Hyrule's Journey

Les masques et la nuit tombent

Milieu de l'automne - 2 mois 2 semaines 4 jours après (voir la timeline)

Sen

Inventaire

  • Sabre "à l'arsenic"
Les premières pluies d'automne s'abattaient déjà sur le village, rendant la mer plus agitée que d'habitude. Le garçon était recroquevillé sur lui-même, la moitié du visage masquée d'un voile noir presque transparent. Le vent soufflait sur Necluda depuis quelques jours, rendant quelques chemins placés sur les hauteurs inaccessibles et donc inutilisables.
Sen avait choisi de vivre au pied des collines d'Elimith, au bord de la mer, afin de ne plus quitter le sable qui l'avait accompagné toute son enfance. Le temps avait habituellement été doux et agréable ici, bien que certaines averses rafraîchissaient parfois l'herbe sèche des petites plaines aux alentours. Ces brusques changements de climat avaient en premier lieu étonné le garçon du désert, lui qui n'eût jamais connu cela au fin fond de la contrée d'Hyrule.

Sa toge et ses cheveux flottaient dans les airs, dévoilant seulement son regard vitreux et embrumé. Autour de ses yeux turquoises se dessinaient des tâches bleutées; preuve qu'il n'avait pas dormi depuis un certain temps. En effet, cette femme n'avait pas quitté ses esprits depuis leur première rencontre.
Elle se nommait Eluria. C'était une jeune Hylienne vivant au laboratoire antique, plus haut dans le village. Le peuple Yiga avait toujours été avide des connaissances archéoniques que possédaient ces chercheurs et s'ils en étaient aussi friands, c'était seulement pour une question de pouvoir. Grâce à cette magie ancestrale, il pouvait leur être possible de contrôler leurs ennemis avec bien plus de facilités.
Eluria constituait donc un espoir d'une grande valeur pour Sen, puisqu'il désirait convaincre son géniteur de son intelligence ainsi que de ses nouvelles compétences acquises. Le jeune Sheikah n'était point intéressé par la puissance comme ses confrères, mais par l'envie de détrôner son paternel dans tous les domaines possibles, jusqu'à le détruire. Il souhaitait de tout cœur lui faire regretter de l'avoir exclu de leur repaire, de lui avoir menti tant de fois, d'avoir mis à profit ses connaissances botaniques pour empoisonner ses concurrents et ce, sans jamais n'avoir été reconnaissant envers lui.

Pour en revenir à la fameuse jeune femme, Sen ne l'avait pas revue, bien qu'il ne chercha pas à la retrouver non plus. Leur prochaine rencontre devait être propice et adaptée à une situation précise. Il se devait de rester à l'écart, sans ne rien forcer, et de laisser le destin guider ses pas jusqu'à ce qu'elle réapparaisse.
Le jeune homme se fatiguait au fil des jours, tout en s'efforçant de jouer le rôle du vagabond serviable et avenant auprès des villageois. Pour lui, les journées se ressemblaient toutes: à l'aube, il remontait au village pour discuter avec eux, échangeait quelques plantes contre des vivres, puis redescendait le chemin qui menait à la plage pour attendre, seul.
Il ne semblait ni s'ennuyer, ni s'amuser. Cette tâche n'était pas des plus faciles et il le savait pertinemment. Il n'avait pas peur de l'échec et ne redoutait rien, mais se donnait lui-même l'ordre de ne jamais se détacher de son objectif.


Sen n'eût le temps de voir le soleil se coucher, celui-ci étant toujours dissimulé derrière d'épais nuages. A la tombée du crépuscule, le garçon n'alluma pas son feu de camp. Il se leva d'une manière lasse et désenchantée, puis jeta un rapide coup d'œil vers sa monture encore éveillée. Il la prit par les rennes et la tira vers les hauteurs, sans ne réellement prêter attention à ce qui se trouvait autour de lui. Il se rendit compte de son inattention lorsqu'il aperçut une silhouette familière non loin de lui; c'était elle.
Il ne lui fallut qu'une seconde pour changer de rôle; une expression douce et chaleureuse marqua subitement son visage encore caché sous son voile. Le garçon lâcha inconsciemment les brides de son cheval pour saluer la jeune femme, qui se trouvait à l'autre bout de la colline.

