... », grimaça-t-elle simplement, avant de se décaler pour le laisser entrer. «  Et si tu m'expliquais ce qui t'amène à une heure pareille, Baldin ? », reprit ensuite l'enfant dont il ignorait tout. Il resta interdit, surpris par ce qu'il ne parvenait pas à comprendre. «  Écoute, Baldin, mon temps est précieux. Si tu n'as rien d'autre à me dire, tu peux t'en aller », asséna-t-elle ensuite, plus tranchante qu'un rasoir. Elle commençait à pousser le lourd vantail de hêtre quand il se ressaisit enfin et l'arrêta d'une main. «  Non, attends », tonna-t-il d'une voix forte, autoritaire. Il n'était pas devenu Bourgmestre pour rien. Ignorant le sourire agacé de la petite, il s'avança.

"Où est ta mère ? Où est Pru'Ha ?", questionna-t-il cette fois, impérieux. Il avait enfin mis les pieds dans le Laboratoire – ce qu'il n'avait plus fait depuis des années – et il ne s'en laisserait pas déloger. Pas ainsi, pas maintenant. «  Je dois lui parler de toute urgence. » Les lèvres déchirées par une moue contrariée, elle ne se laissa pas démonter. «  Mais voyons, Baldin, je suis Pru'Ha », le moqua-t-elle avec son insupportable sourire.

Derrière elle, il distinguait tant bien que mal un incroyable capharnaüm. La pièce était mal illuminée et la nuit était très avancée. Sur certaines paillasses, il lui semblait discerner des outils et de vieilles bricoles fatiguées, dont certaines n'étaient pas sans rappeler les Gardiens qui jonchaient le Cimetière, devant les ruines de la Muraille. Dans le fond de la pièce, trois matelas de fourrure avaient été disposés pour accueillir des invités dont il ignorait tout. Il n'y prêta pas attention.

"Tu n'es pas sans savoir que les gens tombent malade", lança-t-il à la Macrale, à qui il n'avait d'autre choix que de faire confiance. Il n'avait plus le temps de faire comme si le problème n'existait pas. Depuis des jours, déjà, les métayers venaient le voir pour lui dire combien les leurs souffraient. « Oui. Je ne vois pas bien en quoi cela me concerne », répliqua simplement la vieille femme, prisonnière d'un corps d'enfant. Elle était glaciale, plus encore que les dernières fois qu'ils avaient eu l'occasion de lui parler. Cela n'avait rien d'étonnant : tout le village la traitait comme une dangereuse harpie, dont il fallait se méfier. Mais aujourd'hui, il avait besoin d'elle. « Pru'Ha, souffla-t-il d'une voix devenue fébrile, je t'en conjure... Des gens pourraient mourir. » Sans même qu'il ne le réalise, il avait joint ses mains comme pour la supplier — pour l'implorer.

"Ce n'est pas moi qu'il faut adjurer, Baldin. Je ne suis pas guérisseuse", lança seulement la doyenne, plus froide que jamais. Les phalanges du pauvre homme, blanchie sous la colère, manquèrent un instant de gifler la magicienne mais il parvint à se retenir de crainte d'aggraver la situation. Ses dents grincèrent en silence tandis qu'il se faisait plus affable encore qu'il ne pouvait l'être. « Tu ne comprends pas, s'obstina-t-il, cela fait des jours que les métayers s'inquiètent. Aucun guérisseur passant par nos murs n'a pu faire quoique ce soit. Nikolas non plus ne sait pas quel est ce mal qui nous frappe ! »

Sa barbe, rendue rêche par la pluie et la sueur, rongeait ses joues et buvait désormais ses premières larmes. Un bruyant éclair lacéra les nues et illumina un instant le visage dur de la Sheikah. Elle garda le silence. « Certaines victimes plongent dans un sommeil qui jamais ne s'arrête, mais elles ne sont pas mortes — pas encore, estime Nikolas. D'autres... », reprit le Bourgmestre, dont le désespoir marquait la gueule, comme un masque de peine et de crainte. « Sans doute aurais-tu dû t'en préoccuper plus tôt. Cela ne change pas ma réponse, Baldin. Je ne peux rien pour toi », le coupa Pru'Ha, sévère mais moins brutale. La voix cassée par les sanglots, le chef du village se mit à hurler. « Koryl pourrait mourir ! L'Apothicaire dit qu'il sera bientôt pris de démence ! C'est déjà le cas de Sépharo et il en est d'autres encore ! N'as-tu donc aucun cœur ? », s'exclama-t-il à grand-peine. A travers le vers de ses lunettes sœur de Kashi-Oko Impa lui accorda un regard austère. « J'en ai un, fit-elle sobrement, et je suis sincèrement désolée pour ton fils. Mais ce serait te mentir que de dire que je peux quelque chose pour toi. »

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Arkaï

Inventaire

  • Dague Sheikah
  • Arc Sheikah
Dans un léger crissement, le bois plia sous la pression. Avec l'élégance des gestes répétés à l'infini, la corde se glissa dans une encoche, puis dans l'autre, les noeuds enserrant tendrement la plaque d'ivoire à la chair de frêne. Un doigt accrocha le centre du chanvre tressé et fit sonner l'instrument ; l'oreille experte apprécia la qualité de la vibration et un fin sourire vint illuminer les traits tirés d'Arkaï. Usant d'une infinie précaution, celui ci bomba le torse, avança lentement un pied en pivotant du buste. A la manière d'une formule pour conjuration sa peur, le Sheikah expira en sifflant avec le vent glacial qui l'entourait, s'engouffrait dans ses vêtements, dressait les poils de ses bras transis de froid. Seulement alors, sa main s'en alla chercher une flèche dans son carquois et la plaça en position. Il banda ses muscles, tira sur la corde et..

« AH. »

Le cri de douleur lui avait échappé.
Pourtant, il se doutait bien que l'exercice n'aurait rien de paisible mais, une fois de plus, il s'était cru plus grand qu'en réalité. Sa main pressée contre son attelle, Arkaï luttait pour ne pas se trahir plus encore. Il n'osait imaginer ce que les autres résidents du laboratoire lui passeraient comme savon si ils le découvraient là, au clair de lune, sur le toit, en train de défier les conseils du médecin. La dernière chose qu'il voulait ajouter à la douleur qui irradiait son membre brisé, c'était la réprobation dans leurs yeux. Tant pis, la renaissance du guerrier devrait attendre.

Dans un élan de rage déçue, il s'affala contre le mur et se laissa choir en arrière. Jamais Arkaï n'avait imaginé son périple ainsi ; coincé dans un village par l'hiver, et rendu infirme par un canasson. Même ce lieu excédait de loin tout ce qu'il aurait pu prévoir... Ses habitants, surtout. Dieux que cette Pru'ha pouvait le mettre mal à l'aise. Une relique dans le corps d'une gamine... Jusque là, l'âge de Zelda lui apparaissait comme la plus grande bizarrerie du monde mais la cheffe du labo battait tous les records. Envahi par le froid, abattu par son échec, il se demanda si son maître n'avait pas eu tord de l'envoyer sur les routes. Etait il seulement prêt pour cela ? L'aurait il été un jour si il avait attendu ? Comme souvent, Arkaï ne possédait aucune réponse pour apaiser ses doutes. Aussi son esprit se laissa emporter par le vent, explorant le paysage devant lui. La côte s'étendait paresseusement devant la mer infinie, sa plage coincée entre terre et eaux. Juste au bord de la falaise, un saule étendait ses branches au dessus du gouffre, comme appelé par le vide.
Sentant l'inspiration lui venir, le garçon s'assit en tailleur et expira la poésie de ses pensées,

« Pris dans des liens,
Un souffle entre deux silences,
Le refus d... » « Putain de merde, ouvrez.. »

Sorti brusquement de sa transe, Arkaï se secoua la tête, comme pour s'assurer qu'il n'avait pas rêvé. Mais la persistance de coups violents provenant de la porte du laboratoire ne laissait aucune place au doute. S'en voulant de ne pas l'avoir entendu plus tôt, il remballa toutes ses affaires et réemprunta l'escalier, curieux de ce qui pouvait justifier pareille irruption à cette heure.


Au bout de quelques pas qu'il aurait voulu discret sur ces planches terriblement bruyantes, Arkaï se mit à maudire l'entière profession des menuisiers, auprès de tous les Dieux qu'il connaissait. A chaque affreux grincement, il s'attendait à voir Haya débarquer devant lui et le surprendre arc en main, des cernes jusqu'aux bas du nez. Mais nul ne vint, ce qui lui laissa largement le temps de se rendre à l'arrière du bâtiment, et d'entrer par la porte dérobée. Il comprit que le visiteur accaparait en réalité toute l'attention des personnes présentes et en profita pour ranger son arme.

En s'apercevant que Zelda se tenait près du bureau, un livre ouvert sur ce dernier, et qu'elle lui jeta un regard dans lequel se lisait la même fatigue que lui, Arkaï compris qu'il n'était pas le seul à avoir veillé. Réconforté par cette pensée et profitant enfin de la chaleur presque surnaturelle de l'intérieur du labo, le garçon sentit son humeur dégeler. Il adressa à sa compagnonne un petit signe de salut avant qu'une voix cassante ne le pousse à s'intéresser à l'événement de la soirée.

L'homme qui s'était imposé visiblement sans prévenir ne lui était pas totalement méconnu. Arkaï l'avait déjà croisé la veille, au village, où il avait constaté le respect que lui portaient les gens du commun ; Leur chef, sans doute ? Déjà, les traits soucieux du paysan l'avaient marqué. On l'aurait dit accablé d'un deuil, ou en tout cas, d'un grand malheur. Face à Pru'ha, sa voix déraillait et dans chacun de ses gestes se lisait un désarrois et une détresse bien trop lourde pour ses épaules voutées. La cheffe du laboratoire, elle, se dévoilait plus sèche que jamais, à un point qu'elle en choquait Arkaï par la violence de ces mots et l'obstination de son refus. C'était une chose que d'être impuissante à aider, mais le faire d'une telle manière... Ainsi, en rage devant ce spectacle et mû par les leçons des ses quatre dernières années, le garçon saisit l'occasion du silence suivant le dernier coup de fouet verbal de Pru'ha pour s'avancer d'un pas et déclarer à l'homme,

« Moi je vous aiderais. Enfin... on... » Il se tourna vers Zelda dans une tentative de chercher son appui, « On vous aidera... ? »

Mais la princesse était elle prête à aller contre son amie ? La petite-vieille affichait une telle détermination à ne rien faire... Peut être était ce l'âge, ou un vécu douloureux avec le village, mais au fond, cela la regardait, elle seule. Arkaï ne se sentait pas attaché à ses décisions, et au fond, il trouvait ce détachement indigne d'une Sheikah. Jamais il n'aurait osé l'énoncer à voix haute, mais son regard en disant tout autant.
De son côté, apparemment surpris par une telle déclaration, le bourgmestre se détourna à peine de son interlocutrice et larda sur le jeune homme un regard où perçait sans mystère un grand scepticisme, et demanda, sur le même ton, mais avec une fébrilité dans la voix qui disait assez son envie d'espérer,


« Et... Qui êtes vous ? »

« Arkaï, du village caché. Mais c'est surtout mon amie qui s'y connait en beaucoup de... sciences. Peut être que nous pourrons enquêter sur l'origine de ce mal ? »

Tout en tâchant de convaincre le pauvre père affligé, Arkaï ne cessait de se tourner vers Zelda, incertain de l'étendue réelle de ses compétences. Il la savait bien plus savante que lui et cette simple idée lui paraissait être leur meilleure chance. A moins qu'il ne s'agisse d'un mal plus sombre et démoniaque prenant plaisir à tourmenter Elimith... Arkaï frissonna, mais pas de peur. Entre toutes celles qu'il avait découvert au monastère, les histoires de fantômes avaient toujours été ses préférées. Et toujours à l'adresse de la princesse, il demanda, plus bas, tâchant de défendre au mieux le cas de l'homme,

« Qu'en dis tu ? On ne peut pas les laisser comme ça ! Peut être que l'apothicaire pourrait nous mettre sur une piste intéressante... »

Malgré la douleur de leur visiteur, Arkaï ne parvenait plus à cacher l'excitation dans sa voix. Il avait eu son lot de nuits calmes à en mourir d'ennui, l'aventure lui paraissait une bien meilleure compagne de veillée.


Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
Zelda soupira devant la machine qui lui faisait face, toujours inerte. Pru'Ha et elle étaient tombées d'accord un peu plus tôt sur le fait qu'il leur faudrait sans doute attendre d'avoir retrouvé de nouvelles pièces pour l'alimenter mais aucune d'entre elles n'aimait baisser les bras. La Sheikah s'était finalement endormie sur leur plan de travail, sa nouvelle apparence ne pouvant gommer complètement le poids des âges. Mais après avoir glissé une couverture sur ses épaules, l'Hylienne avait quant à elle voulu continuer les essais, en vain. Aucune des sources d'énergie qu'elle avait essayées ne semblait capable de remplacer un cœur de gardien et tout indiquait qu'elle allait devoir faire preuve de patience.

L'heure avancée finissait de toute façon par la rattraper elle aussi et elle ne put retenir un bâillement. Elle sursauta et lâcha son tournevis en entendant les coups frappés à la porte. De toute évidence, quelqu'un semblait pressé d'entrer. Elle se demanda un instant si le jour s'était levé, mais d'après les quelques fenêtres de la salle, il faisait toujours aussi sombre dehors. À ses côtés, son amie fut tirée de son sommeil plutôt violemment alors que l'individu insistait. Zelda n'osa pas prendre la liberté d'aller ouvrir à sa place, mais en douceur elle lui tendit ses lunettes, retirées un peu après avoir remarqué qu'elle s'était endormie.

L'ancienne princesse ne pouvait pas s'empêcher de se demander qui débarquait à une heure pareille. Malgré son propre empressement quand elle était arrivée quelques jours plus tôt, elle ne se serait jamais permis d'arriver aussi tard, ou tôt selon le point de vue. Ses yeux suivirent la scientifique alors qu'elle allait ouvrir au visiteur empressé et l'invitait à entrer. Discrètement, elle en profita aussi pour cacher le petit robot derrière une pile de livres parmi ceux qui s'étalaient sur la table. Pru'Ha lui avait brièvement parlé des tensions entre le laboratoire et le village, et elle devinait aisément que ce genre d'expérience serait mal reçue.

Dans la pénombre, elle ne distinguait pas très bien la personne qui venait d'arriver mais elle n'aurait de toute façon pas pu le reconnaître : après avoir renoué avec ses vieux démons et constaté combien de connaissances elle avait à rattraper, elle avait passé les derniers jours enfermée dans le labo plutôt que de découvrir le village. Peut-être avait-elle eu tort de ne pas plus s'intéresser aux environs.
Un autre son la fit tourner la tête vers la porte arrière. Elle craignait qu'il ne s'agisse d'un autre inconnu mais elle se détendit en apercevant Arkaï et sourit en le voyant faire un petit signe. Elle avait été si absorbée par leurs recherches qu'elle n'avait pas remarqué qu'il était sorti. Elle ignorait ce qu'il était allé faire mais de toute évidence il s'était suffisamment peu éloigné pour que le bruit l'ait alerté.

Son attention se reporta sur la discussion tendue entre Pru'Ha et le nouvel arrivant, ce n'était apparemment pas la première qu'elle avait affaire à lui.
Zelda eut le cœur serré d'apprendre qu'une maladie frappait les habitants. Pourtant, elle avait aussi du mal à comprendre ce que cet homme attendait de la Sheikah. Bien que cela n'ait jamais constitué l'essentiel de ses recherches, la princesse avait tenté quelques expériences en biologie mais elle s'était vite heurtée au manque de cobayes et n'avait pas osé demander à son père un instructeur en la matière. Ses connaissances restaient donc très théoriques, et même si elle ignorait ce qu'il en était exactement pour son amie, elle doutait qu'une d'elles ait pu réussir là où de multiples guérisseurs avaient échoué. La vieille femme était bien trop pragmatique pour jouer le jeu et donner de faux espoirs aux habitants d'Elimith.

Zelda avait baissé les yeux, désolée, quand Arkaï intervint soudainement pour proposer son aide. Et avec son regard tourné vers elle, elle sentit la pression s'abattre sur ses épaules. La dernière fois qu'un peuple avait misé sur elle... Mais déjà le Gerudo avait repris la parole, se présentant à leur invité. Ses yeux glissèrent jusqu'au petit gardien immobile, caché derrière les ouvrages dont l'unique œil éteint reflétait vaguement le visage de la dernière descendante de la famille royale. Le même air impuissant qu'elle avait si souvent contemplé dans l'eau glacée lui donnait envie de prendre une revanche tout en autant qu'il l'en décourageait. Elle avait beau envier l'assurance de son compagnon, elle craignait aussi qu'il ne surestime ses capacités. Bientôt il chercha à nouveau son approbation, et l'attention se porta encore sur elle.