« Eluria! Je ne pensais pas te revoir ici! »

Sen tâta brièvement la poche de sa tunique, rassuré de sentir la fiole d'anesthésiant contre sa cuisse, puis laissa place à Narcisse.


Eluria

Inventaire

Depuis le début de l’automne, Eluria passait de plus en plus de temps en extérieur pour admirer le changement des feuillages qui l’entouraient. Tous les ans, cette saison offrait ce spectacle haut en couleurs dont elle n’arrivait jamais à se lasser. Si la hausse d’intensité et de fraîcheur du vent ne suffisait pas à lui faire rebrousser chemin, la pluie finissait toujours par avoir raison d’elle.



Ces sorties répétitives avaient fini par changer la vision des villageois à son égard. A force de politesses, la jeune hylienne se sentit de moins en moins la cible de regards méfiants et hautains. Lorsqu’elle croisait quelqu’un, un simple bonjour résonnait joyeusement, bonjour auquel elle répondit de la même manière. Ce changement au village devait probablement venir aussi du fait de l’épisode dans la forêt où elle avait fait la rencontre d’Ardolon, rencontre qui avait permis à un enfant un peu trop curieux de retrouver sa famille, sain et sauf. Elle avait recroisé l’enfant depuis, qui n’hésitait pas à rappeler à ses copains, et à toute personne suffisamment proche pour l’entendre, ce qui s’était passé ce jour-là.



Quant à ses travaux au laboratoire, elle a préféré laisser en suspens le projet sur lequel elle avait commencé à rassembler des idées et informations, pour assister Pru’Ha et Canel. Ces derniers ont entrepris de découvrir un moyen qui permettrait d’inverser le processus de corruption des gardiens. De son coté, l’apprentie cherchait plutôt la faille par laquelle cette corruption avait pu s’infiltrer, pour ainsi tenter de la corriger. Il leur manquait cependant deux éléments essentiels : un gardien qui ne soit pas sous l’emprise de la corruption et le Fléau lui-même, ou du moins ce qui lui avait permis d’asservir ces vestiges d’un autre temps. Toute la complexité de l’expérience était donc de les simuler au mieux, dans le but de reproduire et comprendre le phénomène à plus petite échelle afin de garder la main tout le long du projet.





Ce fut en fin d’après-midi qu’Eluria décida d’arrêter ses travaux pour la journée et d’aller prendre l’air, et quitta le laboratoire après avoir prévenu ses parents adoptifs. Elle entreprit de se rendre au pieds des collines environnantes, en direction de la mer. La nuit, fraîche, commençait à tomber et le vent à se lever, caressant sa longue chevelure de jais et l’entraînant dans une danse que seule la nature savait chorégraphier. Après plusieurs minutes de marche, elle remarqua une forme étrange un peu plus loin. En s’en approchant, cette forme se scinda en deux masses distinctes. Elle reconnu un cheval, et son propriétaire. Le propriétaire la salua comme s’il la connaissait.



« Eluria! Je ne pensais pas te revoir ici ! »



Le voile qu’il portait lui donna du fil à retordre pour l’identifier. C’est sa voix qui lui mit la puce à l’oreille.



« Narcisse ? C’est bien toi ? Je te pensais reparti pour d’autres contrées, ça faisait longtemps ! Que fais-tu dans le coin ? »



Elle espérait ne pas s’être trompé sur la personne, avec l’obscurité et le voile, elle avait quand même un doute.


Sen

Inventaire

  • Sabre "à l'arsenic"
D'un geste prompt, Narcisse recueillit la bride qui tenait sa monture et l'enroula plusieurs fois autour de son poignet trop mince. Sentant que la jeune femme peinait à le reconnaître, il élança ses deux coudes en arrière pour défaire le nœud de son voile et l'enfonça simplement au fond de sa poche. Son visage, auparavant tiré et abîmé par la fatigue, s'était miraculeusement illuminé d'un sourire plein de malice. 
Le garçon et la bête se dirigèrent donc lentement vers la chercheuse, qui semblait avoir passé une journée plutôt longue et épuisante. 

« Narcisse ? C’est bien toi ? Je te pensais reparti pour d’autres contrées, ça faisait longtemps ! Que fais-tu dans le coin ? »

Une fois face à elle, il la salua une seconde fois, les yeux plissés et les lèvres toujours aussi courbées. Cet excès de politesse et d'amabilité rendaient la mise en scène presque réelle, ou absolument ridicule selon le point de vue. Seulement, cela n'avait pas l'air de gêner son interlocutrice, pour laquelle les sentiments d'excitation et de joie étaient véritables. Il était évident, au vu de son ignorance, qu'elle s'attendait à une humble discussion entre bons camarades.

« Finalement, il faut croire qu'Elimith me plaisait plus que je ne le pensais. » Ses mains se joignirent pour se réchauffer pendant qu'il scrutait le périmètre et il poursuivit, les joues légèrement rosées par la fraîcheur de la nuit. « Je me suis installé près de la plage il y a quelques semaines de cela. Au moins, je peux accéder au village en seulement quelques minutes pour y vendre mes trouvailles! » Depuis leur dernière rencontre, Narcisse semblait plus serein et tranquille, comme si le fait d'enfin s'être libéré de ses remords lui avait permis de trouver une certaine paix intérieure. Il faut dire que ce garçon avait vécu de tragiques évènements avant d'arriver au village. Le fardeau -celui de la mort de ses parents- qu'il portait sur ses frêles épaules depuis ne s'était pas allégé, bien au contraire; mais à présent, il le soulevait vaillamment. Son caractère, bien que toujours niais, s'était endurci et développé. Le jeune homme s'était transformé en véritable adulte, non point fier de ses actes, mais assez brave pour les exposer.
Narcisse, au contraire de Sen, ne s'était pas reclus au fond d'une prison de rancœur et de regrets. Il n'avait pas soif de vengeance, ni du désir de s'élever plus haut que n'importe quel être. Il est vrai que le Yiga ne vivait plus que pour dévaloriser les autres et sa volonté était guidée par une amertume qu'aucun individu ne pouvait assoupir.
Narcisse n'était plus que le seul fragment sain résidant en Sen. Le reste n'était que cendres encore animées par ses sombres desseins.

« Je suis content de t'avoir retrouvée. Tu travailles toujours au laboratoire? » Il la regarda un instant, puis commença à avancer en direction du pied des collines. « Et si nous marchions? »


Eluria

Inventaire

Eluria observa la personne en face d’elle attacher la bride de son destrier autour d’un poignet avant de se découvrir la tête. A mesure que l’homme et sa monture s’approchèrent, elle constata avec soulagement qu’il s’agissait bien de Narcisse, visiblement ravi de cette seconde rencontre, à en juger par le sourire dessiné sur son minois. En tout cas, la jeune hylienne fut rassurée de tomber sur un visage familier. Le jeune sheikah lui répondit :


« Finalement, il faut croire qu’Elimith me plaisait plus que je ne le pensais. »


Sur ces mots, Narcisse rapprocha ses mains pour les réchauffer. Si Eluria n’avait pas l’air dérangée par ce froid, ce n’était pas le cas de son interlocuteur. Mais elle comprenait parfaitement ce qu’il voulait dire par là. Si, au début, elle aussi eut du mal à trouver ses marques dans ce village, trop habituée à passer le plus clair de son temps au laboratoire, elle trouva ses dernières visites particulièrement agréables, au point de découvrir tout le charme d’Elimith alors qu’elle y a passé toute son enfance, son adolescence et désormais une partie sa vie adulte. Narcisse continua cependant de répondre :


« Je me suis installé près de la plage il y a quelques semaines de cela. Au moins, je peux accéder au village en seulement quelques minutes pour y vendre mes trouvailles. »


Cela piqua la curiosité de l’apprentie. Pourquoi préférer s’installer à l’extérieure du village pour y retourner vendre ce qu’il pouvait trouver dans le coin ? Peut-être préférait-il conserver le fruit de ses ventes pour autres choses, plutôt que l’investir dans une chambre de l’auberge, qui aurait aussi fait office d’abri pour sa monture. Ce fut la réflexion la plus pertinente qu’elle eut en tête. Quant à savoir de quel genre de trouvailles Narcisse pouvait bien vivre, elle n’eut pas le temps de lui poser la question, car il déclara au même moment, avant de l’inviter à l’accompagner pour une ballade en direction du pied des collines :


« Je suis content de t’avoir retrouvée. Tu travailles toujours au laboratoire ? »


Eluria lui emboîta le pas. Elle ne sut pas saisir pourquoi il était content de la retrouver, mais pour une raison inconnue, cela lui fit quand même plaisir à savoir.