"Je... euh... Je suis la nouvelle apprentie de Pru'Ha." se présenta-t-elle sobrement, tout en essuyant avec sa manche la tâche d'huile qu'elle avait repérée sur sa joue. S'ils avaient été seuls, elle se serait sans doute étendue plus en détail sur ses doutes mais déballer ses incertitudes devant un inconnu ne la mettait pas à l'aise. Un peu démunie devant l'enthousiasme d'Arkaï elle ne voulut pas le décevoir. "J'imagine que nous pouvons nous renseigner, ça ne coûte pas grand chose..." elle baissa la voix pour chuchoter en direction du jeune homme uniquement. "Mais tu sais que je ne suis pas médecin, et que mes pouvoirs ont disparu... Nous pouvons essayer, mais rien n'indique que je sois en mesure de régler la situation...". Si son cœur la poussait à intervenir même inutilement, l'échec la terrifiait. "Ne sois pas trop déçu si nous échouons..." mais peut-être s'adressait-elle autant à elle-même qu'à son ami.

Elle n'était sans doute pas très convaincante à vouloir tempérer les promesses. Elle ne sut pas vraiment comment interpréter la réaction du Bourgmestre mais il finit par partir, sans doute pour explorer aussi d'autres pistes. Du moins elle l'espérait, elle ne savait pas exactement sur quoi pourrait déboucher leur propre enquête.

"Si nous pouvons faire une différence, ça vaut peut-être le coup de tenter... Pru'Ha, où habite l'apothicaire dont il parlait ?"


La nuit était déjà trop avancée pour leur offrir beaucoup de repos, aussi Zelda s'était-elle préparée rapidement pour se mettre en route. Si les propos du Bourgmestre ne lui suffisaient pas pour savoir comment aider au mieux, elle avait bien compris que s'ils voulaient tenter quelque chose, ils devaient le faire sans attendre.

Elle avait tout de même pris le temps de poser quelques questions à son amie, et avec les indications de Pru'Ha, ils purent aisément trouver la maison de l'apothicaire. Malgré leur empressement, le soleil commençait déjà à se lever à leur arrivée. En un sens, Zelda préférait ça que de risquer de réveiller un homme peut-être épuisé et débordé.

La jeune femme frappa à la porte sans trop savoir elle-même comment justifier leur venue face à un professionnel sans doute plus qualifié. Du moins s'il s'agissait d'une simple maladie.

"Excusez-nous de vous déranger... C'est à propos du mal incurable qui a frappé plusieurs personnes, le Bourgmestre a demandé notre aide..." Ce n'était pas tout à fait exact mais pas vraiment faux non plus. Après tout il l'avait demandé à Pru'Ha, et l'ex-princesse n'hésiterait pas à retourner la solliciter si elle se rendait compte que son aide pouvait être utile. "... Et nous aurions quelques questions à vous poser."

L'homme semblait plutôt pressé et agacé par leur présence mais il les laissa entrer. Souhaitant ne pas abuser de son temps, elle s'empressa d'aborder le sujet de façon directe.

"Nous aimerions savoir tout ce que vous avez pu découvrir sur cette étrange maladie... Avez-vous pu identifier qui avait été infecté en premier, et ce qui semble la propager ?"


Vieil homme

Narrateur

Inventaire

Ses doigts fragiles effleurèrent à peine les paupières de Milo, mais ce fut suffisant pour les rabattre sur son regard vide. Quelques jours auparavant, ses yeux brillaient encore d'un éclat olive chargé de vie et d'émotion. L'Apothicaire y avait surtout deviné une incurable angoisse et un profond désespoir certes... mais c'était toujours mieux que d'y lire la mort. D'un bref coup d’œil, il reporta un instant son attention sur l'autre patient qui occupait l'un de ses lits. Le lait de pavot – que le vieil homme avait préalablement adouci de miel – et les lanières de cuir qui le ceinturaient avaient fini par calmer ses convulsions. Pour l'heure. Ce répit ne saurait durer ; le rebouteux n'en ignorait rien.

Éreinté par la tâche et cassé par l'âge, le vieillard pesta un instant contre le manque de discernement des métayers et de tous les autres, qui refusaient que son assistante lui vienne en aide. Les gens du Bourg avaient peur de Slo'Anh parce qu'elle était une Zora, cela il l'avait compris. Lui ne s'en offusquait guère : il avait appris à ne plus se soucier des racontars et des craintes qu'il lui arrivait lui même d'inspirer. Il exerçait au sein des murs de la Cité-Commerce depuis des décennies et pourtant d'aucuns le comparaient encore aux moires et aux macrales des légendes. D'autres le présentaient parfois comme un thaumaturge… Autant de critiques et d'éloges qui le laissaient aujourd'hui indifférent.

De ses bras faibles et osseux, l'ancien souleva la dépouille de l'areur, non sans un dolent gémissement. Son dos lui faisait mal. Beaucoup trop pour qu'il ne porte des corps à longueur de nuit.

Pas à pas, le vieux Nikolas contourna la paillasse de bois sur laquelle reposait le jeune Edak, jusqu'à gagner les escaliers en colimaçon qui lui permettrait de descendre jusqu'à la cave. Chaque pied le lançait davantage qu'une lame coincée entre les côtes mais il tint bon. Ils ne croyaient pas aux macabres rumeurs ; celles qui prétendaient que la vie aux côté de cadavres assurait une meilleure santé. Des lors, s'il espérait sauver au moins une de ces victimes, il ne pouvait conserver les corps empilés auprès des malades.

Après ce qui lui sembla être une éternité, le soignant parvint enfin à vaincre les marches. Son échine raide et ses épaules tremblantes le torturaient plus qu'aucun sortilège tandis que, une fois de plus, il blâmait en silence le temps et ses mesquins maléfices. « Foutredieu... », grogna-t-il seulement, en abandonnant les restes de Milo sur une longue table d'examen ; à côté de son cousin Etu. Le plus jeune des deux parents avait déjà été nettoyé et il n'avait pas manqué de glisser un peu de lin au fond de sa bouche, de ses narines ainsi que de ses oreilles. Un linge couvrait également son bassin mais il lui restait tant à faire avant que les laboureurs ne soient prêts pour les obsèques. Il avait tenté de plaider en faveur d'un bûcher funéraire pour ne pas risquer une propagation du mal, mais le Bourgmestre avait préféré prendre le parti des familles.

"Je reviendrais bientôt", souffla-t-il davantage pour lui que pour la paire de défunts qui occupait dorénavant son sous-sol. Depuis quelques années – il allait maintenant sur ses quatre-vingt-deux hivers – sa voix se faisait chaque jour un peu plus chevrotante quand il descendait au cellier. « Le temps d'aller chercher une chasuble... » s'avoua-t-il encore, pris d'un violent frisson. Il n'avait pas passé cinq minutes en bas qu'il grelottait déjà. Il aurait aimé que la Zora soit là pour l'épauler mais ne pouvait travailler sereinement avec des familles hystériques à sa porte. Pour le bien de toutes et de tous, il avait donc préféré la congédier.

Ses phalanges blanchies se refermèrent sur la rampe de bois qui longeait le rustre escadrin grimpant le long de sa demeure. Puis, un pas après l'autre, il entama l'ascension. Dans le plus profond des mutismes, ses hanches et ses genoux criaient leur peine.

"Du calme, mon garçon", siffla le vieil homme, alors qu'Edak était à nouveau pris de sursauts. Sous les sangles de cuir, les muscles saillants du jeune ouvrier agricole laissaient voir ses veines, boursouflées et effrayantes. La sueur poissait ses tempes et mouillait sa chemise sans manche. « Je sais que c'est complexe mais je t'en conjure, tu dois retrouver ton calme », soupira encore le rebouteux qui avait constaté qu'en dépit de leur état second, ses patients semblaient l'entendre encore. Au début, sa voix parvenait à les apaiser ; à défaut de les réveiller. Dorénavant, dans le meilleur des cas, même les drogues ne les calmait que quelques heures. Cette fois-ci, les convulsions avaient repris après une trentaine de minutes. « Nous allons débusquer ce qui te fait-ça et nous allons t'en débarrasser, tu peux me croire », grommela ensuite l'ancêtre, plus têtu qu'un butor. Jusqu'à présent il n'avait fait qu'aider les victimes à partir plus en paix. Ou au moins avait-il essayé.

La paume de sa main épousa le front moite d'Edak. Il était plus chaud que le feu du fanal, qui illuminait le plan de travail. « Ne bouge pas, d'accord ? », intima alors le vieil homme, s'éloignant une seconde pour préparer une décoction à base de tilleul, de camomille et de thym. Bientôt, l'odeur des plantes médicinales se muait avec les relents de sueur qui embaumait déjà la pièce, alors qu'infusait son remède.

Il n'eut pas le temps de l'administrer au métayer. Trois coups bien trop secs sur sa porte l'en empêchèrent.