« Effectivement, avec mes parents nous planchons sur un nouveau projet qui peut paraître fou. Nous cherchons à savoir comment les gardiens ont pu être corrompus, et surtout comment stopper et inverser le processus de corruption. »


Après cette révélation, Eluria jugea qu’il était temps d’interroger Narcisse concernant les trésors sur lesquels il pouvait mettre la main.


« Pour en revenir à tes activités dans le coin, qu’est-ce que tu as pu trouver comme objets jusqu’à maintenant ? »


Elle espérait, quelque part, que des pièces de gardiens fassent partie de la liste que pourrait lui énumérer le sheikah.


Sen

Inventaire

  • Sabre "à l'arsenic"
Cette échappée nocturne avait sans doute été le meilleur moyen pour Narcisse de se réchauffer, mais cela n'empêchait pas ses jambes de grelotter pour autant. Il avait rabattu une partie de sa toge contre son torse, le poing refermé. Heureusement, le haut de son corps était moins touché par la fraîcheur, protégé et recouvert de sa longue chevelure épaisse.
Plus Sen se mettait dans la peau de Narcisse et plus son jeu de rôle se rapprochait de la perfection. Il n’éprouvait plus aucun mal à oublier sa vie antérieure et à se glisser dans celle d’un autre, qu’il apprenait peu à peu à connaître.
En effet, les nuits glaciales dont il avait pu faire l'expérience au cœur du désert ne rappelaient rien à Narcisse. Ni cela, ni les fois où ses veines, étouffées par sa peau trop froide et crispée, auraient simplement pu exploser. Il s'était toujours poussé au-delà de ses limites, délaissant parfois trop longtemps son état physique déplorable. Et il ne s'était jamais morfondu sur son sort pour une raison évidente: si la nature lui avait offert un corps aussi fébrile, c'était justement pour le faire évoluer au-delà du possible.

« Effectivement, avec mes parents nous planchons sur un nouveau projet qui peut paraître fou. Nous cherchons à savoir comment les gardiens ont pu être corrompus, et surtout comment stopper et inverser le processus de corruption. »

La dernière phrase de son interlocutrice lui donna un hoquet de surprise. Il fronça les sourcils et tourna la tête vers elle, comme absorbé par son histoire. « A vrai dire, je ne comprends pas comment ces choses peuvent encore être fonctionnelles. En tout cas, j'espère de tout cœur que vous allez y arriver. Et si un jour tu as besoin de certains composants, n'hésite pas à me rendre visite! Il m'arrive parfois de tomber sur des matériaux disons… Intéressants. » Narcisse laissa volontairement place au doute et tourna les yeux vers la jeune femme. A présent, il se devait d’anticiper une réponse alléchante pour lui mettre la puce à l’oreille.

« Pour en revenir à tes activités dans le coin, qu’est-ce que tu as pu trouver comme objets jusqu’à maintenant ?
- Eh bien...
»

D’un geste maladroit, le garçon souleva sa toge pour ouvrir sa sacoche de cuir. A l’intérieur, on pouvait discerner des tiges séchées; celles-ci étaient issues d’herbes d’Hyrule, de violettes et même de cytise - un arbre toxique.
Il fouilla jusqu'au fond, mais ne trouva rien de plus. Comme pris au dépourvu, il fit la moue, les sourcils froncés. « J'étais pourtant sûr de les avoir pris avec moi! J'en ai toujours quelques-uns sous la main pour les échanger contre des bons vivres! » Le garçon secoua la tête et chercha de plus belle, vainement, en marmonnant des mots incompréhensibles. Bien sûr, il feignait chacun de ses gestes. « J'ai des vis ainsi que des ressorts antiques quasiment intacts dans mon repaire. Si tu es intéressée, je peux aller te les chercher! » Fit-il, plein d'enthousiasme.


Eluria

Inventaire

L’astre de la nuit profita d’une place entre les nuages pour éclairer le chemin que l’hylienne et le sheikah empruntèrent pour leur ballade. Certains de ses rayons sublimaient le teint déjà pâle de la fille du laboratoire, accentuant le contraste avec sa chevelure couleur ébène. Elle observa la lune pendant la marche, n’arrivant pas à mettre le doigt sur la raison pour laquelle elle y trouvait quelque chose d'apaisant, et ne prêta pas attention à la lutte que menait Narcisse pour se maintenir au chaud.


Le jeune sheikah marqua un arrêt le temps de fouiller dans une sacoche en cuir pour montrer, à l’apprentie laborantine, les objets trouvés qui pourraient susciter son intérêt. Alors qu’il afficha un air frustré, tout en redoublant d’effort dans sa fouille, elle conclut qu’il n’en eu point sur lui. Elle ressenti une pointe de déception.


« J'étais pourtant sûr de les avoir pris avec moi! J'en ai toujours quelques-uns sous la main pour les échanger contre des bons vivres!  »


Après une énième recherche, infructueuse, l’homme abandonna, avant d’annoncer :


« J’ai des vis ainsi que des ressorts antiques quasiment intacts dans mon repaire. Si tu es intéressée, je peux aller te les chercher ! »


Sur ces paroles, Eluria s’étonna. Elle savait ce qu’il fallait surmonter pour pouvoir obtenir de tels objets. Elle n’imagina pas Narcisse capable de terrasser à lui-seul une de ces machines meurtrières, frêle comme il était. Tout comme elle douta qu’il eût en sa possession les outils nécessaires à l’extraction de ces composants. Cela lui paru étrange, et donna naissance à une certaine méfiance qu’elle garda en elle.


Il était cependant hors de question de rester seule au milieu de la nuit, le temps que son partenaire de balade aille chercher ses trésors dans son repaire. Hors du village, elle n’était plus en sécurité. Et s’il disait vrai ? Ça serait une sacrée aubaine de pouvoir les rapporter au laboratoire, dont les stocks s’amenuisaient au fil des projets. Après avoir passé les différentes options qui s’offrirent à elle, elle du se résoudre à choisir la suivante :


« Bien évidemment que ça m’intéresse ! Par contre, permets-moi de t’accompagner. »


Elle espéra sincèrement qu’il disait vrai.


Ardolon

Inventaire

  • Arc en bois de voyageur
  • Carnet de voyageur
Au fur et à mesure que derrière l'azur déclinait le soleil, croissait aussi la frustration d'Ardolon. Depuis un long mois déjà, il travaillait pour un forgeron dont il avait gagné la confiance en lui trouvant des matériaux. Pourtant le rito n'arrivait à rien. Quant à sa progression... Non, il ne serait jamais forgeron. Il ne parviendrait pas, à lui seul, à faire une arme qui lui conviendrait. Et même ce qu'il avait appris lui serait inutile.
Il avait passé une lune entière sur cet échec et tandis que l'astre apparaissait dans le ciel pour le lui rappeler, ses iris, depuis le surplomb d'Elimith, se faisaient plus sombres que la nuit.


La colère fit s'envoler Ardolon du promontoire sur lequel il se trouvait, juste en dessous du laboratoire antique d'Elimith. Poussé par un battement d'ailes furieux, il prit de l'altitude en restant au-dessus des collines autour du village : il savait que certains habitants n'aimaient pas le voir rôder dans le ciel nocturne, comme s'il risquait d'être un prédateur enténébré. À vrai dire, il avait même entendu l'un des villageois intimider son enfant que le piaf pourrait lui tomber dessus s'il restait dehors trop tard... Et cette pensée souleva une nouvelle vague de rage. Le couvert de la nuit, au moins, lui permettait d'extérioriser un peu, mais désormais il désirait chasser, ne serait-ce qu'un cerf, pour conjurer sa colère.

La satisfaction de sentir la panique de sa future proie l'excitait par anticipation quand il s'apprêtait à survoler les maisons de la petite cité, si bien qu'il faillit bien rater l'activité qui attira son œil. Seules, deux silhouettes se dirigeaient vers l'extérieur, à la surprise du rito qui tâcha de planer hors de leur vue. Il décida d'atterrir sur les hauteurs les plus proches car s'il empruntait la voie céleste, les inconnus pourraient le repérer à tout moment. Or aucun chasseur ne compte sur la chance pour frapper, même s'il rôde par pure curiosité.