"Qu'y a-t-il ?", maugréa-t-il, sans jamais prendre la peine de masquer son agacement, en ouvrant la porte. Devant lui se dressaient deux inconnus — deux étrangers pour qui il n'avait pas une seconde. « Si vous avez besoin de soins, essayez l'acupunctrice qui réside à l'Agueil. Il paraît qu'elle fait des merveilles », lança-t-il avant même de leur laisser le temps de répondre. Il s'apprêtait à leur refermer au nez quand une main arrêta le battant de bois. La jeune femme, dont les longs cheveux blonds encadraient deux yeux émeraudes, prit la parole. Dans un Hylien un peu daté, elle expliqua avoir été envoyée par Baldin. Le rebouteux arqua le sourcil, peu dupe. « Vraiment ? C'est amusant, il m'a clairement dit qu'il ne voulait pas que l'on s'y intéresse de trop près », questionna-t-il à son tour, tançant du regard la jeune femme et son compagnon. Ce dernier le dépassait d'une bonne tête et, de toute évidence, venait du désert. «  Encore un », pensa-t-il sans rien dire. S'il était bien conscient que le Bourgmestre craignait d'éventuels mouvements de foule, lui savait combien il avait besoin d'assistants. Il décida donc de ne pas se soucier de politique et de se concentrer sur les meilleures façons de sauver des vies.

"Bah, fit-il, l'injonction accompagnée d'un geste de la main, Qu'importe. Vous pouvez entrer".

Après s'être suffisamment écarté pour laisser les deux intrus passer son palier – sans doute le Gerudo avait-il du se baisser –, il retourna à son breuvage. Les soubresauts d'Edak se calmaient doucement, mais le pauvre garçon risquait encore de se blesser. L'Apothicaire, finissant de préparer le breuvage lui fit boire sans plus se soucier de ses nouveaux hôtes. L'aventurière insista, soulignant qu'elle avait des questions à lui poser et une fois encore Nikolas se contenta d'un regard perplexe pour toute réponse. « Votre camarade est blessé au bras », remarqua-t-il sobrement, non sans une certaine contrariété dans la voix. « Est-ce vous qui l'avez pansé et bandé ? », reprit-il ensuite, aussi direct qu'à son habitude. Elle fit non de la tête. « Dans ce cas, je doute que vous puissiez m’être d'un quelconque secours », affirma le médecin, sec.

Prenant grand soin de ne pas bousculer le seul areur encore en vie dans son logis, l'octogénaire se retourna ensuite vers les deux adolescents qui pensaient réussir là où tous avant eux avaient échoué. L'arrogance de la jeunesse pouvait parfois s'avérer des plus étonnantes. « Soit », soupira-t-il soudainement. « Un service pour un service : je vais vous dire ce que je sais mais en échange vous allez m'aider à votre tour ».

"Le second infecté connu gît-ici, dans ma cave", déclara le soignant, pointant du pouce l'accès aux colimaçons qui descendaient plus bas. « C'est Etu, l'un des métayers qui travaillait aux champs. Il est mort il y a un peu moins de douze heures », détailla le vieil homme. « Son cousin Milo est mort également. Je dois terminer la préparation des corps pour les funérailles », concéda-t-il. Il lui fallait encore habiller et maquiller les défunts, mais le Fossoyeur n'avait pas encore terminé de creuser les tombes, à sa connaissance. Les obsèques devraient donc se tenir plus tard dans la journée. « Pour l'heure, j'ignore ce qui les a tués et c'est pourquoi nous ne pouvons pas encore soigner les autres victimes », ajouta-t-il, non sans désigner Edak du menton. « Ce garçonnet s'appelle Edak. Il n'appartient pas à la famille de Milo ou à celle d'Etu, mais ses parents sont également métayers. C'est un lien important, car c'est le seul qui rassemble tous les patients que j'ai pu recevoir jusqu'à présent. »

L'ancien posa une nouvelle fois sa main sur le front de l'enfant, pour s'assurer que la fièvre baissait. Il n'en avait pas l'impression. « Il y en a d'autres : je sais que Sépharo, le fils de Soje et Seym est également atteint. Il fait partie de ceux qui sont frappés de délires, en plus du sommeil et de la fièvre », étala le rebouteux qui n'était pas dupe : d'autres souffraient certainement du même mal mais n'avait pas encore été découverts. « Koryl, le fils de votre estimé employeur,  fit-il ensuite non sans une pointe de sarcasme, compte aussi parmi les malades recensés. Je dois allez les voir l'un comme l'autre dès que j'en aurais terminé ici. » L'un de ses lits s'étant libéré, il pourrait accueillir l'un ou l'autre des deux enfants. Il ignorait encore lequel aurait droit au grabat mais il connaissait bien la longueur du bras du Bourgmestre.

"Certains malades, cela ne fait aucun doute, sont encore inconnus. Dès lors, il est complexe de tirer des conclusions précises", avoua le praticien, qui n'avait pas pu pratiquer d'autopsie en raison du refus opposé par les familles des victimes, qui craignaient qu'une telle opération attire le mauvais œil sur feu leur parent. Là encore, Baldin ne lui avait pas donné raison. « M'est avis que le problème se trouve quelque part par-là », souligna cependant le docteur, dont la main tournait désormais autour de la bouche, puis du ventre d'Edak. Les lèvres de l'enfançon étaient étrangement brûlées, comme s'il avait été attaqué à coup de torche. « Je ne saurais dire s'il s'agit d'une maladie ou d'un poison. Certains des symptômes laissent à penser qu'il s'agit des deux à la fois »

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Arkaï

Inventaire

  • Dague Sheikah
  • Arc Sheikah
Le vent hivernal soufflait avec une ardeur renouvelée, tandis que Zelda et Arkaï descendaient la longue pente vers le village, d'un pas dont l'allure trahissait leur précipitation. Le garçon darda un regard vers le laboratoire derrière eux, repensant à la mine de Pru'ha, prodigieusement agacée par leur initiative. Au dernier moment, elle lui avait tendu un fanal pour éclairer leur chemin, geste rendu parfaitement inutile par le reflux de la nuit et l'arrivée d'une nouvelle aube.

Se pouvait il que cette journée soit la dernière pour ce mal surnaturel qui frappait Elimith ? Sans être plus superstitieux qu'un autre, Arkaï avait bien capté la lueur d'effroi dans les yeux du bourgmestre ; aucun père ne saurait feindre une telle peur de perdre son fils. Bien sûr, Shingen lui avait souvent enjoint à se méfier des racontars de paysan, mais présentement, la situation semblait moins relever d'une haine de chats noirs ou de vieilles macrales, que des sombres histoires de maléfices que les élèves du monastères adoraient lire lors des longues veillées d'hiver ; Celles comportant leur lot de sorcières, d'assemblée d'adorateurs du malin et de spectres en tous genres. Néanmoins, comparé à un frisson confortable autour du feu, celui que lui imposait ce froid mêlé d'une désagréable sensation de s'enfoncer dans un trou sombre et glauque avait tout d'un pressentiment néfaste. De quoi pousser Arkaï à regretter d'avoir franchi le seuil du labo. Engouffré dans une cape de paille du village caché, le garçon se pencha vers sa camarade et souffla, contrit mais s'efforçant de paraître résolu,

« Désolé de t'embarquer là dedans. Je pouvais pas rester sans rien faire. »

Les premières lueurs pastels s'enfuyaient à peine devant l'éclat de l'astre solaire lorsqu'ils parvinrent au village lui même. Pour autant, au loin, de sombres nuages annonçaient d'avantage la triste mélodie de Bémol et Dièse qu'un temps radieux. Tachant de ne pas se laisser démoraliser, le Sheikah mis ses pas dans ceux de Zelda et resserra le manteau sur ses épaules. Suivant les indications de Pru'ha, ils trouvèrent assez rapidement la demeure de l'apothicaire. En revanche, l'ouverture de la porte lui pris au dépourvu. En effet, rien n'avait préparé Arkaï au spectacle de cette vieille ruine à la mine patibulaire et au visage si éreinté qu'il en devenait assez répugnant. Ravalant son dégoût, le bushi laissa Zelda entamer la conversation. L'espace d'un instant, il craignit que le vieillard ne leur claque la porte au nez, mais la situation était apparemment trop grave pour cela, et ils furent invités à rentrer.