Quand il fut satisfait de sa cachette, l'attention d'Ardolon plongea vers les silhouettes. L'allure aux grâces détendues était celle d'Eluria dont la chevelure dansait, virait au rythme du vent leste. À ses côtés, une personne voilée accompagnée d'un destrier semblait discuter avec elle, fort de la confiance qu'il recevait de la jeune fille. Était-ce une connaissance, alors même que la chercheuse passait le plus clair de son temps au laboratoire ? Après tout, le piaf avait cru comprendre que certaines hyliennes trouvaient un certain romantisme à l'idée de rencontrer, la nuit, un cavalier ténébreux.
Cette idée absurde acheva presque de convaincre l'oiseau de s'en aller... Cependant l'inconnu fit tomber le voile et la curiosité reprit le dessus. À une telle distance, même la vue d'aigle dont il disposait ne lui permettait pas de détailler l'individu dévoilé. Pourtant la réaction d'Eluria était sobre - trop pour une jouvencelle éprise d'idéaux romanesques.


Aucun intérêt.
L'oiseau avait pivoté derrière un large rocher, mais il n'était pas parti. Il s'interrogeait pour savoir si cette information pouvait avoir la moindre valeur. Est-ce qu'elle trouverait crédit auprès de la famille de la jeune fille ? Peu probable... Même s'il fomentait un danger pour la sauver, ce serait beaucoup d'énergie pour un bénéfice risible. Et puis il estimait avoir déjà gagné la confiance d'Eluria. Quant à l'inconnu... C'était quand même étrange qu'ils se connaissent, à bien y réfléchir, et par-dessous tout, le piaf détestait ne pas savoir.
L'oiseau pivota de nouveau, lentement et à contre-cœur. Il les observa une dernière fois, telles deux proies, comme s'il planifiait une filature dont il avait pris l'habitude. Par plaisir ou par curiosité, il allait les suivre voire les écouter, profitant des ténèbres autant que de son regard d'aigle. De sa cachette, il avait déjà disparu : plusieurs minutes séparait le rito d'un autre affût.
Quoique pressé, il prenait le risque d'être semé pour rester furtif... Dans tous les cas, ils laisseraient des traces ou feraient suffisamment de bruit pour qu'il les rattrape.
Et l'idée de cette
traque le revigora.

Quelques temps plus tard, Ardolon avait une vision à peine satisfaisante pour lui - il lui semblait donc extrêmement improbable qu'on puisse l'apercevoir. Pour autant, il restait à l'orée du village... Il avait besoin que la milice l'entende, pour le disculper. Il avait besoin qu'Eluria l'entende, pour prouver sa sincérité. Mais il avait aussi envie d'aider cet inconnu et tous ces objectifs pouvait s'avérer délicat, n'était son instinct préparé à ce genre d'intrigues. Alors, à l'épicentre de tous ces protagonistes, il poussa un appel en espérant une réaction de l'inconnu. La distance atténuerait le volume de son alarme mais il n'y avait aucun doute que les deux coquins, autant que la milice d'Elimith, l'entendraient clairement.

« ELURIAAAAA ! »

Désormais commençaient les choses intéressantes et soit il s'enfuyait, grâce à quoi Eluria serait d'autant plus reconnaissante de l'intervention du rito... Soit au contraire il profitait de cette ouverture pour ce qu'il intentait, quoi que ce fût. Dans tous les cas, camouflé parmi les feuillages, Ardolon encocha une flèche. Il n'en avait que trois.
Avec un peu de chance, l'étranger n'escomptait pas éliminer la jeune fille...


Sen

Inventaire

  • Sabre "à l'arsenic"
La nuit défilait vite.

En réalité, Sen était angoissé jusqu'à l'os. Bien sûr, son plan était infaillible et précisément calculé, mais il était évident que des imprévus prennent place sur son chemin déjà semé d'embusques. Il avait passé de nombreuses semaines à y réfléchir et à imaginer chaque situation probable dans les moindres détails, mais il redoutait plus que tout ces anomalies du destin. Sa main blanche et à peine articulée à cause du froid se glissa sur la robe de sa monture, broutant l'herbe de la colline. Son regard était fixe, comme s'il était en état de méditation; il semblait serein, bien que son sang bouillait en lui.

Ses inspirations étaient bien plus profondes, essayant tant bien que mal d'alimenter ses muscles pétrifiés. Si la peur engloutissait tant son mental d'acier, c'était parce que le jeune Yiga n'avait jamais réellement eu l'opportunité de mettre à profit ses compétences en botanique, ni même physiques. Sa vie n'avait jusqu'ici servie qu'à s'entraîner pour atteindre le soir de cet enlèvement, qui représentait en quelques sortes l'apogée de ces années de souffrance. Il avait en face de lui la plus grande des opportunités jamais anticipée.