La première sensation qui le frappa, ce fut l'odeur. Le nez exercé d'Arkaï reconnaissait bien quelques senteurs d'herbes médicinales par ci par là, mais pour l'essentiel, c'était bien la maladie qui imprégnait l'atmosphère. Plusieurs lits, des jeunes gens attachés dessus, visiblement à cause de leur agitation. La fièvre se lisait sur leurs visages ravagés par le fléau... Maladie ou malédiction, la frontière s'effrita en quelques instant dans l'esprit du garçon alors qu'il observait ces pauvres villageois qui ne semblaient pas bien plus vieux que lui. Réticent à les toucher, car tétanisé par la perspective d'être contaminé, Arkaï guettait le moindre indice visuel qui aurait pu les mettre sur une piste. Dieux, qu'il aurait aimé ressembler aux héros d'autrefois ; les grands rois thaumaturges, à qui il suffisait d'imposer les mains pour relever jusqu'aux morts eux mêmes. Un instant, à cette pensée, il tourna son regard vers Zelda, puis se rappela son avertissement au laboratoire. Non, c'était enfantin que d'espérer un miracle divin ! Mieux valait travailler à une solution pratique. Il écouta donc attentivement l'apothicaire dans ses explications, et attendit qu'il ait fini pour demander,

« Tous métayers... Cela implique-t-il des habitudes communes ? Travaillaient ils ensemble ? Mangeaient ils au même endroit ? Et aussi... » Il désigna le visage encore juvénile des deux malades, « … Etaient ils tous jeunes ? »

Le trait l'avait frappé à l'énoncé des victimes ; tous étaient fils d'adultes déjà bien âge. Un trait commun de plus, ou bien un simple prérequis pour leur statut de métayer ? En suivant la piste de la bouche et du ventre que désignaient le savant, Arkaï se pencha sur les lèvres de l'un des malades, comme brûlées.

« Peut être ont ils avalé quelque chose de mauvais ? Un champignon vénéneux ? Ou le puits où ils ont bu était empoisonné ? »

Arkaï se souvenait avoir un jour vu un homme amené au monastère pour y être soigné après une morsure de Skulltula. Il avait lui aussi de la fièvre et s'agitait beaucoup, mais pour le reste... Sa mémoire avait conservé trop peu de souvenirs de l'événement pour que cela lui soit vraiment utile.

Soudainement, le patient sur lequel Arkaï était penché, tenta de se redresser avec violence, arrêté juste à temps par les sangles. Devant le spectacle horrifiant, le garçon fit un bond en arrière, une main allant chercher son tantö à sa ceinture. Puis, dans un dernier spasme, le corps dolent du malade retomba contre le lit, épuisé.

Il fallut à Arkaï rassembler tout ce qu'il possédait de nerf pour ne pas craquer devant ce spectacle éprouvant. Au fond de lui naissait la conviction que tout cela n'avait rien de naturel. Quand à savoir quel diable se cachait sous la pierre... Un macabre rituel ? Un fantôme accomplissant son ultime vengeance ou un simple caprice divin ? Dans les deux premiers cas, le garçon se fit le serment de tout faire pour stopper la méchante affaire. Quand au dernier, auquel Arkaï se refusait de penser, et bien... Que peuvent les hommes face aux caprices des Moires ?

« Peut-être devrait on aller voir les morts ? » Demanda-t-il autant à l'apothicaire afin d'en obtenir l'autorisation, qu'à Zelda pour s'assurer qu'elle le soutenait dans cette idée sans doute risquée.

A vrai dire, l'ombre de la faucheuse s'étendait déjà suffisamment au dessus du village pour ne plus trop hésiter à prendre des risques. C'était cela, ou accepter que Elimith ne devienne un cimetière à ciel ouvert.


Zelda

Princesse à la retraite

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
La jeune femme ne prit pas contre elle la remarque à l'encontre de ses compétences. Elle n'avait jamais voulu prétendre être médecin, et elle-même ne savait pas exactement ce qu'elle espérait trouver ou ce qui aurait pu justifier une utilisation des connaissances dont elle disposait. Aussi étrange que cela puisse paraître pour une ancienne magicienne qui avait côtoyé des phénomènes inexplicables, elle avait du mal à penser qu'il s'agisse de quelque chose de plus étonnant que la première explication logique : une épidémie. Malgré cela, elle ne souhaitait pas décevoir Arkaï ni l'abandonner, que leur quête soit vaine ou non. Elle savait combien avaient compté pour elle les gens qui l'avaient soutenue alors même qu'elle doutait de ses capacités. Elle s'apprêtait donc à insister mais l'apothicaire reprit la parole de lui-même, leur proposant une réponse en échange de leur aide.

Cette possibilité concrète offerte par une personne qualifiée dans ce domaine lui fit reprendre espoir d'avoir un rôle à jouer. Elle acquiesça même précipitamment.

"Bien sûr, nous vous apporterons toute l'aide dont nous serons capables."

Elle ne pensait pas s'avancer en répondant aussi pour son compagnon : après tout c'était pour intervenir et tâcher de régler la situation qu'il les avait entraînés jusqu'ici. Elle était toutefois surprise de ne constater la présence que de deux paillasses autour d'eux, dont une seulement était encore occupée. La tour où séjournait le médecin n'avait sans doute pas été prévue pour garder des patients à domicile, et les deux escaliers en colimaçon dont l'un montait à l'étage et l'autre vers un sous-sol ne devaient pas avoir été envisagés pour transporter des corps.

Continuant de s'occuper de son patient, le soignant reprit la parole pour leur partager ce qu'il avait pu observer jusque là. Elle écouta très attentivement l'exposé plutôt complet de l'apothicaire ainsi que les questions posées par Arkaï. Ces dernières lui paraissaient pertinentes même si elle ignorait si le médecin pourrait leur répondre : lui-même avouait ne pas encore pouvoir tirer beaucoup de conclusions.

Elle était restée éloignée du malade désigné par leur hôte, mais elle sursauta tout de même lorsqu'il sembla se réveiller dans un mouvement brusque.

"Les sangles… C'est pour ça… ? Ce sont des convulsions… ?"

Il était déjà dérangeant de voir le jeune garçon attaché de la sorte, mais c'était encore pire après ses soubresauts, elle n'avait encore jamais vu un mal qui provoquait ce genre de réaction. Quant aux marques sur ses lèvres, elle ignorait également ce qui pouvait causer ce genre de brûlures. Dans le doute, elle ne savait pas si elle allait encore oser avaler quelque chose à Elimith avant qu'ils aient tiré tout ça au clair.

Toujours un peu secouée, elle frémit en entendant la proposition de son compagnon. Elle avait vu suffisamment de cadavres dans sa vie pour savoir qu'elle ne s'y habituerait jamais. Nombreux étaient ceux qui hantaient encore son esprit, comme celui de sa mère ou le corps froid de Link entre ses bras. Elle n'avait pas tant peur d'une infection éventuelle que des souvenirs que cela pourrait réveiller ou graver dans son esprit.

Elle n'osait pas vraiment s'opposer ouvertement à l'idée mais elle murmura à destination de son ami : "Tu es sûr de vouloir descendre là … !? Je préfèrerais attendre ici…"
Si l'apothicaire leur demandait de s'y rendre pour le service qu'elle avait promis de lui rendre, elle obtempérerait, mais si elle pouvait l'éviter…


Vieil homme

Narrateur

Inventaire

Le vieillard arqua le sourcil, avant de lancer au jeune homme un regard des plus austères. Il s'était éloigné de ses deux hôtes quand avaient repris les spasmes du jeune métayer, pour mieux s'occuper de son patient. Pour autant, l'œil vif, il n'avait pas manqué de voir la main du Gerudo chercher après la lame à sa ceinture. Sa langue claqua bruyamment contre son palais. « Pas de cela chez moi », tonna-t-il d'une voix autoritaire, lourde du poids de l'expérience. « Ici, on sauve des vies. Si tu veux rester, débarrasse-toi de ce maudit couteau », ordonna-t-il encore, avant de se concentrer de nouveau sur Edak. Avec toute la délicatesse nécessaire, alors que l'enfant se calmait, il apposa la main sur son front, espérant que les breuvages qu'il lui avait administré feraient bientôt effet. Plus le mal s'installait, moins il arrivait à le combattre. Tournant brusquement le dos au malade autant qu'à ses potentiels assistants en herbe, il récupéra l'outre d'eau claire qu'il avait laissé sur son plan de travail mais repoussa la vessie de glace, qu'il n'utilisait plus depuis des années.

"Evidemment que c'est pour les convulsions. Je ne veux pas qu'il se blesse ou qu'il tombe", asséna ensuite le médecin, sans accorder un seul regard à l'Hylienne ou chercher à masquer son agacement. Concentré sur le malade dont il relevait doucement la tête, l'Apothicaire tacha de le faire boire, pour ne pas qu'il se déshydrate comme l'avaient fait d'autres. S'il ne l'avait pas vu de ses propres yeux il y a deux nuits de cela, il n'y aurait probablement pas cru. Une fois encore, l'enfant avala à grand peine le peu d'ondée qu'il avait pu recueillir et préalablement fait bouillir. Un instant, l'ancien retint sa respiration, conscient de la souffrance du jeune garçon. Ses lèvres, atrocement mutilées, semblaient se déchirer un peu davantage à chaque gorgée. « Courage, mon enfant », souffla-t-il ensuite, d'une voix moins sévère, rallongeant Edak. Après un bref instant passé à contempler le pauvre hère, il reporta son attention sur les deux envoyés du Bourgmestre. Dans le brun de ses yeux perçait la fatigue autant que la tristesse. « Etu, qu'il nous faudra bientôt enterrer, s'est brisé le bras à cause des soubresauts. Depuis, j'attache chaque patient », concéda-t-il la voix éreinté et les bras soudainement ballants. Du coin de la lucarne, il cherchait un siège sur lequel s'asseoir une seconde.

Prenant appui sur la paillasse vide, celle ou Milo avait fini par s'éteindre, Nikolas fit silence un instant. Les questions de l'homme de l'Ouest – autant que celle de sa compagne – l'irritaient plus que de raison. Certes, il avait accepté de les aider à jouer les inquisiteurs mais il était désormais habité d'une bien amère certitude : sans doute ne pourraient-ils pas lui ouvrir les yeux sur un détail qu'il avait manqué. Chacun des points évoqués par le jeune homme pouvait théoriquement faire sens. Et pourtant, ils représentaient autant d'impasses auxquelles il s'était déjà confrontés. Ou de pistes qu'il ne pouvait plus davantage poursuivre. Las, il frotta énergétiquement ses orbites, comme pour se laisser un bref moment de réflexion. Il se savait souvent acariâtre, plus encore quand on lui faisait perdre son temps ; mais il devinait aussi l'absence de malice chez ces deux jeunes gens. « J'ai déjà réfléchi à tout cela », balaya-t-il d'abord, en réponse à l’Étranger, considérant une seconde s'en arrêter là. Un mutisme pesant, parfois dérangé par la respiration sifflante d'Edak, s'installa provisoirement sur la tour.

Sous le regard insistant de l'étrange couple qui lui faisait face, Nikolas poussa un soupir. « Vous avez intérêt à vous montrer utile », marmonna-t-il dans sa barbe, davantage pour lui que pour les deux inconnus. En vérité, il n'était pas sûr de pouvoir en faire beaucoup plus pour Edak dans l'immédiat, mais cela ne signifiait pas qu'il était désœuvré. Il lui restait à finaliser la préparation des corps et, si les Dieux se montraient cléments, peut-être pourrait-il prendre une heure ou deux pour se reposer. Il avait l'impression de n'avoir plus vu son grabat depuis une semaine. « Tous n'étaient pas des enfants, si c'est là ta question, jeune homme », lança-t-il sans grand enthousiasme. Il tança alors le rouquin, le dévisageant brièvement. « Le plus vieux des malades est mort il y a moins de deux heures. Il devait avoir ton âge », reprit-il ensuite, le ton clinique.

Un instant, non sans un grognement, l'Apothicaire disparu sous la table de bois où reposait son patient. Il en tira un vieux sceau, qu'il avait du faire rafistoler à plusieurs reprises pour qu'il reste étanche, et se saisit d'un torchon ainsi que d'un bloc de savon à base d'huile végétale. Avant de répondre à nouveau, il se lava les mains avec assiduité. « Toutes les victimes ne sont pas métayers », répéta-t-il ensuite, tâchant de ne pas se montrer trop dur. Sans doute n'avait-il pas été assez clair la première fois. « Tous ceux que j'ai reçu ici proviennent de familles de métayers ou travaillaient les champs eux-mêmes. C'est le cas de l'essentiel des victimes connues. Mais certains appartiennent à d'autres strates de la population. Koryl, le fils du Bourgmestre, n'a jamais approché les champs. Sépharo, le fils du Teinturier et de la Couturière non plus », détailla encore le guérisseur, s'efforçant de replacer les choses dans leur contexte pour être bien connu. Les voyageurs étaient légion à Elimith. Il n'y avait rien d'étonnant qu'ils n'aient pas retenu les noms des habitants de la Cité-Commerce. « Une demi-heure avant votre arrivée, environ, Sakon le pêcheur m'a fait parvenir un message. Son fils aussi est tombé malade », acheva le soignant, dans l'espoir de bien illustrer le fait que les paysans n'étaient pas les seuls touchés.

"Si je me suis à ce point attardé sur les métayers tout à l'heure, c'est parce que je pense que c'est chez eux qu'a commencé l'épidémie", reprit ensuite le vieil homme, qui commençait à ranger son appareillage, tournant nonchalamment le dos aux deux prétendus émissaires de Baldin. Et lui de poursuivre : « La plupart travaillent ensemble, mais pas tous : ils cultivent les divers champs d'Elimith. Je ne saurais dire duquel le mal a d'abord émergé. »

L'apothicaire poussa un soupir las, ses yeux glissant vers la porte de son cellier, transformé pour l'occasion en mausolée. « Certaines familles payent un plus lourd tribut que d'autres. Comme je vous l'ai dit, Milo et Etu étaient cousins. Ils sont les deuxième et les troisième victimes de cette affliction. » Il renifla, regrettant en silence de n'avoir pu faire davantage pour eux. Tout juste avait-il pu apaiser leurs souffrances. « Vous êtes sûrement arrivés il y a le peu et ne le savez donc pas mais à Elimith chaque famille a droit à son propre logis », développa ensuite le thaumaturge, qui savait d'expérience qu'il s'agissait-là d'un privilège rare dans les Landes. « Le labeur est long, et difficile. Il leur arrive parfois de se retrouver à l'Agueil pour boire après une journée à herser la terre, mais la plupart retrouve généralement la chaleur de leur foyer quand ils ont terminé leur besogne », expliqua Nikolas.

Ayant terminé son propre ouvrage, il fit de nouveau face au Gerudo et à l'Hylienne. « Du reste, et j'ai pourtant vu beaucoup de champignons, je n'en connais aucun capable de brûler ainsi les lèvres de ceux qui les mangent. Ils auraient probablement enduré en avalant des braises. » Du menton, il désigna les cicatrices d'Edak, pour un instant préservé du mal par les charmes du Poisson-Rêve. « J'ai aussi pensé au puits, ajouta alors l'alchimiste, qui contourna la paillasse pour se rapprocher de ses deux assistants, les bras chargés de deux autres sceaux, cependant, la ville n'en a qu'un et nous buvons tous dedans. » Sans un mot de plus, le médecin abandonna les récipients entre les bras de ses nouvelles aides de camps. « L'autre que vous avez peut-être aperçu à été condamné par un éboulement, il y a de cela six mois. Si vous n'avez plus de questions, j'apprécierai désormais que vous alliez chercher un peu d'eau à la rivière. Une fois que je l'aurais fait bouillir, je pourrais m'en servir pour certaines de mes décoctions », lança-t-il cette fois, sans fournir davantage de précisions, de peur de les perdre davantage. « Une fois que vous serez revenus, je vous montrerai comment vous occuper des cadavres en vue des funérailles. Allez ! Du vent, maintenant », fit-il enfin, les enjoignant à quitter sa demeure d'un geste de la main.

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Arkaï

Inventaire

  • Dague Sheikah
  • Arc Sheikah
« Il devait avoir ton âge. »

La réplique sonna comme une claque aux oreilles d'Arkaï, qui en perdit soudain son souffle.
A y regarder de plus près les traits tirés et livides du garçon d'avantage attaché à la table qu'à la vie, il y décela brutalement la ressemblance avec lui-même. La jeunesse qui mourait sans bruit dans cette nuit de malheur, il aurait pu en faire partie, comme ses camarades du monastère. Etait ce bien sage de chercher à combattre le mal, alors que ses semblables s'éteignaient comme des mouches dans son sillage. Soudainement, la perspective d'aller se confronter aux morts ne l'inspirait plus tant.

Néanmoins, même si le vieux s'était trompé sur le sens de sa question, il y avait tout de même répondu ; C'était bien une génération particulière qui mourait mystérieusement. Si l'affaire était dû à un empoisonnement des récoltes ou de l'eau, le fléau aurait frappé plus indistinctement. Cependant, le fait qu'il y ait des malades de tout statut éliminait l'hypothèse d'une cause liée au travail des champs... La chasse s'avérait plus retorse que prévue, mais au moins Arkaï pouvait il renifler un début de piste. En revanche, ce lieu où régnait la mort et l'agonie, il ne pouvait plus le sentir.