« Bien évidemment que ça m’intéresse ! Par contre, permets-moi de t’accompagner. »

Avant qu'il ne put rétorquer un mot, Sen eut un frisson instinctif. Il eut subitement le sentiment d'être épié et son pouls reprit le même rythme qu'auparavant. Des milliers de questions traversèrent son esprit, à nouveau frappé d'une détresse invraisemblable.

Si quelqu'un se trouvait ici, pourquoi cette personne ne se montrait-elle pas? Se doutait-elle de quelque chose? Eluria l'avait-elle remarqué, elle aussi? Y avait-il seulement quelqu'un? N'était-ce pas l'anxiété qui se jouait de lui?

Pour la première fois depuis des années - lui-même se demandait si cela lui était déjà arrivé, cette intuition lui étant toutefois familière -,  l'enfant avait perdu tout sens de logique. Tout ce qui lui avait, jusqu'ici, permis de tenir en équilibre entre deux mondes, venait de s'écrouler. Il n'était plus sûr de rien et pendant ces quelques secondes de remise en question, il semblait qu'il avait perdu son excessive confiance en lui.

A présent, il lui était possible de gagner comme de perdre.
Pris d'une grande terreur, il enfonça sa main dans sa poche pour vérifier que l'étoffe sur laquelle allait couler le poison était toujours là. Inconsciemment, il venait d'acquiescer au fait qu'il possédait lui aussi de réelles faiblesses, même si celles-ci concernaient des choses à priori acquises. Plus rien n'était à sa place dans sa tête et se concentrer sur son objectif était devenu une tâche quasiment impossible.
Alors qu'il tentait désespérément se raccrocher à ce dernier en se calmant, un nouveau signe d'alerte le fit frissonner.
Quelqu'un appelait Eluria. Sen ne sut déterminer si cette intervention était bénéfique ou non pour lui, mais cela captiva quelques instants l'attention de la jeune femme.
Pris au dépourvu et dos à elle, il sortit un petit flacon de sa poche et le pencha au-dessus du morceau de tissu. Le produit qu'il avait concocté pour elle était un mélange de plantes toxiques et d'alcool, certaines d'entre elles ayant pour particularité de provoquer des syncopes après inhalation - en clair, c'était un dérivé du chloroforme.
Pendant qu'elle était encore sous le choc, le jeune garçon agrippa violemment ses épaules pour lui faire respirer le poison. Une dizaine de secondes avaient suffi malgré les débats de l'Hylienne.
Le garçon jeta un coup d'œil au niveau de l'endroit d'où provenait le cri et ferma les yeux comme signe de reconnaissance. Cette personne à la voix rauque était-elle de son côté, ou bien était-ce dû au pur hasard?
Le Yiga n'eut pas le temps d'y penser bien plus, car il se devait de ligoter sa proie pour mieux la transporter.


Eluria

Inventaire

L’obscurité se faisait de plus en plus fraîche. Au point qu’Eluria se mit à croiser les bras pour conserver sa chaleur. Elle se sentit bien bête de ne pas avoir prévu de petite laine, tout comme elle n’avait pas prévu non plus de rester aussi longtemps pour s’aérer l’esprit, de base. La jeune hylienne continua malgré tout de suivre Narcisse et son canasson. Plus vite ils arriveraient à destination, plus vite elle serait de retour à la maison.


« ELURIAAAAA ! »


Concernée par ce hurlement aussi détonant que soudain, la laborantine en herbe se tourna en direction de l’appel. Bien qu’elle n’eût aucun mal à reconnaître la voix d’Ardolon, elle fut cependant incapable de le repérer dans ce voile de ténèbres. Ce fut lorsqu’elle s’apprêta à répondre qu’elle sentit une force l’agripper par les épaules pour la tirer vers l’arrière, et une main appliquer une forte pression sur son nez et sa bouche, main sur laquelle se trouvait un chiffon imbibé d’un liquide qui dégageait une odeur proche de d’alcool.


Sa première réaction fut de tenter de crier à l’aide, mais la main et le chiffon qu’elle tenait en place étouffèrent toute tentative d’appel au secours. Alors elle chercha à se débattre, mais son corps commençait déjà à vaciller sous l’effet du narcotique. Ses jambes n’arrivaient bientôt plus à supporter le poids de son corps. Ses bras, qu’elle agitait dans tous les sens pour tenter de se libérer de l’emprise de son assaillant, s’engourdissaient au point de ne plus pouvoir les bouger à sa guise. La peur et le désespoir l’envahissaient peu à peu, constatant qu’elle n’avait plus aucune échappatoire possible.