« Zelda, faisons ce qu'il dit, partons. »

A dire vrai, ce qu'il ne fit pas, Arkaï goûtait peu d'être traité en larbin chargé de corvée. S'il s'était senti d'humeur plus ingrate, l'apothicaire ne verrait déjà plus que son dos de loin, mais le vieux, tout insupportable qu'il était, avait pris la peine de répondre à leurs questions. Cependant, le Sheikah se rendait bien compte qu'il n'apprendrait rien de plus des morts, surtout en l'état de leurs connaissances médicales ; basiques. Si la ruine n'avait rien vu, seule dame Vanité pouvait lui faire penser qu'il y arriverait. Il prit les seaux que leur tendait l'homme et suivit la direction de son geste de main.
Une fois sorti, Arkaï inspira un grand bol d'air frais, bien plus agréable que les volutes d'herbes médicinales qui lui donnaient la nausée à l'intérieur. Avant de suivre Zelda vers la rivière, il se figea sur place, un instant, la mine songeuse, le regard sombre. Puis, se tournant vers la princesse, il lui demanda,

« Tu ne trouve pas ça bizarre ? », puis, comme pour expliciter sa question qui relevait assez de l'évidence rhétorique, « Je m'attendais à une histoire de puits infecté ou d'épidémie banale... Mais ça ressemble plus à une sale affaire due à une malfaisance... »

Soucieux de ne pas être entendu du vieux depuis l'intérieur, il commença à marcher vers la rivière non loin, tout en énonçant le fil de sa pensée,

« Tous les malades sont jeunes, la plupart sont pauvres mais pas tous, ce qui élimine un point commun. A part l'âge, quel lien avaient ils ? » C'étaient ses propres souvenirs du monastère et des coups montés dans le secret par les élèves qui l'avaient mis sur la piste, « Les adultes semblent l'ignorer, mais ça n'a rien de choquant. Les victimes avaient l'âge de faire des jeux dangereux, hors de vue de leurs parents. »

Plus le temps passait, et plus grandissait au fond d'Arkaï l'intuition que ce village si paisible cachait en réalité autant de secrets que le village d'Impa. Si quelque chose de tragique s'était produit, quelqu'un aurait pu exiger vengeance et, à défaut d'être écouté, l'exercer lui même ? Après tout, comme il le dit alors à Zelda,

« Cette nuit est traditionnellement celle des morts réclamant leur dû... »

Au moment où ils allaient dépasser un bâtiment, Arkaï entendit alors le bruit lourd de plusieurs paires de bottes pataugeant dans la boue, non loin. Soudainement tendu, il arrêta sa camarade d'un geste et tendit l'oreille sans se montrer,

« C'le bourgmest' qu'a dit de boucler la ville. Personn' rentre ou sort sans autorisation. Et surtout pas les sorciers de la colline et les étrangers ! »

Ainsi donc, les autorités commençaient à réagir, et pas avec une franche légèreté. Arkaï grimaça en comprenant que par leur simple statut, ils seraient probablement soupçonnés. Il allait falloir jouer serrer et marcher sur des oeufs. Les histoires ne manquaient pas sur la folie qui pouvait s'emparer d'une foule en proie à la peur de la mort.
Risquant un oeil, le Sheikah reconnu la tronche burinée d'un milicien croisée quelques temps auparavant. Pas franchement un modèle de sculpture, et son langage s'avérait à peine plus élégant. Arkaï ricana alors intérieurement, tout en glissant à Zelda, « Tu te rends compte ? Ils sont obligés d'engager des moblins tant ils commencent à manque d'homm... »

En réalisant ce qu'il disait, il lâcha son seau. Les yeux grands ouverts et une excitation nouvelle, il s'exclama,

« Mais oui ! Des hommes ! Tous les malades le sont ! Il y a quelque chose derrière ça, c'est certain ! »

Pris dans le tourbillon de ses idées, Arkaï commençait à se sentir perdu. Tâchant de se rassembler tant bien que mal, il demanda à son amie et aînée,

« Bon, je me calme. A ton avis, on devrait faire quoi ? Vite ramener de l'eau au vieux ou peut être chercher un gamin indemne qui pourrait peut être nous en apprendre plus sur ce qu'il pourrait s'être passé hors de vue des adultes ? Ou si tu as une autre idée... ? »


Zelda

Team booty

Inventaire

  • Tablette Sheikah
  • Couteau d'Impa
La jeune femme avait écouté les réponses détaillées du vieil homme en silence, mais les fréquents regards inquiets lancés à son compagnon trahissaient sa pensée. Dès qu'ils eurent l'air à court de questions, l'apothicaire les envoya lui chercher de l'eau.

Arkaï semblait d'ailleurs pressé de quitter l'endroit, et à son ton elle devina que ce n'était pas seulement par désir de faire plaisir à leur hôte. Elle le suivit donc à l'extérieur, ravie elle aussi de sentir un peu d'air frais et toujours occupée à digérer les informations qu'ils venaient d'accumuler. Il était difficile de tirer des conclusions et pourtant la façon dont progressait la maladie, du moins si c'en était une, donnait un sentiment d'urgence. Le Gerudo semblait plongé dans ses pensées, si bien qu'il ne se mit pas directement en route.

"Une malfaisance ? Est-ce que tu entends par là que quelqu'un serait responsable ? Ce serait de graves accusations, on ne peut pas évoquer une théorie pareille à qui que ce soit sans avoir de preuves..."

Le jeune homme se remit en route et elle le suivit tout en écoutant ses spéculations, perdue elle aussi dans ses propres pensées. Elle n'avait jamais connu une telle maladie, pour autant elle n'arrivait pas à en écarter complètement l'hypothèse et le fait qu'Arkaï corresponde plutôt au portrait type des malheureuses victimes touchées jusque là n'avait rien pour la rassurer. Le médecin leur avait évoqué de jeunes garçons ou de jeunes hommes issus de différentes strates de la population d'Elimith, et sans savoir d'où venait leur mal, impossible de savoir exactement à quel âge il s'arrêtait ou même s'il ne s'agissait pas juste d'une coïncidence puisque leur nombre restait encore limité. Elle n'avait pas pu retenir une pensée pour Link, et c'était bien la première fois qu'elle se réjouissait qu'il ne soit pas à ses côtés. Mais pour le Gerudo qui cheminait à présent en sa compagnie, qui savait s'il n'était pas déjà trop tard ?

Pour cette raison, une part d'elle espérait que l'infortune qui touchait le village n'avait rien d'une épidémie. Pourtant elle redoutait aussi d'autres éventualités pour des motifs différents. Une cause surnaturelle aurait été tragique en ceci qu'elle serait non seulement hors de leur portée mais aussi hors de celle du vieux soigneur. Elle ne possédait plus les capacités d'y faire face et n'avait aucune envie de se sentir à nouveau douloureusement impuissante. Quant à la supposition d'un acte de malfaisance, elle s'y connaissait assez en diplomatie pour savoir qu'en tant qu'étrangers ils avanceraient en terrain miné. Aussi bien pour eux que pour Pru'Ha qui les hébergeait et semblait déjà en mauvais termes avec le reste de la ville.

Elle ne reprit finalement la parole que lorsque son compagnon l'interrogea à haute voix sur l'identité des malades. Souhaitant éviter d'avancer des similitudes qui collaient au profil d'Arkaï, elle commença par d'autres possibilités.

"À leurs noms, il me semble qu'il n'a cité que des Hyliens, même si cela n'a rien de surprenant puisqu'ils sont majoritaires parmi les familles bien installées au village, et..."

Elle se stoppa net lorsqu'il lui fit signe de s'arrêter en entendant des voix. Elle ne connaissait pas les gens qui passèrent non loin d'eux, mais ils n'avaient pas l'air tendre. Ni de les porter dans leur cœur. Dans quel pétrin s'étaient-ils fourrés ? C'était sûrement ce qu'avait voulu éviter la scientifique, ils n'étaient même pas encore ouvertement intervenus qu'ils étaient déjà considérés comme suspects. Elle aurait aimé avoir l'assurance du jeune homme pour en plaisanter au lieu de se terrer derrière lui. Toutefois, cette interruption semblait l'avoir relancé dans ses réflexions et il semblait perdu devant les possibilités qui s'offraient à eux.
Elle n'était pas tellement plus avancée, mais elle bondit en entendant ce qu'il évoquait. Elle ramassa le seau au sol pour le lui rendre avant de saisir sa manche pour le ré-attirer avec elle vers la rivière.

"Nous avons fait une promesse ! Ce vieil homme nous a accueillis chez lui, il a l'air à bout de forces, complètement dépassé par tout ça, mais il nous a répondu et nous avons promis de lui apporter notre aide..."

Elle se radoucit malgré tout, ignorant si ce n'était pas en partie la crainte qui poussait le jeune homme à ne pas vouloir passer plus de temps chez le vieil apothicaire.

"Comme toi je ne sais pas quoi en penser, et j'ignore de quoi il s'agit... Mais je ne pense plus que nous pouvons rester en dehors de cette affaire..." Il n'était plus seulement question de ce qu'ils pouvaient faire ou non pour endiguer la catastrophe, rester confinés au laboratoire ne les mettrait pas à l'abri. "Mais ce médecin, il est peut-être en mesure d'en découvrir plus, et c'est quelque chose de concret que nous pouvons faire pour lui dégager du temps et de l'énergie..." Sa moue se mua en appréhension, mais elle continua, espérant rassurer Arkaï. "Et s'il faut manipuler des malades ou... Ou des morts... C'est moi qui m'en chargerai."

Elle n'était toujours pas emballée à cette idée, mais s'il y avait ne serait-ce qu'un risque pour que ces activités soient nocives sur la santé de son ami, elle était déterminée à s'en occuper et lui éviter leur proximité.
Une fois la rivière en vue, elle y plongea le seau qu'elle portait. De toute façon, il était encore tôt et aider le vieil homme ne leur prendrait sans doute pas toute la journée : il avait lui-même évoqué le fait qu'il devait ensuite aller rendre visite aux malades qui n'avaient pas pu obtenir une place chez lui.

"Mais tu as raison, c'est sans doute par l'intermédiaire des enfants que nous pourrons en apprendre plus..." Elle s'en voulut soudain de ne pas s'être plus intéressée aux habitants de la région ces derniers jours. Elle n'aurait même pas pu dire si ceux qui avaient été cités par l'apothicaire se cotoyaient beaucoup ou non, ni qui dans leur entourage était au courant de leurs secrets éventuels. "Est-ce que tu te souviens qu'il a parlé de l'un d'eux qui délirait ? Le bourgmestre l'a évoqué aussi... Sépharo ?" Il était difficile de prédire si ses délires leurs seraient intelligibles ou non, et s'ils avaient le moindre rapport avec ce qui les intéressait, mais c'était toujours mieux que le silence des malades.

Soulevant le seau rempli à ras-bord, elle reprit le chemin de la maison de l'apothicaire, attentive à ce que pourrait en penser son ami. S'il acceptait de la suivre, elle avait l'intention de retourner porter ces seaux à leur propriétaire, et elle était prête à se plier aux exigences que pourraient avoir le vieil homme une fois qu'ils seraient ré-arrivés chez lui.


Vieil homme

Narrateur

Inventaire

Toute la nuit et toute la journée durant, la pluie avait martelé les tuiles rouges de son étal. Dorénavant, emmitouflé dans l'une des épaisses laines qu'il avait acheté aux Bouviers, le Teinturier observait la grêle tomber drue sur le chemin de limon qui menait à son humble demeure. L'Apothicaire avait demandé du temps et surtout de l'espace ; aussi Seym et lui s'étaient éloignés de la paillasse où dormait usuellement Sépharo. Depuis quelques jours son sommeil était troublé par d'étranges rêves, obscurs et effrayants. L'enfant avait essayé d'en parler, mais le Teinturier n'avait guère écouté : le Bourgmestre venait alors de lui passer commande et souhaitait voir plusieurs de ses luxueux habits reprisés et surtout recolorés. Les bras chargés de plus de travail qu'ils n'auraient jamais pu accomplir, son épouse et lui avaient accepté d'embaucher un jeune homme venu d'ailleurs, des confins occidentaux des terres connues. Il coûtait cher, plus qu'ils n'auraient pu se le permettre sans doute, mais le labeur en valait la peine pensaient-ils à l'époque. 

Dorénavant, les riches robes de Baldin comme le faste des tabliers ou des capes de Clévia n'avaient plus la moindre importance à ses yeux.

Sans un mot, le regard absorbé par les innombrables points de glace qui déchiraient les cieux, Soje poussa un profond soupir. La main de Seym, aussi tendre que maladroite, vint rejoindre son épaule. Pendant un instant, elle ne dit rien. Puis, tandis que la pulpe de ses doigts caressait doucement sa peau peu à peu rougie par les encres, elle brisa le silence.  « 'L'est là, maint'nant. 'Plus grand à chose à faire...  », souffla-t-elle seulement, le poids de l'angoisse et des années dans la voix. L'un comme l'autre se refusait à revivre la tragédie que leur avait imposé les Dieux treize auparavant. « On sait-tu où l'est et pis Nikolas est un hom' bon. Y'f'ra tout c'qu'y peut  », murmura encore la Couturière dont les aiguilles et l'ouvrage avaient rendu les mains rances. Lentement, le Teinturier laissa sa tête retomber sur l'épaule de sa compagne.

"J'sais ben", siffla seulement Soje, dont la gueule déjà patibulaire était déformée par les rides. « J'sais ben ma cochenille. Mais j'ai pô envie de... », reprit-il ensuite avant que sa gorge ne se brise d'un coup. Il était des mots qu'il n'aurait su dire, plus aujourd'hui. Du coin de la paume, il épongea ses yeux, sans plus rien ajouter. Elle avait de toute façon compris et il savait combien elle partageait son sentiment. Aucun d'eux n'avait compris l'injustice dont ils avaient déjà été victimes. « C'juste que... », finit-il néanmoins par se forcer. Elle l'arrêta délicatement, d'un index doucettement posé sur les lèvres. « J'sais. C'est-y souvent nous », murmura-t-elle simplement. Ses épaules s'étaient raidies à mesure qu'elle n'intellectualisait la chose, et ses jambes s'étaient faites plus fragiles. « J'vais aller m'asseoir mon beau, lança-t-elle gentiment, non sans lui adresser un second conseil : tu devrais aussi te reposer ou au moins t'occuper l'esprit. »


"Je lui ai fait boire des calmants, cela devrait l'aider à ne pas cauchemarder", expliqua l'ancien, une fiole vide à la main. Du coin de l'œil, il discerna toute l'inquiétude de Seym, qui semblait ne pas comprendre l'utilité d'une telle manœuvre. « Maît' », implora-t-elle tandis que Soje cherchait à la retenir d'une main. Il ne savait pas bien comment le vieux thaumaturge allait réagir. « Ca fait maint'nant deux jours qu'eul'gosse s'est pu' réveillé, pourquoi v'voulez l'endormir ? », questionna-t-elle, inquiète sans se soucier du fait que les portes de leur bazar étaient grandes ouvertes. L'Apothicaire avait été très clair là dessus : les vapeurs et les odeurs qui embaumaient toute la teinturerie ne pouvaient être bonnes pour la santé du petit. « Seym... », fit-il seulement, jetant un regard par dessus de son épaule. De l'autre côté de la principale artère d'Elimith, il pouvait apercevoir deux silhouettes. Sans doute s'agissait-il d'Amarylli et de Coria, que la plupart des habitants de la Cité-Commerce avaient pris l'habitude d'appeler les "femmes du lavoir". Le bassin, qu'il avait creusé il y a des années de cela, était installé juste devant son échoppe. Depuis, son usage s'était répandu chez les familles pauvres, qui n'avaient pas de quoi payer ses services. Les deux mères de famille en avait fait un point de rendez-vous idéal pour se soustraire à la réalité froide et terne de la vie maritale.

Cependant, le Bourgmestre lui avait clairement ordonné de ne pas parler en public de la maladie de Sépharo. S'il la population venait à paniquer, avait-il dit, d'autres pourraient aussi succomber au mal qui rongeait la Ville-Blanche. 

Si c'était le cas, le Vieux Nikolas ne pourrait accueillir tous les lépreux qu'Elimith saurait produire. « Certes oui, je sais Seym », reprit le vieillard, d'un ton aussi compatissant qu'il lui était possible. « Malheureusement, les rêves de ton fils l'empêchent de se reposer et de reprendre des forces », détailla ensuite le Mire, qui farfouillait dans son sac. « Qu'est-ce dont' qu'on peut faire, Nikolas ? », questionna le Teinturier, le visage devenu livide. De l'index, du pouce et du majeur gauche – il lui manquait tous les autres doigts – il se saisit doucereusement de la main de la mère de son enfant. Il avait besoin de la sentir proche. « Bien peu, j'en ai peur », soupira le soignant en tirant de sa besace une autre flasque de calmant. « S'il convulse à nouveau, prélevez quelques goûtes de cette outre et préparez les en tisane. Cela l'aidera à ne pas se blesser et devrait traiter sa fièvre », lâcha-t-il l'air dépité, abandonnant le petit récipient entre les mains de l'artisan.

"Il faut le faire manger", ajouta ensuite le vieil homme, dont l'empathie demeurait presque tangible. Et de conclure, refusant de s'avouer vaincu en dépit de tous les signes : « Même s'il faut le forcer, même s'il faut mâcher pour lui sa viande. On ne laissera pas partir cet enfant-là ».

Tandis que le docteur les saluait et expliquait qu'il lui fallait s'enquérir de l'état du fils du pêcheur, Soje se souvint des mots du Bourgmestre. De sa main rêche, l'anxiété attrapa subitement son cœur et le serra jusqu'à presque l'étouffer.

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