Eluria observa le laboratoire au loin, repensant à toutes les mises en garde de sa mère adoptive vis-à-vis des dangers du monde extérieur. Comment avait-elle pu être aussi naïve, alors qu’elle se doutait que cette histoire de composants archéoniques n’était au final que du vent ? Cette naïveté lui coûta cher, car elle était désormais complètement à la merci de son ravisseur. Alors qu’une larme glissa lentement le long de sa joue, ce fut enfin au tour de sa conscience de tirer sa révérence.


~Père, mère…pardonnez-moi…~


Ardolon

Inventaire

  • Arc en bois de voyageur
  • Carnet de voyageur
Cela ne prit qu'un seul instant pour que l'inconnu ne profite de l'occasion. La jeune fille quant à elle ne s'évanouit qu'après quelques moments de résistance. Qu'il fallait peu de temps pour causer tant de conséquences...

Ardolon restait aux aguets, tout en se penchant pour tâcher de mieux discerner l'étranger. C'était impossible, vu la distance, et même le signe à son attention restait indéchiffrable... Mais malgré la tension, le criminel s'était arrêté de bouger. Non pas pour chercher l'origine du cri, mais plutôt pour en remercier l'auteur, lequel n'eut qu'à peine le temps de comprendre cette reconnaissance qu'un bruit plus proche le tira de sa réflexion.
La milice ! Elle devait l'avoir entendu, elle devait arriver comme prévu. Lorsqu'ils fussent conscient de sa présence, le rito décocha sa flèche sans véritablement viser. Elle partirait vers Eluria et son ravisseur, encourageant ce dernier à fuir.


« Attention, il est armé ! »

L'écho de la voix de la milice parcourut la distance jusqu'à l'agresseur presque aussi vite que la flèche. Mais l'avertissement ne lui était pas destiné !

« Eluria est en danger, venez vite ! »

L'écho des pas de la milice s'approcha du prétendu agresseur bien plus vite qu'ils ne le laissèrent se disculper. Et l'avertissement fut entièrement ignoré.

« On ne bouge plus ! »

La mine choquée d'Ardolon était forgée par l'adrénaline qu'il venait de ressentir, plus authentique même que l'autorité qu'on lui opposait. Il savait comment se tirer immédiatement de leur emprise pour les envoyer sur les traces de l'agresseur, il savait qu'il aurait une chance de s'en tirer. Il savait également qu'il pouvait en profiter pour son propre intérêt...
« Arrêtez ! » ; « Vous faites erreur ! » ; « Ce n'est pas ce que vous croyez ! » ... Dans une telle situation, ces exclamations éprises d'égo ne faisaient qu'envenimer la situation ; c'était également une réaction naturelle et personne ne la mimait mieux qu'en se laissant envahir par des sentiments. Seul quelqu'un qui a déjà fait l'expérience d'un tel échec savait inutiles ces adjonctions... Mais qui pourrait lui imputer d'être trop naturel, dans une situation où il était accusé sans preuve ni fondement ?
Très vite, la milice voulu le retenir et, se débattant, il commença enfin à donner la raison de ce vacarme :
« Lâchez-moi, nous devons aider Eluria... Vous voyez bien qu'elle n'est plus là ! » Cette seule phrase, lâchée après plusieurs minutes de galimiatias absurdes, frappa toute la milice de la poigne du sens commun...
Arrêter un ravisseur en flagrant délit alors même qu'il est seul n'était finalement pas une excellente idée. Malgré cela, les guerriers d'Elimith ne faisaient pas encore pleinement confiance au rito. Mais lorsque celui-ci expliquerait toute la situation à des autorités plus vives d'esprit et moins pétris de préjugés, il ne doutait pas qu'on le relâcherait très vite. Après tout, il était le seul témoin ; n'aurait-il pas empêché l'enlèvement si on l'avait écouté, ou au moins laisser filer l'agresseur ?


D'ailleurs en parlant de l'inconnu, Ardolon espérait qu'il comprendrait que la flèche était une promesse.
Celle qu'ils se reverraient.